«Les vacances d’un serial killer». Nadine Monfils

Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en vacances à la mer du Nord avec sa femme Josette et leurs ados, Steven et Lourdes. Quant à la belle-mère d’Alfonse, mémé Cornemuse, elle les accompagne dans sa vieille caravane.

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Dès les premières pages, on comprend que mémé Cornemuse est une vieille dame indigne même si elle est fan d’Annie Cordy. Elle a rangé son pistolet dans son cabas et oublié toute morale au point que sa fille pense qu’elle déraille.

Les vacances vont être un enfer pour cette famille belge prolétaire. La magnifique pension attendue est minable. Les vacances des Destrooper avec mémé Cornemuse sont une suite de désastres et d’atrocités.

Après leur séjour à Blankenberge, rien ne sera plus comme avant pour la famille.

L’auteur

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Écrivaine, réalisatrice et productrice, Nadine Monfils est née en 1953. Belge, elle vit à Montmartre. Elle est l’auteur d’une quarantaine de romans et de pièces de théâtre, dont des polars et des thrillers chez Belfond.

Elle a créé le personnage du commissaire Léon, le flic qui tricote.

«Les vacances d’un serial killer» paru chez Belfond publié en 2011 est un gros succès de librairie. Les aventures de mémé Cornemuse se prolongent en 2012 dans La Petite Fêlée aux allumettes  puis en 2013, dans le polar La Vieille qui voulait tuer le bon dieu.

Ses ouvrages sont régulièrement cités dans les bonnes ventes de livres car Nadine Monfils a su créer un univers personnel, atypique et qui a ses fans.

Un avis ?

Dans ce polar noir déjanté, Nadine Monfils raconte l’histoire d’une mamie-cougar avec un humour cru et un langage très vert, parsemé d’expressions wallonnes et bruxelloises. «C’est mon petit côté Frédéric Dard» constate-t-elle.

Le politiquement correct et la vraisemblance n’ont aucune importance: Nadine Monfils ne cherche pas à faire l’unanimité des lecteurs. Les adeptes de  belle littérature préféreront sans doute s’oxygéner le cerveau directement à Blankenberge sans passer par la case lecture.

Dans ce créneau où l’argot est maître, l’écrivaine a trouvé un public soit plus jeune, soit amateur d’extravagances, soit moins familier d’ouvrages ciselés. Mais ses lecteurs veulent un divertissement.

Le portrait de mémé Cornemuse brise tous les tabous relatifs à l’image de seniors sages, respectueux, dociles. Présente sur Youtube, mémé Cornemuse a aussi sa page facebook, où un internaute indique «On ne regarde plus les « personnes de votre âge  » sous le même oeil…».

Une phrase :

« Qu’on peut être nul pour plein de choses dans la vie, mais que quand on fait ce qu’on aime, on peut aussi crever le plafond !».

Page 250. Les vacances d’un serial killer. Nadine Monfils. Pocket. 

La coquille familiale s’effrite autour des aînés. (2/2)

Poursuivons nos réflexions sur la place et le traitement réservés à la personne âgée dans tous les pays du monde.

La structure d’une large famille qui formait une coque protectrice autour des plus fragiles  s’affaiblit. Contrairement aux idées reçues, cette tendance est universelle.

Les liens classiques de solidarité avec la famille se diluent, se perdent dans  de nouvelles organisations sociales et familiales où rien n’est vraiment prévu pour la personne âgée.

Diverses composantes expliquent cette lame de fond qui mine une solidarité qui semblait  «naturelle»:

  • l’indépendance des jeunes générations a toujours impliqué la séparation avec les aînés. Cet éloignement va actuellement de pair avec une plus grande distance au plan humain. Les jeunes privilégient d’abord les affinités électives (par exemple les amis);
  • les nouveaux modes de vie commune avec des partenaires ne crée plus d’obligation légale ou de lien réciproque de secours envers la famille ascendante du compagnon;
  • l’importance des femmes exerçant une profession et les modifications de leur statut les obligent à suivre cette seule voie qui ne leur laisse aucun temps libre pour autrui en dehors du foyer. Or, la majorité des soins aux ainés a longtemps  été leur apanage;
  • la communication chaotique entre des générations modernes «hyper connectées», « technologiquement à la page » et des anciens «  non connectés » et qui ne sont plus  des «passeurs de savoirs»;
  • le déclin des spiritualités et des religions qui inculquaient le respect des anciens et des traditions bouleversent le champ des valeurs;
  • l’affaiblissement des aides informelles, du voisinage au profit de l’individualisme oblige les autorités à élaborer des mesures de prévention comme en France, où le recensement des personnes isolées indique à qui il faut porter secours en cas de canicule;
  • l’impossible synchronisation temporelle entre des personnes très occupées, très sollicitées professionnellement et des aînés sous-occupés, dégagés d’obligations sociales depuis longtemps;
  • la mobilité exigée des travailleurs complique la prise en charge des personnes âgées. Cette aide demande au contraire la proximité : les personnes âgées dépendantes sont peu mobiles;
  • l’exode des jeunes vers les villes laisse souvent une population rurale âgée plus démunie;
  • la misère dans beaucoup de pays et l’extrême instabilité de l’économie mondiale recentrent chacun sur ses priorités personnelles;
  • l’accès tardif des jeunes travailleurs à des revenus certains et réguliers ne leur permet pas de se faire épauler par des tiers, au moment où leurs parents ont besoin d’eux;
  • la durée allongée de l’aide nécessaire parallèle à la longévité nouvelle des aînés peut  impliquer pour la descendance des choix douloureux entre les exigences financières d’un foyer, notamment les études des enfants, et la générosité naturelle envers les grands-parents.

