Protocoles relatifs aux disparitions des seniors.

Toutes les institutions qui hébergent des personnes âgées désorientées doivent  faire face au sujet préoccupant des fugues de certains seniors.

Les professionnels des maisons de repos sont face à un dilemme, garantir la sécurité du résident et respecter sa liberté. «Un home est un lieu de vie, pas une prison» déclare Mahaut Werrebrouck, directrice de la résidence la Moisson à Colfontaine. (*)

Afin de limiter les fugues, différents moyens matériels peuvent être utilisés dans ces établissements: portes avec code, services « sécurisés », port de cartes ou bracelets d’identification, « GPS pisteurs » et détecteurs.

Aux Etats-Unis, des chaussures équipées d’un système de géolocalisation sont mêmes proposées pour les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer.

En Belgique, 1476 disparitions ont été signalées en 2013, soit à peu près 4 par jour. Ont été retrouvées 1412 personnes dont 158 décédées.

Parmi elles, figuraient 143 personnes âgées de 70 à 99 ans, 85 hommes et 58 femmes.

Selon les chiffres de la Cellule Disparitions, 170 seniors disparaissent en moyenne chaque année de leur établissement. 25  seniors sont retrouvés décédés, souvent pour hypothermie.

Une partie des disparus est retrouvée dans l’établissement dans un lieu inattendu et les autres dans un rayon assez proche du home (2 kms souvent) devant un obstacle  naturel à leur progression comme un fossé, une clôture, une voie de chemin de fer.

« Francis a été retrouvé mort la semaine dernière, au terme de quinze jours de recherches, après avoir quitté la maison de retraite de Seine-et-Marne où il résidait depuis trois ans. Comme Maria, 82 ans, morte en décembre le long d’une voie ferrée, à côté de chez elle, à Loison-sous-Lens, ou encore Jean, 79 ans, noyé l’an dernier dans un plan d’eau de Charente-Maritime après avoir quitté sa résidence » commentait le Figaro en France où la difficulté de retrouver ces seniors désorientés est apparue comme chez nous.

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Des pas dans le sable de Hardelot.

La police belge a développé un projet « Disparitions des Seniors », qui vise à prévenir ce type de disparitions et à améliorer la recherche des personnes âgées disparues des maisons de retraite. Des protocoles de collaboration sont établis entre la police locale et les établissements accueillant des personnes âgées de la région concernée. De nombreuses zones de police ont déjà signé ces protocoles.

Les propriétaires de résidences, qui  ont déjà sécurisé de plus en plus leurs installations au fil du temps, bénéficient de conseils dans le cadre de cette coopération. Les institutions font des photographies des résidents et établissent des  fiches signalétiques préalablement pour les résidents à risque. Ces documents permettront de gagner un temps considérable lors recherches de ces personnes vulnérables disparues mais déjà identifiables facilement. Les données de base comme le nom, la date de naissance, la taille, le poids, la couleur des yeux et des cheveux, les maladies connues, mais aussi le métier, les anciennes adresses du pensionnaire, les endroits qu’il fréquentait donneront des pistes éventuelles si le fugueur essaie de retourner dans un lieu familier resté plus facilement ancré dans sa mémoire antérieure.

Chacune des zones géographiques concernées nomme un policier de référence pour tous les établissements accueillant des personnes atteintes de maladies de type Alzheimer, afin de pouvoir prévenir le service de police dans les 20 minutes de la constatation de la disparition.

Les premières heures sont capitales: en milieu urbain, une personne se déplace en moyenne à une vitesse de 4 km/h.

« On est bien conscient qu’on n’empêchera jamais les personnes âgées de disparaître parce qu’elles ne sont pas privées de liberté et sont libres d’aller et de venir. Elles se mettent malheureusement parfois elles-mêmes en danger, mais le but c’est de réagir le plus vite possible et ça, ce protocole va nous le permettre »  expliquait sur RTL TV, David Rimaux, commissaire à la cellule des personnes disparues, à la police fédérale.

* (Le Soir, 4 septembre 2014, page 9).

Les disparitions inquiétantes de seniors.

Récemment, un ami me racontait qu’un infirmier se promenant à vélo a rencontré un des pensionnaires du home où il travaillait. Ce pensionnaire atteint de syndrome démentiel s’était rendu à la ducasse locale et ne savait plus où il était. Son infirmier l’a reconduit à la maison de retraite située à plusieurs kilomètres.

