Compromis de vente en Belgique et à Bruxelles.

Lorsqu’un vendeur et acheteur s’orientent vers un accord pour l’achat d’un bien immobilier en Belgique, ils s’engagent souvent par un écrit appelé compromis provisoire ou «compromis de vente ».

Ce compromis signé par les parties vaut vente : tout est joué

 

  1. Cet accord lie définitivement le vendeur et l’acheteur. C’est le contenu de ce document qui  détermine ce qui est acheté et fixe les droits et obligations de part et d’autre. Il ne sera pas possible de renégocier ou de poser d’autres conditions.
  2. Le compromis donne également lieu à la perception d’un impôt élevé, dénommé  droits d’enregistrement* dus au plus tard quatre mois après la signature du compromis de vente, quels que soient les événements fâcheux qui pourraient survenir.
  3. Pour garantir l’engagement, un acompte de 10 % de la valeur du bien est généralement demandé et une indemnisation du vendeur précisée si la vente ne se réalise pas comme prévu.

 

Le compromis avec condition suspensive: une porte reste ouverte…

La vente signée dans le compromis est définitive sauf si on y inclut une condition suspensive qui liera la vente à la survenance d’un fait futur incertain. Dans ce cas, le compromis de vente laisse une porte ouverte: tant que la réalisation de la condition n’est pas survenue, la vente est suspendue.

 

Condition suspensive de prêt: dans le compromis, c’est la clause courante demandée par le candidat acheteur qui sollicite un prêt hypothécaire à sa banque:

  • Au moment de l’obtention du prêt hypothécaire, la vente prévue dans le compromis  affecté de cette condition suspensive sera effective, et les droits d’enregistrement  seront dus.
  • En cas de refus du crédit hypothécaire dans le délai précisé dans la clause, le candidatacheteur est délié, peut sortir de son engagement grâce à la porte ouverte par cette condition: la vente est inexistante. L’acompte lui sera remboursé diminué d’une indemnisation équitable du vendeur; à cause de l’indisponibilité du bien sur le marché, le vendeur subit une perte qui doit être indemnisée car il a été bloqué et retardé de plusieurs semaines dans le processus de sa vente.

La clause suspensive a une durée limitée dans le temps. Passé le délai de la clause suspensive, la vente est considérée comme ferme et définitive. Après ce terme, l’annulation par l’acheteur pourrait entraîner la perte de son acompte.

La condition suspensive de prêt n’est pas une porte de sortie qui permet de se raviser selon son humeur mais uniquement une porte de sortie pour se dégager d’un achat en cas de la non-obtention du prêt. Cela signifie que le candidat-acheteur est tenu de tout faire pour obtenir le prêt aux conditions du marché, dans le délai imparti et en se présentant si nécessaire à plusieurs établissements de crédit. En cas d’échec, il est tenu de communiquer les preuves écrites d’un refus éventuel, au vendeur ou à son notaire.

Quelle que soit la situation, il est toujours utile d’insérer dans le compromis, une clause suspensive qui donnera une marge d’appréciation et de manœuvre en cas de souci. Outre la condition suspensive de prêt, d’autres types de conditions suspensives sont envisageables : ainsi celle qui suspend la vente au fait que l’acte authentique de vente de votre maison actuelle soit finalisé à la date prévue, à votre nomination prochaine dans la localité si vous y avez postulé un emploi vacant, aux confirmations ou résultats  favorables d’investigations nécessaires à votre projet par des architectes ou hommes de métier  (absence de mérule, de pollution, nature du sol, possibilités d’extension…), au fait qu’aucune infraction d’urbanisme ne soit constatée.

S’il s’avère que la condition n’est pas réalisée et que le bien ne correspond finalement pas à ce qui avez été avancé et convenu, vous aurez la possibilité de vous délier de votre engagement par cette clause suspensive, sans payer les droits d’enregistrement sur la vente.

 

Si l’acheteur est défaillant et qu’aucune condition suspensive ne figure dans le compromis de vente?

Région Bruxelles-Capitale.

Ce serait le pire scénario. Tout a été joué au moment des signatures du compromis.

Toute circonstance ultérieure modifiant l’accord initial entre le vendeur et l’acquéreur ne permet plus, en principe, d’échapper au paiement des droits. Les acheteurs et vendeurs sont même tenus solidairement à payer des droits d’enregistrement sur une vente qui ne se réalisera pas (faute de prêt, par exemple) à l’échéance des 4 mois après la signature du compromis ou avant, si un délai de passation d’acte authentique plus court a été fixé.
Dans cette région,  le vendeur peut opter pour une action judiciaire qui obligera la partie défaillante soit l’acheteur à acquérir le bien. Les parties acculées tentent souvent par une procédure judiciaire d’obtenir l’annulation ou la résolution de la vente (avec de gros frais en vue et de fortes indemnités) avec l’espoir
éventuel d’obtenir la restitution des droits d’enregistrement. Pour justifier de telles demandes en annulation ou résolution dans les délais requis, il faut pouvoir avancer des arguments valables: un simple accord des deux parties n’est pas suffisant!