Pour déterminer le sort de leur population âgée, tous les pays oscillent entre 2 axes :

– Compter sur les solidarités familiales et le voisinage ;

– Instaurer une solidarité collective de l’Etat.

 

Compte le résume parfaitement Alain Grand (*):«Miser sur le tout familial risque de se traduire par de l’épuisement familial et un désengagement coupable de la solidarité collective. À l’inverse, miser sur l’État-providence, c’est encourager une certaine forme de désengagement des familles, une forme de dénaturalisation de l’aide, tout en grevant lourdement les budgets sociaux, sans compter les difficultés de recrutement des professionnels».

Contrairement à la plupart des autres pays qui ont laissé jusqu’ici le soin des personnes âges être porté plus par les familles ou le secteur privé, la Suède a évolué différemment.

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Œuvre d’art insolite à  Stockholm.

L’État suédois a depuis longtemps assuré lui-même la prise en charge des personnes âgées. Il a organisé un financement solidaire par l’impôt afin d’offrir des prestations de services à tous les habitants âgés sans s’occuper ni de leurs ressources financières ni de leur situation familiale. Ces services sont intégrés dans l’environnement de proximité de l’ensemble des Suédois.

La politique de bien-être suédois a un coût. La Suède est le pays du monde qui consacre la plus forte part de son produit intérieur brut aux seniors. En pourcentage du PIB, ses dépenses d’aide aux personnes âgées sont presque cinq fois supérieures à la moyenne de l’UE.

La crise économique et la situation des finances ont maintenant obligé le gouvernement suédois à prendre des mesures d’austérité en évaluant les besoins de chacun et en  recentrant les services sur les personnes dont les besoins sont les plus criants.

Habitués à cette norme qui fait que la dépendance n’est plus une affaire de famille et qu’ils s’en sont mentalement désengagés, les Suédois témoignent d’une préférence très marquée pour la prise en charge des aînés par les pouvoirs publics plutôt que par la famille.

Avec réalisme, il faut donc penser que chez nous aussi, on ne reviendra pas en arrière et qu’on ne restaurera pas la solidarité familiale traditionnelle. Les pouvoirs publics ont des budgets limités pour prendre en charge tous les aléas de la vieillesse. A côté de la famille et de l’État, doivent s’ajouter de nouveaux modes d’organisation. A inventer.

Une revendication émise par certains seniors n’est pas utopique: il s’agit, dans un cadre défini par eux, de la prise en charge des personnes âgées par elles-mêmes et leurs pairs. Certains projets sont en cours dans des pays voisins, par exemple le projet pilote Babayagas à Montreuil. Cette idée s’appuie sur le fait que l’occupation de réelles responsabilités permet aux seniors d’éviter la solitude, d’échanger leurs expériences entre eux et à leur rythme. Ces seniors restent combatifs, actifs et retardent largement la survenue de la grande dépendance.

* Trégoat Jean-Jacques, Grand Alain, Pennec Simone, Guberman Nancy, Jean Suzanne. « Il n’y aura plus personne pour s’occuper des vieux ». In : Santé, Société et Solidarité, n°1, 2006. Vieillissement et santé : idées reçues, idées nouvelles. Pp. 45-54.

Regard sur le monde : où fait-il bon vieillir ? (1/2)

Le préjugé relatif au traitement porté par la société aux personnes plus âgées au cours de l’histoire a déjà examiné. Nous avions pu voir que nos ancêtres n’étaient pas plus respectueux que nous envers leurs aînés.

 

Il existe un autre mythe qui persiste. Il consiste à penser que vieillir, ce serait mieux ailleurs. Le parcours senior serait idyllique partout ailleurs que chez nous, dans d’autres civilisations ou  cultures.

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 Sphère sans sphère. Arnolfo Pomodoro. Siège O.N.U New York

De nos jours, il ferait bon vieillir dans la  société africaine traditionnelle  qui reconnaît à la vieillesse, le droit à la parole et la respectabilité. Or, les mentalités changent et ce principe est en train de s’estomper car «L’aîné, le vieux ou la vieille, gardien du savoir et de l’expérience d’une civilisation basée sur l’oralité, est en déclin». 

Même si la culture zambienne prône ce respect des personnes âgées, le sort des seniors en Zambie n’est pas enviable en raison des problèmes sanitaires.

En Algérie, la famille connaît actuellement une crise de relâchement des liens familiaux traditionnels. « Les personnes âgées sont désormais «un poids pour leurs familles» et se retrouvent par centaines dans des centres spécialisés, après avoir été abandonnées par leurs progénitures ».

Pour faire face à ce phénomène le ministère de la Solidarité a élaboré une loi pour la protection et la préservation de la dignité des personnes âgées qui constitue une obligation nationale.

Au Maroc, la situation des personnes âgées dans la société dégénère aussi.