L’escapade se termine bien pour ce pensionnaire de home.

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Un tour de carrousel à Honfleur.

Ce n’est pas toujours le cas: les membres d’une famille ont déposé plainte contre une maison de repos pour abstention coupable de porter secours, après la fugue d’une de leurs parentes qui y était pensionnaire et dont ils sont sans nouvelle.

Les maisons de repos connaissent régulièrement le problème de la fugue, c’est-à- dire «le départ de la personne âgée de son lieu de vie ou de soin habituel sans que l’entourage en soit averti ».

L’errance ou la déambulation, la fugue accompagnent la maladie d’Alzheimer, mais aussi d’autres types de démences.

« Que la déambulation soit motivée par un but ou non, elle concerne 65% des malades hébergés en institution et 36% des patients vivant à leur domicile ».

Avec la perturbation des fonctions intellectuelles  dues à la maladie, le sens de l’orientation se dégrade et la mémoire est affectée.

Les désirs de l’individu persistent eux longtemps: désir de rendre visite à un proche,  de revoir sa maison, d’aller au cimetière sur la tombe du conjoint, de se promener… et sont suffisants pour provoquer l’impulsion du départ, même si ensuite la raison initiale est vite oubliée par le malade. D’autre part, les  facultés des pensionnaires désœuvrés leur laissent tout loisir d’observer les failles de leur environnement, les habitudes des soignants et de les exploiter naturellement ou même par ruses pour se glisser dehors.

La disparition crée un malaise chez les soignants. Une surveillance continuelle de chaque résidant est impossible. Les familles plongent dans l’inquiétude et le reproche envers la résidence et leur propre culpabilité. Cette situation est vécue comme un échec.

Outre la douleur si la personne n’est pas retrouvée, il y a aussi pour la famille des conséquences juridiques pesantes liées à cette absence. Dans l’incertitude quant à la vie ou à la mort de la personne, le Code civil (articles 112 à 125 du Code civil) organise deux procédures judiciaires qui conduiront à placer sous administration les biens de la personne absente, voire, à terme, à lui reconnaître, par assimilation, le statut de personne décédée.

Au sein de la structure familiale, les fuites et disparitions de seniors existent aussi et ce, même lorsque l’annonce de la maladie est relativement récente. La mémoire à court terme chez les malades d’Alzheimer est la première à être touchée. Il peut arriver assez vite que le proche souffre d’absences temporaires et ne sache plus où il est. Cette période est éprouvante pour les proches: une minute de relâchement d’attention de la surveillance peut avoir de graves conséquences.

Depuis quelques années, de nouvelles situations tragiques des seniors en phase de maladie débutante  qui ont disparu lors de vacances à l’étranger alors qu’ils étaient entourés de leur famille ou insérés dans un groupe sont relatées. Les recherches pour les retrouver sont compliquées, la langue et l’environnement inconnus perturbant encore plus le senior égaré.

Même si l’accord du médecin est obtenu pour un départ à l’étranger avec un senior vulnérable, l’organisation est cruciale. Plus que jamais pour un séjour à l’étranger avec une personne atteinte de troubles cognitifs, il faut prendre la mesure de la surveillance et de l’encadrement nécessaire suivant le lieu, le type de séjour (calme ou dense), du nombre d’accompagnants et de la fatigue éventuelle des uns et des autres.  Même avec les nouveaux moyens techniques appropriés, les conseils simples de vigilance doivent être appliqués et cumulés: marquer nominativement les vêtements de la personne, indiquer sur les vêtements un n° de téléphone, inciter le senior au port d’une gourmette ou d’un bijou d’identité, munir le senior d’une carte d’identification avec lieu de séjour…Les accompagnants ou responsables devraient toujours disposer d’une photo récente de la personne vulnérable.

Les expériences des membres recueillies par les Associations Alzheimer sont les ressources irremplaçables qui éviteront bien des déboires.

La démence d’un conjoint âgé

Un ancien entrepreneur de 89 ans  tabasse sa femme de 88 ans; son comportement aurait changé depuis quelques années. « C’est maman qui vivait le pire puisqu’il la menaçait de la battre et de nous tuer tous si elle en parlait. Elle n’a jamais osé déposer plainte ni évoquer son calvaire avec nous, même si on voyait bien qu’il y avait des problèmes » a expliqué la fille du couple.

