Trois grands problèmes de notre société belge en vieillissement.

La  presse  de ces derniers mois a reflété très exactement les tensions de notre société belge.

Le vieillissement de la population rendra certaines situations quasi ingérables.

journal

  • « En 2050, la Belgique comptera 390.000 déments ou malades d’Alzheimer ».

Journal Le Soir/ 30 août 2018. (1)

Il faut y ajouter  la conséquence qu’une personne âgée  est portée disparue tous les deux jours: entre 150 et 200 seniors fuguent chaque année en Belgique. Il s’agit généralement de personnes souffrant de maladies neurodégénératives.  Journal Le Soir/ 17 août 2018

  • « Seniors: la précarité menace plus que la santé. » »

Journal Vers l’avenir /1er septembre  2018 (2)

De nombreux aînés vivent dans l’isolement et la précarité.

  • De plus en plus de seniors veulent de la compagnie: « Nous ne pouvons pas aider maman, nous travaillons à temps plein« 

 Journal La Dernière Heure/ 24 août 2018 (3)

La génération sandwich, travaille et mène plusieurs combats de front entre enfants et parents.

En raison de la réforme des pensions, les gens devront partir plus tard à la pension alors que le temps passé comme aidant proche de parents âgés s’inscrit quasi dans cette même période d’activité prolongée.

En outre, la durée d’activité de l’aidant proche s’étale maintenant sur des années car elle croît avec l’espérance de vie qui augmente.

C’est un défi impossible tenir à long terme !

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(1) http://plus.lesoir.be/175763/article/2018-08-30/en-2050-la-belgique-comptera-390000-dements-ou-malades-dalzheimer

http://plus.lesoir.be/173437/article/2018-08-17/une-personne-agee-portee-disparue-tous-les-deux-jours

(2) http://www.lavenir.net/cnt/dmf20180831_01216594/analyse-seniors-la-precarite-menace-plus-que-la-sante

(3) http://www.dhnet.be/actu/societe/de-plus-en-plus-de-seniors-veulent-de-la-compagnie-nous-ne-pouvons-pas-aider-maman-nous-travaillons-a-temps-plein-5b7edf805532aa26ec010860

 

« Un clafoutis aux tomates cerises. » Véronique de Bure

Jeanne est une vieille dame de 90 ans. Son mari, René, est décédé.

Elle vit dans sa grande maison au milieu des prés, des bois et des vaches dans un village de l’Allier près de Vichy. Elle est en bonne santé  et reste autonome grâce à sa voiture. L’entretien de la maison est assuré par Angèle et un jardinier.

automne 3

Son fils s’occupe de ses papiers et des travaux de la maison. Elle est rassurée par la présence de ses voisins Marcelle et Fernand. Elle rend visite à ses amies, joue au bridge, va à la messe le dimanche, fait ses courses au supermarché, reçoit ses enfants.

Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l’hiver, sa vie quotidienne nous est relatée sous forme d’un journal intime.

L’auteur

Originaire de Vichy, Véronique de Bure est auteure et éditrice à Paris. Elle est l’auteur d’un roman, « Une confession » (Stock) et de trois récits, « Un retraité » (Stock), « Retrouver Estelle » (avec Éric Mouzin, Stock) et « J’ai mis mon fils chez les cathos » (Belfond). « Un clafoutis aux tomates cerises » (Flammarion, 2017) est son deuxième roman.

Commentaire

Je ne me souviens pas d’avoir mangé un clafoutis aux tomates cerises ni d’avoir rencontré une personne nonagénaire comme Jeanne.

La vie de Jeanne est très privilégiée, rare sans doute. Jeanne et ses amies savent bien que le terme de leur vie approche et jouissent donc de leur grande liberté, privilège du très grand âge. Elles vivent leur existence avec leurs limitations au niveau de la vue ou de l’usage des technologies. Actives, elles conservent leurs habitudes sociales.

Leur réussite est due à leur adaptation à leur cycle de vie, sans regret ni amertume de leur jeunesse.