Avec une situation économique très favorable, en Asie, la Corée du Sud est le pays où le taux de suicide est le plus important au monde. Les autorités tentent de mettre en place des dispositifs de dernier recours face à cette tendance suicidaire des personnes âgées qui se considèrent comme un fardeau pour leur famille. Un «pont anti-suicides» a été inauguré dans la capitale Séoul et des portes anti-suicides placées dans toutes les stations de métro.

En Chine, la situation est préoccupante. 194 millions de Chinois sont âgés de plus de 60 ans.  Parmi ces personnes, peu ont des retraites correctes ou trouvent des établissements d’accueil ou de soins. Leurs enfants s’occupent de moins en moins d’eux.

Vu le nombre de parents délaissés par leur famille, une nouvelle loi chinoise est entrée en vigueur le 1er juillet 2013. Elle oblige les membres de la famille qui vivent séparés de leurs aînés à rendre à ceux-ci de fréquentes visites. Cette loi sur la protection des droits et intérêts des personnes âgées stipule simplement que les membres de la famille doivent rendre visite « souvent » à leurs proches âgés de plus de 60 ans.

La fréquence des visites n’est pas déterminée par la loi. Le premier procès a déjà eu lieu et concernait Madame Chu, 77 ans, mère et grand-mère. Le tribunal populaire du district de Beitang a imposé à sa fille au moins une visite à sa mère tous les deux mois et à l’occasion d’au moins deux des fêtes et jours fériés du pays.

Deux paramètres compliquent la prise en charge des seniors chinois:

1. La politique de l’enfant unique a  eu pour conséquence que ce seul enfant adulte peut se retrouver avec la lourde charge de parents vieillissants malades, éloignés géographiquement  et ce, dans un climat économique difficile.

2. Selon les Nations Unies, le vieillissement de la population chinoise sera supérieur à la moyenne mondiale (20%) et s’élèvera à 30% en 2050.

Le sort des aînés au Japon n’y paraît guère plus enviable puisque le vice-Premier ministre et ministre des Finances osa déclarer avant de se rétracter qu’il fallait laisser les vieillards mourir au plus vite pour affranchir le gouvernement du fardeau des dépenses entraînées par leur traitement médical.

En Asie du sud, L’Inde se pose la question de savoir qui va remplacer les enfants migrants auprès de leurs parents vieillissants.

Des personnes âgées «senior citizens» sans ressources s’y mobilisent pour faire valoir leur droit à vieillir dans des conditions décentes et notamment de pouvoir manger à leur faim.

 

Troisième pays le plus peuplé après la Chine et l’Inde, les Etats-Unis n’offrent pas de solution miracle: les seniors s’organisent eux- mêmes car « En Amérique, on ne peut compter aujourd’hui sur aucune aide dans tout ce qui est de l’ordre du social».

 

Même si les situations sont fort contrastées suivant le rythme du vieillissement démographique et la situation économique propres à chaque pays, la population de la planète vieillit  fortement.

La place des personnes âgées dans la société est une question qui se pose partout avec acuité. Le problème est délicat: c’est la première fois dans  le monde que des enfants parfois sexagénaires, dans des conditions économiques défavorables, peuvent être amenés à prendre soin de leurs parents pendant plusieurs décennies!

Autant le savoir, il n’y a aucun pays dans le monde qui offre ce tissu rêvé de relations humaines denses, chaleureuses, désintéressés pour accompagner nos vieux jours épineux et qui pourrait être un cocon pour seniors.

La majorité des personnes âgées dans le monde ne bénéficie, à l’heure actuelle, d’aucune aide publique de soutien comme une retraite ou un accès garanti à des soins et reste tributaire de la seule solidarité familiale.

Le fait est que, de nos jours, ce soutien majeur indispensable aux personnes très âgées ou dépendantes est toujours, dans le monde entier, uniquement et quasi quotidiennement assumé par de très nombreuses familles.

 

«Bons baisers de Cora Sledge» Leslie Larson.

«Elle n’était plus en sécurité chez elle». Ses trois enfants ont donc placé Cora, 82 ans, obèse, bourrée de pilules depuis des années, fumeuse invétérée, dans une maison de retraite «les Palisades».

Cora n’apprécie pas d’avoir dû quitter sa maison et sa chienne Lulu. Dans un cahier, elle se décide à écrire sans rien cacher. Elle y raconte l’histoire de sa vie et la vie du home.

Pour elle, « les Palisades », c’est la prison, l’enfer. Cora, volcan étouffé, explose avec un langage cru et imagé mais y tombe amoureuse du beau Vitus, pensionnaire comme elle.

Cette aventure amoureuse lui donne une nouvelle raison de vivre et quelques verdeurs ou audaces. Avec la bonne grâce de ses enfants et sa détermination, elle esquive de multiples écueils et retrouve la vie.

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« Il avait aussi servi sur les bateaux de croisière et dans les casinos de Las Vegas » page 102

(Bateaux de croisière à Venise)

L’auteur.

Née à San Diego, en Californie, Leslie Larson, journaliste et écrivaine américaine, vit à Berkeley. Elle a travaillé pour la presse et collaboré avec plusieurs magazines. Son premier roman est « Connexions » et le second. «Bons baisers de Cora Sledge». Elle consacre maintenant tout son temps à l’écriture.