Attention ! Mise à jour 2017 : Bruxelles-Capitale a assoupli ce régime en 2017 et s’est alignée sur les deux autres régions, en matière d’annulation de compromis de vente. Depuis le 1er janvier 2017, il est possible d’annuler un compromis de vente à Bruxelles, si les parties sont d’accord et de procéder, en payant 10 euros, à l’enregistrement de la convention d’annulation dans l’année du compromis de vente annulé.
 

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 La Flandre et la Wallonie.

La Flandre et la Wallonie (et maintenant le région de Bruxelles-Capitale) ont une législation qui permet d’éviter ce scénario catastrophe.

Dans ces deux Régions  si les parties se mettent d’accord, il est possible d’éviter la procédure judiciaire. Le contenu des deux législations est fort semblable. Les parties présentent au service fiscal local une convention d’annulation, de résolution ou de résiliation amiable de la vente et paient une taxe d’enregistrement  au droit fixe de 10 € pour chacun  des documents, si le compromis de vente n’a pas encore été constaté par acte authentique et s’il ne s’est pas écoulé plus d’un an entre le compromis de vente et la convention de résolution ou d’annulation.

La perspective d’une action judiciaire longue, coûteuse, ainsi que le blocage de l’immeuble à vendre amènent des parties raisonnables à s’entendre sur cette voie amiable au coût modique.
 

A défaut d’accord entre elles, si une de parties ne peut ou veut pas exécuter les engagements du compromis, il reste à l’autre à actionner la voie judiciaire avec l’option de demander soit une condamnation à passer l’acte de vente soit l’annulation ou la résolution de la vente ainsi que le paiement de dommages et intérêts.

 

Avant la signature du compromis, consultez votre propre notaire

En matière immobilière, mieux vaut ne pas se lancer dans un achat impulsif !

Analyser en profondeur tous les aspects d’une vente immobilière avant de signer le fameux compromis évitera de graves déconvenues.

 

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 « Conversation in Nice » par Jaume Plensa

Après la conversation, vigilance extrême pour la signature d’un compromis …

 

L’importance du compromis est telle que tout doit y être clairement formulé, non seulement les conditions suspensives mais tous les autres aspects comme la description exacte du bien.

Préalablement à la signature du compromis et pour en vérifier la teneur, il est capital pour l’acheteur d’être assisté par son propre notaire (en principe, cela n’engendre aucun supplément d’honoraires). Le compromis peut être signé chez un des notaires, celui du vendeur et de l’acquéreur, sans frais supplémentaires. Par la suite, les deux notaires interviennent pour acter la vente de manière authentique et se partagent les honoraires.

Outre la régularité et la sécurité de l’opération souvent mieux garantie, l’acompte versé par l’acheteur est aussi conservé par un des notaires. Toutes les complications du parcours de vente (prêt éventuel refusé, etc…) se gèrent plus efficacement par leur canal et les intérêts des deux parties semblent aussi mieux sauvegardés.

 

* Le taux du droit est de 12,5% en région wallonne et en région bruxelloise, 10% en région flamande. Il peut parfois faire l’objet de  réductions.

«Tout ce silence » Véronique Gallo

Silence.

Parfois une injonction disciplinaire.

Parfois un moment de gravité ou de compassion.

Parfois une affliction cachée derrière une discrétion insondable.

C’est ce silence qui habite Prisca, Italienne, immigrée, devenue  témoin de Jéhovah.

Prisca a 79 ans. On lui annonce un cancer des os. Face à sa détresse, sa petite fille n’a que des gestes de tendresse pour sa grand-mère qu’elle va accompagner et soutenir durant une année marquée par le déclin de la santé. Sous forme de flashbacks, sa petite-fille met en parallèle les phases de la maladie avec les moments charnières de l’existence de cette humble femme.

La vie de Prisca, un drame ? Non une tragédie contenue dans le silence.

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                      La montagne est faite de silence (p19)                                  Autriche


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L’auteur

Née en 1976 à Liège, licenciée en langues et littératures romanes, Véronique Gallo est comédienne et dramaturge.

Avec «Tout ce silence» qui est son premier roman paru en septembre 2012, l’auteur réalise un travail de mémoire en traçant le portrait de sa grand-mère durement éprouvée tout au long de sa vie.


La phrase

« …, ton destin n’est plus qu’un long ruban que je tiens entre les mains de ma mémoire et ta mort prend tout son sens: c’était le seul moyen de te libérer de tout ce silence contenu »

«Tout ce silence », page 109. Véronique Gallo.

Editions «Littérature ouverte. Desclée De Brouwer», 

Vieillir aujourd’hui … nostalgie.

Dans les temps anciens, comme nous venons d’en parler, mieux valait que les aînés s’agrippent aux cocotiers ou se raccrochent aux branches pour survivre.

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Tenerife/ taille des palmiers

Aujourd’hui, les progrès de la médecine, de la diététique, de la technique (lunettes, prothèses auditives, …), de la protection sociale et juridique ont considérablement amélioré la vie en bonne santé des personnes. Les aînés, de manière collective, ne sont ainsi plus mis à l’écart du groupe social.

