Tu n’es plus dans le coup! Amélie Plume

Nous poursuivons la découverte de la prime vieillesse avec la romancière Amélie Plume.

Lily, journaliste à la retraite, assiste à l’enterrement de son second mari Réjean. C‘est l’occasion pour elle d’imaginer ses propres funérailles, les réactions de ses proches.

Pour entretenir sa mémoire, elle apprend les noms des fleurs. A l’aune de sa vieillesse, elle analyse les petites choses de son quotidien.

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                    « Que vit une fleur qui se fane, voilà la vraie question ». ( p.15)                              

 L’auteur

Née en 1943, Amélie Plume est une écrivaine de Suisse romande. Après des études de lettres et d’ethnologie à l’université de Neufchâtel, elle habite New York, voyage en Afrique et en Israël. Ensuite, elle s’établit à Genève et dans le Sud de la France. Depuis 1981, elle a publié treize ouvrages souvent de nature burlesque: Marie-Mélina s’en va (1988), Toute une vie pour se déniaiser (2003), Les Fiancés du glacier Express (2010) et en  2014, Tu n’es plus dans le coup.

 

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Commentaire

Le titre pourrait faire penser à un récit triste, à une litanie de regrets d’une personne aigrie ou  dépassée. Nous sommes loin de cela. 

Amélie Plume met l’accent sur plusieurs points essentiels positifs dans l’évolution du cheminement des seniors:

  • La propension à devenir de plus en plus soi-même en se recentrant sur l’essentiel,
  • La tendance à se rapprocher de la nature et à l’observer,
  • La joie d’échapper à la pesanteur ou à l’emprise familiale et aux lourdes responsabilités,
  • Le plaisir de prendre son temps

 

L’observation de la vie actuelle de la retraitée est souvent drôle et perspicace: beaucoup de lecteurs peuvent s’y retrouver.

Le style léger, les chapitres courts rendent le livre très vivant.

  Une phrase

« Mais pour tranquilliser leurs enfants est-ce que les parents doivent accepter d’être mis en conserve, hors de tout danger, stérilisés dans des bocaux sur une étagère? » Page 23

 Tu n’es plus dans le coup! Amélie Plume, Éditions Zoé, 2014

« Vieillir – Un temps qui s’apprivoise ». Colette Maskens.

Pour mieux saisir la nature et les aléas de la prime vieillesse, je vous conseille la découverte de cet ouvrage « Vieillir – Un temps qui s’apprivoise. »

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Exposition MONSens (art brut). BAM. Mons 2015

Colette Maskens découvre tardivement que vieillir n’est pas si facile. On ne l’a pas prévenue, se dit-elle sans cesse. A mesure que son corps la lâche, la thérapeute découvre sa fragilité et réalise qu’elle n’a pas de mode d’emploi à disposition pour les années devant elle. Elle cherche donc à s’adapter à chaque étape de cette évolution. Même si l’âge vulnérable a ses épreuves, il comporte aussi ses bonheurs.

A travers son chemin personnel où elle décrit ses forces et ses faiblesses, elle note l’impérieuse nécessité d’anticiper la dernière étape de la vie même si la préparation ne sera sans doute pas totalement adéquate.

L’auteur

Thérapeute belge en analyse bioénergétique, Colette Maskens a une longue pratique du yoga et de la méditation. A 77 ans, elle s’attelle à la rédaction de cet ouvrage qui est paru en 2014.

Commentaire

La première partie de sa réflexion porte sur les causes de sa propre méconnaissance des soucis de la vieillesse. Malgré ses déjà soixante ans, ses ennuis de santé et le fait d’avoir côtoyé des personnes âgées, elle n’avait pas intégré la difficulté de vieillir. Pourquoi ? La réponse est sans doute que personne ne veut s’impliquer ni savoir de quoi il retourne avant d’y être confronté. C’est toujours la même cécité ou surdité qui prévalent actuellement. Un collègue psychologue, spécialisé en gérontologie, m’indiquait qu’afficher sa spécialité sur la plaque de son cabinet ferait fuir tous les patients.

« Personne n’est concerné et n’a des soucis en vieillissant, n’est-ce pas? »

« Moi, je ne me sens pas vieux… ».

Passé ce constat, Colette Maskens partage son expérience avec beaucoup de sincérité quand elle décrit la perte de maîtrise, de statut ou le repli face à la vie en société (point d’ailleurs démontré dans l’enquête Solidaris sur les « 80 ans et plus »).

soir.jpgColette Maskens donne des pistes de réflexion empreintes de beaucoup de sagesse et de modernité. Notamment quand elle évoque la nécessité d’abandonner les schémas anciens et d’aller vers les plus jeunes, sans attendre qu’ils fassent le premier pas vers les seniors.

Ma seule réserve porte sur sa vision partielle d’une prise en charge (page 72), mais l’auteur mentionne bien qu’elle ne connaît pas la troisième étape, celle de la dépendance (page 40), ce qui explique sans doute cela. *

Colette Maskens nous montre que  le senior possède encore assez de potentiel pour s’adapter et que cette vie a aussi ses parts de bonheur pour celui ou celle qui aura le courage de l’aborder lucidement.