Optimisme !

Voici un livre sur la vieillesse qui finit bien!

A tout âge, certaines situations désespérées peuvent se renverser favorablement.

L’entrée en maison de retraite est une modification de trajectoire. Pour certains, le parcours en maison de repos est vécu comme une hospitalisation prolongée ou une retraite dans un monastère. D’autres personnes vont y revivre soit parce qu’elles rompent avec la solitude et se resocialisent soit parce qu’elles sont déchargées des tâches du quotidien et peuvent s’ouvrir à d’autres  projets ou occupations. Pour d’autres encore comme Cora, l’entrée au home est un  électrochoc: elles décideront de sortir d’un système qui ne leur convient pas.

Sans en faire une caricature mais avec humour, Leslie Larson dépeint la vie dans une maison de retraite, le quotidien, les soins, les visites, les repas, les travers et les petites mesquineries.

La vie amoureuse, que ce soit celle des soignants ou des pensionnaires est le fil du roman. S’il est assez rare que des faire-part de mariage aient pour cadre des maisons de repos, les idylles y sont très nombreuses. Souvent le secret est bien gardé par le personnel soignant non dupe de rapprochements entre l’un ou l’autre résident. Les familles des pensionnaires sont, elles, bien souvent réticentes ou méfiantes face à ces flirts.

Débarrassé des corvées familiales, professionnelles et des vaines obligations, un boulevard s’ouvre au pensionnaire qui lui permet de réfléchir à ce qui lui a manqué ou qui lui manque. Le plus souvent, il a besoin de plus d’amour, de dialogue, d’attention. Ainsi Ernestine : veuve depuis de nombreuses années, Ernestine pensait ne jamais retrouver l’amour. Et pourtant, à la maison de repos de Jemeppe-sur-Sambre, elle est plus heureuse avec Ernest qui lui apporte beaucoup de tendresse et est très attentif.

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Au final, le séjour en home de Cora est 100% positif : il lui a permis de se refaire une santé, de faire la paix avec elle-même. Il lui donne les moyens d’être en maîtrise de sa vie.  « La vie possède une force bien à elle »: il n’est jamais trop tard pour en reprendre les rennes.


Cela dit, le livre met accessoirement en lumière les légitimes inquiétudes des enfants sexagénaires et la question du bon positionnement responsable face à la situation  dégradée de Cora. L’aide apportée par la fille de Cora, Glenda est critiquée par sa mère et n’engendre aucune reconnaissance. Les fils se préservent davantage et sont moins sollicités par leur mère.

Voyez aussi le commentaire de Gérard Collard sur ce livre:


  

Une phrase.

« Je l’aimais vraiment et quoi qu’il ait pu trafiquer, ce sentiment m’a fait du bien. Il m’a ramenée à la vie »

« Bons baisers de Cora Sledge »    de Leslie Larson (Editions 10/18) page 468.

Bruxelles, Place de la Monnaie et bleu polaire.

Un immense bloc de glace de huit fois la taille de Manhattan s’est détaché en juillet du glacier de Pine Island dans l’Antarctique. C’est un nouveau signe du réchauffement climatique. Depuis novembre, cet iceberg géant dérive dans l’Antarctique et peut menacer la navigation. Les autorités surveillent sa trajectoire.

Les icebergs, immenses blocs de glace d’eau douce, flottent sur la mer et prennent  parfois des teintes bleutées. On parle de bleu iceberg ou bleu polaire. 

Un iceberg est constitué d’eau. La quantité de lumière qui frappe l’iceberg diminue rapidement avec la profondeur de l’eau ou en l’occurrence, l’épaisseur de la glace. A cinq mètres de profondeur, l’intensité lumineuse n’est plus que le quart de celle enregistrée à la surface. Or, la lumière blanche résulte de la superposition des sept couleurs: l’eau absorbe les ondes rouges en premier mais au-delà de 30 mètres d’épaisseur, seules les fréquences bleutées subsistent et ressortent. La couleur bleue habille donc un vieil iceberg avec une grande épaisseur et peu de bulles d’air.

Ce sont ces ondes bleutées que nous retrouvons surla place de la Monnaie à Bruxelles avec l’installation multimedia Iceberg. Nous accueillons actuellement une œuvre artistique conçue par Atomic3, lauréat d’un concours Luminothérapie organisé à Montréal au Québec.

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Trois icebergs composés d’arches en aluminium, de différentes tailles, symbolisent les différents volumes de la vie d’un iceberg qui dérive. Les visiteurs passent sous les barres métalliques formant un long tunnel et expérimentent la fonte des glaces. Leurs passages réchauffent les couleurs et génèrent des sons ou des bruits de craquement un peu comme les bruits de l’eau qui s’infiltre dans les crevasses de ces montagnes de glace.

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Félix Dagenais,metteur en scène, et Louis-Xavier Gagnon-Lebrun sont les concepteurs d’Iceberg.

« A l’état de nature, le bleu polaire et les sons harmoniques évoquent la pureté boréale, déclare Félix Dagenais. Les gouttes d’eau se transforment ensuite en notes pour former une musique élaborée. »

Louis-Xavier Gagnon-Lebrun  explique que  l’idée de l’iceberg  pour faire vivre les espaces publics en hiver leur est venue car l’iceberg est le baromètre mondial du climat et que cette œuvre permet de susciter une réflexion sur le réchauffement climatique. 