Cependant, notre société valorise au maximum les valeurs d’autonomie et de jeunisme. Une certaine dichotomie naît dans le regard de la société  porté sur les personnes âgées selon que leur vieillissement renvoie une image favorable ou négative. L’attitude de la société sera très bienveillante envers les seniors « adaptés », toniques, sportifs et argentés : c’est d’ailleurs cette seule image que la publicité utilise et véhicule. Mais le grand âge avec ses infirmités, sa dépendance, évolution au demeurant naturelle, reste une représentation complexe et épineuse à assimiler pour la société. Il en va de même pour la personne âgée confrontée à la dépendance.

Avec de bons soins, même bien intégrés socialement et respectés, les grands seniors, malgré tout, peuvent se sentir marginalisés et éprouver une nostalgie certaine « de leur temps », un temps passé qu’ils idéalisent. Il ne s’agit pas là de préjugé, mais bien de leur ressenti individuel, d’une émotion teintée de souvenirs et de regrets. L’expression de cette peine peut être sinon culpabilisante, du moins douloureuse à entendre pour les familles.

En effet, beaucoup de « seniors+ » connaissent ce sentiment légitime de solitude existentielle: leur compagne ou compagne sont décédés, leurs pairs disparaissent, les rituels collectifs (mariages, fêtes de famille…) s’effacent. S’ajoutent les barrières créées par des situations ardues à gérer ou des périodes de retrait dues à la maladie. Le monde extérieur est dirigé par de plus jeunes qu’eux et a changé du tout au tout avec les technologies modernes. Le quatrième âge est aussi une classe sociale qui n’intervient quasi plus au niveau de la vie sociale ou politique.

C’est dans ce groupe des plus de 85 ans que le sentiment de solitude est le plus élevé : il n’est donc pas étonnant que certains grands seniors évoquent ou se retournent toujours vers le passé plus gratifiant de leurs propres parents. Il leur semble que ce vingtième siècle « passé » était plus axé sur des relations familiales déférentes, et offrait à leurs parents un autre statut social. D’autres octogénaires parviennent à tourner cette page en opérant les petits renoncements ou ajustements indispensables à la poursuite de leur vie.

Gommer les conséquences affectives, psychologiques ou sociales des aléas d’une vie longue est un défi impossible  pour quiconque. Cela relève du mythe!


Sans être parfaite, la prise en charge des difficultés du grand âge est beaucoup mieux assurée et encadrée aujourd’hui. Elle n’a plus rien à voir le sort d’abandon ou d’exclusion sociale réservé à nos aïeux.

Heureusement !

Secouer le cocotier…

Les discussions autour du vieillissement n’échappent pas aux préjugés, idées fausses ou mythes. Regardons le préjugé relatif au traitement porté par la société aux personnes plus âgées au cours de l’histoire: les seniors auraient toujours bénéficié d’attention, de respect, de solidarité, bien plus en tout cas que ce que leur offre l’époque actuelle.

Secouons un peu le cocotier.

Penchons-nous d’ailleurs sur cette expression tonique signifiant que pour obtenir un résultat, on agit en bousculant les habitudes.

Derrière ces mots se cache pourtant une pratique forte et brutale de certaines ethnies primitives polynésiennes. Les vieux grimpaient au cocotier qu’on secouait pour réaliser la cueillette; s’ils ne parvenaient pas à s’agripper et tombaient, on les achevait.

Dans les temps anciens, « vieillir » aurait été plus simple car un grand respect existait envers les personnes âgées. 

Ce fut sans doute un peu vrai dans la Grèce antique et dans certaines sociétés orales (1), où les personnes âgées transmettaient un savoir, la mémoire du peuple ou la sagesse. Comme maîtres ou sages, les anciens étaient respectés. Mais ces sociétés comptaient  alors peu de personnes qui puissent atteindre un âge vénérable et leur âge voisinait avec la cinquantaine…

Bien plus souvent au cours des temps, les personnes âgées furent malmenées.

·     S’ils ne pouvaient plus contribuer au travail commun, les coutumes poussaient les anciens de certains peuples à quitter volontairement la vie, ainsi la tribu Nunaga au Canada. De même, le film de 1983 «La balade de Narayama» raconte qu’au Japon, les habitants arrivant à l’âge de 70 ans s’en allaient mourir volontairement au sommet de Narayama,«la montagne aux chênes».

  • Dans les sociétés primitives et agricoles, les personnes âgées restèrent très longtemps  au travail comme les enfants d’ailleurs. Il n’y avait pas de retraite et les personnes âgées continuaient à tenir les fermes ou à travailler aux champs. Dans ce cadre de fonctionnement, ils avaient leur place. S‘ils perdaient la capacité de travailler, ils devenaient une charge, pouvaient être jetés hors de la maison  et obligés de mendier.

Dans ces divers cas, la place des personnes âgées dépendait des conditions économiques. Si les conditions devenaient défavorables, les personnes âgées menaçaient la survie du groupe. Le groupe primait alors sur l’individu livré à lui- même, malgré son âge.