Outre les divergences de caractère qui peuvent assombrir le quotidien des vieux couples, la démence d’un conjoint âgé qui se développe en vase clos ruine l’équilibre relationnel du couple.

Agnès, membre du corps médical exténuée par le comportement harcelant d’un parent, me racontait qu’à l’occasion d’une chute de celui-ci et de l’hospitalisation, sa démence avait été établie. Agnès qui comblait tous ses désidératas n’y avait jamais songé auparavant.

Quand on pense démence, ce sont des images de chaos qui viennent à l’esprit.

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« Tête »  Œuvre de Joan Miro.

Fondation Pierre Gianadda. Martigny. Suisse

Mais la démence n’aboutit pas toujours à cette phase ultime aisément  identifiable.

Il y a souvent de longues années pénibles à traverser ensemble avant un diagnostic et une phase obscure, ignorée ou non détectée par les enfants, les tiers ou les spécialistes qui préfèrent aussi, dans le doute, éviter un bouleversement de vie précoce pour le couple.

Distinguer dans le climat détérioré d’un couple entre des sources habituelles de querelles, les aléas normaux du vieillissement ou la démence, est ardu.

Confusion, déficiences de mémoire, lenteur, apathie peuvent être provoqués par le parcours d’un vieillissement normal où apparaissent des  médicaments, un état dépressif, des difficultés d’audition, de vue, des troubles mineurs de mémoire: tous ces aléas ne signent pas nécessairement un trouble démentiel. La prudence est requise.

Dans le doute consulter un service spécialisé permettra de faire le point sur d’éventuels troubles cognitifs d’un partenaire. Le couple sera soit rassuré soit guidé dans un suivi et un mode de communication  mutuelle plus adapté à la situation  future et moins destructeur pour leur relation.

Cactus et discordes chez certains vieux couples.

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Charles Berling nous a fait partager ses affres et son angoisse face aux disputes de ses vieux parents.

« Ils se disputent comme un vieux couple », c’est  plus qu’une expression. C’est une réalité.

  • Ou un couple se chamaille depuis toujours et ces disputent font tenir leur couple. Cela semble un jeu sans conséquence. Soit.
  • Ou le couple vieillit mal et ils se  disputent maintenant comme chiens et chats. Ces disputes ruinent la relation et rend la vie insupportableaux proches. Ces heurts continuels peuvent être un cauchemar anéantissant chaque protagoniste à petit feu.

Ils ont  passé beaucoup d’années ensemble, surmonté beaucoup de difficultés et leur maison devrait être un havre de paix dans l’idéal mais rien ne va plus pour ces septuagénaires ou octogénaires qui piquent comme des cactus.

Pourquoi ?

–> Parfois une des personnalités du couple a toujours été de nature irritable, critique, pessimiste… bref « difficile » à vivre. Or le vieillissement renforce les traits naturels de caractère: l’autre conjoint qui avait plutôt espéré un lissage des aspérités que leur accentuation en souffre.

–> Ou un partenaire refuse de reconnaître que l’autre a changé, est moins apte ou diminué, qu’il doit abandonner certaines tâches. Le conjoint privilégié peut même ne pas percevoir la diminution de capacités physiques ou mentales du partenaire ou se voile la face. Il met cela sur le compte d’une certaine indolence. Le vieillissement ne marque pas hélas son empreinte sur tous de manière équitable et un décalage se crée.

Lise qui commence à avoir des pertes de mémoire ne veut plus faire la cuisine: c’est une charge insoutenable pour elle au quotidien mais son mari ne veut pas prendre les repas chauds.

Arthur ne veut plus conduire mais son épouse estime que prendre le taxi est trop cher, obligeant Arthur a dépassé ses limites, ce qu’il ne veut pas avouer.

 –>Le rôle de la femme du couple est vu comme intangible: elle s’est investie, s’est ancrée dans le couple, les enfants, la famille. Le mari veut la maintenir indéfiniment dans ce rôle car elle stabilise les choses pour tous. L’identité sociale du mari basée sur ses anciennes fonctions qui prévalaient encore au moment de la pension s’érode et il peut tenter d’exercer son pouvoir au foyer. L’épouse est déstabilisée par ce nouveau contrôle dans sa sphère d’activités et peut se rebeller ou déprimer.