 

A voir particulièrement la nuit tombée à Bruxelles, Place de la Monnaie jusqu’au  5 janvier 2014. Vu le succès, prolongation jusq’au 3 mars 2014.

Bleu végétal avec Betty de Paris.

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La renouée des teinturiers utilisée par Betty De Paris

Comme convenu, nous revenons parler plus longuement avec Betty de Paris. Je la rencontre à la Villa Empain où elle expose actuellement ses créations dans le cadre de l’exposition «La route bleue».

Betty de Paris est artiste et experte en teintures végétales.

Dans les années 80 à Paris, une exposition sur l’art japonais pique sa curiosité. Son apprentissage du Japon commence à l’Université à Paris, ce qui lui donne le bagage indispensable pour étudier et travailler au Japon. «J’ai été initiée aux techniques d’impression au pochoir (katazome) et dès le début j’ai fait le choix des colorants naturels car ils étaient disponibles et largement utilisés même dans le prêt à porter à cette époque à Kyoto et correspondait à mon éthique de respect de la nature et des personnes. L’indigo est arrivé naturellement quand j’ai eu besoin de la couleur bleue et là je me suis tournée vers les spécialistes de cette couleur. J’ai pensé étudier cela en France et je me suis rendue à l’évidence que plus personne n’était capable de « monter cette cuve de bleue » naturelle. La préparation de la cuve de bleue est très particulière, demande des compétences étendues ».

L’artiste insiste sur l’aspect écologique de sa démarche.

Le plus gros secteur de l’industrie textile est le jean emblème de notre société de consommation.

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Il y a quelques mois, nous avons été sensibilisés par la situation des ouvriers turcs atteints de la silicose, maladie pulmonaire incurable provoquée par la méthode du ponçage de fabrication des jeans délavés ou usés. 

Un jean sur trois vendus dans le monde provient de Chine principalement de  la province de Guangdong. Xintang, la ville du jean, compte plusieurs milliers d’entreprises qui sont l’un ou l’autre maillon de la fabrication du jean. Il y aurait plus de 1 000 marques différentes. Si nous savons que cette part de marché provient de prix compétitifs dus à des conditions de travail et de salaires moins favorables, un autre aspect s’y ajoute. Dans certaines régions de Chine ou d’Inde, d’autres conséquences très graves pour la santé des ouvriers ou des populations sont provoquées soit directement par les manipulations du jean soit par l’impact environnemental négatif de cette fabrication textile.

C’est un colorant indigo synthétique, fabriqué en Allemagne qui donne sa couleur au jean. Ce colorant et d’autres produits chimiques associés se retrouvent directement rejetés dans les rivières créant une vaste pollution comme le décrit un reportage sur cette vallée du jean (Arte-Globalmag).

« Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques-uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d’eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques », explique Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace. Les eaux usées sont rejetées dans la rivière de Xintang

Certains efforts pour limiter cette nuisance environnementale ont été faits. Endiguer la pollution n’est pas simple d’autant que sont concernées des milliers de petites entreprises familiales et que la crise économique est là aussi présente et limite l’écoulement des jeans dans marché intérieur.

Une technique naturelle de teinture végétale indigo.

Suivant les spécialistes, les plantes « indigofères » seraient jusqu’à 300 mais une dizaine de ces plantes sont exploitées dans le monde. Betty de Paris présente celles utilisées en Europe : le pastel, le pigment d’indigotier indien qui historiquement a été le premier apporté en Europe et enfin la plante qu’elle utilise qui  lui vient du Japon, la renouée des teinturiers.

le pastel ou la guède pastel.jpgest une plante herbacée annuelle, à fleurs jaunes qui fut très longtemps cultivée en Europe et en France pour la production d’une teinture bleue extraite des feuilles. La culture du pastel, sa fabrication sont à nouveau remis en valeur.

l’indigotier des Indes est un arbuste avec une floraison rose poussant dans les régions tropicales. Ses feuilles contiennent un principe colorant bleu pourpré.


Pastel

 la renouée des teinturiers ou Persicaire à indigo est une plante annuelle à fleurs roses, originaire d’Asie qui fut introduite au Japon dès le 4ème siècle. Les feuilles fournissent l’une des principales sources de bleu en teinture.  Cette plante très vigoureuse est classée parmi les espèces invasives  qui menacent la flore indigène. (A ne pas planter innocemment dans son jardin donc!)

betty 23.jpgC’est à partir de la renouée des teinturiers que Betty de Paris obtient la coloration indigo de pièces de tissus. Travaillant des tissus naturels comme le lin, le chanvre, la ramie et le coton, un pouvoir colorant très efficace est nécessaire. Or, le pouvoir tinctorial de la renouée est 20 fois supérieur à celui du pastel. La teinture tenace imprègne les paumes de l’artiste comme celle de ses maîtres japonais.