  • Au Moyen-âge, le parcours de nos aïeux étaient en outre gâché par les maladies -la lèpre, la peste, l’ergotisme (2)-, les incendies, les guerres, les famines. La seule bénédiction pour eux dans cette période brutale fut celle de la religion chrétienne. L’accent fut mis sur la compassion  due à tout être humain, quel que soit son âge.

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l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines

 

  • A partir du 12me siècle dans nos régions des comtés de Flandre et de Hainaut, des monastères et hospices de l’Eglise accueillirent les vieillards hors d’état de subvenir à leurs propres besoins. Ils les sauvèrent souvent d’une mort dans la rue. Petit à petit, ce fut un signal pour un changement de réflexion et de comportement de toute la société.

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Ainsi l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines accueillait les pauvres malades, indigents ou vieux, les laissés-pour-compte de la société comme l’hôpital Saint-Jean de Bruges qui  fut l’un des premiers vers 1180 à faire cet accueil (3).

 




En regardant l’échelle du temps de manière historique et collective, « vieillir » était affreux. Le sort de nos ancêtres était loin d’être enviable. Inutile de vouloir retourner en arrière, n’est-ce pas ?

(1) Les tribus hébraïques ont fait preuve d’un plus grand respect à l’égard des anciens mais cela ne dura qu’un temps.
(2) Empoisonnement causé par un champignon qui infecte les céréales et l’ergot de seigle en particulier. L‘ergotisme est également connu sous le nom de mal des ardents et feu de Saint-Antoine.
(3) Les hospices de Beaune apparurent bien plus tardivement, au 15e siècle.

L’été indien de la vie. Et après ?

Selon le psychiatre américain Edwin Scheidman, l’été indien de la vie, période douce et agréable, commence à 70 ans.

Et après ? Un certain nombre de seniors continuent leurs activités quotidiennes et voyagent dans le monde sans angoisse.

Sur le site de Pamukkale en Turquie, patrimoine mondial de l’UNESCO, un guide me rapportait qu’il lui arrivait maintenant de guider des groupes du 4ème âge avec des personnes âgées de 80 à 92 ans. Même dans les groupes de jeunes septuagénaires, il y a fréquemment 5 ou 6 personnes porteuses de prothèses sans compter les autres problèmes de santé sous contrôle (diabète, cancer, problèmes cardiaques) mais qui accomplissent sans rechigner toutes les visites.

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Longtemps, la soixantaine fut considérée comme la porte d’entrée de la vieillesse.Selon une enquête relayée par Atlantico, à la question «A quel âge est-on vieux ?», les Français répondent 68 ans comme un âge moyen de début de vieillesse.

Aujourd’hui, être vieux n’est plus seulement une question  de chiffres, d’années ou de saisons. Chacun a sa propre perception. Même les seuils d’appréciation reconnus par la société sont volatils et ne cessent de grimper.

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 Erik Satie (1866- 1925 pianiste et compositeur français)
Jardin des personnalités à Honfleur

« Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux » écrivait Erik Satie dans les Cahiers d’un mammifère.

Mais quels seraient les signes ou les premières gelées d’automne de notre vieillesse?

« Désormais, comme l’ont notamment montré les travaux de Patrice Bourdelais (1), il faut atteindre 75-80 ans pour ressembler, en termes de santé, d’espérance de vie, d’activités, etc., aux sexagénaires des années 1950. 

Il existe cependant de fortes variations entre les individus : on ne devient pas soudainement tous vieux au même âge, comme on ne devient pas soudainement tous adultes au même âge » note Jérôme Pellissier dans un article de juin 2013 (2).

Penser que des critères tels que les âges biologique, subjectif, social, professionnel puissent créer une ligne de démarcation utile est illusoire tant la vieillesse est un processus continu avec des visages très différents pour chacun. Dans l’antiquité, Cicéron nous rappelait déjà qu’il ne fallait pas se fier aux apparences des âges de la vie.

Les avis individuels cernant des marqueurs de vieillissement sont fort variables.

  • L’ancien président de la République française, François Mitterrand (3) estimait que le la vieillesse    «C’est d’abord perdre la curiosité ».
  • L’écrivain belge Thomas  Gunzig, estime dans un billet pour le journal Le Soir (4) que    «Vieux, c’est quand on arrête d’avoir envie de courir ».
  • Pour Adamo, qui a déjà 50 ans de carrière en chansons, «On ne devient vieux que lorsque le poids des souvenirs est plus lourd que le poids des projets. Alors inventons-nous des projets même pour l’illusion… »
  • Florent, 90 ans, remarque que si l’âge est vu comme une bénédiction  «On se sent vieux quand on ne trouve plus personne à qui parler de sa propre histoire; on a déjà perdu tous ses amis et la plupart des membres de même génération de sa famille».
  • Pour Nicole qui s’occupe de ses parents octogénaires,   «Une grande étape de la vieillesse est franchie quand on ne s’enquiert plus de ses proches, amis, aidants, qu’on ne veut plus rien savoir: l’univers est rétréci à soi». 
  • Nadine, 66 ans, dit   «Je me sentirai vieille quand  je ne pourrai  plus me déplacer ni faire ce que je veux»
  • Beaucoup rejoindront sans doute Sauveur,  83 ans, qui pense qu’ «on se sent vraiment vieux quand la maladie perdure et se combine à l’usure du corps pour entraver l’autonomie quotidienne ».