L’âge ne doit pas être un sujet pénible et douloureux. Rire ou sourire des difficultés de la vieillesse permet de faire passer un message. Les difficultés de la vieillesse sont dépeintes  avec humour et constituent les meilleurs passages de ce livre : le quotidien dans lequel le temps ne s’écoule plus au même rythme, les priorités changeantes, les tours de la mémoire, le débarquement des enfants …

Ce roman présenté comme le journal intime d’une nonagénaire n’a pas été écrit par une personne âgée. Dans un roman, l’authenticité n’est pas requise: le lecteur doit savoir qu’il reste dans une fiction bâtie sur un recueil d’anecdotes ou d’histoires. Le procédé permet de jouir d’une liberté de ton et d’instaurer une certaine connivence mais le lecteur averti des particularités de la sphère senior le ressent.

Comme nous aimerions devenir des « Jeanne » à 90 ans, bien dans nos têtes et artères, avec un petit verre de vin blanc, au soir de nos vies!

Ce n’est pas ainsi que la réalité se présentera à la plupart d’entre nous.

Une phrase

« Et puis l’automne, c’est aussi du rouge, de l’orangé et de l’or en feuilles. C’est l’odeur d’enfance des marrons chauds, le goût sucré des raisins mûrs et la saveur boisée des poêlées de cèpes. »

Dans le parc du Château de Seneffe, un dimanche matin.

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« Rencontre Fontaine-Henri » 2008.  Félix Roulin

Le château  de Seneffe du XVIIIe siècle devenu Musée de l’Orfèvrerie est posé tel un joyau dans son écrin de verdure, un parc d’une vingtaine d’hectares. Nous avons trouvé ce cadre exceptionnel très reposant et agréable pour une balade matinale qui mêle nature et Art.

Le sculpteur Félix Roulin, passionné par les matières et les technologies, expose en plein air dans le Domaine du Château de Seneffe, une série d’œuvres confrontant des volumes abstraits et des fragments de corps humain en acier, bronze ou acier Corten.

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«Colonnes entre-elles». 1997. Félix Roulin

Les œuvres du sculpteur belge s’incorporent quasi naturellement aux caractéristiques de l’architecture du château et des jardins sans les trahir: l’Art du paysage !

L’étendue de verdure suit un tracé régulier développant une grande harmonie qui ravira les promeneurs en quête de sérénité. Des allées de tilleuls prolongent les galeries de la cour d’honneur et conduisent vers le grand bassin. Un jardin d’essences diverses  décore l’arrière du Théâtre.

canards

                 » La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la
poésie et la beauté à tous les êtres, à toutes les plantes,
qu’on laisse s’y développer. »
George Sand  (La mare au diable)

Le parc et les jardins sont ouverts tous les jours de l’année, sauf en cas d’intempéries, de 8 à 20h d’avril à septembre (de 8 à 18h d’octobre à mars).

Accès gratuit. Animaux domestiques et vélos non admis. La promenade est facile et ne présente pas de dénivellation importante.

Exposition temporaire en plein air des œuvres de Félix Roulin jusqu’au 11 novembre 2018.  

 

 

« Aphrodite et vieilles dentelles ». Karin Brunk Holmqvist

En Suède, Elida et Tilda, vieilles filles de 72 et 79 ans sont deux soeurs qui vivent relativement isolées à la campagne. Leur frère Rutger plus jeune, mais vieillissant aussi est instruit et s’ est installé avec sa famille, en ville. Elida et Thilda continuent de vivre dans un confort rudimentaire, avec des WC archaïques à l’extérieur de la maison. Elles se contentent de  peu et sont même rétives à la modernité. Elles font du café, des confitures, lisent le journal ou brodent.

chat noir

« Le gros matou noir de Molin est dans les fleurs d’Alvar, s’alarma Thilda »