Photo (Vidéo Fondation Boghossian réalisée par Céline Gulekjian )

 

Les feuilles fraîches de la renouée sont broyées et ensuite plongées dans une cuve avec de la sorbe de bois et des racines fixatrices. Au cours de cette macération des feuilles, prolifèrent de petites bactéries. Après 8 jours, le magma libère une substance tinctoriale sous la forme d’une belle mousse verte. C’est un  processus de fermentation bactérien.

La matière de la cuve peut maintenir ses propriétés tinctoriales une année si elle est réalimentée en bactéries.

Le tissu à teindre est alors plongé dans la mixture de la cuve. Les tissus sortent jaunes puis verdissent avant de virer au bleu par l’oxydation de l’air: c’est une transformation chimique naturelle. Retirée de la cuve, essorée, la pièce à teindre peut y être replongée pour atteindre le ton souhaité.

Les nuances de bleu sont infinies et dépendent du nombre de bains mais aussi des facteurs extérieurs comme la température et les manipulations. Pour obtenir des tissus bleus avec des dessins blancs, des techniques de dessins avec ligatures et coutures préservent les zones du colorant.

Art et transmission.

Betty de Paris travaille avec d’autres couleurs végétales mais l’exposition « La route bleue » montre évidemment les œuvres indigo.

kimono 1.jpgLes créations très pointues qu’elle réalise sont regroupées en séries et rendent hommage à l’industrie textile. 

L’artiste fait le lien entre le passé et le futur, entre des techniques végétales naturelles que nous utilisions jusqu’au 19 ème siècle et qui représentent des alternatives à la disparition de colorants chimiques toxiques.

Sa pratique respectueuse de l’environnement est une piste pour d’autres acteurs textiles utilisant des colorants nocifs.


Tableau de la série «Vêtements du monde»

Betty de Paris enseigne et transmet son précieux savoir via des formations et cours.
Elle organisera en mai prochain un stage de deux jours d’ initiation à la cuve d’indigo dans son atelier à Paris.

Grand-Place de Bruxelles drapée de lumières.

A l’occasion des fêtes de fin d’années, nos villes se parent, s’illuminent et permettent des promenades festives dans leurs rues. La Grand-Place de Bruxelles s’est drapée de lumières et le résultat est ravissant.

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Avec des douces lumières de coloris variés donc un éclairage bleu, un spectacle anime avec prestige le célèbre patrimoine architectural de la Grand-Place. Patrick Rimoux, sculpteur de lumière français et Dan Lacksman, musicien-producteur belge ont réalisé ce spectacle son et lumière inédit de 15 minutes.

BruxellesNoel2013 Vidéo : court extrait du spectacle « Magical History City » Plaisir d’hiver 2013, Grand-Place de Bruxelles.

Patrick Rimoux- Dan Lacksman

«Magical History City»nous fait voyager sur la Grand-Place dans le temps depuis l’époque médiévale, le bombardement de 1695, la reconstruction des bâtiments jusqu’à nos jours. La qualité du son est tout aussi remarquable et nous emmène en compagnie de Telex, Lio, Deep Forest.

Ce spectacle est la première œuvre issue du plan lumière complet souhaité par la ville de Bruxelles. Patrimoine mondial de l’UNESCO, le site draine parfois 30.000 visiteurs par jour. La ville souhaitait disposer d’un nouveau dispositif à la hauteur du site avec un système permanent et global d’illumination et de sonorisation qui puisse créer une ambiance vivante sur les îlots de façades sur la Grand-Place. Le système d’illumination devait être moderne, flexible avec une faible consommation. Le nouvel éclairage entièrement réalisée en LED génère plus de 80% d’économie d’énergie. 220 jours de travail ont été nécessaires et plus de 1600 projecteurs LED pilotés individuellement ont été installés sur la Grand-Place. Outre la lumière, les aménagements comprennent la pose d’une nouvelle sonorisation sur la Grand-Place.
Lors d’événements majeurs ou spécifiques, cette solution technologique grâce à une régie de commande centralisée dans l’Hôtel de Ville permettra de créer des jeux de lumière infinis et offre un espace de création à
des artistes concepteurs lumière qui prendront alors les commandes de cet outil exceptionnel.

Ce projet a été financé par Beliris à concurrence de 3,5 millions d’euros. La mise en valeur par le son et la lumière de la Grand Place de Bruxelles a été conçue et réalisée par l’association momentanée de deux concepteurs de lumière Isabelle CortenPatrick Rimoux.

N’hésitez pas à vous rendre dans le centre historique de Bruxelles pour admirer le résultat féérique de la Grand-Place colorée avec le splendide accompagnement musical.

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Infos :

Sur la Grand-Place du 29 novembre 2013 au 5 janvier 2014.

Le spectacle est lancé toutes les heures du lundi au jeudi entre 17h et 23h et toutes les 30 minutes du vendredi au dimanche.

Sites internet: transparence et mentions légales.

Stéphanie, qui rencontrait quelques soucis informatiques avec un nouvel ordinateur, pensait avoir trouvé l’aide nécessaire via un site internet qui propose de dépanner les seniors à domicile. Elle avait trouvé l’adresse de ce site dans un magazine et m’a demandé, prise d’un petit doute, si je connaissais l’entreprise. Non, je ne la connaissais pas mais je consulte le site qu’elle m’indique, bien réalisé techniquement et attirant.