Qu’en pensez-vous ?

1.     Cf. Patrice Bourdelais, L’Age de la vieillesse, Odile Jacob, Paris, 1993.
2.     Le monde diplomatique Juin 2013 :Une planète grisonnante. A quel âge devient-on vieux ?
3.     François MitterrandMitterrand par Mitterrand –
4.     Le Soir 27/28 juillet 2013
 

«Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire» Jonas Jonasson

Réjouissant ! Coloré ! Drôle !

Alors que les romans ou de récits traitant du vieillissement nous emmènent souvent sur des pistes moroses, ce livre est un cocktail de bonne humeur et d’aventures et un régal explosif d’humour noir.

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En plus, Allan trouvait qu’avec toutes ses rides sur la tête Sonja ressemblait à un vieillard plein de sagesse…

Une maison de retraite suédoise s’apprête à célébrer dignement le centième anniversaire d’un résident mais celui-ci, Allan Karlsson, ne veut pas fêter son anniversaire. Il déteste ce genre de festivités et s’enfuit simplement par la fenêtre, chaussé de ses pantoufles.

Jonasson2.jpgA partir de cette fugue, le roman déroule deux flux d’aventures : le présent du centenaire en 2005 dans son incroyable périple en Suède et son passé  à partir de l’enfance d’Allan en tant que coursier dans une fabrique d’explosifs. Ensuite, à force de petites expériences, Allan est devenu un artificier de génie. Allan Karlsson a voyagé  en Espagne, aux USA, en France, en Russie, France et en Indonésie. Il y a rencontré Franco, Truman, de Gaulle, Johnson, Churchill, Staline, Mao, Kim Jung et même Sonja, une éléphante. Grâce à un réseau de coïncidences totalement improbables, nous revisitons l’histoire du 20e siècle.

Karlsson est dépeint comme un suédois apolitique et inculte, naïf mais futé et attachant. Il n’est pas du genre à réfléchir avant d’agir mais accomplit des choses détonantes.

L’auteur

L’auteur de ce best-seller paru en 2011 (800.000 exemplaires) est Jonas Jonasson, écrivain  et journaliste suédois né en 1961. Installé en Suisse au bord du lac de Lugano, c’est là qu’il a écrit ce roman dont le titre original est The Hundred-Year-Old Man Who Climbed Out the Window and Disappeared, présenté chez nous sous le titre Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

Réflexion…

Vu le ton décalé, ce roman jubilatoire n’est pas à prendre au sérieux. Il met cependant en lumière un aspect nouveau et intéressant qui nous retrouverons dans d’autres romans ou récits: la personne âgée qui ne plus supporter la vie en institution, en résidence décide de reprendre son destin en main.  

Ici, Allan Karlsson fugue car l’autoritarisme de Sœur Alice lui est insupportable. Dans son récit «Gagatorium», Christie Ravenne a fait preuve de la même détermination pour fuir « sa » résidence-services.

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On demande à Allan de parler de ses études.

– Pas de quoi fanfaronner dans ce domaine, dit Allan. Trois ans seulement.

– Trois ans? s’exclama le docteur Eklund. En trois années d’université, on ne devient ni mathématicien, ni physicien, ni chimiste, monsieur Karlsson !

– Non, je veux dire trois ans en tout. J’ai arrêté l’école à neuf ans.»

«Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire» Jonas Jonasson. (Editions Presses de la Cité 454 pages , ou Kindle).

L’acte sous seing privé, contresigné par les avocats

 Nous connaissons deux grandes formes d’actes juridiques :

  • les actes sous seing privé: souvent rédigés par les parties concernées et signés par elles, ces actes reconnus par elles, ont entre ceux qui les ont signés, leurs héritiers et ayants cause, la même foi qu’un l’acte authentique et engagent donc totalement les personnes signataires. Mais il existe toujours une possibilité de désaveu de la signature (articles 1323, 1324  Code Civil) ou de contestation sur l’intégrité du contenu (ajout, retrait, modification, datation …) ou sur l’interprétation à donner à l’accord, rendant possibles des actions en justice.


  • les actes notariés : les actes authentiques (1) rédigés par les notaires sont signés par les parties et le notaire et conservés par le notaire. L’acte notarié fait foi de son contenu: l’identité de parties, le contenu, la date sont certifiés exacts ; on ne peut en contester la validité. L’acte s’impose à tous y compris aux tiers. L’acte notarié a aussi force exécutoire par lui-même sans que la justice ne doive être saisie et un huissier de justice peut directement faire exécuter les obligations d’un acte notarié.

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Maintenant les actes sous seing privé peuvent être contresignés par les avocats des parties.