 Une phrase

« Dans un puzzle, chaque pièce a la même importance, quelle que soit sa forme, sa place, sa couleur. Il en va de même pour l’humanité. Chaque personne, comme les pièces d’un puzzle a toute son importance et sa présence est absolument nécessaire pour que le puzzle soit complet, parfait ». Page 109

  «Vieillir – Un temps qui s’apprivoise». Colette Maskens. Edition De Boeck, 2014, 120 pages

 

*Pour s’informer sur ce point précis, lire « Les aidants proches des personnes âgées qui vivent à domicile en Belgique : un rôle essentiel et complexe ». Étude de données. Fondation Roi Baudouin

Mieux connaître les rivages de la vieillesse.

Selon un nouveau rapport d’enquête présenté par la Fondation Roi Baudouin, une majorité des Belges âgés de plus de 60 ans ont une vision positive de l’avenir: ils sont loin de vouloir penser ou d’anticiper les risques du troisième âge.

Au même moment, la presse relaie des problèmes alarmants de grands seniors (85+), dénutris ou hospitalisés, ou victimes de la solitude. On peut s’étonner d’un tel hiatus entre la perception lénifiante des seniors et la situation dramatique d’autres seniors.

Le panel de l’enquête est correctement signalé aux lecteurs (1). Il ne concernait pas les personnes de plus de 85 ans, ni en perte d’autonomie. Mais le biais du plafond de verre expliqué longuement dans ma série d’articles sur l’autonomie doit avoir joué dans une partie des réponses téléphoniques des interlocuteurs plus âgés, toujours tentés de fournir une réponse agréable et positive dès qu’un signe d’intérêt envers eux se manifeste.

Commentant cette enquête, Anne Jaumotte, chargée de projets chez Énéo –mouvement social des ainés de la Mutualité chrétienne- note aussi la nécessité de faire des études sur les nonagénaires et les centenaires pour compléter judicieusement ce baromètre .

«On ne m’avait pas prévenue» … combien vieillir est désagréable, déclare Colette Maskens dans un livre paru en 2014.

Quatre livres, dont trois écrits par des seniors, me semblent apporter des éclairages pour aborder la  vieillesse et prévenir, tous ceux qui vont avoir la chance d’aborder la rivière sinueuse du grand âge, des embûches du parcours. Car cela reste une chance!

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Ces lectures complèteront la suite des articles parus sur ce blog sur les défis de l’autonomie et  de la dépendance, en apportant de bonnes pistes de réflexions à ceux qui voudront s’informer.

 Pour mieux saisir « la prime vieillesse »

  •      Tu n’es plus dans le coup.  (roman) Amélie Plume;
  •     Vieillir – Un temps qui s’apprivoise.    Colette Maskens (auteur belge)

 Pour savoir à quoi ressemble  « la vieillesse de la vieillesse »

  •      Encore un instant.   Claude Sarraute
  •      Une si longue vie: comprendre et accompagner le grand âge. Pierre Gobiet    (auteur belge). 

 

Pourquoi avoir choisi ces ouvrages en particulier?

Tout d’abord, les trois premiers livres sont des témoignages d’expérience de vie de deux septuagénaires et d’une nonagénaire.

Ces ouvrages courts procèdent avec  bienveillance et modestie. De forme littéraire différente, ils s’appuient avec honnêteté sur le vécu de leurs auteurs. Il ne s’agit pas de livres misérabilistes, ni d’exhortations au bonheur factice, ni de recettes miracles.

Précision utile: la vieillesse prend des chemins différents et ne se fait pas pour chacun au même rythme dans le corps et dans la tête. Ces livres ont donc été écrits par des personnes plus affectées dans leur ressenti physique que mental (2).

Le quatrième ouvrage est  différent dans la mesure où il est rédigé par un spécialiste Pierre Gobiet qui accompagne de  grands seniors. Même si chaque parcours est différent, cet ouvrage permet de comprendre le souffle de vie qui anime les grands seniors. Il s’adresse sans doute plus aux soignants et aux proches en leur donnant des clés essentielles de compréhension rarement évoquées dans des situations d’accompagnement parfois très difficiles.

La littérature sur le vieillissement bienheureux et magique est abondante. Si j’ai beaucoup lu sur ce sujet, peu de livres ont une telle résonance d’exactitude avec mon expérience de vie auprès des seniors.

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« Même s’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre  même à soixante ans« (3)…

 

Je reviendrai sur chacun de ces quatre livres qui recèle chacun leurs pépites.

 

1. « L’étude a été menée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 2.000 Belges de 60 à 85 ans qui ne se trouvaient pas en situation de perte d’autonomie. L’objectif était en effet de sonder les attentes et les préférences de personnes qui avaient encore une liberté de choix. L’enquête s’est faite en partie en ligne et en partie par téléphone ».