Et surprise! Aucune mention légale n’y figure. Impossible de déterminer l’identité de l’entreprise ou un responsable!

       – Pas de nom.

       – Pas d’adresse.

       – Pas de numéro d’entreprise.

Seul figure un numéro de GSM pour prendre contact.

Chaque année, internet séduit de plus en plus de seniors. Les secteurs des voyages, des loisirs, de l’informatique, de livraisons à domicile, des services d’aide et de dépannage figurent dans le groupe des prestataires qui bénéficient de cet intérêt des seniors.

Beaucoup de sites belges même très spécialisés ne respectent pas la transparence demandée par la loi belge au sujet des informations précises d’identification à fournir aux destinataires internautes. Ces négligences involontaires ou oublis stratégiques (aucun numéro de téléphone ou adresse) devraient semer le doute du consommateur.

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Sites internets qui avancent masqués ?

Les prestataires de services sur internet sont tenus de se dévoiler et de respecter les obligations légales relatives à la protection du consommateur, la vie privée, les droits d’auteur, les pratiques du commerce, et les législations relatives à leurs secteurs d’activité.

En l’absence de mentions légales, l’internaute ne pourra exercer aucun de ses droits: il n’a aucun point de référence et donc aucune protection. Il ne peut s’informer ou réclamer. Il ne sait pas non plus qui va lui fournir effectivement le service commandé ou d’où viendra le produit qu’il achète en ligne.

Tout éditeur de site internet qu’il le fasse de manière professionnelle ou personnelle doit assurer un accès facile, direct et permanent aux informations de base concernant ses activités: nom, adresse, email, numéro d’immatriculation au registre du commerce, titre professionnel et affiliation à des organismes professionnels, numéro de TVA, …*

Pour les sites web, il s’agira d’afficher en bas d’écran de chaque page un lien hypertexte renvoyant à ces mentions.

Malgré l’harmonie ou la fluidité d’un site, restez vigilants en tant que consommateurs. Songez avant de finaliser une commande ou un accord de services, à vérifier la présence et la pertinence de ces informations essentielles qui peuvent vous protéger si les choses se passaient mal.

Stéphanie a finalement fait appel, avec sagesse, à un spécialiste de sa région dont elle avait toutes les coordonnées et qui l’a efficacement dépannée.

 

*11 mars 2003. – Loi sur certains aspects juridiques des services de la société de l’information
  Chapitre 3:  Information et transparence.
  Art 7. § 1er. Sans préjudice des autres exigences légales et réglementaires en matière d’information, tout prestataire d’un service de la société de l’information assure un accès facile, direct et permanent, pour les destinataires du service et pour les autorités compétentes, au moins, aux informations suivantes :
1° son nom ou sa dénomination sociale;
2° l’adresse géographique où le prestataire est établi;
3° ses coordonnées, y compris son adresse de courrier électronique, permettant d’entrer en contact rapidement et de communiquer directement et efficacement avec lui;
4° le cas échéant, le registre de commerce dans lequel il est inscrit et son numéro d’immatriculation;
5° dans le cas où l’activité est soumise à un régime d’autorisation, les coordonnées de l’autorité de surveillance compétente;
6° en ce qui concerne les professions réglementées :
a) l’association professionnelle ou l’organisation professionnelle auprès de laquelle le prestataire est inscrit,
b) le titre professionnel et l’état dans lequel il a été octroyé,
c) une référence aux règles professionnelles applicables et aux moyens d’y avoir accès;
7° dans le cas où le prestataire exerce une activité assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, le numéro d’identification visé à l’article 50 du Code de la taxe sur la valeur ajoutée;
8° les codes de conduite auxquels il est éventuellement soumis ainsi que les informations relatives à la façon dont ces codes peuvent être consultés par voie électronique.
§ 2. Sans préjudice des autres exigences légales et réglementaires en matière d’indication des prix, lorsque les services de la société de l’information mentionnent des prix, ces derniers sont indiqués de manière claire et non ambiguë et précisent notamment si les taxes et les frais de livraison sont inclus.

«Emily» Stewart O’Nan

Veuve depuis 7 ans, Emily fait face avec dynamisme aux ennuis de l’existence journalière dans un quartier paisible de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Elle a, au loin, des enfants et petits-enfants. Au quotidien elle passe beaucoup de temps avec sa belle-sœur, Arlène, des voisins comme Marcia, une femme de ménage Betty et surtout son chien vieillissant Rufus. Elle aime la musique classique, les musées, les petits repas copieux. A 80 ans elle jouit d’une bonne  santé et ne manque de rien.

Emily reconnaît que la chance a irrigué toute sa vie et qu’elle a une certaine habileté à gommer les désagréments de l’existence.

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A mesure que les flocons gonflés d’eau descendaient vers le fond, les poissons s’élançaient pour les intercepter et les avaler ( p. 36)

L’auteur

L’écrivain américain Stewart O’Nan est en 1961 à Pittsburgh en Pennsylvannie aux Etats- unis. C’est un ancien ingénieur en aérospatiale. Spécialiste du roman noir, il excelle aussi comme observateur de l’intérieur de la famille ou de la société américaine.