–> Les 4 piliers solides et indispensables pour la vie d’un couple communication, tendresse, sexualité, projets communs peuvent se déliter avec l’usure. Un des 4 piliers de la fondation du couple devient défaillant et la relation vacille continuellement… Au niveau de la communication par exemple, le simple fait d’être atteint de surdité, de ne pas y réagir, peut parasiter tout échange entre partenaires. Or, il est possible d’y remédier.

Quid?

Une rupture totale de couple à l’automne de sa vie après une très longue vie de couple est extrêmement compliquée et déstabilisante: les vies, les souvenirs sont tellement imbriqués!

D’un autre point de vue, un climat délétère, une haine froide dans le couple détériorent aussi la relation avec les grands enfants et la famille.

Sans médiation, les conjoints analysent chaque bribe conflictuelle et la surenchère s’établira jusqu’à ce que la négociation s’éteigne entre eux par lassitude. Ce sera un tableau de solitudes à deux, chambres séparées et silence.

En couple, vieillir ensemble, c’est d’ajouter de la vie aux années.
 Jacques Salomé. « La vie à chaque instant » 2012

Parmi les façons supplémentaires de faire évoluer une relation mortifère dans un vieux couple, se décentrer des conflits est une piste douce d’évolution. Changer les habitudes et essayer de privilégier tout ce qui rompt le huis clos du couple et ouvre vers l’extérieur est bénéfique. 

  1. Proposer systématiquement à votre compagnon ou compagne quelque chose de constructif avec un projet précis et réalisable: faire une activité tel jour à telle heure, une excursion, une sortie,…
  2. Essayer d’avoir chacun votre espace de vie séparé où chacun sera tranquille pour méditer, lire, écouter de la musique, s’assoupir…
  3. Reprendre ou découvrir une activité personnelle séparée: lecture, scrabble, collection, tricot ou de bricolage…soit seul ou mieux en club, en activités de jour dans un centre de votre commune.

Georges qui tournait en rond et énervait Luce, fait son arbre généalogique, ce qu’il lui a permis de reprendre contact par  téléphone ou par courrier avec d’autres membres de la famille éloignée. Ces nouveaux contacts réjouissent Luce.

Robert joue aux cartes le lundi et Marie au scrabble le jeudi…2 jours où chacun  est détendu…et leur relation s’est améliorée.

Pour vivre  ensemble à deux toute une longue vie, il faut amour et compréhension pour évoluer patiemment.

Et plus encore ! m’a dit une amie.

Votre avis sur cette question sensible ?

« Aujourd’hui, maman est morte ». Charles Berling.

Charles Berling raconte la vie de sa mère, Nadia, professeur d’anglais épouse de Christian, ancien officier militaire médecin. Nadia intima à leurs six enfants d’être gais en toutes circonstances mais les corrigeait fréquemment. Dans un manuscrit « Le Négatif » qu’elle a écrit et offert  quinze ans auparavant à chacun de ses six enfants, Nadia évoque son enfance marocaine. Née d’un père garagiste irascible et infidèle et d’une mère opprimée et en révolte, Nadia, enfant unique, a révélé à ses enfants quelques secrets de cette période déchirante pour elle au Maroc, à Meknès. Une scène douloureuse lors du Festival d’Avignon montre qu’à la fin de sa vie, la folie gagne Nadia: celle-ci, en colère, est venue haranguer publiquement son fils, acteur.

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 «  Nous volons toujours au-dessus de la méditerranée » page 164

L’auteur

Né en France en 1958, Charles Berling est acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste, producteur et chanteur. Avec Sophie Blandinières, il publie chez Flammarion en 2011 « Aujourd’hui, maman est morte » qui a obtenu le prix Jean-Jacques-Rousseau en 2012.

Commentaire

Aujourd’hui maman est morte est une des phrases les plus célèbres de la littérature française,  la première phrase du roman l’Etranger  écrit par Albert Camus en 1942.

livre Berling b.jpgDifficile de revenir sur le passé. C’est la vision d’un des enfants du couple, Charles Berling, qui n’a  jamais accepté l’image de sa mère, de  cette femme en morceaux. A son décès, il tente de reconstituer les pièces du puzzle de son histoire. Avec son regard d’acteur très présent, il compose ce récit où il fait revivre sa mère. Le prisme des pensées de Charles Berling donne l’orientation au contenu du livre: « sa mère a  eu un destin contrarié car elle voulait privilégier l’ascension sociale».