2.« …je parle ici de vieillir par rapport au corps. Car dans la mesure où mon cerveau n’est pas diminué physiologiquement… » page 9 . Vieillir – Un temps qui s’apprivoise  Colette Maskens

« Je suis menacée par le déam­bu­la­teur et je vois arriver le fauteuil roulant ! Heureusement, il y a encore la tête qui marche. », conclut Claude Sarraute.

3. Vieillir – Un temps qui s’apprivoise.  Colette Maskens. 2014. Page 46.

Quelles balises pour la robotique? (2)

Après les questions éthiques et juridiques liés au rôle des robots, soyons conscients que l’intégration des robots dans notre quotidien aura une répercussion sur  notre société humaine, nos valeurs  et le fonctionnement de nos rapports humains.

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                                                                           Strasbourg.

La place des hommes et des robots dans nos sociétés modernes et le niveau de collaboration acceptable de cette puissante aide technologique devront être établis.

Cette question primordiale  au niveau sociétal  a été posée par le philosophe Mark Hunyadi (1):

«Voulons-nous qu’une grande partie de nos interactions se passe avec des androïdes ?».

Irons-nous  dès lors vers une société qui se déshumanisera?

Jusqu’à présent, les experts commerciaux ont décidé pour nous. Ils jouent à la fois sur l’aspect innovation et les atouts financiers de ces collaborateurs robotisés, jamais « malades » (quoique parfois … en panne).

Les risques éventuels pour le devenir du potentiel humain sont totalement minimisés. Selon les spécialistes, la plupart d’entre nous n’appréhende déjà plus l’enchevêtrement et les implications  de cette euphorie technologique. D’autre part, la vitesse de l’innovation est devenue le gage de succès des produits ou programmes mis sur le marché, sans optimisation ultime. Notre adhésion à cette frénésie de nouveautés informatiques a même normalisé les bugs de ces applications. Enfin, l’opacité des programmes des entreprises, au service d’intérêts privés, masque au public les béances des modèles robotiques (comme le danger de prise de contrôle du robot ou de son hackage par des tiers) et neutralise notre questionnement.

Nous sommes déjà dans « la vie algorithmique »(2) comme la définit Eric Sadin « qui se caractérise par l’application d’une raison numérique à l’ensemble des gestes du quotidien de l’homme moderne« .

Eric Sadin estime « impératif d’ériger des contre-pouvoirs capables de contenir la puissance du technopouvoir« .

Cette riposte est-elle encore possible ? Oui, si nous ne nous assoupissons pas et réagissons avec des outils suffisamment performants. Une page semble se tourner dans la Silicon Valley.

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En attendant, projetons- nous un peu dans le futur proche. Des robots aideront nos enfants à faire leurs devoirs au lieu de nous, parents. Et, devenus, pourquoi pas, au service de nos enfants, ces robots  feront les devoirs à leur place. En peu de temps, nous serons tous abêtis ou asservis (3).

Pire, le développement de nos capacités cognitives humaines sera affecté si nous utilisons moins notre capital de base ou n’apprenons plus à l’utiliser.

Continuons notre projection. Ces mêmes robots interconnectés rendront visite (virtuelle) à notre place à notre papy placé dans un home sous surveillance électronique (d’un robot « collègue ») «puisque l’interaction est bonne» et que «l’humanoïde a cette neutralité bienveillante et rassurante». Ils nous enverront évidemment un rapport numérique complet de leurs constatations, avec en option, photos et vidéos, immédiatement stockées dans notre cloud personnel.

Erich Fromm (4)  disait « Le danger dans le passé était que les hommes deviennent des esclaves. Le danger dans le futur est qu’ils deviennent des robots ».

Le pire dans le futur ne serait-il pas que les hommes deviennent esclaves des robots?

Une tyrannie technologique (5) ?

Est-ce bien ainsi que nous voulons évoluer et vieillir?

 

1. « Je ne suis pas contre les robots. Le mal moral ne consiste pas dans la technologie ou les robots. Mais dans le fait que ces évolutions se font sans réflexion, sans qu’on y prenne garde, sans qu’on se rende compte de ce qui est en jeu. L’irréflexion, la politique du fait accompli, voilà le mal moral« 

2. « La vie algorithmique : Critique de la raison numérique » de Éric Sadin

3. « Beaucoup de cadres d’entreprises de Google, Yahoo, Apple et eBay semblent en effet avoir inscrit leurs enfants à la Waldorf School dont la philosophie ne laisse aucune place à la technologie qui selon la direction, représente une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves »

4. Psychanalyste humaniste américain (1900-1980)

5. Le Soir du 2 octobre 2017 page 26. « Quand la réalité dépasse la fiction »

Quelles balises pour la robotique? (1)

Nos capacités cognitives et physiques sont humainement limitées. Certains calculs scientifiques demandent un temps considérable qu’un homme normal n’a pas. Les ordinateurs et robots nous permettent indéniablement d’avancer dans de nombreux domaines de pointe.

