Cactus et discordes chez certains vieux couples.

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Charles Berling nous a fait partager ses affres et son angoisse face aux disputes de ses vieux parents.

« Ils se disputent comme un vieux couple », c’est  plus qu’une expression. C’est une réalité.

  • Ou un couple se chamaille depuis toujours et ces disputent font tenir leur couple. Cela semble un jeu sans conséquence. Soit.
  • Ou le couple vieillit mal et ils se  disputent maintenant comme chiens et chats. Ces disputes ruinent la relation et rend la vie insupportableaux proches. Ces heurts continuels peuvent être un cauchemar anéantissant chaque protagoniste à petit feu.

Ils ont  passé beaucoup d’années ensemble, surmonté beaucoup de difficultés et leur maison devrait être un havre de paix dans l’idéal mais rien ne va plus pour ces septuagénaires ou octogénaires qui piquent comme des cactus.

Pourquoi ?

–> Parfois une des personnalités du couple a toujours été de nature irritable, critique, pessimiste… bref « difficile » à vivre. Or le vieillissement renforce les traits naturels de caractère: l’autre conjoint qui avait plutôt espéré un lissage des aspérités que leur accentuation en souffre.

–> Ou un partenaire refuse de reconnaître que l’autre a changé, est moins apte ou diminué, qu’il doit abandonner certaines tâches. Le conjoint privilégié peut même ne pas percevoir la diminution de capacités physiques ou mentales du partenaire ou se voile la face. Il met cela sur le compte d’une certaine indolence. Le vieillissement ne marque pas hélas son empreinte sur tous de manière équitable et un décalage se crée.

Lise qui commence à avoir des pertes de mémoire ne veut plus faire la cuisine: c’est une charge insoutenable pour elle au quotidien mais son mari ne veut pas prendre les repas chauds.

Arthur ne veut plus conduire mais son épouse estime que prendre le taxi est trop cher, obligeant Arthur a dépassé ses limites, ce qu’il ne veut pas avouer.

 –>Le rôle de la femme du couple est vu comme intangible: elle s’est investie, s’est ancrée dans le couple, les enfants, la famille. Le mari veut la maintenir indéfiniment dans ce rôle car elle stabilise les choses pour tous. L’identité sociale du mari basée sur ses anciennes fonctions qui prévalaient encore au moment de la pension s’érode et il peut tenter d’exercer son pouvoir au foyer. L’épouse est déstabilisée par ce nouveau contrôle dans sa sphère d’activités et peut se rebeller ou déprimer.

–> Les 4 piliers solides et indispensables pour la vie d’un couple communication, tendresse, sexualité, projets communs peuvent se déliter avec l’usure. Un des 4 piliers de la fondation du couple devient défaillant et la relation vacille continuellement… Au niveau de la communication par exemple, le simple fait d’être atteint de surdité, de ne pas y réagir, peut parasiter tout échange entre partenaires. Or, il est possible d’y remédier.

Quid?

Une rupture totale de couple à l’automne de sa vie après une très longue vie de couple est extrêmement compliquée et déstabilisante: les vies, les souvenirs sont tellement imbriqués!

D’un autre point de vue, un climat délétère, une haine froide dans le couple détériorent aussi la relation avec les grands enfants et la famille.

Sans médiation, les conjoints analysent chaque bribe conflictuelle et la surenchère s’établira jusqu’à ce que la négociation s’éteigne entre eux par lassitude. Ce sera un tableau de solitudes à deux, chambres séparées et silence.

En couple, vieillir ensemble, c’est d’ajouter de la vie aux années.
 Jacques Salomé. « La vie à chaque instant » 2012

Parmi les façons supplémentaires de faire évoluer une relation mortifère dans un vieux couple, se décentrer des conflits est une piste douce d’évolution. Changer les habitudes et essayer de privilégier tout ce qui rompt le huis clos du couple et ouvre vers l’extérieur est bénéfique. 

  1. Proposer systématiquement à votre compagnon ou compagne quelque chose de constructif avec un projet précis et réalisable: faire une activité tel jour à telle heure, une excursion, une sortie,…
  2. Essayer d’avoir chacun votre espace de vie séparé où chacun sera tranquille pour méditer, lire, écouter de la musique, s’assoupir…
  3. Reprendre ou découvrir une activité personnelle séparée: lecture, scrabble, collection, tricot ou de bricolage…soit seul ou mieux en club, en activités de jour dans un centre de votre commune.

Georges qui tournait en rond et énervait Luce, fait son arbre généalogique, ce qu’il lui a permis de reprendre contact par  téléphone ou par courrier avec d’autres membres de la famille éloignée. Ces nouveaux contacts réjouissent Luce.

Robert joue aux cartes le lundi et Marie au scrabble le jeudi…2 jours où chacun  est détendu…et leur relation s’est améliorée.

Pour vivre  ensemble à deux toute une longue vie, il faut amour et compréhension pour évoluer patiemment.

Et plus encore ! m’a dit une amie.

Votre avis sur cette question sensible ?

« Aujourd’hui, maman est morte ». Charles Berling.