Dans ce quotidien rude parsemé de quelques chamailleries, l’arrivée d’un voisin sexagénaire Alvar Klemens va bouleverser la monotonie. Les soeurs vont faire assaut de coquetterie et se lancer dans un grand projet: faire construire des toilettes à l’intérieur de leur maison! Pour financer cet aménagement, Elida et Tilda vont trouver une source de revenus. En observant ce qui se passe chez leur nouveau voisin, elles entrevoient l’occasion inespérée d’améliorer leur quotidien…

L’auteur

Karin Brunk Holmqvist, née en 1944 en Suède, a exercé plusieurs professions: assistante sociale, employée en maison d’arrêt..etc. Ensuite, elle réussit des études de sociologie et se met à écrire des recueils de nouvelles et de poèmes. « Aphrodite et vieilles dentelles » est son premier roman publié en 2015. Elle figure maintenant parmi les plus populaires écrivains suédois.

Commentaire

La vie est pleine de surprises. Une nouvelle relation dans le cercle d’un aîné peut lui amener un regain de vie, un souffle d’innovation. Pour les deux sœurs encore curieuses de tout, leur nouveau voisin est un messager d’idées actuelles et de références modernes bienvenues dans leur univers trop étriqué.

Le roman est aussi la démonstration exquise du sens de l’observation de certains seniors qui ont le temps nécessaire pour l’apprentissage et la réflexion. Leur longue expérience des choses et de la nature humaine leur permet de faire des liens inattendus.

Le passage du roman relatant comment leur couverture en patchwork parsemée de pièces assemblées où chaque carré a sa propre histoire est une idée émouvante. Peut- être une piste intéressante à exploiter dans les ateliers créatifs seniors ?

On découvre avec amusement et ébahissement les gaffes et audaces de ces deux sœurs, dans leur apprentissage de gestion de leur invention.

Le scénario est déjanté, avec un humour loufoque allié à un indéniable charme nordique. Ce que j’apprécie, comme beaucoup de lecteurs.

Une phrase

 «Alvar n’en finissait plus de manger. Il était comme un coq en pâte et complimentait ses voisines. Tilda et Elida mangeaient aussi de bon appétit. Les plats avaient toujours meilleur goût lorsqu’on avait de la compagnie

 « Aphrodite et vieilles dentelles ». Karin Brunk Holmqvist. Collection « J’ai lu »

Occultation des maltraitances causées par les seniors: les raisons. (3)

power maltraitancesFaire émerger la maltraitance causée par des seniors sur les aidants ou sur des tiers est très compliqué actuellement, en raison de 4 facteurs:

A  Il faut que la maltraitance soit détectée par la victime (tiers ou aidant).

Pour cela,

  • le rôle de proche aidant devrait être reconnu socialement: on en est si loin que beaucoup d’aidants évitent même de mentionner leur rôle à leurs amis proches.
  • la manipulation, les demandes exigeantes, le manque de respect de la personne aidée devraient être identifiés comme de la maltraitance. Souvent les aidants épuisés n’ont pas l’information utile pour détecter ce qui les détruit.
  • la victime devrait admettre son statut de victime. L’entourage ou les professionnels minimisent souvent l’abus subi, vu l’absence de traces. Ce désaveu des tiers provoque une accumulation d’émotions, de colère et de culpabilité chez l’aidant. La situation peut même s’alourdir et s’inverser quand la victime est vue comme « épuisée ou agressive », donc source du problème!
  • la victime remettrait en cause la balance inégale du lien d’aide et son jugement sur le senior auquel elle est souvent liée par des liens affectifs. Elle  n’a pas la neutralité du professionnel: le senior aidé n’est pas un patient mais un  père ou une mère à qui elle ne doit plus trouver d’excuse du genre « ma mère ne se rend peut-être pas compte ! » . Ce lien familial alourdit en fait le traumatisme subi.

A la question d’un jeune qui  me demandait «Pourquoi  tolère-t-on  des actes inadmissibles de la part du senior alors qu’on ne les accepte pas d’un jeune enfant? »

Il y a une différence de traitement effectivement. Comment l’expliquer? Nous avons tous intégré culturellement que dans le duo adulte/jeune enfant, le parent doit aider le jeune enfant à se construire pour quitter la dépendance qui le retient à son parent. Ce binôme constructif n’est pas possible avec un senior (sauf de très rares exceptions).  Même si le vieillard d’aujourd’hui est l’enfant d’hier, il n’y a pas eu de conditionnement sociétal spontané à s’intégrer dans un partenariat pour gérer sa fin de vie.  Le projet personnel* de l’aîné aidé s’oppose, dans la majorité des cas, à une idée de collaboration: le senior n’est pas instruit sur la dépendance dans laquelle il plonge et qu’il voit comme une régression. Cette frustration, cette inadaptation et la non-reconnaissance de la situation réelle se déversent bien souvent en vagues de reproches et en tensions supportées par les assistants qui subissent la « loi du senior ».

zone grise

B.  Notre société n’est pas prête à assumer les conséquences sociales de cette zone grise de maltraitance vis-à-vis des aidants naturels notamment, qui sont les piliers invisibles de la prise en charge de la dépendance. Dans les logiques actuelles d’économie en santé publique, l’aidant familial ou les aidants professionnels sont des acteurs clés d’une solidarité pour le maintien à domicile ou le soin  des seniors, alors que toutes les autres solidarités se délitent dans la société.

C.  Les phases de vieillissement de la personne sont peu connues pour beaucoup d’entre nous.

Être vieux dans notre société, qui prône la jeunesse et laisse ses aînés sur les bras de proches ou de professionnels saturés n’est pas réjouissant. La dépendance devient un drame personnel: une cassure pénible s’établit pour le senior avec la société, son statut et ses habitudes. De plus, le type de société qui révérait le grand âge a disparu notamment en raison du baby-boom du grand âge. Les aptitudes sociales d’échange et d’aide se diluent en raison de l’individualisme encore renforcé par l’attitude de certains seniors qui veulent « profiter » jusqu’au bout. Il y a peu de réflexion sur la relation aux autres, sur les handicaps de l’âge, et les nouveaux jeux de pouvoirs et dérives dans les relations d’aide au vieillissement.

D.  Certains seniors sont plus à risques que d’autres pour provoquer des maltraitances mais ne sentent pas concernés.

Face à l’augmentation de la longévité, la population  des seniors n’est pas homogène. La nature des violences provoquées par les personnes âgées est très liée à leur histoire,  à leur mode de vie mais aussi au fond à leur forte personnalité qui les laisse hors d’atteinte de toute médiation.

La situation ne semble pas prête d’évoluer.

« Qui n’a jamais pratiqué une seule fois dans sa vie l’aide à une personne dépendante ne sait rien de l’énergie que cela exige et rien non plus de la solidité psychique requise. A plus forte raison lorsqu’on fait cela toute l’année » Témoignage de Djam.

fleur mauve

 

 Un peu de bienveillance donc pour nos semblables et ceux qui ont ce statut d’aidants. Ce sont eux qui adoucissent les peines du grand âge !

***

 

 

 

* au nom de son autonomie  revendiquée….

Maltraitance des seniors: la face cachée. (2)

Le phénomène de la maltraitance envers les seniors est reconnu et socialement étudié.

les chardons

Il existe aussi une autre face cachée de maltraitance, aussi épineuse que des chardons. Des cas vécus me reviennent de plus en plus.

  •  Un lundi matin à Bruxelles, une vendeuse exténuée pleurait dans le magasin. Interpellée par un client, elle dit : «  Ce n’est rien… » Cette vendeuse avait véhiculé sa belle-mère nonagénaire le week-end pour aller chez le coiffeur et chez sa manucure. La vieille dame avait une fois de plus agressé sa belle-fille en lui disant que ce n’est pas avec un look comme elle avait qu’elle allait faire quelle chose de sa vie. De plus, l’aide qu’elle lui apportait n’était pas top puisqu’elle s’était même permise de boire une tasse de café en déposant les courses de sa belle-mère. Interpellée par son fils sur ses propos méchants, elle lui a répondu en riant «mais c’est ma tête, mon «Zheimer» (Alzheimer). « En est-elle atteinte ? » avons-nous demandé à cette vendeuse désemparée ? A part une évaluation de son médecin traitant, la nonagénaire n’avait vu aucun spécialiste et s’y refusait.
  • La grand-mère de Daniel, placée dans un home et est visitée régulièrement par toute sa famille, lui téléphone:  «On me maltraite…je suis en prison. Je ne mange pas car on ne me donne pas à manger. J’ai faim». Daniel, inquiet, quitte sa réunion de travail. En arrivant au home, il découvre les assiettes de repas dans la chambre:  en représailles envers une infirmière, sa grand-mère avait décidé de ne pas manger, en menaçant d’appeler un de ses enfants « qui a de l’influence ». Qui est maltraité en fin de compte ?
  • Dans plusieurs maisons de repos, j’ai eu l’occasion d’observer la situation du personnel d’origine étrangère systématiquement rabaissé et écarté par certains résidents.
  • La violence verbale joue même entre les pensionnaires : Natalia, réservée, n’ose plus descendre prendre ses repas dans la salle à manger d’un home tant les critiques des autres sont acerbes sur ses tenues ou sa façon de manger. Elle est maintenant victime d’angoisses. Elle a perdu 6 kgs. La direction n’a trouvé face à ce harcèlement de groupe que la seule solution de lui porter les repas en chambre.

Il est ainsi porté atteinte à la dignité ou à l’estime de soi de la personne aidante ou de tiers par des violences le plus souvent verbales, sous forme de dévalorisation (incompétence, poids, culture, fortune…), d’insulte, de menace, d’humiliation, d’injonctions diverses paradoxales,  de harcèlement, de chantage ou de menace.

Remarquons bien que ces  maltraitances ne constituent pas des actes isolés et s’inscrivent dans  une relation continue. La nature de cette maltraitance de seniors envers des tiers est un jeu de miroir de la maltraitance des aînés. On peut s’appuyer sur le fondement de définition donnée par l’OMS :

« La maltraitance des personnes (…) consiste en un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne  (…) qui en est victime ». *

Cette maltraitance des tiers ou personnes aidantes entraîne des conséquences psychologiques à long terme. Elle n’est pas un phénomène minoritaire, et n’est pas abordée dans le monde politique. Aucune mesure de repérage n’existe actuellement dans les pratiques belges. Cette tolérance des maltraitances causées par les seniors ou seniors + est indécente et inacceptable pour ceux qui en subissent les conséquences, et pour la vie en société.

musée
Musée canadien des civilisations

Au Canada, plus avancé que nous dans l’examen de cette question, c’est près de 30% des proches aidants qui seraient victimes de maltraitance dues aux seniors au cours de l’accomplissement de leur rôle ** !

* * *

* «La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. Ce type de violence constitue une violation des droits de l’homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales; les violences matérielles et financières; l’abandon; la négligence; l’atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect.  » (Organisation mondiale de la santé) »

** Or, une étude réalisée dans des pratiques familiales canadiennes, même si elle n’était pas officiellement conçue pour mesurer la prévalence, fait valoir des taux de mauvais traitements de personnes âgées se situant lui entre 12,0 % et 13 %.

 

 

 

 

 

 

 

 

La maltraitance et les seniors : cadre général (1)

Le 15 juin est la journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées. Cette journée alerte l’opinion publique sur  le phénomène inadmissible  et condamnable de maltraitance envers les personnes âgées.

Il y a de  nombreuses variations de définition du contenu de la maltraitance envers les seniors selon les pays.  L’Organisation mondiale de la santé (OMS)  a définit la  maltraitance des personnes âgées :

«un acte unique ou répété, ou l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime».

«Ce type de violence constitue une violation des droits de l’homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales; les violences matérielles et financières; l’abandon; la négligence; l’atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ une personne âgée sur dix serait confrontée à des maltraitances chaque mois.

Selon une étude belge, 19,7 % de « nos seniors » se sentent victimes de violences après leur soixantième anniversaire.

mélancolie genève b

Mélancolie (2012) Albert GYÖRGY . Genève.

La maltraitance est  aussi définie par l’article 378 du Code Wallon.

On entend :

  1. « maltraitance »: tout acte ou omission commis par une personne ou un groupe de personnes qui, au sein d’une relation personnelle ou professionnelle avec un aîné, porte ou pourrait porter atteinte physiquement, moralement ou matériellement à cette personne;
  2. « aînés »: les personnes âgées de soixante ans au moins;
  3. « intervenant »: toute personne liée à l’aîné, qu’elle soit membre de la famille, de l’entourage ou agissant dans un contexte professionnel.

Sont donc visés tous les actes répétés ou même isolés, même s’il n’y a pas intention de nuire, dans le cadre d’une relation  spécifique d’aide à l’aîné.

Cette relation de confiance n’englobe pas les liens qu’un aîné pourrait entretenir dans un cadre commercial. S’il y a abus, ce sera sanctionné pénalement. La loi du 26 novembre 2011 (1) a complété le Code pénal  pour incriminer l’abus de la situation de faiblesse des personnes et étendre la protection pénale des personnes vulnérables contre la maltraitance comme circonstance aggravante d’ infractions. Elle a aussi créé une infraction spécifique visée à l’article 442 quater du Code pénal :

« §1. Quiconque aura, alors qu’il connaissait la situation de faiblesse physique ou psychique d’une personne, altérant gravement la capacité de discernement de cette personne, frauduleusement abusé de cette faiblesse pour conduire cette personne à un acte ou à une abstention portant gravement atteinte à son intégrité physique ou mentale ou à son patrimoine, sera puni d’une peine d’un mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de cent euros à « mille euros ou d’une de ces peines seulement. »

À l’heure actuelle, toutes ces dispositions  de lutte contre la maltraitance sont utiles mais restent complexes à mettre en œuvre. Songeons au cas de la personne, souvent fort  âgée, victime d’escroquerie et confrontée aux lenteurs de la justice…(2). L’OMS  met même en doute l’efficacité de la plupart des interventions ou contrôles.(3)

Or, le risque de maltraitance de nombreux seniors va s’accroître dans le monde en raison de la longévité et du nombre de seniors de plus de 60 ans  qui devrait au moins doubler d’ici 2050.

La  prise en charge au long court des seniors (souvent une durée de 10 ou 20 ans pour les aidants naturels), l’impossibilité  des services publics de répondre à leurs besoins en raison des contraintes budgétaires, le maintien à domicile de seniors vulnérables ne peut que créer un climat propice aux diverses maltraitances.

Numéros d’appel en cas de maltraitance envers un senior ou de question à ce sujet:

 A Bruxelles,

Ecoute Seniors au  02/223 13 43 (Service d’Ecoute pour Personnes âgées maltraitées)

En Wallonie,

Respect Seniors: Appel gratuit : 0800 30 330 (Agence wallonne de lutte contre la maltraitance des aînés)

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  1. La loi du 26 novembre 2011 publiée au Moniteur belge du 23 janvier 2012.
  2. A 83 ans, une simple action en justice peut amener 5 années de procédure. (J’ai connu un dossier de cet type). C’est un défi très pénible. On pourrait y voir même une maltraitance supplémentaire pour l’aîné. Même sans intention de nuire, si on s’en tient à la définition du Code Wallon, une maltraitance est générée…par le pouvoir public.
  3. « Les données factuelles laissent penser que les services de protection des adultes et les visites à domicile effectuées par les services de police et les travailleurs sociaux pour des victimes de maltraitance peuvent en fait avoir des conséquences négatives et entraîner une augmentation de la maltraitance à l’égard de la personne âgée »