Dans les perspectives immédiates, par exemple les soins des seniors dépendants, la robotique comblera-t-elle le manque de personnel  ou va-t-on vers une société déshumanisée? La question se pose. Les aspects éthiques, juridiques et sociétaux liés à l’apparition des robots font déjà l’objet de débats.

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Splendide coucher de soleil à La Panne (Mer du Nord) Juillet 2017

 

Isaac Asimov parle de « robotique », pour la première fois, dans sa nouvelle « Le menteur » publiée en 1941. Le contexte démographique du boom du vieillissement exploité par la Silver Economie ravive toutes les questions de cet écrivain précurseur.

  • Les questions éthiques? Quelle place donnerons-nous aux robots? Le robot peut-il s’implanter partout, être autonome? Un robot peut-il refuser une mission? Les robots sont-ils capables d’avoir leur morale ? Permettra-t-on aux robots  de s’auto-détruire ou de se reproduire?  Pour gérer les interactions avec les robots dits intelligents, la Corée du Sud  s’est dotée en 2007 d’une Charte éthique.
  • Au niveau juridique, quel sera le statut des robots? Quelle sera leur responsabilité en cas de dommage, de dérapage? Faut-il des règles définissant un cadre d’utilisation des robots? Y aura-t-il des balises aux logiques conquérantes des robots?

Isaac Asimov avait formulé dès 1940, ses trois lois de la robotique que les lecteurs de science-fiction connaissent:

1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.

3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.

Andra Keay, qui dirige la  Silicon Valley Robotics a énoncé cinq autres lois informelles:

   1. Les robots ne doivent pas être utilisés comme des armes.

   2. Les robots doivent se conformer aux lois, notamment celles sur la protection de la vie privée.

   3. Les robots sont des produits : en tant que tels, ils doivent être sûrs, fiables et donner une image exacte de leurs capacités.

   4. Les robots sont des objets manufacturés: l’illusion créée ne doit pas être utilisée pour tromper les utilisateurs les plus vulnérables.

  5. Il doit être possible de connaître le responsable de chaque robot.

Dans un rapport débattu et voté en 2017, les députés européens ont demandé un cadre légal à l’échelle européenne en matière de robotique. Mady Delvaux, députée démocrate socialiste luxembourgeoise en charge de ce dossier évoque déjà ces trois points:

a) la possibilité de conférer aux robots une personnalité électronique,  limitée comme pour les entreprises,

b) la recherche d’un solution pour la question de la responsabilité civile en cas de dommage,

c) une charte pour empêcher la dépendance émotionnelle des personnes à leurs robots.  

Souvent traités comme de simples objets high-tech, l’octroi, à un robot, d’une personnalité juridique, même limitée, engendrera des conséquences. Après avoir précisé le volet des devoirs  du robot, apparaîtra le problème de ses droits dans la société humaine. Certains experts voient dans ces machines un ersatz d’humanité. Cet anthropomorphisme* les conduit logiquement à s’émouvoir déjà d’abus, de comportements déviants ou assimilables à de la maltraitance des humains sur des robots.

En France existe l’Association du droit des robots fondée par l’avocat Alain Bensoussan. L’objectif, pour cet avocat, ne serait pas tant de préserver une sensibilité robotique que de respecter l’empathie humaine.

L’interdiction de la maltraitance  pourrait aussi être vue comme une façon de préserver les valeurs morales de nos sociétés puisque les hommes doivent toujours être régulés dans leurs instincts par des normes (contrairement aux robots !) pour maintenir une société civilisée.

La mise en place d’une telle protection juridique pour les robots se construirait facilement dans le mesure où un exemple peut être puisé dans nos lois sur le bien-être animal **et dans d’autres législations particulières.

À supposer que de tels droits émergent pour les robots, il faudra définir un champ d’application. Quels seront les robots concernés et ceux qui seront aptes à avoir cette dignité et cette protection juridique? Les robots qui ont une apparence humaine ou animale ou tous les robots ? Un robot chirurgien, un robot compagnon, un robot grille-pain, une voiture « autonome », une tondeuse à gazon…

( A suivre)

 

* « action qui consiste à donner à un animal ou une chose, une représentation humaine , un comportement  ou une qualité humaine ». Dès que quelque chose bouge, nous avons une tendance instinctive à y associer la vie.  Si l’objet est  en plus conçu pour ressembler aux humains, l’association pour nous est encore plus rapide. Ce phénomène est avancé au Japon où il est courant d’assister aux funérailles de robots d’entreprise « qui ont terminé leur vie ».

 ** « Nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes non visés par la présente loi, qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances ». Article 1. Loi relative à la protection et au bien-être des animaux. 14 août 1986

Sous le plafond de verre, des éternels oubliés…(8)

Mais il y a des «oubliés» dans cette enquête du Thermomètre Solidaris sur les adultes très âgés.

Où sont  les «indispensables mais invisibles», les aidants proches ? Comme les nomment très justement l’Asbl Aidants proches.  