« Un enfant n’a jamais les parents dont il rêve… » dit Boris Cyrulnik. Le lecteur sent dans le style, un poignant détachement et les distances qui se sont installés dans cette grande famille. Il y a un sentiment d’inachevé, de rendez-vous manqué. La question qu’on se pose est: qui a refusé le dialogue? La porte de la communication avec ses enfants semble avoir été entrouverte plusieurs fois par Nadia qui leur avait transmis le livre de ses soixante ans « Le négatif » (page 61). Son fils, Charles Berling a mis un certain temps à le lire et lui avait conseillé de le retravailler… Au théâtre, l’irruption bruyante de sa mère dans son spectacle était sans doute un autre appel.

C’est le même phénomène qui se passe dans nos familles: nous ratons trop d’occasions de dialoguer, de renouer avec le fil des générations qui nous ont précédés. Nous sommes en décalage et n’accomplissons pas tous en même temps la recherche de ce tissu familial. Est-il possible parfois d’ajuster un peu nos pas avec ceux de nos parents ?

Les pages qui relatent le climat des disputes du vieux couple de Nadia et de son mari et la réaction de leurs enfants sont un excellent témoignage d’une réalité  bien souvent cachée aux tiers.

Les conflits sont devenues si âpres que les enfants sont amenés à prendre position protéger leur père en difficulté: « nous allons lui annoncer que nous n’allons pas lui laisser le loisir de mettre à mort son mari… » page 151. La fratrie se réunit et se déplace. Ces enfants adultes ne sont plus à leur place car ils tentent de réguler le conflit d’un couple. C’est dramatique. Les enfants vivent une double contrainte: sauver leur père en blessant l’amour-propre de leur mère ou ne rien faire avec le risque que leur père soit anéanti. En agissant, ils amenuisent par ce fait toute chance réelle de communication avec chacun des parents : « elle est désemparée; elle fond en larmes… ». « …il ne dit rien » page 152.

Ce qui compte pour les enfants qui traversent comme des éponges l’histoire de leurs parents, c’est qu’à la fin de vie une balance s’établisse entre le négatif et le positif et que le positif l’emporte! Ou le pardon. Nadia leur avait donné « Le négatif » et n’a pas su inverser la courbe positivement.

Une phrase

« Ils sont épuisés. Elle a l’air tendu d’un animal aux abois. Lui est assis à ses côtés sans faire de bruit, de son petit air gentil ; il s’absente comme il peut »

Aujourd’hui, maman est morte. Charles Berling,  Collection J’ai Lu. Page 150.

Protection du logement familial et droits de succession en 2014.

Nous avions  décrit précédemment le statut juridique particulier de l’immeuble qui sert de logement familial au défunt et son époux ou cohabitant au moment du décès et la protection légale instaurée dans certains cas en faveur du partenaire survivant.

Jusqu’ici, cette protection juridique ne dispensait pas le survivant de payer (sauf en Flandres depuis 2007) des droits de succession  sur la part qu’il recueillait.

Pour payer les droits de succession sur la part recueillie dans le logement familial, le survivant pouvait buter sur de grandes difficultés  financières qui pouvaient le contraindre à vendre le domicile familial  pour pouvoir payer les droits de succession.

Le conjoint au cohabitant légal est maintenant exempté totalement à Bruxelles des droits de successions dus sur la part dont ils héritent dans le logement familial et exonéré largement  en Wallonie.

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 Maisons de village, toits rouges. Renoir. 1905 (huile sur toile) Winterthur Kunstmuseum

Exposition Renoir à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny (20 juin 2014-23 novembre 2014 Suisse)

Depuis quand ?

Ces mesures s’appliquent pour les successions concernant des décès survenus depuis le 1er janvier 2014  à Bruxelles (1) et depuis le 1er juin 2014 en Région wallonne (2).

Différences:

A Bruxelles,

  • lexemption est applicable pour un cohabitant partenaire d’un couple et non pour un cohabitant qui serait par exemple parent avec le défunt (exemples :  père, grand-mère, neveu…).
  • l’exemption s’appliquera au dernier logement dans lequel il y a eu cohabitation, s’il y a eu séparation de fait (des époux) ou  force majeure rendant impossible la cohabitation au moment du décès (si un des deux ou les deux  partenaires résident en maison de repos).

En Wallonie,

  • l’exonération s’applique au conjoint survivant et au cohabitant légal quel que soit le lien (partenaire ou membre de la famille)
  • l’exonération ne porte que sur la première tranche de 160.000 €, (3) ce qui correspond à une habitation de 320 000 euros.
  • l’exonération s’applique pour autant que l’habitation du défunt a été occupée comme lieu de résidence principal pendant les cinq ans au moins qui précèdent le décès, à moins que l’on ne puisse démontrer le cas de force majeure ou une raison contraignante d’ordre médical, familial, professionnel ou social (admission dans une maison de repos..).

Tant en Wallonie qu’à Bruxelles, ces mesures fiscales favorables pour le logement familial  concernent les personnes mariées et les cohabitants légaux; les cohabitants de fait restent considérés comme des «étrangers » pour l’application des droits de succession.

 

1. Ordonnance du 30 janvier 2014, M.B.6 mars 2014

2. Décret du 11avril 2014, M.B.9 avril 2014

3. Le prix moyen d’un logement en Wallonie est de 176 000 euros. Cela concerne donc plus de 80% des habitations.

« Les grands-mères » Doris Lessing.

Theresa, serveuse d’un restaurant au bord de mer, observent deux habituées, les jolies grand-mères Roz et Lil  qui lézardent au soleil à la terrasse de l’établissement. Elles sont accompagnées de leurs fils, Tom et Ian, et de leurs petites-filles Shirley et Alice.

Mais où  donc sont les mères de ces petites filles, Mary et Hannah ?

Mary, épouse de Ian, surgit en colère  sur la terrasse et déboule avec un paquet de lettres. Tous les non-dits apparaissent alors.

Doris Lessing signe avec « Les grand-mères » un roman sulfureux sur la dissimulation et la douleur des tiers jouets d’une manipulation.

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 « Des larmes ruisselaient sous ses lunettes noires » Page 83

L’auteur

Écrivain britannique (née en 1919) Doris May Lessing, lauréate du prix Nobel 2007 de littérature, est décédée en 2013, à l’âge de 94 ans.

Ce fut une femme de lettres engagée: l’Afrique, le colonialisme et la cause féministe sont les trois grands thèmes de son œuvre: Les Enfants de la violence, Canopus dans Argo, Nouvelles africaines… C’est avec Le Carnet d’or que l’écrivain devient malgré elle une porte-parole du féminisme.

En 2003, l’octogénaire publie ce court roman (94 pages) « Les grands-mères ». L’intrigue est particulièrement incorrecte. L’histoire choque tout le monde sauf son auteur. «Une aventure qui n’est pas autobiographique, cette fois, mais je le regrette…», avait déclaré Doris Lessing lors de la publication de ce livre.                                                    

 Les grand-mères

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Est-ce que Doris Lessing fait ici un portrait de grands-mères «  nouvelle génération » avant l’heure? Non, rien de cela.

Est-ce que c’est un portrait de «cougars»? Non, les femmes décrites ont la quarantaine mais ne sont pas des chasseresses repérant de jeunes proies masculines.

Doris Lessing dépeint certes des femmes libres, mais aussi des êtres égoïstes et amoraux. Depuis toujours, Roz et Lil ont eu une vie très facile et sont restées inséparables au point que leurs mariages en ont pâti et qu’elles ont écarté tous les enquiquineurs. Leurs maris ont été blessés par leur mode de vie. Et leurs enfants de même.

Tout est déséquilibre dans ce roman à la limite de l’amoralité, dans un schéma dramatique de transfert du complexe d’œdipe et de quasi inceste. Bien plus que  ces faits scabreux, Liz et Roz dérangent par leur absence totale de réflexion et d’empathie. Si un petit sursaut  non pas de morale mais de convenance morale tend à se profiler, elles le balaient par intérêt : « C’est une bonne chose, tu ne vois pas ? » page 59.

Doris Lessing ne donne aucune explication à cette déliquescence et laisse le lecteur  dans le flou: c’était sans doute bien l’effet escompté par l’écrivaine. Le titre du roman masque et dissimule totalement le sujet du roman.

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Sur base de ce roman, Anne Fontaine a réalisé en 2013  le film Perfect Mothers, film franco-australien avec Naomi Wats et Robin Wright.

Etudes et regards neufs sur les centenaires

Au niveau mondial

Les centenaires devenant trop nombreux, une association mondiale basée à Los Angeles, le « Gerontology Research Group » (GRG) recense le nombre de supercentenaires.

Pour être enregistré dans la base de données, il ne suffit pas d’être très âgé, encore faut-il pouvoir en fournir les preuves. Des documents incontestables sont nécessaires pour la validation et l’enregistrement d’un supercentenaire dans la base de données du GRG: un certificat de naissance,  un certificat de mariage si la personne a été mariée et une preuve de vie.

Une table des supercentenaires validés est publiée et mise à jour par le Gerontology Research Group. La doyenne de l’humanité serait actuellement une supercentenaire japonaise Misao Okawa née en 1898.

Toutes les informations sur les centenaires belges sont collectées par  les correspondants belges  qui sont actuellement  le Prof. Michel Poulain (UCL), Mr. Bart Versieck (GRG Senior Editor), Mr. Peter Vermaelen et Mr. Anthony Croes-Lacroix qui transmettent leurs informations au GRG.

Déterminer le doyen de l’humanité est assez complexe. Tous les pays n’ont pas enregistré avec la même rigueur les actes de naissance. De plus, ces informations sont privées et ne sont pas délivrées à des tiers par les administrations. Certaines familles tentent aussi d’éviter la meute médiatique autour de leur centenaire: il existe parfois une véritable traque aux centenaires. A l’inverse, d’autres familles tentent de commercialiser le record de longévité de leur supercentenaire.

Outre le Gerontology Research Group, des records de vieillesse sont aussi officialisés par le Guinness World Records ou par le Limca Book of Records website, chacune des organisations ayant ses propres critères.

La notion de doyen ou doyenne de l’humanité restera  toujours sujet à controverse pour les raisons évoquées ci-dessus mais aussi parce certaines personnes qui ont postulé une reconnaissance n’ont pas pu faire certifier leur âge de façon incontestable; d’autres cas peuvent avoir été reconnus erronément.

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Certains centenaires cultivent encore leur jardin.

En Belgique

Des études sur les centenaires ont été réalisées par le démographe Michel Poulain qui est un  spécialiste de l’étude de la longévité et de la validation de l’âge des personnes très âgées. « Ce qui est formidable, lorsqu’on travaille sur les centenaires, c’est qu’on n’étudie pas la mortalité mais la longévité. C’est un thème de recherche très positif» estime Michel Poulain.

Michel Poulain a rencontré beaucoup de centenaires en Belgique et à l’étranger et a relevé les différents facteurs de leur vie qui pourraient leur avoir été favorables. Le premier travail du chercheur consiste cependant à valider l’âge des personnes concernées.

Aux Pays-Bas

D’un point de vue biologique, la question de la longévité maximale de l’être humain est tout aussi passionnante. Une centenaire hollandaise, Hendrikje van Andel-Schipper, qui  avait accepté que son corps soit donné à la science, a fait progresser les scientifiques dans la compréhension des mécanismes des limites de la vie humaine : nos cellules doivent régulièrement se renouveler.

Morte en bonne santé à l’âge de 115 ans, cette centenaire était décédée en 2005, sans qu’une raison précise puisse être déterminée.

Le généticien Henne Hostege a découvert pourquoi la vie de  la centenaire avait cessé. Il a publié une étude dans la revue Genome Research. 
Le sang humain contient habituellement 1.300 cellules souches actives qui se divisent constamment et se régénèrent.  Or, l’échantillon de sang de Hendrikje van Andel-Schipper ne contenait plus que «deux cellules souches actives qui à elles seules maintenaient le taux de globules à niveau». Où étaient passées les « 1.298 autres cellules souches » chez la centenaire ? « Les généticiens ont alors étudié l’épaisseur des télomères, extrémités des chromosomes. Ceux-ci raccourcissent avec l’âge, à chaque division cellulaire. Une fois que les télomères sont trop courts, la division cellulaire est impossible: la cellule meurt. On estime que les télomères agissent telle une horloge biologique qui précipite la mort des cellules souches ». 

C’est donc le non-renouvellement cellulaire sanguin de Hendrikje qui a provoqué son décès « inopiné ».

Aux Etats-Unis,

A Columbia, la photographe Anastasia Pottinger a développé un projet photographique particulier relatif aux « centenaires ». Contactée par une femme de 101 ans qui voulait que son corps soit photographié et que son identité  reste secrète, la photographe a été fascinée par  le résultat et ces clichés très spéciaux. C’est ainsi qu’est née l’idée de montrer dans la confiance mutuelle et l’anonymat des photos de corps de centenaires.

Autour des centenaires.

2014

Adamo a célébré ses 70 ans.

Brigitte Bardot (née en 1934) a fêté ses 80 ans.

Charles Aznavour continue de parcourir le monde avec sa «Tournée 90 ans».

Ne sont-ils encore très jeunets face à la comédienne Gisèle Casadesus qui vient de fêter 100 ans et pour qui son fils aîné Jean-Claude, 70 ans, reste «son petit garçon»?

A l’occasion de son centenaire, Gisèle Casadesus (née en 1914) a publié un livre de souvenirs:

                                                « Cent ans, c’est passé vite… » *

Fille du compositeur et chef d’orchestre d’origine espagnole Henri Casadesus, Gisèle Casadesus débute à la Comédie Française en 1934. Le théâtre est sa passion.

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                                                                             Théâtre de Mons

Sa carrière artistique s’est aussi largement développée au cinéma où elle a notamment incarné Margueritte dans le film de Jean Becker dans «La tête en friche»

Elle a épousé le comédien Lucien Pascal mort  lui aussi à l’âge de 100 ans. Ils ont eu 4 enfants, tous artistes. Un de ses petits-fils est lui-même grand-père.

Que dévoile une si belle carrière à propos de la recette pour atteindre 100 ans ?

Gisèle Casadesus a de bonnes dispositions génétiques: son frère a été centenaire et sa G.Casadesus.jpggrand-mère russe a vécu jusqu’à 93 ans.  Elle a une bonne santé. L’actrice a été très épaulée et reconnaît que, sans sa maman, elle n’aurait pu faire cette carrière parfaite. Elle a bénéficié d’une  bonne entente de la famille et de l’appui de son mari qui ont absorbé les pressions autour d’elle. L’amour n’a jamais cessé de lier le couple. Sa foi l’aide et elle lit la Bible chaque jour. Son métier d’actrice est une source de vrai bonheur. Dans les coulisses de son métier, elle a toujours évité les rivalités ou conflits.

 Source vidéo Journal TF1 13 h, 30 septembre 2014

Elle a bénéficié d’une grande stabilité affective mais aussi géographique car aujourd’hui encore, elle habite l’appartement où elle est née.

« J’ai la chance de faire ce que j’aime… Et je suis reconnaissante à mes parents et au bon Dieu qui m’ont fait »

La comédienne est très éloignée du portrait de la chanson de Linda Lemay «La centenaire».

Gisèle Casadesus illustre avec allégresse dans son livre certains traits qui pourraient expliquer la longévité des centenaires : 

·       un bon capital génétique,

·       un environnement favorable,

·       des attaches  familiales fortes,

·       une base aimante sur laquelle s’appuyer ou un amour solide,

·       des valeurs spirituelles affirmées,

·       une passion ou une raison de vivre, **

·       une tendance à éviter les conflits ou les émotions négatives,

·       une aptitude nette à se préserver et à se centrer sur ce qui est bon pour soi.

C’est sans doute la conjugaison de ces divers facteurs qui créent un environnement propice à une longue vie dans de bonnes conditions.

La  vie de la centenaire Gisèle Casadesus ne doit plus être vue comme une exception.

En Wallonie et à Bruxelles, 40 centenaires vivent actuellement à domicile.**

Le plus vieux prêtre du monde en activité est belge: Jacques Clemens a 105 ans et officie à Nalinnes. Un autre centenaire est l’auteur de notre  « Grammaire latine », le Père Bernard de Give (né  en 1913), moine toujours actif à l’abbaye de Scourmont !

 

2.     * « Cent ans, c’est passé vite… »
de Gisèle Casadesus & Eric Denimal
Aux éditions Le Passeur Editeur.

** Le doyen mondial des cinéastes Manoel De Oliveira, qui fêtera en décembre 2014 son 105e anniversaire, et qui reprend sa caméra cette semaine à Porto  déclare: Filmer est mon travail et ma passion, confiait-il cette année lors de son entretien avec le Figaro. Autre élément favorable: toute sa famille est aussi dévouée à son œuvre.

  ***  Journal « En marche » 18 septembre 2014, page 3