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Commentaire

Dans ce huitième roman qui a pour cadre sa ville natale, Stewart O’Nan, dépeint avec justesse le quotidien d’une dame âgée, Emily. Ce n’est pas une héroïne mais simplement une dame qui doit au jour le jour composer avec son âge. Emily découvre la solitude et une nouvelle liberté. Elle s’organise et effectue les nouveaux apprentissages indispensables pour continuer son chemin.

 



La phrase

«Elle avait eu tellement de chance qu’elle se retrouvait tragiquement mal préparée à la vieillesse». «Emily». Steward O’Nan. Editions «Points», page 294

Emily, traduit de l’anglais (États-Unis), par Paule Guivarch, L’Olivier, 2012

51 nuances de bleu sur notre route.

Après avoir cerné les contours lointains d’un paysage l’âge grisonnant, reprenons nos jalons bleus pour dessiner nos itinéraires actuels. Car chaque périple individuel se nourrit du dialogue avec les autres, familles ou amis, et peut s’enrichir par le partage de l’environnement culturel ou artistique.

Empruntons donc «La route bleue», chemin d’artistes et d’artisans proposé à la Villa Empain et qui suit les traces de l’ancienne Route de la Soie de la Méditerranée à la Chine.

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Quel paisible dimanche matin de novembre où la bruine picote la piscine turquoise de la villa Empain, siège de la Fondation Boghossian qui favorise les projets et initiatives permettant d’ouvrir le dialogue entre les cultures d’Occident et d’Orient. L’exposition est magnifiquement portée par le cadre art déco de la villa.

 

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Coffre avec porteurs, époque Kianlong (1736-1795)

Ne vous attendez pas à trouver de grandes malles de voyage débordant de lourdes étoffes soyeuses bleu roi ou pervenche mais un gracieux coffret bleu paon et sarcelle par exemple.

 

Dès le salon d’entrée, nous avons laissé notre quotidien et l’avenue boisée derrière le grand damier bleu et blanc de Betty de Paris, artiste plasticienne complice de la nature et des méthodes traditionnelles de teintures végétales. Dans une série de créations raffinées sur toile, elle explore les nuances de l’indigo. Nous y reviendrons.

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Le réseau complexe de la route de la soie, avec ses pistes commerciales multiples par lesquelles ont transité  pendant des siècles de nombreuses marchandises entre l’Asie et l’Europe, a été noué en bleu royal par l’artiste bruxelloise Arlette Vermeiren.

route bleue 2013 132.JPGPour suivre, nous pourrions volontiers endosser l’uniforme en satin de soie indigo d’un fonctionnaire chinois du XIXème siècle.

 Veste de fonctionnaire civil, Chine, dynastie Qing

(Musée Guimet. Paris)

 

 

Chaque œuvre est une cristallisation des préoccupations de son créateur et nous amène à réfléchir aux errances de notre monde ou sur nous-mêmes. Ainsi la majestuosité des cinq grands vases installés devant la piscine masque la gravité des scènes qui décorent la porcelaine. Car l’artiste libanais Raed Yassin y représente la guerre civile libanaise, avec des soldats, tanks, avions et villes bombardées.

A l’étage, le visiteur contemple un jardin aérien, composition de nymphéas bleus et bleu foncé avec des fleurs nacrées de papier irisé, réalisée par Isabelle de Borchgrave.

L’artiste indien Desmond Lazaro s’interroge sur nos racines notamment avec «The Baptism Certificate Study». Sur du papier Sanganer, du nom d’une petite ville près  de Jaipur en Inde, connue pour ses papeteries spécialisées dans le papier fait à la main, il peint avec un pigment de nature minérale réalisé à base de pierre semi-précieuses (lapis-lazuli et malachite). La création minuscule «We are so lighthy here»  de l’artiste turque Hale Tenger  nous renvoie à notre paysage intérieur et à la précarité de la vie.

Quel équilibre garder dans tout ceci? C’est la question posée par l’artiste Mehdi-Georges Lahlou. Equilibre ou déséquilibre que traverse la vie?  Que portons-nous? Quelle est la part d’ombre aussi? Quelle est notre résistance?

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 Equilibre au vase

Mehdi-Georges Lahlou

Courtesy Transit Gallery Malines/Mechelen. 

 

Dans toutes ses nuances et sous toutes les formes, l’azur est décliné par les très nombreuses  créations présentes d’artistes et artisans d’Orient et d’Occident, anciens ou contemporains.

Malgré le temps et la distance, les anses et les teintes bleues sombres relient ces deux vases.

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Vase à décor de pêche et de chauve-souris 1874 (Manufacture Théodore Deck Paris) et Vase 1736-1795 Dynastie Qing (Chine)

 

  Parfois  l’un est l’inspiration de l’autre:

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Plat d’Iznik faïence, 1550-1560            

SANY0686.JPGPlat à décor inspiré d’Iznik 1866 (Manufacture Théodore Deck  Paris)          


Les échanges de la vie, comme des liens bleu ciel, illuminent notre imaginaire et influencent nos singulières destinées.

 

INFORMATION

Exposition 27.09.2013 – 09.02.2014

Villa Empain-Boghossian Fondation Adresse: Avenue Franklin Roosevelt 67, 1050 Bruxelles.

L’exposition est accessible tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 18h30. Elle est fermée au public le 25 décembre et le 1er janvier.

 info@boghossianfoundation.be