Comme des artistes funambules, les aidants travaillent, mutiques, toujours sans filet, sur le fil de leurs seules forces.

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Affiche de Savignac (affichiste français 1907-2002). Trouville. 2015

Il y a, au minimum, 900 000 aidants proches en Belgique, majoritairement des femmes, qui consacrent  du temps et de l’énergie à un proche malade, dépendant, ou senior.(1)

Des perles !

Cette aide bénévole qui représente parfois plus de 20h par semaine et qui s’étale de plus en plus sur des années ne compte en rien pour le statut financier ou social de la personne dévouée et lui cause souvent même préjudice.(2) La situation du senior évolue naturellement de manière telle que la prise en charge se déséquilibre de plus en plus et ne respecte plus la vie de l’aidant qui offre de bon cœur son temps.

Le temps est une valeur naturelle non renouvelable, sa valeur est inestimable. Le philosophe latin du Ier S avant J.C, Sénèque, regrettait déjà que le temps ne soit jamais vraiment considéré : « On ne trouve personne qui veuille partager son argent, mais chacun distribue sa vie à tout venant et personne ne te restituera tes années, personne ne te rendra à toi-même« .

Le support bénévole apporté par les aidants proches est précieux et rentable. Ce travail que la société et même les seniors  ne veulent pas voir est sans aucun frais pour la sécurité sociale.

La voix de celles et ceux qui sont acteurs de cette thématique altruiste est fondamentale.

Mais, individuellement, pris en étau sous ce plafond de verre qui arrange bien les seniors+, et  la société qui ferme les yeux, les aidants ne sont ni écoutés ni compris.

Une enquête commune (3) qui couplerait enfin les opinions des mêmes dyades aidants/ aidés seniors serait transparente et très utile à la compréhension des uns et des autres et à l’évolution des mentalités.

Vu les tabous à lever,  cette enquête serait utile. Penser en outre qu’elle serait favorable à la recherche de nouvelles solutions paraît un leurre car les conditions économiques actuelles sont trop défavorables. Solidaris mentionne honnêtement dans son étude que des demandes d’aides aux familles sont refusées actuellement par leurs services, faute de moyens.(4) Les autres mutuelles sont dans la même situation.

Le témoignage d’aidants, à distance de leurs expériences personnelles passées avec des seniors serait aussi bienvenu. Ils ont plus de liberté et de recul pour analyser un sujet qu’ils connaissent et leurs avis sont parfois tranchés.

Quoi qu’il en soit, les aidants proches actuels restent indécelables et inobservables sous le plafond de verre, englués dans un cercle vicieux, sans aucune porte de secours ouverte par les pouvoirs publics !

 

1. A 78%, les aidants non-cohabitants sont les enfants des personnes aidées et 71% sont des femmes

2. « Les personnes qui prennent en charge un proche en perte d’autonomie se mettent souvent en danger physiquement et psychologiquement. Les aidants proches se coupent peu à peu de toute vie sociale. Ils mettent parfois leur vie familiale et professionnelle en péril. » (http://bienvivrechezsoi.be/)

3. Le taux de participation des octogénaires serait moindre si les familles étaient interrogées. Une enquête auprès de pensionnaires de homes m’a montré que si le sujet analysé porte à la fois sur l’opinion des résidents seniors  et dans un second temps sur le ressenti de leurs proches recueilli dans des lieux même distincts, il y a la plus grande réticence et même le refus de certains seniors à collaborer à une enquête tant ils pressentent que la différence de perception pourrait amener des conflits.

Un exemple? Banal. Le temps est relatif, en ce sens chaque observateur le mesure ou l’apprécie différemment. Emile est soutenu par son fils Simon qui vient le voir chaque semaine depuis huit ans. Emile déclare: Simon ne s’assied qu’une heure à peine chez moi. Simon travaille, a une famille, fait 45 minutes de route pour arriver chez son papa. Là, il fait les courses de son père, gère la partie administrative et ses paiements et puis s’assied effectivement une heure avec son père. L’après-midi est ainsi passée. Chacun de nous a une perception bien différente de la réalité, et donc du temps, selon qu’il le donne ou le reçoit !

4. » Renforçant les effectifs de l’aide aux familles : augmentation du nombre d’heures subventionnées des aides familiales, gardes à domicile et des aides ménagères sociales. En effet, actuellement, nos services sont contraints de refuser, faute de moyens, de plus en plus de nouvelles demandes. Le contingent d’heures subventionnées n’a d’ailleurs pas été majoré depuis 5 ans.  »  

Le plafond de verre en matière d’autonomie apparaît. (7)

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Dans le Thermomètre Solidaris et le rapport de recherche analysés précédemment « Comment vont les personnes de 80 ans et plus » figure la question essentielle suivante :

 » Avez-vous déjà parlé avec votre entourage (famille, amis, etc.) de la possibilité que vous deveniez moins autonome (ou que vous vous sentez déjà actuellement de moins en moins autonome) ? »

Seuls 37 % des octogénaires en ont parlé à leurs proches.

  • 53% des seniors+  ne l’abordent pas (13 % n’osent pas et 40% refusent d’aborder l’éventualité de perte d’autonomie à ses proches)
  • 10% en parleraient à leur médecin. Comme le médecin est d’une part tenu au secret professionnel et que d’autre part la consultation se limiterait au cadre strictement médical sans que le médecin joue un rôle actif de conseil*, on peut considérer que la perte d’autonomie restera masquée socialement.

Le chiffre de 63% de personnes prêtes à masquer ou à ne pas admettre leur dépendance ou leur future dépendance illustre le plafond de verre de l’autonomie..

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En cas de dépendance, 4 sur 10 refuseraient de rentrer en maison de retraite.

La logique voudrait donc qu’ils se préoccupent de leur habitation. Or, 86% estiment ne pas devoir changer de logement même s’il n’est plus adapté à leur vie actuelle et/ou à leur état de santé. 

A la question de l’anticipation des aménagements nécessaire à réaliser dans leur logement pour une situation de dépendance, 76 % de ces seniors n’ont rien fait ou même rien envisagé.

Ce chiffre corrobore en miroir le pourcentage des 63 % de personnes prêtes à cacher leur dépendance.

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A nouveau, pourquoi anticiper une dépendance qu’on n’envisage pas ou qu’on n’admettra pas ?

 

*  Etude de données de la Fondation Roi Baudouin « Les aidants proches des personnes âgées qui vivent à domicile en Belgique: un rôle essentiel et complexe ».  Y lire les commentaires au sujet des consultations médicales.

Bon pied, bon œil et autonomes? Oui, mais (6)

Poursuivons nos réflexions en matière d’autonomie

Dans une étude de mai 2017, les enquêteurs du Thermomètre Solidaris (1) ont interrogé 450 personnes octogénaires dans une intéressante enquête sur leur  situation de vie au quotidien. L’article de «Solidaris magazine» (2) pose la question « Les 80 ans et plus sont-ils des privilégiés? »

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Divers angles sont abordés. J’ai regardé les données présentées en m’attachant particulièrement à la question de l’autonomie évoquée dans les articles précédents de ce blog.

 

Photos2016 b.jpgDans le thermomètre Solidaris, il apparaît que :

  1. 40% des personnes de 80 ans et plus « se disent » totalement autonomes;
  2. 43% d’entre elles ont besoin d’une aide pour les tâches domestiques;
  3. 17% ont besoin d’aide pour elles-mêmes (se laver, se déplacer, etc.) et pour les tâches domestiques.

 

 

L’enquête ne mentionne pas si les réponses des participants ont été effectivement  corrélées avec leur situation réelle et s’il a été tenu compte de l’ampleur du facteur Alzheimer parmi les répondants.(3)

 

Le thermomètre Solidaris indique en suite que:

60% des octogénaires interrogés ont besoin d’une aide qui est assurée à 70% par une femme de ménage, à 43% par la famille, à 30% par une aide familiale mais l’enquête ne mentionne pas si ces aides sont cumulatives.(4)

Les recoupements entre les réponses aux questions de ce rapport tendraient à prouver soit des contradictions, soit des dénis. En effet,

  • 77% des octogénaires se déclarent en assez bonne santé mais 77% ne participeraient plus à la vie de la société et 78% ne voyagent plus.
  • La famille est pour les octogénaires une valeur essentielle (5). De quelle nature? 96 % peuvent vraiment compter sur leurs enfants pour les aider dans divers domaines et sont entourés. Un décalage apparaît ensuite puisque 73% reconnaissent vraiment que leur famille agit vraiment pour tenter d’améliorer leur vie. Par contre, 67% ne sont plus à l’initiative de rassemblements familiaux. Recevoir des proches ou de la famille chez eux est un facteur motivant pour seulement 57%, leur indépendance primant avant tout.

La famille n’est donc plus vue par les seniors + comme une communauté unie par des liens réciproques. La vision idyllique de la grande famille (6) disparaît chez eux au profit d’une idée pragmatique de la famille vue comme un cadre essentiel  de ressources. Les seniors savent que leur prise en charge par la famille est un facteur très important pour vivre vieux et autonome.

                                                                                          ***

1. Solidaris a choisi de s’associer à deux médias Le Soir et RTL pour ce dixième sujet: « Comment vont les personnes de 80 ans et plus ? » Rapport de recherche. Mai 2017.

2. Juin 2017 page 8

3. Parmi les personnes âgées pour les 80-90 ans, un taux de 30 % de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer est atteint. Cette  maladie reste encore largement taboue. Aux premiers stades de la maladie et même au stade 4 de l’Alzheimer, les malades sont dans le déni. Un très grand nombre d’entre elles restent à domicile avec le soutien discret des proches.

4. » Les personnes qui ont des déficiences cognitives importantes sont peu nombreuses à ne pas avoir d’aidant (5%), ce qui illustre indirectement le rôle prépondérant des aidants dans le cadre du soutien à domicile des personnes souffrant de troubles cognitifs importants. En effet, au-delà d’un certain niveau de déficience, le soutien à domicile basé sur des services formels devient difficile, voire impossible, sans l’implication d’un aidant proche. » Les aidants proches des personnes âgées qui vivent à domicile en Belgique : un rôle essentiel et complexe. Étude de données. Fondation Roi Baudouin Page 34

 5. Il est à noter aussi  qu’un pourcentage significatif ( autour de 9 %) de nonagénaires  n’a plus de famille proche (ni conjoint, ni enfant).

6. Les relations familiales sont souvent fortes entre  les générations familiales proches, entre parents et enfants. Entre les grands-parents et petits-enfants jeunes aussi mais leurs contacts s’estompent au fil du temps quand les petits-enfants ont leur propre vie. Le fait pour les petits-enfants de participer aux réunions de famille organisées par leurs grands-parents est un facteur de rapprochement favorable mais voilà, il semble bien que ce ne soit plus pour les octogénaires une préoccupation…

«En cherchant le vieux, on apprend du neuf». Proverbe japonais

Pourrions-nous tirer apprendre du neuf en observant le vieillissement dramatique de société japonaise ?

Le Japon compte aujourd’hui 127 millions d’habitants. Chaque année, la décroissance de sa population s’effectue au rythme de plus de 200.000 unités, soit 1 million de personnes tous les 5 ans.

L’espérance de vie est l’une des plus élevées au monde : 86,8 ans pour les femmes, 80 ans pour les hommes. L’âge médian est de 46,5 ans.

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Temple du Pavillon d’or (« Kinkaku-ji »), temple impérial du jardin des cerfs à Kyoto

 

La pyramide des âges  projetée en 2020 serait celle-ci:

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  • population de 0 à 14 ans : 11,28%

 

  • population de 15 ans à 65 ans : 60,42 %

 

  • population 65 ans et plus : 28,30 %

Près d’un tiers de la population a plus de 65 ans. La barre des 60.000 centenaires est franchie depuis 2015. La décroissance démographique du Japon s’appuie sur la hausse de l’espérance de vie et la faible natalité. Alors que l’État encourage la natalité en offrant  une allocation, le taux de fécondité reste faible: 1,4 enfant par femme en 2016. Il faudrait atteindre 2,1 enfant par femme pour espérer un renouvellement de la population.

La population du Japon chutera d’un tiers entre 2010 et 2060: la barre des 100 millions d’habitants serait atteinte en  2048 selon des prévisions ministérielles (2012).

La densité de population est élevée et 92 % des habitants vivent dans des régions urbaines.

Pour contrer ce déclin démographique et le moindre nombre de travailleurs, le Japon pourrait recourir à la main d’œuvre étrangère. Mais la  faiblesse de l’immigration au Japon est connue: ce pays accueille seulement 2 millions d’étrangers. Face à l’onde migratoire en Europe, le Japon s’en est tenu quasi à son principe de l’immigration zéro. Il n’y a au Japon que 2 % de résidents étrangers, clandestins compris ! Les immigrés se fondent naturellement dans la population: plus de 80 % sont des Asiatiques (surtout Chinois, Coréens et Vietnamiens) ou des Sud-Américains de sang japonais. Le conflit avec des religions ou coutumes différentes ne se pose pas. Les Japonais conçoivent  leur pays comme une société fermée pour les seuls japonais.

C‘est connu: les personnes âgées consomment moins. Les entreprises comptent cependant sur une frange très privilégiée des seniors, les « korei shinjinrui » ou « nouveaux vieux« , pour redynamiser la consommation nippone. Le pouvoir d’achat  de ceux-ci est important: 47 % du montant total de l’épargne est conservée par les plus de 60 ans. Mais ce pari est loin d’être gagné! Car ces nouveaux seniors ne veulent pas des gadgets mais des produits fonctionnels, utiles, solides et vraiment adaptés à leurs exigences.*

La prise en charge des personnes très âgées en perte d’autonomie n’est pas résolue et va s’aggraver **.

Pour nous, européens, le modèle japonais est une préfiguration de la situation que nous devrions connaître avec nos sociétés vieillissantes. Mais hormis les pistes technologiques d’aide aux seniors, aucune solution sociale, familiale de prise en charge innovante n’y est encore apparue.

 
A l’université de Tokyo, une horloge démographique calcule le déclin du nombre d’enfants avec une date fatidique: le 16 août 3776 serait le jour où il ne restera plus un seul japonais au monde…

 

*« Les vertus chères aux seniors, comme la qualité, la finition, le poids et le prix, se diffusent dans tous les segments de clientèle »

** Le Japon devra faire face à une pénurie de quelque 300 000 infirmières pour personnes âgées

Autonomie, versus dignité? (5)

La génération de l’entre-deux guerres bénéficie actuellement d’un terrain conjoncturel très favorable. Il n’y a pas encore de questionnement commun  de la génération immédiatement suivante, en raison des grosses disparités financières des retraites de leurs parents âgés et d’un reliquat respectueux de l’ autorité des aînés. Chaque aidant se positionne donc encore isolément.

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                                            Une nourriture saine, favorable à la longévité.

Les générations suivantes des jeunes seniors des années 2020-2030, celles nées avant 1965 verront un contexte différent: ils vont travailler plus longtemps et seront moins à l’aise financièrement avec des pensions nivelées. Ils n’auront pas bénéficié des marqueurs évoqués favorables à la longévité. Encore en lien avec leurs aînés et plus connectés, ils développent déjà une meilleure connaissance des aspects du vieillissement.

La grande fragilisation du lien intergénérationnel du fait des intérêts économiques divergents mais aussi des différences culturelles, de la décomposition des noyaux familiaux et des distances géographiques se poursuivra. Certains spécialistes comme Louis Chauvel ont une vision pessimiste de l’avenir à ce sujet.

Nos plus jeunes générations, tout en faisant face à un vide abyssal de réflexion des politiques, sont confrontées aux problèmes du travail et d’accès à l’habitat. Elles sont longtemps restées seules, isolées à s’interroger au sujet de la solidarité intergénérationnelle dans une société où les tempes argentées avaient le pouvoir (1). Maintenant partout dans le monde, les réseaux sociaux recréent un lien et tissu collectifs, se préoccupent des questions sociétales, mettant rapidement en cause certaines manières anciennes de gouverner pour innover. (2)

Le chantier de la prise en charge du vieillissement de la population s’ouvrira d’une manière ou d’une autre, chez nous aussi. On sent les premiers frémissements du désir de renouvellement.

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« Dans chaque cas, la génération y apparaît sous deux facettes : celle d’une force irrésistible, « océanique » en quelque sorte, portée par la dynamique du renouvellement, et celle de la faiblesse et de la dépendance des générations futures qui auront à subir, qu’elles le veuillent ou non, les conséquences de nos décisions et de nos indécisions. Nous sommes confrontés ici à la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de ce que nous voulons transmettre, aussi bien individuellement que collectivement, après nous ». (3)

Pour les futurs seniors dépendants, nous devrons imaginer et bâtir un nouveau système d’accompagnement pour combler le désengagement des familles (des solutions existent comme au Danemark, en Suède), intégrer les dispositifs de santé publique et de services sociaux existants, et compléter la loi sur l’Administration des biens et de la personne. Cette loi devrait permettre une gestion totalement transparente dans la durée , afin de désengorger les tribunaux noyés avec les dossiers actuels d’administration de biens, et offrir par exemple un second choix de gestion en créant un office public de gestion décentralisé et contrôlé.

L’autonomie restera, certes, un axe de focalisation. Le mot clé guidant les politiques futures d’accompagnement pourrait être la dignité, un beau vocable incluant l’altérité, qui sied  bien à notre conditions humaine et à notre finitude.

 

    1. En France, de 1988 à 2007, l’âge moyen des députés n’avait fait qu’augmenter.

     2. Ces facteurs générationnels ont sans doute pesé lourd dans les dernières campagnes électorales de nos voisins. En France, autour du candidat Macron a gravité une galaxie de personnalités diverses qui l’ont aidé dans son ascension. On peut évoquer les vieux routiers de la politique et les aînés reconnus comme Paul Ricoeur, David de Rotschild, Henry Hermant, Alain Minc qui l’ont pris sous leur aile. Macron a un indéniable pouvoir de séduction sur eux et est parvenu à s’allier, sans clivage, en même temps, les vieux pontes et les jeunes conseillers, ce qui a pu rassurer la partie de l’électorat qui lui a donné sa chance. C’est bien ainsi qu’ Emmanuel Macron a réussi à pulvériser le vieux monde politique de France.Au Royaume-Uni, par contre, Theresa May a essuyé un indéniable revers en heurtant de plein fouet l’électorat senior qui s’est déplacé en masse. Theresa May voulait taxer les seniors et proposait de taxer lourdement les retraités pour financer leurs soins en cas de démence sénile…

     3. Louis Chauvel. Article publié dans la revue Projet, été 2001 :  » La responsabilité des générations « , n° 266, p. 14-22.« Les générations sont un révélateur de nos difficultés sociales, économiques, politiques, de long terme. Des retraites… au reboisement, des politiques scolaires à la modification du climat, de la gestion des ressources humaines à l’équilibre des campagnes, la notion de génération est cruciale pour comprendre la complexité des processus de long terme. Dans chaque cas, la génération y apparaît sous deux facettes : celle d’une force irrésistible, « océanique » en quelque sorte, portée par la dynamique du renouvellement, et celle de la faiblesse et de la dépendance des générations futures qui auront à subir, qu’elles le veuillent ou non, les conséquences de nos décisions et de nos indécisions. Nous sommes confrontés ici à la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de ce que nous voulons transmettre, aussi bien individuellement que collectivement, après nous ».