Une loi du 29 avril 2013 entrée en vigueur le 13 juin 2013 améliore la sécurité juridique des actes sous seing privé en permettant aux parties qui concluent un acte sous seing privé de le faire contresigner par leurs avocats. Chaque partie ayant un intérêt distinct doit être assistée par un avocat différent et dispose de son exemplaire.

 

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Le contreseing des avocats des parties sur cet acte offre deux garanties car il atteste

1. de l’identité des parties signataires au bas d’un acte déterminé et de l’intégrité formelle du contenu de l’acte.

2. de l’éclairage complet donné aux parties qu’ils conseillent sur les conséquences juridiques de l’acte. Il en est fait mention dans l’acte.

Le désaveu par l’une des parties signataires, tel que visé par l’article 1323 du Code civil, ne sera plus possible. La contestation due à un vice de consentement  ou concernant  l’intégrité des mentions du document est rendue plus difficile. Reste toujours la porte ouverte mais plus étroite d’actions relatives aux confusions d’interprétation des obligations des uns et des autres.

Quoi qu’il en soit :

  • L’acte contresigné par un avocat reste un acte sous seing privé;
  • Sa force probante vaut entre les parties contractantes, leurs héritiers ou ayants-cause et ne s’étend pas à l’égard des tiers;
  • Sa force exécutoire reste conditionnée à une procédure d’homologation;
  • Sa conservation par les avocats signataires n’est pas imposée ni précisée;
  • L’acte contresigné par un avocat ne semble s’appliquer qu’aux seuls actes bilatéraux. (2)


1. Un acte authentique est un écrit officiel, rédigé par un officier public : notaire mais aussi officier de l’état civil, magistrat, huissier de justice.

2. Lors des travaux parlementaires, la ministre a indiqué que le projet de loi vise uniquement les conventions bilatérales et nullement les actes unilatéraux.

Home Sweet Home avec kit domotique.

Et si nous « domotisions » notre maison pour que nos volets se relèvent automatiquement au soleil levant?

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La miniaturisation des systèmes automatiques, la modularité et la flexibilité des installations domotiques, des prix accessibles et un fonctionnement simplifié rendent aujourd’hui une maison automatisée attractive. Pour quoi faire? Pour réaliser des tâches quotidiennes, répétitives ou pour améliorer la sécurité, les communications, ou encore la gestion et l’économie d’énergie. Bref pour un confort accru.

En outre, la domotique s’adapte parfaitement aux maisons plus anciennes. Faire des saignées dans les murs, aspect rébarbatif pour beaucoup, n’est plus indispensable grâce aux systèmes sans fil. Si l’aide d’un électricien est nécessaire, l’installation aisée de ces systèmes permet une action rapide, sans dommage ni poussière dans le logis.

Mais avant de penser à rendre son domicile plus « intelligent », il est important de cibler ses besoins et ne pas s’encombrer d’options inutiles. Les besoins seront différents d’une personne à l’autre suivant qu’elle reste toujours au domicile ou qu’elle s’absente souvent, d’un logement à l’autre suivant sa grandeur et sa localisation.

  •  Voulez-vous gérer votre chauffage plus facilement ou faire des économies d’énergie?
  •  Voulez-vous utiliser harmonieusement votre éclairage?
  •  Prévoyez-vous de coupler la sonnerie de la porte d’entrée avec un vidéophone?
  •  Est-ce utile pour vous de contrôler votre maison à distance?
  •  Programmer le boiler, ou la machine à laver aux heures creuses vous intéresse-t-il?
  •  Voulez-vous un système d’alarme ou une surveillance de votre maison?

Les seniors ont été séduits par les systèmes d’alarme. Dans le cadre d’un maintien plus tardif à domicile, la gestion automatique d’autres aspects du logement peut les intéresser. Vivant chez lui, celui qui veut sauvegarder son indépendance ou accentuer son autonomie, ne devra plus se tourner vers un voisin disponible pour des demandes répétitives, baisser les volets de la maison par exemple.

Mon expérience montre que c’est l’accessibilité de sa maison aux tiers ou aux aides des services à domicile, qui est rapidement le souci de la personne seule malade, accidentée, handicapée, et du senior+. Cette question peut être assez simplement résolue par la domotique.

Trois points cruciaux sont à relever:

Domo4.pngL’ouverture de la porte d’entrée: difficile pour une personne en fauteuil ou alitée, elle peut être télécommandée pour permettre l’accès au personnel de soins. La sécurité et l’intimité de l’habitant sont ainsi sauvegardées: plus besoin de laisser la porte ouverte ou de transmettre la clef à tous les intervenants!

L’ouverture des volets des portes et fenêtres (et leur fermeture): la centralisation des commandes d’ouverture et de fermeture des volets peut être entièrement automatisée suivant la clarté extérieure.

La perception de la sonnerie ou la vue du visiteur: certaines personnes malentendantes ou alitées dans une pièce plus éloignée n’entendent plus la sonnerie de la porte d’entrée. Au lieu d’amplifier le son de manière démesurée, la domotique permet que la sonnerie se traduise aussi par l’éclairage ou le clignotement de lumières dans la maison. Option particulièrement utile dans un petit appartement où l’amplitude sonore est limitée par respect de la quiétude des voisins. Pratique aussi est le visiophone d’entrée permettant l’identification aisée de la personne qui se présente.

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L’extinction des lumières ou d’appareils électriques définis, la vérification de la fermeture des portes peuvent faire l’objet d’un programme intégré qui s’enclenchera à l’heure du coucher du propriétaire. L’accès au garage pour les livraisons via la commande de la porte du garage ou du portail, permettra aux livreurs de déposer une commande dans ce local. Dans certaines maisons, la gestion des stores en cas de mauvais temps ou le déploiement des protections solaires peuvent être automatisés.

Côte portefeuille, des kits sur mesure ou systèmes simples contrôlant un ou plusieurs aspects, soit l’énergie ou la sécurité, deviennent accessibles financièrement, aux environs de 150EUR. Certains produits (mais pas tous) se couplent à des abonnements mensuels. Parmi une multiplicité, citons quelques produits présents sur le marché belge.

Belgacom centre son action domotique avec deux packs Belgacom « Home View » et Belgacom « Home Control » à installer soi-même. Si l’accent est mis sur la sécurité, d’autres fonctions sont possibles. Notez que l’utilisation des packs requiert un abonnement « Belgacom Internet Partout » (VDSL2) à l’adresse d’installation.

–  Belgacom Home Control permet de garder un œil sur la maison partout et à tout moment via smartphone (Android et iOS), tablette ou PC. L’utilisateur reçoit un message, peut observer la situation en temps réel, activer ou désactiver son système d’alarme à distance, contrôler si les fenêtres et portes sont bien fermées par exemple.

Belgacom Home View permet la notification d’une situation anormale et la consultation des images en temps réel (caméra diurne).


Electrabel, fournisseur d’énergie, propose une Smart Energy Box. Ce système avec 4 prises « smart » est simple à installer et marche directement sur des prises 230V existantes qui conviennent à tous les appareils électriques de maximum 16A (TV, percolateur, décodeur…). (Voir aussi Smart Thermostat ou Smart Thermostat Touch.)


Sans travaux de grande ampleur, ONE Smart Control domotise en plaçant de petits modules derrière les interrupteurs remplacés par des boutons-poussoirs pratiques. Ici, le réseau électrique est utilisé pour établir la communication entre les appareils électriques et le panneau de contrôle central, qu’il s’agisse d’un smartphone ou d’une tablette. L’installation du système peut se faire progressivement et permet la gestion à distance: allumer et éteindre la lumière de manière groupée, mettre le chauffage en route…


Brainbox a de même développé des systèmes domotiques à placer soi-même qui permettent de commander l’éclairage, les électroménagers, le chauffage, le système d’alarme, par une simple touche sur un interrupteur ou un écran tactile. Voir Brainbox domotic confort ou Brainbox home control.


Le projet de domotiser en partie votre logement, de manière adaptée à votre personnalité, vous simplifiera la vie et vous donnera un supplément immédiat de confort. Surtout il vous familiarise déjà à l’utilisation des clés favorables pour votre autonomie future à domicile.

Tricoter droit ?

Arbres colorés, escaliers bariolés, parcmètres travestis, bancs ornés, autobus chamarrés, statues chaussées, rampes décorées…  Les couleurs chatoyantes du tricot viennent bousculer le quotidien, enjolivent notre cadre de  vie et nous interpellent.

C’est en 2005, aux Etats-Unis que le fil à tricoter a pris du pouvoir. Pour animer son magasin, une américaine Magda Sayeg recouvre d’un tricot la poignée de porte de sa mercerie à Houston. Sans s’en rendre compte, elle lance le mouvement du Street tricot.*

Ce nouvel art du « tricot urbain » ** emploie majoritairement l’outil du tricot mais le crochet, la dentelle et la couture sont aussi admis. Comme le graffiti, le tricot urbain livre un message et s’approprie l’espace public de manière originale mais temporaire, sans le dégrader, en respectant l’environnement. La plupart des opérations d’emballage-tricot se font avec l’aval ou la complicité des autorités sinon cette pratique serait illégale.

Les objectifs de ces habillages tricots sont d’attirer pacifiquement notre attention, colorer certains lieux publics, apporter un brin d’humour. Parfois dans certains collectifs comme le Knit the City à Londres, l’aspect revendicatif  de l’action est prédominant.

Magda Sayeg est devenue une valeur reconnue de la discipline et d’autres artistes plasticiennes élaborent des installations éphémères.

L’esprit du tricot urbain se base avant tout sur le travail d’un groupe de personnes qui veulent sensibiliser à une cause qu’ils partagent. De nombreuses femmes de tous pays ont trouvé  dans cette pratique collective un moyen abordable, efficace, pacifique de communiquer autrement en mettant l’accent sur leurs droits et revendications.

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 Fête de l’Iris. Bruxelles 5 mai 2013

En Belgique, diverses installations ont eu lieu à Louvain-la-Neuve, Courtrai, Bruxelles, Nivelles, Liège. Le collectif  liégeois,  » Elles bougent », réalise des actions tricots pour mettre l’accent sur le besoin d’une égalité hommes-femmes et de la lutte contre les dérives injustes du capitalisme.

Avec un plaisant aspect intergénérationnel, le tricot urbain relie aussi autour d’un thème, des tricoteuses de toute génération.

Tricoter du point mousse, filer, coudre, fuser la dentelle, crocheter, tisser ensemble… ou l’art nouveau de se faire entendre !

*    D’autres expressions anglophones sont utilisées:Yarn-Bombing, Yarnstorming, Knit graffiti, Urban knitting.

** Tricot urbain ou graffitricotage ou graffiti en tricot.

Le bénévolat dans les orties

Le désintéressement solidaire vole en éclat. Les associations peinent à recruter des bénévoles ou volontaires qui  donnent du temps et de l’énergie pour les autres.

Un récent reportage TV en Suisse romande illustrait l’évolution  des mentalités en matière de bénévolat.

Un responsable  y relevait que peu de personnes acceptent encore d’être bénévoles sans rétribution financière.

D’autre part, ce responsable-bénévole déçu, évoquait ce paradoxe: les individus demandent de plus en plus de services à la société et aux associations alors qu’en même temps  ils rechignent à s’investir bénévolement, à « donner d’eux » sans contrepartie financière.

Cette évolution conduit à la mort assurée des sociétés dans les villages ou villes comme les sociétés musicales (fanfares,…) ou sportives (clubs de foots, …).

Sans engagement convaincu de bénévoles, les structures des associations se vident petit à petit, puis s’éteignent tuant le lien social. Même les parents sont peu mobilisés dans les clubs ou groupements qui ont besoin de bénévoles pour les activités de leurs enfants.

Certes, on trouve toujours des bénévoles pour des activités ponctuelles concrètes de première nécessité comme la restauration d’urgence, les plans catastrophes, les grandes campagnes télévisuelles ou les causes altruistes durant les fêtes de fin d’année. Des secteurs restent attractifs pour les volontaires  notamment les associations culturelles ou artistiques.

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La crise du bénévolat n’est pas un vain mot.

La société a changé. L’individualisme va de pair avec la marchandisation galopante du monde. Le temps, c’est de l’argent: tout se vend, s’achète, et se paie.

Dans ce champ d’orties, le bénévole lui agit en total décalage: il s’investit quotidiennement au sein d’une association,  assume même des responsabilités et n’en retire aucun profit ou reconnaissance excepté éventuellement une satisfaction personnelle.

Mais au fil du temps de son engagement, il peut vite se désoler du manque de moyens pour exercer sa mission, peiner à côté de travailleurs qui dans certains mouvements lui font sentir leur supériorité ou l’exploite, pâtir des consommateurs qui lui reprochent son incompétence, son manque de responsabilité, son engagement. Eh oui ! César, entraîneur bénévole de football n’a plus supporté de voir ses décisions, sa compétence même systématiquement décrédibilisés par les parents de son équipe de minimes. Madeleine, visiteuse bénévole de malades dans un hôpital a vu son rôle se transformer et s’intégrer dans la chaîne du  travail de l’hôpital. Elle devait amener à un rythme soutenu les patients aux salles examens sans plus aucune possibilité de tisser un lien avec eux et parfois en subissant les reproches d’infirmières ou de médecins pour des retards dans les transferts. Elle a stoppé net cette activité.

La plainte récurrente des bénévoles démotivés concerne quasi toujours le manque de considération et de respect de leur personne et de leurs actions. 

En outre, de nombreux bénévoles assument leurs frais de déplacement si pas plus (cotisations, achats de partitions, confections d’articles, frais postaux…). Les organisations n’ont aucune obligation légale concernant le remboursement des frais exposés par les volontaires.

Certains bénévoles ou volontaires* finissent légitimement par se lasser et renoncent.

Sans bénévolat, certains services à la population disparaîtront tout simplement.

Pour survivre, le service bénévole s’orientera vraisemblablement vers une logique en phase avec la société de donnant-donnant, en indemnisant les frais de base des individus volontaires, en leur proposant des collaborations ou activités directement valorisantes pour leur personne en termes de développement personnel, d’estime de soi ou de loisir et ce, pour une durée d’engagement limitée et définie au préalable (une période renouvelable de 2 ans). Certains mouvements ont réalistement anticipé les choses. Dans un groupement qui accueille les familles endeuillées après les cérémonies, Danielle, veuve, a trouvé sa place. Ses déplacements sont remboursés et l’activité  indemnisée de manière minime lui permet de rencontrer beaucoup de monde. Henri chante dans une chorale qui rehausse certaines cérémonies: son uniforme, ses déplacements sont pris en charge et il a l’occasion quelques fois par an de faire des petits déplacements dans des coins inattendus.


*La loi sur le statut du volontaire (loi du 3 juillet 2005 entrée en vigueur le 6 février 2006) définit précisément le volontariat. En bref, il s’agit de toute activité exercée sans rétribution ni obligation au profit d’autres personnes ou de la collectivité, dans une organisation, en dehors du contexte normal du travail.