Charles Berling raconte la vie de sa mère, Nadia, professeur d’anglais épouse de Christian, ancien officier militaire médecin. Nadia intima à leurs six enfants d’être gais en toutes circonstances mais les corrigeait fréquemment. Dans un manuscrit « Le Négatif » qu’elle a écrit et offert  quinze ans auparavant à chacun de ses six enfants, Nadia évoque son enfance marocaine. Née d’un père garagiste irascible et infidèle et d’une mère opprimée et en révolte, Nadia, enfant unique, a révélé à ses enfants quelques secrets de cette période déchirante pour elle au Maroc, à Meknès. Une scène douloureuse lors du Festival d’Avignon montre qu’à la fin de sa vie, la folie gagne Nadia: celle-ci, en colère, est venue haranguer publiquement son fils, acteur.

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 «  Nous volons toujours au-dessus de la méditerranée » page 164

L’auteur

Né en France en 1958, Charles Berling est acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste, producteur et chanteur. Avec Sophie Blandinières, il publie chez Flammarion en 2011 « Aujourd’hui, maman est morte » qui a obtenu le prix Jean-Jacques-Rousseau en 2012.

Commentaire

Aujourd’hui maman est morte est une des phrases les plus célèbres de la littérature française,  la première phrase du roman l’Etranger  écrit par Albert Camus en 1942.

livre Berling b.jpgDifficile de revenir sur le passé. C’est la vision d’un des enfants du couple, Charles Berling, qui n’a  jamais accepté l’image de sa mère, de  cette femme en morceaux. A son décès, il tente de reconstituer les pièces du puzzle de son histoire. Avec son regard d’acteur très présent, il compose ce récit où il fait revivre sa mère. Le prisme des pensées de Charles Berling donne l’orientation au contenu du livre: « sa mère a  eu un destin contrarié car elle voulait privilégier l’ascension sociale».

« Un enfant n’a jamais les parents dont il rêve… » dit Boris Cyrulnik. Le lecteur sent dans le style, un poignant détachement et les distances qui se sont installés dans cette grande famille. Il y a un sentiment d’inachevé, de rendez-vous manqué. La question qu’on se pose est: qui a refusé le dialogue? La porte de la communication avec ses enfants semble avoir été entrouverte plusieurs fois par Nadia qui leur avait transmis le livre de ses soixante ans « Le négatif » (page 61). Son fils, Charles Berling a mis un certain temps à le lire et lui avait conseillé de le retravailler… Au théâtre, l’irruption bruyante de sa mère dans son spectacle était sans doute un autre appel.

C’est le même phénomène qui se passe dans nos familles: nous ratons trop d’occasions de dialoguer, de renouer avec le fil des générations qui nous ont précédés. Nous sommes en décalage et n’accomplissons pas tous en même temps la recherche de ce tissu familial. Est-il possible parfois d’ajuster un peu nos pas avec ceux de nos parents ?

Les pages qui relatent le climat des disputes du vieux couple de Nadia et de son mari et la réaction de leurs enfants sont un excellent témoignage d’une réalité  bien souvent cachée aux tiers.

Les conflits sont devenues si âpres que les enfants sont amenés à prendre position protéger leur père en difficulté: « nous allons lui annoncer que nous n’allons pas lui laisser le loisir de mettre à mort son mari… » page 151. La fratrie se réunit et se déplace. Ces enfants adultes ne sont plus à leur place car ils tentent de réguler le conflit d’un couple. C’est dramatique. Les enfants vivent une double contrainte: sauver leur père en blessant l’amour-propre de leur mère ou ne rien faire avec le risque que leur père soit anéanti. En agissant, ils amenuisent par ce fait toute chance réelle de communication avec chacun des parents : « elle est désemparée; elle fond en larmes… ». « …il ne dit rien » page 152.

Ce qui compte pour les enfants qui traversent comme des éponges l’histoire de leurs parents, c’est qu’à la fin de vie une balance s’établisse entre le négatif et le positif et que le positif l’emporte! Ou le pardon. Nadia leur avait donné « Le négatif » et n’a pas su inverser la courbe positivement.

Une phrase

« Ils sont épuisés. Elle a l’air tendu d’un animal aux abois. Lui est assis à ses côtés sans faire de bruit, de son petit air gentil ; il s’absente comme il peut »

Aujourd’hui, maman est morte. Charles Berling,  Collection J’ai Lu. Page 150.

Protection du logement familial et droits de succession en 2014.

Nous avions  décrit précédemment le statut juridique particulier de l’immeuble qui sert de logement familial au défunt et son époux ou cohabitant au moment du décès et la protection légale instaurée dans certains cas en faveur du partenaire survivant.

Jusqu’ici, cette protection juridique ne dispensait pas le survivant de payer (sauf en Flandres depuis 2007) des droits de succession  sur la part qu’il recueillait.

Pour payer les droits de succession sur la part recueillie dans le logement familial, le survivant pouvait buter sur de grandes difficultés  financières qui pouvaient le contraindre à vendre le domicile familial  pour pouvoir payer les droits de succession.

Le conjoint au cohabitant légal est maintenant exempté totalement à Bruxelles des droits de successions dus sur la part dont ils héritent dans le logement familial et exonéré largement  en Wallonie.

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 Maisons de village, toits rouges. Renoir. 1905 (huile sur toile) Winterthur Kunstmuseum

Exposition Renoir à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny (20 juin 2014-23 novembre 2014 Suisse)

Depuis quand ?

