Blue Zones: à l’origine.(1)

Lors d’une conférence internationale à Montpellier, Michel Poulain, démographe belge, entend parler d’une longévité exceptionnelle dans les montagnes de Sardaigne là où les hommes vivent soi-disant aussi longtemps que les femmes. En janvier 2000, il est chargé de valider l’âge des centenaires sardes et s’envole vers la Sardaigne.

Un travail démographique de validation des âges est alors effectué sur place par Michel Poulain avec la collaboration d’un médecin sarde, Gianni Pes. Les deux hommes s’intéressent à un groupe de villages sardes où vivent des habitants très âgés. Sur la carte de la Sardaigne, des zones intéressantes sont hachurées avec un marqueur bleu et ceci est à l’origine du terme « Blue Zone » donné aux régions à longévité exceptionnelle.

Une « Longevity Blue Zone » est une région géographique relativement peu étendue où la population locale partage le même environnement et style de vie et montre une longévité exceptionnelle par comparaison avec les régions avoisinantes dans le même pays.

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En 2004, Michel Poulain publie un article (1) dans le magazine Experimental Gerontology  identifiant la première Longevity Blue Zone dans les montagnes de Sardaigne, 14 villages regroupant 40.000 habitants et où les hommes vivent presqu’aussi vieux que les femmes et le nombre de centenaires dépasse largement ce que nous observons dans nos pays.

Le village Sardaigne b.jpgde Villagrande Strisaili, au coeur de la Blue Zone Sarde est identifié comme le village où les hommes vivent le plus vieux…et devient un laboratoire de longévité. Aujourd’hui, pour une population qui dépasse à peine 3.000 habitants, on y dénombre 6 centenaires, 3 hommes et 3 femmes alors que le cimetière en compte plus de 30 décédés également répartis selon le sexe.

 

Dans ce village montagnard, les anciens bergers marchaient beaucoup, continuent de cultiver leur potager, leurs champs d’oliviers, obtenant leur nourriture saine directement sur place. Ils consomment régulièrement du lait, du fromage de chèvre, des amandes. Le vin rouge, le « Cannonau» est riche en antioxydants et polyphénols. 

« L’environnement local et familial est également décisif: on voit ainsi que, parmi les gens qui atteignent un certain âge, beaucoup vivent avec une de leur fille célibataire pour s’occuper d’eux « note Michel Poulain.

« Vivre dans une société maternante » où souvent les femmes prennent naturellement en charge les aînés et leur fournissent un appui constant dans leur milieu habituel est bénéfique à un vieillissement serein.

Suite à cet article de Michel Poulain  publié dans le magazine Experimental Gerontology, Dan Buettner, explorateur américain, se rend à son tour en Sardaigne avec David McLain, photographe du National Geographic. Avec l’appui du National Geographic et de différents autres organismes, des scientifiques et des démographes recherchent alors les endroits du monde où les habitants  vivent plus longtemps.

Outre la Sardaigne, Michel Poulain identifie d’autres bluezones : Okinawa (Japon)(2), Nicoya (Costa Rica), Icaria (Grèce). Dan Buettener y organise des expéditions de longévité avec le soutien scientifique de Michel Poulain et Gianni Pes et propose  des explications à la longue vie de ces populations.

Les centenaires privilégiés (car en bonne santé) déjouent les pathologies habituelles du vieillissement et ont peu recours aux médicaments.

Les secrets de leur longévité s’avèrent multiples. Les laboratoires estiment que la génétique peut expliquer en partie leur résistance exceptionnelle. 70% du vieillissement s’explique par l’environnement, seulement 30% par les gènes. C’est dire le rôle de la nutrition et de l’hygiène de vie dans le bien vieillir.  

Les démographes, géographes, chercheurs, s’accordent sur le fait que plusieurs facteurs notamment environnementaux  jouent un rôle primordial. Ils peuvent être synthétisés ainsi :

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 Medèn ágan : rien de trop.

La longévité serait surtout le résultat d’un mode de vie et d’une manière de s’alimenter.

La sobriété est une adoption naturelle du sens de la mesure. La maxime inscrite au fronton du temple de Delphes Medèn ágan : rien de trop  (μηδὲν ἄγαν / mêdén ágan ) régule toute l’existence des vétérans. Dans les villages de centenaires, on ne trouve aucun superflu: ni trop de nourriture, ni trop de biens matériels, ni trop d’informations. On ne connaît pas la vitesse ni le stress. La vie est simple, sereine et la sieste reste un bienfait. 

L’appartenance à une communauté, des liens de proximité, une vie sociale régulière permettent un soutien mutuel discret et efficace.

D’autres zones bleues (montagnes de Géorgie, certains villages andins en Equateur,….etc) s’ajouteront à la liste des Blue Zones au fil des explorations, des études et surtout des vérifications laborieuses dans certaines zones isolées où la tenue des registres d’état civil n’est pas une priorité.

Merci à Mr. M. Poulain de m’avoir apporté toutes les précisions pertinentes.

 1. Poulain M.; Pes G.M.; Grasland C.; Carru C.; