Bleu végétal avec Betty de Paris.

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La renouée des teinturiers utilisée par Betty De Paris

Comme convenu, nous revenons parler plus longuement avec Betty de Paris. Je la rencontre à la Villa Empain où elle expose actuellement ses créations dans le cadre de l’exposition «La route bleue».

Betty de Paris est artiste et experte en teintures végétales.

Dans les années 80 à Paris, une exposition sur l’art japonais pique sa curiosité. Son apprentissage du Japon commence à l’Université à Paris, ce qui lui donne le bagage indispensable pour étudier et travailler au Japon. «J’ai été initiée aux techniques d’impression au pochoir (katazome) et dès le début j’ai fait le choix des colorants naturels car ils étaient disponibles et largement utilisés même dans le prêt à porter à cette époque à Kyoto et correspondait à mon éthique de respect de la nature et des personnes. L’indigo est arrivé naturellement quand j’ai eu besoin de la couleur bleue et là je me suis tournée vers les spécialistes de cette couleur. J’ai pensé étudier cela en France et je me suis rendue à l’évidence que plus personne n’était capable de « monter cette cuve de bleue » naturelle. La préparation de la cuve de bleue est très particulière, demande des compétences étendues ».

L’artiste insiste sur l’aspect écologique de sa démarche.

Le plus gros secteur de l’industrie textile est le jean emblème de notre société de consommation.

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Il y a quelques mois, nous avons été sensibilisés par la situation des ouvriers turcs atteints de la silicose, maladie pulmonaire incurable provoquée par la méthode du ponçage de fabrication des jeans délavés ou usés. 

Un jean sur trois vendus dans le monde provient de Chine principalement de  la province de Guangdong. Xintang, la ville du jean, compte plusieurs milliers d’entreprises qui sont l’un ou l’autre maillon de la fabrication du jean. Il y aurait plus de 1 000 marques différentes. Si nous savons que cette part de marché provient de prix compétitifs dus à des conditions de travail et de salaires moins favorables, un autre aspect s’y ajoute. Dans certaines régions de Chine ou d’Inde, d’autres conséquences très graves pour la santé des ouvriers ou des populations sont provoquées soit directement par les manipulations du jean soit par l’impact environnemental négatif de cette fabrication textile.

C’est un colorant indigo synthétique, fabriqué en Allemagne qui donne sa couleur au jean. Ce colorant et d’autres produits chimiques associés se retrouvent directement rejetés dans les rivières créant une vaste pollution comme le décrit un reportage sur cette vallée du jean (Arte-Globalmag).

« Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques-uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d’eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques », explique Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace. Les eaux usées sont rejetées dans la rivière de Xintang

Certains efforts pour limiter cette nuisance environnementale ont été faits. Endiguer la pollution n’est pas simple d’autant que sont concernées des milliers de petites entreprises familiales et que la crise économique est là aussi présente et limite l’écoulement des jeans dans marché intérieur.

Une technique naturelle de teinture végétale indigo.

Suivant les spécialistes, les plantes « indigofères » seraient jusqu’à 300 mais une dizaine de ces plantes sont exploitées dans le monde. Betty de Paris présente celles utilisées en Europe : le pastel, le pigment d’indigotier indien qui historiquement a été le premier apporté en Europe et enfin la plante qu’elle utilise qui  lui vient du Japon, la renouée des teinturiers.

– le pastel ou la guède pastel.jpgest une plante herbacée annuelle, à fleurs jaunes qui fut très longtemps cultivée en Europe et en France pour la production d’une teinture bleue extraite des feuilles. La culture du pastel, sa fabrication sont à nouveau remis en valeur.

– l’indigotier des Indes est un arbuste avec une floraison rose poussant dans les régions tropicales. Ses feuilles contiennent un principe colorant bleu pourpré.


Pastel

 – la renouée des teinturiers ou Persicaire à indigo est une plante annuelle à fleurs roses, originaire d’Asie qui fut introduite au Japon dès le 4ème siècle. Les feuilles fournissent l’une des principales sources de bleu en teinture.  Cette plante très vigoureuse est classée parmi les espèces invasives  qui menacent la flore indigène. (A ne pas planter innocemment dans son jardin donc!)

betty 23.jpgC’est à partir de la renouée des teinturiers que Betty de Paris obtient la coloration indigo de pièces de tissus. Travaillant des tissus naturels comme le lin, le chanvre, la ramie et le coton, un pouvoir colorant très efficace est nécessaire. Or, le pouvoir tinctorial de la renouée est 20 fois supérieur à celui du pastel. La teinture tenace imprègne les paumes de l’artiste comme celle de ses maîtres japonais.


Photo (Vidéo Fondation Boghossian réalisée par Céline Gulekjian )

 

Les feuilles fraîches de la renouée sont broyées et ensuite plongées dans une cuve avec de la sorbe de bois et des racines fixatrices. Au cours de cette macération des feuilles, prolifèrent de petites bactéries. Après 8 jours, le magma libère une substance tinctoriale sous la forme d’une belle mousse verte. C’est un  processus de fermentation bactérien.

La matière de la cuve peut maintenir ses propriétés tinctoriales une année si elle est réalimentée en bactéries.

Le tissu à teindre est alors plongé dans la mixture de la cuve. Les tissus sortent jaunes puis verdissent avant de virer au bleu par l’oxydation de l’air: c’est une transformation chimique naturelle. Retirée de la cuve, essorée, la pièce à teindre peut y être replongée pour atteindre le ton souhaité.

Les nuances de bleu sont infinies et dépendent du nombre de bains mais aussi des facteurs extérieurs comme la température et les manipulations. Pour obtenir des tissus bleus avec des dessins blancs, des techniques de dessins avec ligatures et coutures préservent les zones du colorant.

Art et transmission.

Betty de Paris travaille avec d’autres couleurs végétales mais l’exposition « La route bleue » montre évidemment les œuvres indigo.

kimono 1.jpgLes créations très pointues qu’elle réalise sont regroupées en séries et rendent hommage à l’industrie textile. 

L’artiste fait le lien entre le passé et le futur, entre des techniques végétales naturelles que nous utilisions jusqu’au 19 ème siècle et qui représentent des alternatives à la disparition de colorants chimiques toxiques.

Sa pratique respectueuse de l’environnement est une piste pour d’autres acteurs textiles utilisant des colorants nocifs.


Tableau de la série «Vêtements du monde»

Betty de Paris enseigne et transmet son précieux savoir via des formations et cours.
Elle organisera en mai prochain un stage de deux jours d’ initiation à la cuve d’indigo dans son atelier à Paris.

Grand-Place de Bruxelles drapée de lumières.

A l’occasion des fêtes de fin d’années, nos villes se parent, s’illuminent et permettent des promenades festives dans leurs rues. La Grand-Place de Bruxelles s’est drapée de lumières et le résultat est ravissant.

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Avec des douces lumières de coloris variés donc un éclairage bleu, un spectacle anime avec prestige le célèbre patrimoine architectural de la Grand-Place. Patrick Rimoux, sculpteur de lumière français et Dan Lacksman, musicien-producteur belge ont réalisé ce spectacle son et lumière inédit de 15 minutes.

BruxellesNoel2013 Vidéo : court extrait du spectacle « Magical History City » Plaisir d’hiver 2013, Grand-Place de Bruxelles.

Patrick Rimoux- Dan Lacksman

«Magical History City»nous fait voyager sur la Grand-Place dans le temps depuis l’époque médiévale, le bombardement de 1695, la reconstruction des bâtiments jusqu’à nos jours. La qualité du son est tout aussi remarquable et nous emmène en compagnie de Telex, Lio, Deep Forest.

Ce spectacle est la première œuvre issue du plan lumière complet souhaité par la ville de Bruxelles. Patrimoine mondial de l’UNESCO, le site draine parfois 30.000 visiteurs par jour. La ville souhaitait disposer d’un nouveau dispositif à la hauteur du site avec un système permanent et global d’illumination et de sonorisation qui puisse créer une ambiance vivante sur les îlots de façades sur la Grand-Place. Le système d’illumination devait être moderne, flexible avec une faible consommation. Le nouvel éclairage entièrement réalisée en LED génère plus de 80% d’économie d’énergie. 220 jours de travail ont été nécessaires et plus de 1600 projecteurs LED pilotés individuellement ont été installés sur la Grand-Place. Outre la lumière, les aménagements comprennent la pose d’une nouvelle sonorisation sur la Grand-Place.
Lors d’événements majeurs ou spécifiques, cette solution technologique grâce à une régie de commande centralisée dans l’Hôtel de Ville permettra de créer des jeux de lumière infinis et offre un espace de création à
des artistes concepteurs lumière qui prendront alors les commandes de cet outil exceptionnel.

Ce projet a été financé par Beliris à concurrence de 3,5 millions d’euros. La mise en valeur par le son et la lumière de la Grand Place de Bruxelles a été conçue et réalisée par l’association momentanée de deux concepteurs de lumière Isabelle Corten – Patrick Rimoux.

N’hésitez pas à vous rendre dans le centre historique de Bruxelles pour admirer le résultat féérique de la Grand-Place colorée avec le splendide accompagnement musical.

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Infos :

Sur la Grand-Place du 29 novembre 2013 au 5 janvier 2014.

Le spectacle est lancé toutes les heures du lundi au jeudi entre 17h et 23h et toutes les 30 minutes du vendredi au dimanche.

Sites internet: transparence et mentions légales.

Stéphanie, qui rencontrait quelques soucis informatiques avec un nouvel ordinateur, pensait avoir trouvé l’aide nécessaire via un site internet qui propose de dépanner les seniors à domicile. Elle avait trouvé l’adresse de ce site dans un magazine et m’a demandé, prise d’un petit doute, si je connaissais l’entreprise. Non, je ne la connaissais pas mais je consulte le site qu’elle m’indique, bien réalisé techniquement et attirant.

Et surprise! Aucune mention légale n’y figure. Impossible de déterminer l’identité de l’entreprise ou un responsable!

–       – Pas de nom.

–       – Pas d’adresse.

–       – Pas de numéro d’entreprise.

Seul figure un numéro de GSM pour prendre contact.

Chaque année, internet séduit de plus en plus de seniors. Les secteurs des voyages, des loisirs, de l’informatique, de livraisons à domicile, des services d’aide et de dépannage figurent dans le groupe des prestataires qui bénéficient de cet intérêt des seniors.

Beaucoup de sites belges même très spécialisés ne respectent pas la transparence demandée par la loi belge au sujet des informations précises d’identification à fournir aux destinataires internautes. Ces négligences involontaires ou oublis stratégiques (aucun numéro de téléphone ou adresse) devraient semer le doute du consommateur.

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Sites internets qui avancent masqués ?

Les prestataires de services sur internet sont tenus de se dévoiler et de respecter les obligations légales relatives à la protection du consommateur, la vie privée, les droits d’auteur, les pratiques du commerce, et les législations relatives à leurs secteurs d’activité.

En l’absence de mentions légales, l’internaute ne pourra exercer aucun de ses droits: il n’a aucun point de référence et donc aucune protection. Il ne peut s’informer ou réclamer. Il ne sait pas non plus qui va lui fournir effectivement le service commandé ou d’où viendra le produit qu’il achète en ligne.

Tout éditeur de site internet qu’il le fasse de manière professionnelle ou personnelle doit assurer un accès facile, direct et permanent aux informations de base concernant ses activités: nom, adresse, email, numéro d’immatriculation au registre du commerce, titre professionnel et affiliation à des organismes professionnels, numéro de TVA, …*

Pour les sites web, il s’agira d’afficher en bas d’écran de chaque page un lien hypertexte renvoyant à ces mentions.

Malgré l’harmonie ou la fluidité d’un site, restez vigilants en tant que consommateurs. Songez avant de finaliser une commande ou un accord de services, à vérifier la présence et la pertinence de ces informations essentielles qui peuvent vous protéger si les choses se passaient mal.

Stéphanie a finalement fait appel, avec sagesse, à un spécialiste de sa région dont elle avait toutes les coordonnées et qui l’a efficacement dépannée.

 

*11 mars 2003. – Loi sur certains aspects juridiques des services de la société de l’information
  Chapitre 3:  Information et transparence.
  Art 7. § 1er. Sans préjudice des autres exigences légales et réglementaires en matière d’information, tout prestataire d’un service de la société de l’information assure un accès facile, direct et permanent, pour les destinataires du service et pour les autorités compétentes, au moins, aux informations suivantes :
1° son nom ou sa dénomination sociale;
2° l’adresse géographique où le prestataire est établi;
3° ses coordonnées, y compris son adresse de courrier électronique, permettant d’entrer en contact rapidement et de communiquer directement et efficacement avec lui;
4° le cas échéant, le registre de commerce dans lequel il est inscrit et son numéro d’immatriculation;
5° dans le cas où l’activité est soumise à un régime d’autorisation, les coordonnées de l’autorité de surveillance compétente;
6° en ce qui concerne les professions réglementées :
a) l’association professionnelle ou l’organisation professionnelle auprès de laquelle le prestataire est inscrit,
b) le titre professionnel et l’état dans lequel il a été octroyé,
c) une référence aux règles professionnelles applicables et aux moyens d’y avoir accès;
7° dans le cas où le prestataire exerce une activité assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, le numéro d’identification visé à l’article 50 du Code de la taxe sur la valeur ajoutée;
8° les codes de conduite auxquels il est éventuellement soumis ainsi que les informations relatives à la façon dont ces codes peuvent être consultés par voie électronique.
§ 2. Sans préjudice des autres exigences légales et réglementaires en matière d’indication des prix, lorsque les services de la société de l’information mentionnent des prix, ces derniers sont indiqués de manière claire et non ambiguë et précisent notamment si les taxes et les frais de livraison sont inclus.

«Emily» Stewart O’Nan

Veuve depuis 7 ans, Emily fait face avec dynamisme aux ennuis de l’existence journalière dans un quartier paisible de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Elle a, au loin, des enfants et petits-enfants. Au quotidien elle passe beaucoup de temps avec sa belle-sœur, Arlène, des voisins comme Marcia, une femme de ménage Betty et surtout son chien vieillissant Rufus. Elle aime la musique classique, les musées, les petits repas copieux. A 80 ans elle jouit d’une bonne  santé et ne manque de rien.

Emily reconnaît que la chance a irrigué toute sa vie et qu’elle a une certaine habileté à gommer les désagréments de l’existence.

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A mesure que les flocons gonflés d’eau descendaient vers le fond, les poissons s’élançaient pour les intercepter et les avaler ( p. 36)

L’auteur

L’écrivain américain Stewart O’Nan est en 1961 à Pittsburgh en Pennsylvannie aux Etats- unis. C’est un ancien ingénieur en aérospatiale. Spécialiste du roman noir, il excelle aussi comme observateur de l’intérieur de la famille ou de la société américaine.

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Commentaire

Dans ce huitième roman qui a pour cadre sa ville natale, Stewart O’Nan, dépeint avec justesse le quotidien d’une dame âgée, Emily. Ce n’est pas une héroïne mais simplement une dame qui doit au jour le jour composer avec son âge. Emily découvre la solitude et une nouvelle liberté. Elle s’organise et effectue les nouveaux apprentissages indispensables pour continuer son chemin.

 



La phrase

«Elle avait eu tellement de chance qu’elle se retrouvait tragiquement mal préparée à la vieillesse». «Emily». Steward O’Nan. Editions «Points», page 294

Emily, traduit de l’anglais (États-Unis), par Paule Guivarch, L’Olivier, 2012

51 nuances de bleu sur notre route.

Après avoir cerné les contours lointains d’un paysage l’âge grisonnant, reprenons nos jalons bleus pour dessiner nos itinéraires actuels. Car chaque périple individuel se nourrit du dialogue avec les autres, familles ou amis, et peut s’enrichir par le partage de l’environnement culturel ou artistique.

Empruntons donc «La route bleue», chemin d’artistes et d’artisans proposé à la Villa Empain et qui suit les traces de l’ancienne Route de la Soie de la Méditerranée à la Chine.

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Quel paisible dimanche matin de novembre où la bruine picote la piscine turquoise de la villa Empain, siège de la Fondation Boghossian qui favorise les projets et initiatives permettant d’ouvrir le dialogue entre les cultures d’Occident et d’Orient. L’exposition est magnifiquement portée par le cadre art déco de la villa.

 

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Coffre avec porteurs, époque Kianlong (1736-1795)

Ne vous attendez pas à trouver de grandes malles de voyage débordant de lourdes étoffes soyeuses bleu roi ou pervenche mais un gracieux coffret bleu paon et sarcelle par exemple.

 

Dès le salon d’entrée, nous avons laissé notre quotidien et l’avenue boisée derrière le grand damier bleu et blanc de Betty de Paris, artiste plasticienne complice de la nature et des méthodes traditionnelles de teintures végétales. Dans une série de créations raffinées sur toile, elle explore les nuances de l’indigo. Nous y reviendrons.

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Le réseau complexe de la route de la soie, avec ses pistes commerciales multiples par lesquelles ont transité  pendant des siècles de nombreuses marchandises entre l’Asie et l’Europe, a été noué en bleu royal par l’artiste bruxelloise Arlette Vermeiren.

route bleue 2013 132.JPGPour suivre, nous pourrions volontiers endosser l’uniforme en satin de soie indigo d’un fonctionnaire chinois du XIXème siècle.

 Veste de fonctionnaire civil, Chine, dynastie Qing

(Musée Guimet. Paris)

 

 

Chaque œuvre est une cristallisation des préoccupations de son créateur et nous amène à réfléchir aux errances de notre monde ou sur nous-mêmes. Ainsi la majestuosité des cinq grands vases installés devant la piscine masque la gravité des scènes qui décorent la porcelaine. Car l’artiste libanais Raed Yassin y représente la guerre civile libanaise, avec des soldats, tanks, avions et villes bombardées.

A l’étage, le visiteur contemple un jardin aérien, composition de nymphéas bleus et bleu foncé avec des fleurs nacrées de papier irisé, réalisée par Isabelle de Borchgrave.

L’artiste indien Desmond Lazaro s’interroge sur nos racines notamment avec «The Baptism Certificate Study». Sur du papier Sanganer, du nom d’une petite ville près  de Jaipur en Inde, connue pour ses papeteries spécialisées dans le papier fait à la main, il peint avec un pigment de nature minérale réalisé à base de pierre semi-précieuses (lapis-lazuli et malachite). La création minuscule «We are so lighthy here»  de l’artiste turque Hale Tenger  nous renvoie à notre paysage intérieur et à la précarité de la vie.

Quel équilibre garder dans tout ceci? C’est la question posée par l’artiste Mehdi-Georges Lahlou. Equilibre ou déséquilibre que traverse la vie?  Que portons-nous? Quelle est la part d’ombre aussi? Quelle est notre résistance?

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 Equilibre au vase

Mehdi-Georges Lahlou

Courtesy Transit Gallery Malines/Mechelen. 

 

Dans toutes ses nuances et sous toutes les formes, l’azur est décliné par les très nombreuses  créations présentes d’artistes et artisans d’Orient et d’Occident, anciens ou contemporains.

Malgré le temps et la distance, les anses et les teintes bleues sombres relient ces deux vases.

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Vase à décor de pêche et de chauve-souris 1874 (Manufacture Théodore Deck Paris) et Vase 1736-1795 Dynastie Qing (Chine)

 

  Parfois  l’un est l’inspiration de l’autre:

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Plat d’Iznik faïence, 1550-1560            

SANY0686.JPGPlat à décor inspiré d’Iznik 1866 (Manufacture Théodore Deck  Paris)          


Les échanges de la vie, comme des liens bleu ciel, illuminent notre imaginaire et influencent nos singulières destinées.

 

INFORMATION

Exposition 27.09.2013 – 09.02.2014

Villa Empain-Boghossian Fondation Adresse: Avenue Franklin Roosevelt 67, 1050 Bruxelles.

L’exposition est accessible tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 18h30. Elle est fermée au public le 25 décembre et le 1er janvier.

 info@boghossianfoundation.be

Compromis de vente en Belgique et à Bruxelles.

Lorsqu’un vendeur et acheteur s’orientent vers un accord pour l’achat d’un bien immobilier en Belgique, ils s’engagent souvent par un écrit appelé compromis provisoire ou «compromis de vente ».

Ce compromis signé par les parties vaut vente : tout est joué

 

  1. Cet accord lie définitivement le vendeur et l’acheteur. C’est le contenu de ce document qui  détermine ce qui est acheté et fixe les droits et obligations de part et d’autre. Il ne sera pas possible de renégocier ou de poser d’autres conditions.
  2. Le compromis donne également lieu à la perception d’un impôt élevé, dénommé  droits d’enregistrement* dus au plus tard quatre mois après la signature du compromis de vente, quels que soient les événements fâcheux qui pourraient survenir.
  3. Pour garantir l’engagement, un acompte de 10 % de la valeur du bien est généralement demandé et une indemnisation du vendeur précisée si la vente ne se réalise pas comme prévu.

 

Le compromis avec condition suspensive: une porte reste ouverte…

La vente signée dans le compromis est définitive sauf si on y inclut une condition suspensive qui liera la vente à la survenance d’un fait futur incertain. Dans ce cas, le compromis de vente laisse une porte ouverte: tant que la réalisation de la condition n’est pas survenue, la vente est suspendue.

 

Condition suspensive de prêt: dans le compromis, c’est la clause courante demandée par le candidat acheteur qui sollicite un prêt hypothécaire à sa banque:

  • Au moment de l’obtention du prêt hypothécaire, la vente prévue dans le compromis  affecté de cette condition suspensive sera effective, et les droits d’enregistrement  seront dus.
  • En cas de refus du crédit hypothécaire dans le délai précisé dans la clause, le candidat–acheteur est délié, peut sortir de son engagement grâce à la porte ouverte par cette condition: la vente est inexistante. L’acompte lui sera remboursé diminué d’une indemnisation équitable du vendeur; à cause de l’indisponibilité du bien sur le marché, le vendeur subit une perte qui doit être indemnisée car il a été bloqué et retardé de plusieurs semaines dans le processus de sa vente.

La clause suspensive a une durée limitée dans le temps. Passé le délai de la clause suspensive, la vente est considérée comme ferme et définitive. Après ce terme, l’annulation par l’acheteur pourrait entraîner la perte de son acompte.

La condition suspensive de prêt n’est pas une porte de sortie qui permet de se raviser selon son humeur mais uniquement une porte de sortie pour se dégager d’un achat en cas de la non-obtention du prêt. Cela signifie que le candidat-acheteur est tenu de tout faire pour obtenir le prêt aux conditions du marché, dans le délai imparti et en se présentant si nécessaire à plusieurs établissements de crédit. En cas d’échec, il est tenu de communiquer les preuves écrites d’un refus éventuel, au vendeur ou à son notaire.

Quelle que soit la situation, il est toujours utile d’insérer dans le compromis, une clause suspensive qui donnera une marge d’appréciation et de manœuvre en cas de souci. Outre la condition suspensive de prêt, d’autres types de conditions suspensives sont envisageables : ainsi celle qui suspend la vente au fait que l’acte authentique de vente de votre maison actuelle soit finalisé à la date prévue, à votre nomination prochaine dans la localité si vous y avez postulé un emploi vacant, aux confirmations ou résultats  favorables d’investigations nécessaires à votre projet par des architectes ou hommes de métier  (absence de mérule, de pollution, nature du sol, possibilités d’extension…), au fait qu’aucune infraction d’urbanisme ne soit constatée.

S’il s’avère que la condition n’est pas réalisée et que le bien ne correspond finalement pas à ce qui avez été avancé et convenu, vous aurez la possibilité de vous délier de votre engagement par cette clause suspensive, sans payer les droits d’enregistrement sur la vente.

 

Si l’acheteur est défaillant et qu’aucune condition suspensive ne figure dans le compromis de vente?

Région Bruxelles-Capitale.

Ce serait le pire scénario. Tout a été joué au moment des signatures du compromis.

Toute circonstance ultérieure modifiant l’accord initial entre le vendeur et l’acquéreur ne permet plus, en principe, d’échapper au paiement des droits. Les acheteurs et vendeurs sont même tenus solidairement à payer des droits d’enregistrement sur une vente qui ne se réalisera pas (faute de prêt, par exemple) à l’échéance des 4 mois après la signature du compromis ou avant, si un délai de passation d’acte authentique plus court a été fixé.
Dans cette région,  le vendeur peut opter pour une action judiciaire qui obligera la partie défaillante soit l’acheteur à acquérir le bien. Les parties acculées tentent souvent par une procédure judiciaire d’obtenir l’annulation ou la résolution de la vente (avec de gros frais en vue et de fortes indemnités) avec l’espoir
éventuel d’obtenir la restitution des droits d’enregistrement. Pour justifier de telles demandes en annulation ou résolution dans les délais requis, il faut pouvoir avancer des arguments valables: un simple accord des deux parties n’est pas suffisant!

Attention ! Mise à jour 2017 : Bruxelles-Capitale a assoupli ce régime en 2017 et s’est alignée sur les deux autres régions, en matière d’annulation de compromis de vente. Depuis le 1er janvier 2017, il est possible d’annuler un compromis de vente à Bruxelles, si les parties sont d’accord et de procéder, en payant 10 euros, à l’enregistrement de la convention d’annulation dans l’année du compromis de vente annulé.
 

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 La Flandre et la Wallonie.

La Flandre et la Wallonie (et maintenant le région de Bruxelles-Capitale) ont une législation qui permet d’éviter ce scénario catastrophe.

Dans ces deux Régions  si les parties se mettent d’accord, il est possible d’éviter la procédure judiciaire. Le contenu des deux législations est fort semblable. Les parties présentent au service fiscal local une convention d’annulation, de résolution ou de résiliation amiable de la vente et paient une taxe d’enregistrement  au droit fixe de 10 € pour chacun  des documents, si le compromis de vente n’a pas encore été constaté par acte authentique et s’il ne s’est pas écoulé plus d’un an entre le compromis de vente et la convention de résolution ou d’annulation.

La perspective d’une action judiciaire longue, coûteuse, ainsi que le blocage de l’immeuble à vendre amènent des parties raisonnables à s’entendre sur cette voie amiable au coût modique.
 

A défaut d’accord entre elles, si une de parties ne peut ou veut pas exécuter les engagements du compromis, il reste à l’autre à actionner la voie judiciaire avec l’option de demander soit une condamnation à passer l’acte de vente soit l’annulation ou la résolution de la vente ainsi que le paiement de dommages et intérêts.

 

Avant la signature du compromis, consultez votre propre notaire

En matière immobilière, mieux vaut ne pas se lancer dans un achat impulsif !

Analyser en profondeur tous les aspects d’une vente immobilière avant de signer le fameux compromis évitera de graves déconvenues.

 

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 « Conversation in Nice » par Jaume Plensa

Après la conversation, vigilance extrême pour la signature d’un compromis …

 

L’importance du compromis est telle que tout doit y être clairement formulé, non seulement les conditions suspensives mais tous les autres aspects comme la description exacte du bien.

Préalablement à la signature du compromis et pour en vérifier la teneur, il est capital pour l’acheteur d’être assisté par son propre notaire (en principe, cela n’engendre aucun supplément d’honoraires). Le compromis peut être signé chez un des notaires, celui du vendeur et de l’acquéreur, sans frais supplémentaires. Par la suite, les deux notaires interviennent pour acter la vente de manière authentique et se partagent les honoraires.

Outre la régularité et la sécurité de l’opération souvent mieux garantie, l’acompte versé par l’acheteur est aussi conservé par un des notaires. Toutes les complications du parcours de vente (prêt éventuel refusé, etc…) se gèrent plus efficacement par leur canal et les intérêts des deux parties semblent aussi mieux sauvegardés.

 

* Le taux du droit est de 12,5% en région wallonne et en région bruxelloise, 10% en région flamande. Il peut parfois faire l’objet de  réductions.

«Tout ce silence » Véronique Gallo

Silence.

Parfois une injonction disciplinaire.

Parfois un moment de gravité ou de compassion.

Parfois une affliction cachée derrière une discrétion insondable.

C’est ce silence qui habite Prisca, Italienne, immigrée, devenue  témoin de Jéhovah.

Prisca a 79 ans. On lui annonce un cancer des os. Face à sa détresse, sa petite fille n’a que des gestes de tendresse pour sa grand-mère qu’elle va accompagner et soutenir durant une année marquée par le déclin de la santé. Sous forme de flashbacks, sa petite-fille met en parallèle les phases de la maladie avec les moments charnières de l’existence de cette humble femme.

La vie de Prisca, un drame ? Non une tragédie contenue dans le silence.

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                      La montagne est faite de silence (p19)                                  Autriche


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L’auteur

Née en 1976 à Liège, licenciée en langues et littératures romanes, Véronique Gallo est comédienne et dramaturge.

Avec «Tout ce silence» qui est son premier roman paru en septembre 2012, l’auteur réalise un travail de mémoire en traçant le portrait de sa grand-mère durement éprouvée tout au long de sa vie.


La phrase

« …, ton destin n’est plus qu’un long ruban que je tiens entre les mains de ma mémoire et ta mort prend tout son sens: c’était le seul moyen de te libérer de tout ce silence contenu »

«Tout ce silence », page 109. Véronique Gallo.

Editions «Littérature ouverte. Desclée De Brouwer», 

Vieillir aujourd’hui … nostalgie.

Dans les temps anciens, comme nous venons d’en parler, mieux valait que les aînés s’agrippent aux cocotiers ou se raccrochent aux branches pour survivre.

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Tenerife/ taille des palmiers

Aujourd’hui, les progrès de la médecine, de la diététique, de la technique (lunettes, prothèses auditives, …), de la protection sociale et juridique ont considérablement amélioré la vie en bonne santé des personnes. Les aînés, de manière collective, ne sont ainsi plus mis à l’écart du groupe social.

Cependant, notre société valorise au maximum les valeurs d’autonomie et de jeunisme. Une certaine dichotomie naît dans le regard de la société  porté sur les personnes âgées selon que leur vieillissement renvoie une image favorable ou négative. L’attitude de la société sera très bienveillante envers les seniors « adaptés », toniques, sportifs et argentés : c’est d’ailleurs cette seule image que la publicité utilise et véhicule. Mais le grand âge avec ses infirmités, sa dépendance, évolution au demeurant naturelle, reste une représentation complexe et épineuse à assimiler pour la société. Il en va de même pour la personne âgée confrontée à la dépendance.

Avec de bons soins, même bien intégrés socialement et respectés, les grands seniors, malgré tout, peuvent se sentir marginalisés et éprouver une nostalgie certaine « de leur temps », un temps passé qu’ils idéalisent. Il ne s’agit pas là de préjugé, mais bien de leur ressenti individuel, d’une émotion teintée de souvenirs et de regrets. L’expression de cette peine peut être sinon culpabilisante, du moins douloureuse à entendre pour les familles.

En effet, beaucoup de « seniors+ » connaissent ce sentiment légitime de solitude existentielle: leur compagne ou compagne sont décédés, leurs pairs disparaissent, les rituels collectifs (mariages, fêtes de famille…) s’effacent. S’ajoutent les barrières créées par des situations ardues à gérer ou des périodes de retrait dues à la maladie. Le monde extérieur est dirigé par de plus jeunes qu’eux et a changé du tout au tout avec les technologies modernes. Le quatrième âge est aussi une classe sociale qui n’intervient quasi plus au niveau de la vie sociale ou politique.

C’est dans ce groupe des plus de 85 ans que le sentiment de solitude est le plus élevé : il n’est donc pas étonnant que certains grands seniors évoquent ou se retournent toujours vers le passé plus gratifiant de leurs propres parents. Il leur semble que ce vingtième siècle « passé » était plus axé sur des relations familiales déférentes, et offrait à leurs parents un autre statut social. D’autres octogénaires parviennent à tourner cette page en opérant les petits renoncements ou ajustements indispensables à la poursuite de leur vie.

Gommer les conséquences affectives, psychologiques ou sociales des aléas d’une vie longue est un défi impossible  pour quiconque. Cela relève du mythe!


Sans être parfaite, la prise en charge des difficultés du grand âge est beaucoup mieux assurée et encadrée aujourd’hui. Elle n’a plus rien à voir le sort d’abandon ou d’exclusion sociale réservé à nos aïeux.

Heureusement !

Secouer le cocotier…

Les discussions autour du vieillissement n’échappent pas aux préjugés, idées fausses ou mythes. Regardons le préjugé relatif au traitement porté par la société aux personnes plus âgées au cours de l’histoire: les seniors auraient toujours bénéficié d’attention, de respect, de solidarité, bien plus en tout cas que ce que leur offre l’époque actuelle.

Secouons un peu le cocotier.

Penchons-nous d’ailleurs sur cette expression tonique signifiant que pour obtenir un résultat, on agit en bousculant les habitudes.

Derrière ces mots se cache pourtant une pratique forte et brutale de certaines ethnies primitives polynésiennes. Les vieux grimpaient au cocotier qu’on secouait pour réaliser la cueillette; s’ils ne parvenaient pas à s’agripper et tombaient, on les achevait.

Dans les temps anciens, « vieillir » aurait été plus simple car un grand respect existait envers les personnes âgées. 

Ce fut sans doute un peu vrai dans la Grèce antique et dans certaines sociétés orales (1), où les personnes âgées transmettaient un savoir, la mémoire du peuple ou la sagesse. Comme maîtres ou sages, les anciens étaient respectés. Mais ces sociétés comptaient  alors peu de personnes qui puissent atteindre un âge vénérable et leur âge voisinait avec la cinquantaine…

Bien plus souvent au cours des temps, les personnes âgées furent malmenées.

·     S’ils ne pouvaient plus contribuer au travail commun, les coutumes poussaient les anciens de certains peuples à quitter volontairement la vie, ainsi la tribu Nunaga au Canada. De même, le film de 1983 «La balade de Narayama» raconte qu’au Japon, les habitants arrivant à l’âge de 70 ans s’en allaient mourir volontairement au sommet de Narayama,«la montagne aux chênes».

  • Dans les sociétés primitives et agricoles, les personnes âgées restèrent très longtemps  au travail comme les enfants d’ailleurs. Il n’y avait pas de retraite et les personnes âgées continuaient à tenir les fermes ou à travailler aux champs. Dans ce cadre de fonctionnement, ils avaient leur place. S‘ils perdaient la capacité de travailler, ils devenaient une charge, pouvaient être jetés hors de la maison  et obligés de mendier.

Dans ces divers cas, la place des personnes âgées dépendait des conditions économiques. Si les conditions devenaient défavorables, les personnes âgées menaçaient la survie du groupe. Le groupe primait alors sur l’individu livré à lui- même, malgré son âge.

  • Au Moyen-âge, le parcours de nos aïeux étaient en outre gâché par les maladies -la lèpre, la peste, l’ergotisme (2)-, les incendies, les guerres, les famines. La seule bénédiction pour eux dans cette période brutale fut celle de la religion chrétienne. L’accent fut mis sur la compassion  due à tout être humain, quel que soit son âge.

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l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines

 

  • A partir du 12me siècle dans nos régions des comtés de Flandre et de Hainaut, des monastères et hospices de l’Eglise accueillirent les vieillards hors d’état de subvenir à leurs propres besoins. Ils les sauvèrent souvent d’une mort dans la rue. Petit à petit, ce fut un signal pour un changement de réflexion et de comportement de toute la société.

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Ainsi l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines accueillait les pauvres malades, indigents ou vieux, les laissés-pour-compte de la société comme l’hôpital Saint-Jean de Bruges qui  fut l’un des premiers vers 1180 à faire cet accueil (3).

 




En regardant l’échelle du temps de manière historique et collective, « vieillir » était affreux. Le sort de nos ancêtres était loin d’être enviable. Inutile de vouloir retourner en arrière, n’est-ce pas ?

(1) Les tribus hébraïques ont fait preuve d’un plus grand respect à l’égard des anciens mais cela ne dura qu’un temps.
(2) Empoisonnement causé par un champignon qui infecte les céréales et l’ergot de seigle en particulier. L‘ergotisme est également connu sous le nom de mal des ardents et feu de Saint-Antoine.
(3) Les hospices de Beaune apparurent bien plus tardivement, au 15e siècle.

L’été indien de la vie. Et après ?

Selon le psychiatre américain Edwin Scheidman, l’été indien de la vie, période douce et agréable, commence à 70 ans.

Et après ? Un certain nombre de seniors continuent leurs activités quotidiennes et voyagent dans le monde sans angoisse.

Sur le site de Pamukkale en Turquie, patrimoine mondial de l’UNESCO, un guide me rapportait qu’il lui arrivait maintenant de guider des groupes du 4ème âge avec des personnes âgées de 80 à 92 ans. Même dans les groupes de jeunes septuagénaires, il y a fréquemment 5 ou 6 personnes porteuses de prothèses sans compter les autres problèmes de santé sous contrôle (diabète, cancer, problèmes cardiaques) mais qui accomplissent sans rechigner toutes les visites.

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Longtemps, la soixantaine fut considérée comme la porte d’entrée de la vieillesse.Selon une enquête relayée par Atlantico, à la question «A quel âge est-on vieux ?», les Français répondent 68 ans comme un âge moyen de début de vieillesse.

Aujourd’hui, être vieux n’est plus seulement une question  de chiffres, d’années ou de saisons. Chacun a sa propre perception. Même les seuils d’appréciation reconnus par la société sont volatils et ne cessent de grimper.

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 Erik Satie (1866- 1925 pianiste et compositeur français)
Jardin des personnalités à Honfleur

« Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux » écrivait Erik Satie dans les Cahiers d’un mammifère.

Mais quels seraient les signes ou les premières gelées d’automne de notre vieillesse?

« Désormais, comme l’ont notamment montré les travaux de Patrice Bourdelais (1), il faut atteindre 75-80 ans pour ressembler, en termes de santé, d’espérance de vie, d’activités, etc., aux sexagénaires des années 1950. 

Il existe cependant de fortes variations entre les individus : on ne devient pas soudainement tous vieux au même âge, comme on ne devient pas soudainement tous adultes au même âge » note Jérôme Pellissier dans un article de juin 2013 (2).

Penser que des critères tels que les âges biologique, subjectif, social, professionnel puissent créer une ligne de démarcation utile est illusoire tant la vieillesse est un processus continu avec des visages très différents pour chacun. Dans l’antiquité, Cicéron nous rappelait déjà qu’il ne fallait pas se fier aux apparences des âges de la vie.

Les avis individuels cernant des marqueurs de vieillissement sont fort variables.

  • L’ancien président de la République française, François Mitterrand (3) estimait que le la vieillesse    «C’est d’abord perdre la curiosité ».
  • L’écrivain belge Thomas  Gunzig, estime dans un billet pour le journal Le Soir (4) que    «Vieux, c’est quand on arrête d’avoir envie de courir ».
  • Pour Adamo, qui a déjà 50 ans de carrière en chansons, «On ne devient vieux que lorsque le poids des souvenirs est plus lourd que le poids des projets. Alors inventons-nous des projets même pour l’illusion… »
  • Florent, 90 ans, remarque que si l’âge est vu comme une bénédiction  «On se sent vieux quand on ne trouve plus personne à qui parler de sa propre histoire; on a déjà perdu tous ses amis et la plupart des membres de même génération de sa famille».
  • Pour Nicole qui s’occupe de ses parents octogénaires,   «Une grande étape de la vieillesse est franchie quand on ne s’enquiert plus de ses proches, amis, aidants, qu’on ne veut plus rien savoir: l’univers est rétréci à soi». 
  • Nadine, 66 ans, dit   «Je me sentirai vieille quand  je ne pourrai  plus me déplacer ni faire ce que je veux»
  • Beaucoup rejoindront sans doute Sauveur,  83 ans, qui pense qu’ «on se sent vraiment vieux quand la maladie perdure et se combine à l’usure du corps pour entraver l’autonomie quotidienne ».

Qu’en pensez-vous ?

1.     Cf. Patrice Bourdelais, L’Age de la vieillesse, Odile Jacob, Paris, 1993.
2.     Le monde diplomatique Juin 2013 :Une planète grisonnante. A quel âge devient-on vieux ?
3.     François Mitterrand– Mitterrand par Mitterrand –
4.     Le Soir 27/28 juillet 2013