Ces mesures s’appliquent pour les successions concernant des décès survenus depuis le 1er janvier 2014  à Bruxelles (1) et depuis le 1er juin 2014 en Région wallonne (2).

Différences:

A Bruxelles,

  • l’exemption est applicable pour un cohabitant partenaire d’un couple et non pour un cohabitant qui serait par exemple parent avec le défunt (exemples :  père, grand-mère, neveu…).
  • l’exemption s’appliquera au dernier logement dans lequel il y a eu cohabitation, s’il y a eu séparation de fait (des époux) ou  force majeure rendant impossible la cohabitation au moment du décès (si un des deux ou les deux  partenaires résident en maison de repos).

En Wallonie,

  • l’exonération s’applique au conjoint survivant et au cohabitant légal quel que soit le lien (partenaire ou membre de la famille)
  • l’exonération ne porte que sur la première tranche de 160.000 €, (3) ce qui correspond à une habitation de 320 000 euros.
  • l’exonération s’applique pour autant que l’habitation du défunt a été occupée comme lieu de résidence principal pendant les cinq ans au moins qui précèdent le décès, à moins que l’on ne puisse démontrer le cas de force majeure ou une raison contraignante d’ordre médical, familial, professionnel ou social (admission dans une maison de repos..).

Tant en Wallonie qu’à Bruxelles, ces mesures fiscales favorables pour le logement familial  concernent les personnes mariées et les cohabitants légaux; les cohabitants de fait restent considérés comme des «étrangers » pour l’application des droits de succession.

 

1. Ordonnance du 30 janvier 2014, M.B.6 mars 2014

2. Décret du 11avril 2014, M.B.9 avril 2014

3. Le prix moyen d’un logement en Wallonie est de 176 000 euros. Cela concerne donc plus de 80% des habitations.

« Les grands-mères » Doris Lessing.

Theresa, serveuse d’un restaurant au bord de mer, observent deux habituées, les jolies grand-mères Roz et Lil  qui lézardent au soleil à la terrasse de l’établissement. Elles sont accompagnées de leurs fils, Tom et Ian, et de leurs petites-filles Shirley et Alice.

Mais où  donc sont les mères de ces petites filles, Mary et Hannah ?

Mary, épouse de Ian, surgit en colère  sur la terrasse et déboule avec un paquet de lettres. Tous les non-dits apparaissent alors.

Doris Lessing signe avec « Les grand-mères » un roman sulfureux sur la dissimulation et la douleur des tiers jouets d’une manipulation.

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 « Des larmes ruisselaient sous ses lunettes noires » Page 83

L’auteur

Écrivain britannique (née en 1919) Doris May Lessing, lauréate du prix Nobel 2007 de littérature, est décédée en 2013, à l’âge de 94 ans.

Ce fut une femme de lettres engagée: l’Afrique, le colonialisme et la cause féministe sont les trois grands thèmes de son œuvre: Les Enfants de la violence, Canopus dans Argo, Nouvelles africaines… C’est avec Le Carnet d’or que l’écrivain devient malgré elle une porte-parole du féminisme.

En 2003, l’octogénaire publie ce court roman (94 pages) « Les grands-mères ». L’intrigue est particulièrement incorrecte. L’histoire choque tout le monde sauf son auteur. «Une aventure qui n’est pas autobiographique, cette fois, mais je le regrette…», avait déclaré Doris Lessing lors de la publication de ce livre.                                                    

 Les grand-mères…

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Est-ce que Doris Lessing fait ici un portrait de grands-mères «  nouvelle génération » avant l’heure? Non, rien de cela.

Est-ce que c’est un portrait de «cougars»? Non, les femmes décrites ont la quarantaine mais ne sont pas des chasseresses repérant de jeunes proies masculines.

Doris Lessing dépeint certes des femmes libres, mais aussi des êtres égoïstes et amoraux. Depuis toujours, Roz et Lil ont eu une vie très facile et sont restées inséparables au point que leurs mariages en ont pâti et qu’elles ont écarté tous les enquiquineurs. Leurs maris ont été blessés par leur mode de vie. Et leurs enfants de même.

Tout est déséquilibre dans ce roman à la limite de l’amoralité, dans un schéma dramatique de transfert du complexe d’œdipe et de quasi inceste. Bien plus que  ces faits scabreux, Liz et Roz dérangent par leur absence totale de réflexion et d’empathie. Si un petit sursaut  non pas de morale mais de convenance morale tend à se profiler, elles le balaient par intérêt : « C’est une bonne chose, tu ne vois pas ? » page 59.

Doris Lessing ne donne aucune explication à cette déliquescence et laisse le lecteur  dans le flou: c’était sans doute bien l’effet escompté par l’écrivaine. Le titre du roman masque et dissimule totalement le sujet du roman.

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Sur base de ce roman, Anne Fontaine a réalisé en 2013  le film Perfect Mothers, film franco-australien avec Naomi Wats et Robin Wright.

Etudes et regards neufs sur les centenaires

Au niveau mondial

Les centenaires devenant trop nombreux, une association mondiale basée à Los Angeles, le « Gerontology Research Group » (GRG) recense le nombre de supercentenaires.

Pour être enregistré dans la base de données, il ne suffit pas d’être très âgé, encore faut-il pouvoir en fournir les preuves. Des documents incontestables sont nécessaires pour la validation et l’enregistrement d’un supercentenaire dans la base de données du GRG: un certificat de naissance,  un certificat de mariage si la personne a été mariée et une preuve de vie.

Une table des supercentenaires validés est publiée et mise à jour par le Gerontology Research Group. La doyenne de l’humanité serait actuellement une supercentenaire japonaise Misao Okawa née en 1898.

Toutes les informations sur les centenaires belges sont collectées par  les correspondants belges  qui sont actuellement  le Prof. Michel Poulain (UCL), Mr. Bart Versieck (GRG Senior Editor), Mr. Peter Vermaelen et Mr. Anthony Croes-Lacroix qui transmettent leurs informations au GRG.

Déterminer le doyen de l’humanité est assez complexe. Tous les pays n’ont pas enregistré avec la même rigueur les actes de naissance. De plus, ces informations sont privées et ne sont pas délivrées à des tiers par les administrations. Certaines familles tentent aussi d’éviter la meute médiatique autour de leur centenaire: il existe parfois une véritable traque aux centenaires. A l’inverse, d’autres familles tentent de commercialiser le record de longévité de leur supercentenaire.

Outre le Gerontology Research Group, des records de vieillesse sont aussi officialisés par le Guinness World Records ou par le Limca Book of Records website, chacune des organisations ayant ses propres critères.

La notion de doyen ou doyenne de l’humanité restera  toujours sujet à controverse pour les raisons évoquées ci-dessus mais aussi parce certaines personnes qui ont postulé une reconnaissance n’ont pas pu faire certifier leur âge de façon incontestable; d’autres cas peuvent avoir été reconnus erronément.

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Certains centenaires cultivent encore leur jardin.

En Belgique

Des études sur les centenaires ont été réalisées par le démographe Michel Poulain qui est un  spécialiste de l’étude de la longévité et de la validation de l’âge des personnes très âgées. « Ce qui est formidable, lorsqu’on travaille sur les centenaires, c’est qu’on n’étudie pas la mortalité mais la longévité. C’est un thème de recherche très positif» estime Michel Poulain.

Michel Poulain a rencontré beaucoup de centenaires en Belgique et à l’étranger et a relevé les différents facteurs de leur vie qui pourraient leur avoir été favorables. Le premier travail du chercheur consiste cependant à valider l’âge des personnes concernées.

Aux Pays-Bas

D’un point de vue biologique, la question de la longévité maximale de l’être humain est tout aussi passionnante. Une centenaire hollandaise, Hendrikje van Andel-Schipper, qui  avait accepté que son corps soit donné à la science, a fait progresser les scientifiques dans la compréhension des mécanismes des limites de la vie humaine : nos cellules doivent régulièrement se renouveler.

Morte en bonne santé à l’âge de 115 ans, cette centenaire était décédée en 2005, sans qu’une raison précise puisse être déterminée.

Le généticien Henne Hostege a découvert pourquoi la vie de  la centenaire avait cessé. Il a publié une étude dans la revue Genome Research. 
Le sang humain contient habituellement 1.300 cellules souches actives qui se divisent constamment et se régénèrent.  Or, l’échantillon de sang de Hendrikje van Andel-Schipper ne contenait plus que «deux cellules souches actives qui à elles seules maintenaient le taux de globules à niveau». Où étaient passées les « 1.298 autres cellules souches » chez la centenaire ? « Les généticiens ont alors étudié l’épaisseur des télomères, extrémités des chromosomes. Ceux-ci raccourcissent avec l’âge, à chaque division cellulaire. Une fois que les télomères sont trop courts, la division cellulaire est impossible: la cellule meurt. On estime que les télomères agissent telle une horloge biologique qui précipite la mort des cellules souches ». 

C’est donc le non-renouvellement cellulaire sanguin de Hendrikje qui a provoqué son décès « inopiné ».

Aux Etats-Unis,

A Columbia, la photographe Anastasia Pottinger a développé un projet photographique particulier relatif aux « centenaires ». Contactée par une femme de 101 ans qui voulait que son corps soit photographié et que son identité  reste secrète, la photographe a été fascinée par  le résultat et ces clichés très spéciaux. C’est ainsi qu’est née l’idée de montrer dans la confiance mutuelle et l’anonymat des photos de corps de centenaires.

Autour des centenaires.

2014

Adamo a célébré ses 70 ans.

Brigitte Bardot (née en 1934) a fêté ses 80 ans.

Charles Aznavour continue de parcourir le monde avec sa «Tournée 90 ans».

Ne sont-ils encore très jeunets face à la comédienne Gisèle Casadesus qui vient de fêter 100 ans et pour qui son fils aîné Jean-Claude, 70 ans, reste «son petit garçon»?

A l’occasion de son centenaire, Gisèle Casadesus (née en 1914) a publié un livre de souvenirs:

                                                « Cent ans, c’est passé vite… » *

Fille du compositeur et chef d’orchestre d’origine espagnole Henri Casadesus, Gisèle Casadesus débute à la Comédie Française en 1934. Le théâtre est sa passion.

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                                                                             Théâtre de Mons

Sa carrière artistique s’est aussi largement développée au cinéma où elle a notamment incarné Margueritte dans le film de Jean Becker dans «La tête en friche»

Elle a épousé le comédien Lucien Pascal mort  lui aussi à l’âge de 100 ans. Ils ont eu 4 enfants, tous artistes. Un de ses petits-fils est lui-même grand-père.

Que dévoile une si belle carrière à propos de la recette pour atteindre 100 ans ?

Gisèle Casadesus a de bonnes dispositions génétiques: son frère a été centenaire et sa G.Casadesus.jpggrand-mère russe a vécu jusqu’à 93 ans.  Elle a une bonne santé. L’actrice a été très épaulée et reconnaît que, sans sa maman, elle n’aurait pu faire cette carrière parfaite. Elle a bénéficié d’une  bonne entente de la famille et de l’appui de son mari qui ont absorbé les pressions autour d’elle. L’amour n’a jamais cessé de lier le couple. Sa foi l’aide et elle lit la Bible chaque jour. Son métier d’actrice est une source de vrai bonheur. Dans les coulisses de son métier, elle a toujours évité les rivalités ou conflits.

 Source vidéo Journal TF1 13 h, 30 septembre 2014

Elle a bénéficié d’une grande stabilité affective mais aussi géographique car aujourd’hui encore, elle habite l’appartement où elle est née.

« J’ai la chance de faire ce que j’aime… Et je suis reconnaissante à mes parents et au bon Dieu qui m’ont fait »

La comédienne est très éloignée du portrait de la chanson de Linda Lemay «La centenaire».

Gisèle Casadesus illustre avec allégresse dans son livre certains traits qui pourraient expliquer la longévité des centenaires : 

·       un bon capital génétique,

·       un environnement favorable,

·       des attaches  familiales fortes,

·       une base aimante sur laquelle s’appuyer ou un amour solide,

·       des valeurs spirituelles affirmées,

·       une passion ou une raison de vivre, **

·       une tendance à éviter les conflits ou les émotions négatives,

·       une aptitude nette à se préserver et à se centrer sur ce qui est bon pour soi.

C’est sans doute la conjugaison de ces divers facteurs qui créent un environnement propice à une longue vie dans de bonnes conditions.

La  vie de la centenaire Gisèle Casadesus ne doit plus être vue comme une exception.

En Wallonie et à Bruxelles, 40 centenaires vivent actuellement à domicile.**

Le plus vieux prêtre du monde en activité est belge: Jacques Clemens a 105 ans et officie à Nalinnes. Un autre centenaire est l’auteur de notre  « Grammaire latine », le Père Bernard de Give (né  en 1913), moine toujours actif à l’abbaye de Scourmont !

 

2.     * « Cent ans, c’est passé vite… »
de Gisèle Casadesus & Eric Denimal
Aux éditions Le Passeur Editeur.

** Le doyen mondial des cinéastes Manoel De Oliveira, qui fêtera en décembre 2014 son 105e anniversaire, et qui reprend sa caméra cette semaine à Porto  déclare: Filmer est mon travail et ma passion, confiait-il cette année lors de son entretien avec le Figaro. Autre élément favorable: toute sa famille est aussi dévouée à son œuvre.

  ***  Journal « En marche » 18 septembre 2014, page 3

« Amazones » Raphaëlle Riol

Lors d’une visite à sa grand-mère dans une maison de retraite à Caen, Alice quitte le Repos- Fleuri » accompagnée d’une autre pensionnaire qui l’interpelle: « Je m’appelle Alphonsine. Sortez-moi de là ».

Alice, la trentaine, travaille dans l’événementiel et Alphonsine a 89 ans mais elles se découvrent de nombreux points communs: elles ont un souvenir déplorable de leur vie de couple, sont satisfaites que leur compagnon soit décédé et détestent la campagne.

Marquées par leur histoire personnelle et assoiffées d’indépendance, elles transgressent les contraintes sociales comme des guerrières ou des amazones. Mais quelles alternatives ont-elles réellement ?

En quête d’un autre destin, elles rejoignent la plage pour crier …

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 «Au loin, la mer se dérobe toujours plus et déteint doucement.    

… Bleu-gris, gris-bleu, gris foncé ». page 200

L’auteur

Née à Clermont-Ferrand en 1980, Raphaëlle Riol est professeur de lettres en région parisienne. Elle a publié en 2011 un premier roman « Comme elle vient ».

 

Commentaire

La fine analyse psychologique d’un duo inattendu et l’évolution de la place des femmes dans la cellule familiale et la société forment la trame et la cohérence de ce roman. Le ton ironique de ce livre très intéressant m’a beaucoup plu.

Malgré les obligations familiales, nous sommes parfois tous, comme Alice ou Alphonsine, des électrons libres. Simplement, certains le sont à temps complet et d’autres à temps partiel !

 

Le sens de la formule de l’écrivaine («Extinction de voix ou voie d’extinction ?» page 11) égaie les pages du livre qui aborde un sujet grave. Ces malices stylistiques s’accordent à l’état d’esprit des deux rebelles, qui n’ont plus rien à perdre dans une société cruelle.

« Vous savez Alice, de nos jours, ne pas être hors la loi, c’est perdre la tête… Que ce soit au travail, chez soi, ou en maison de vieux ». page 189.

Deux femmes, deux destins vont se mêler. Derrière les apparences simples de chacune, est enfoui leur monde intérieur complexe.

Petit à petit, l’écrivaine fouille leur psychologie, déterre et dévoile au lecteur complice leur vérité singulière, celle qui a « perforé » leur corps et « vrillé » leur esprit. Pour l’une et l’autre, cette vérité n’est pas connue ou admise par les proches ou enfants : ceux-ci n’ont pas envie de savoir et restent prisonniers de leur état d’esprit. L’«épais tissu d’évidences fragiles » page 200 est difficile à déchirer. Même à sa comparse Alice, Alphonsine n’a plus envie d’expliquer l’incroyable injustice de son sort. 

Une pensionnaire de home dans une situation similaire me disait récemment: «Oui, je pourrais expliquer ce qui s’est passé; mais il arrive, qu’après avoir trop souffert, le coeur se clôt, les mâchoires se serrent, la voix  diminue…».

Plus de cinquante ans séparent Alice et Alphonsine. Elles sont pourtant confrontées  toutes deux à l’éternelle domination masculine. La difficile question de la place de la femme, toujours d’actualité, est bien cernée notamment dans le cadre professionnel.

Une phrase

 « Parce que le comble de l’impardonnable, Alice, croyez-moi, c’est la résignation». page 126

 

Amazones, Raphaëlle Riol, coll. La brune. Editions du Rouergue 2013, 208 pages.

Derrière les mots: la réalité de la vulnérabilité (2)

La nécessité d’utiliser un vocabulaire approprié, respectueux concernant les personnes âgées est une évidence. Tout terme infantilisant est à bannir.

Mais au-delà du vocabulaire, il convient aussi de s’interroger sur la pertinence des autres réponses données par notre société aux faiblesses de la condition humaine. Il y a de fortes similitudes dans le traitement des difficultés de parcours d’enfants et de personnes âgées, deux populations avec une vulnérabilité intrinsèque.

Dans le monde actuel, cette fragilité est de moins en moins acceptée et supportée par l’entourage et les professionnels.

Enfants

Un enfant qui ne tient pas en place, incapable de se concentrer, qui n’a aucun contrôle sur lui-même, qui démontre de l’agressivité, fait des colères ou a un comportement difficile répond aux caractéristiques de l’hyperactivité. La réponse médicale consiste souvent à recourir à un médicament particulier, la Ritaline.(1)

Dans certaines écoles américaines, près de 20 % des élèves prennent régulièrement ce médicament.

En Belgique, la Ritaline se prescrit facilement: il y a des enfants sous Rilatine dans beaucoup d’écoles. 

« L’été dernier sur une troupe de 18 enfants du Brabant wallon partant en camp louveteaux, 9 étaient sous Rilatine (dont plusieurs tellement assommés qu’ils ont du mal à participer aux activités) »

La ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, avait déjà annoncé en 2010 au Sénat, au vu de l’explosion des chiffres relevés, qu’elle préparait un plan de lutte contre la surconsommation de Ritalin et d’autres psychotropes prescrits aux enfants souffrant de troubles de l’attention.

Pour certains psychiatres et médecins, l’augmentation  de la demande de ce produit psychotrope est  inquiétante ne correspondrait pas toujours à un véritable but thérapeutique.

Bert Anciaux notait dans une question parlementaire que «La forte hausse de la consommation est le signe d’une société qui considère sous un angle différent le comportement d’enfants remuants et espiègles ».

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Personnes âgées

La fuite dans la médicalisation et la consommation abusive de médicaments psychotropes se retrouve chez les résidents des homes. (2)

Des facteurs sont naturellement présents dans la vie des personnes âgées pour les plonger dans la dépression: perte d’autonomie, maladies fréquentes vu leur longue vie, changement de logement, perte de membres de la famille, d’amis …

Une étude des Mutualités Libres sur les médicaments délivrés à leurs 22.000 affiliés résidant en maison de repos constate qu’un résident de maison de repos sur deux (53%) prend des antidépresseurs, un sur trois des antipsychotiques (36%). Dans certaines maisons de repos, 90% des résidents prennent des antidépresseurs et 75% des antipsychotiques.

Durant la  période observée (2007-2011), 72% des résidents consommant des antidépresseurs en 2007 ont poursuivi ce traitement pendant au moins 5 ans (durée de traitement recommandée pour un épisode dépressif majeur : 9 à 12 mois.)

L’étude des Mutualités Libres  appelle à «l’adoption de mesures non médicamenteuses, comme le renforcement du personnel soignant ou accompagnant pourrait améliorer l’état psychique des résidents de maisons de repos et réduire le recours aux médicaments ».

La situation de l’enfant victime de troubles d’attention ou la dépression du parent âgé trouvent finalement une réponse médicale parallèle.

C’est interpellant.

 1. Son nom commercial provient du prénom (Rita) de la femme de Leandro Panizzon, chimiste qui synthétisa la molécule en 1944 à Bâle et qui, avec son épouse Marguerite (qu’il appelait Rita) l’utilisèrent eux-mêmes comme stimulant, l’anecdote rapporte qu’il en prenaient volontiers pour leurs parties de tennis.

2. Autre population précarisée: les détenus dont 1 sur 5 reçoit des antidépresseurs. « …, on leur prescrit des neuroleptiques parce que c’est une réponse de facilité. »

Le poids des mots et la force des actes? (1)

Luc Tayart de Borms, Administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin,  a publié dans le Soir du lundi 5 août 2014, une carte blanche. « Et si on sortait les seniors de leur « crèche » ?

L’Administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin  n’y critiquait pas la pertinence du projet d’un lieu d’accueil pour personnes âgées à Fosses-la-Ville mais s’insurgeait contre  la dénomination (1) du mot « crèche », infantilisant pour les personnes accueillies. Une étude de la Fondation en 2013 a analysé tous les stéréotypes négatifs attribués aux seniors: le retentissement d’un vocabulaire inadapté est certain.

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Discuter, partager…ensemble.

       A Fosses-la-Ville, « …cette crèche des aînés a ouvert le 2 juin et a une capacité d’accueil limitée à 13 personnes. Elle est ouverte de 8 à 18h et coûtera 25€ par journée, en ce compris le prix des repas ». C’est un lieu de vie, une maison comprenant un séjour, un salon, une cuisine et une salle de repos où s’occuper. Le but est de permettre aux seniors encore autonomes d’entretenir des liens sociaux et de passer la journée ensemble avec une dimension très familiale. Ils ont ainsi l’occasion de discuter, partager, manger ensemble. Au départ, il s’agit  d’une initiative privée d’Isabelle Gérard : « Le projet, elle l’a «monté» avec l’assistance éclairée du cabinet de la ministre des Affaires sociales. Mais elle n’a reçu aucun subside, aucun coup de pouce financier, ni de la Région, ni de la Ville ». 

D’autres initiatives limitées existent: elles viennent de quelques CPAS ou Communes, comme la maison communautaire des seniors de Neufchâteau. Elles permettent un accueil des aînés deux ou trois jours / semaine. En Flandre, une cinquantaine de lieux avec le même esprit familial qu’à Fosses-la-Ville existent mais ils sont subsidiés et encadrés par les pouvoirs publics. Le terme retenu est CADO (« Collectieve autonome dagopvang voor ouderen » = « accueil de jour collectif pour personnes âgées).

 

      Pour les seniors en perte d’autonomie, les structures d’accueil alternatives, qui assurent leur prise en charge, sont des centres de jour. Des soins sont prévus et les centres se distinguent entre eux par le type de patients qu’ils accueillent selon les pathologies ou handicaps.

       Les ambiguïtés du vocabulaire révèlent aussi la difficulté de choisir une appellation ciblant la nature de l’offre. Il n’est pas facile de trouver un terme générique pour ce type d’accueil de jour sans soins pour les seniors+. Évitons des mots comme « crèche », « centre de jour » ou « maison communautaire » qui ont déjà une signification reconnue. Je propose «Le kotâge», « L’atelier du savoir ». D’autres idées? Je les relaierai.

      En matière d’accueil des personnes âgées, il y a certes les paroles mais il y a surtout les actes ! Le lieu de vie proposé à Fosses-la-Ville est une ressource pour les aînés et il faut saluer le mérite de cette initiative individuelle spécialisée dans l’accueil des seniors, qui devrait être soutenue, encadrée. Mais c’est loin d’être le cas comme on le voit.

    Le paradoxe de l’interpellation de la carte blanche du 5 août 2014 est qu’il n’est pas certain que la promotrice du projet de Fosses-la-Ville aurait pu bénéficier des lumières de la Fondation Roi Baudouin. La Fondation a bien organisé des séminaires sur la question des stéréotypes et les représentations sociales négatives liées au vieillissement (2). Mais ces formations sont destinées  aux organisations et ASBL, souvent déjà subsidiées ou encadrées par ailleurs (3). Les citoyens, les «privés» du secteur ou les petits indépendants dynamiques dans le secteur de la gérontologie n’y ont pas été accueillis (4)! Dans l’encadrement des projets liés au vieillissement, le choix des acteurs soutenus par la Fondation Roi Baudouin apparaît ainsi très focalisé. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres domaines (5).

Que les groupes commerciaux n’entrent pas dans le champ d’action de la Fondation est logique (6). De même, en matière de subsides et de soutiens financiers ou logistiques à accorder, la prudence de la Fondation se comprend aisément tant le contrôle de ces aides dans les comptes d’acteurs privés ou nouveaux s’avèrerait complexe et discutable. Par contre, cette circonspection ou défiance envers des individus actifs ou indépendants dans le secteur de la gérontologie ne devrait pas s’exercer dans le secteur du développement des connaissances dont ils sont demandeurs: peu de cycles de formation leur sont accessibles car cette offre est réservée au personnel des homes ou hors de prix pour eux.

Actuellement, le message «pertinent» de la Fondation Roi Baudouin pour une communication appropriée autour du vieillissement touche donc souvent les membres surinformés d’ASBL ou organismes du secteur et certainement pas les citoyens lanceurs d’initiatives privées originales dont ont pourtant besoin nos aînés…

C’est vraiment dommage.

 

1. Dénomination exacte : « La crèche des aînés »

2. Séminaire du 28 mars 2013.

3. « Associations ‘origine’, associations ‘handicap’, associations ‘pauvreté’, associations ‘personnes âgées’, fédérations, communes, CPAS, secteur socio-culturel, 1ère ligne de soins, mutualités, assurances; secteur du logement, … »

       4. Expérience vécue.

5.   Car, dans le secteur « Justice sociale » avec le projet Boost, la fondation Roi Baudouin soutient là directement cent jeunes Bruxellois. ( le Soir du 23 septembre 2014, page 26)

6.  Un questionnement  peut  aussi s’étendre d’ailleurs à certaines ASBL : « l’image d’Epinal de l’ASBL qui vit d’amour et d’eau fraîche est révolue. Les ASBL se livrent en effet souvent à des activités lucratives pour se procurer les fonds nécessaires à la réalisation de leur objet social. »

L’art brut.

Et si, à l’origine, l’art était bleu ?

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C’est une des questions que l’exposition  d’Art Brut présentée en ce moment au Musée art) & ( marges, au cœur des Marolles à Bruxelles.* Libre à vous d’embarquer ou non.

Mais comment oser prendre l’art brut dans une nasse, lui qui a horreur des balises et de la terre ferme?

N’appartenant ni à un mouvement ni un style, chaque artiste vous transporte dans le bateau qu’il a construit pour traverser l’aventure humaine. Ce sera un radeau, une barque, un brise-glace, un voilier, un cargo, un navire ou un cuirassé : vous serez alors témoins d’une formidable aventure. Inventé par l’artiste français Jean Dubuffet en 1945, le concept d’art ** brut désigne les productions  d’individus qui s’inscrivent en-dehors de tout canal artistique traditionnel et s’affranchissent des amarres de la raison pure: productions d’artistes non professionnels, d’autodidactes, en hôpital psychiatrique ou en prison… Il n’y a aucune filiation artistique mais ces artistes nous offrent un art spontané, un univers déroutant où la poésie a sa place, sans démarche ou prétention intellectuelle. Peu importe le sujet, le matériau utilisé qui peut être brut comme le bois ou délicat comme des perles, des coquillages.

Jean Dubuffet a constitué une énorme collection, installée à Lausanne depuis 1975. Sous le vocable, d’«Art Brut», y sont regroupées de multiples productions témoins des imaginaires singuliers de leurs auteurs. La  juxtaposition des œuvres permet aux visiteurs d’appréhender la pulsion de vie qui y danse, qui relie leurs auteurs au monde, qui tisse des ponts entre eux et nous. On y retrouve notamment les œuvres de belges comme Paul Duhem ou Serge Delaunay.

L’art brut n’est pas l’art naïf dont les thèmes sont traditionnels,  ni l’art populaire, ni l’art enfantin, ni l’art primitif quoique certains rapprochements peuvent toujours se faire.

Sans remonter à la préhistoire, il est évident que l’art brut est né avec les premiers pas de l’homme et préexistait bien avant  ses premiers  découvreurs*** . L’action de Jean Dubuffet l’a fait sortir de son enfermement.

L’œuvre du facteur Cheval (1836-1924) attirait déjà l’attention à la fin du 19ème siècle,  à Hauterives dans la Drôme. Il y a passé 33 ans à édifier son palais idéal, maintenant monument historique.

Dans le Pas-de-Calais, Augustin Lesage (1876-1954) réalise dès 1912, des dessins dictés par les défunts et se consacrera exclusivement à la peinture jusqu’à sa mort. Mineur, il avait entendu une voix qui lui prédisait qu’il serait peintre.

Un architecte,  Alain Bourbonnais monte sa propre collection d’artistes marginaux en parallèle. Cette collection installée à Dicy depuis 1983 est connue sous le nom de La Fabuloserie

Dans le sillage de l’art brut, de nouveaux termes apparaissent:  « l’art hors-les-normes », « l’art singulier», «  l’art marginal ». 

L’Aracine créé par  Madeleine Lommel a rassemblé une collection d’Art Brut de plusieurs milliers d’oeuvres et le Musée de Lille/Villeneuve d’Ascq réunit à la fois l’art moderne, contemporain et ces œuvres d’art brut.

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Art)&(marges Musée.  312-314, rue Haute à 1000 Bruxelles

L’art outsider est le pendant de l’art brut pour les pays anglo-saxons et cette appellation, à l’origine qui vient d’un livre de Roger Cardinal Outsider Art (1972) fut validée par Jean Dubuffet.

L’art brut questionne et surprend le visiteur qui ne se cramponne pas aux caps traditionnels et accepte de se laisser bercer au gré des flots.

(A suivre)

 *Il était une fois l’art brut… Fictions des origines de l’art.  Exposition  du 12 juin au 12 octobre 2014. Art)&(marges musée. 312-314, rue Haute. 1000 Bruxelles.

**« Nous entendons par là [Art Brut] des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistiques, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écritures, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. »
Jean Dubuffet, tiré de L’Art Brut préféré aux arts culturels, Paris, Galerie René Drouin, 1949.

*** Dr.Auguste Marie en 1905, Dr.Hans Prinzhorn en 1920, Docteur Morgenthaler en 1921…etc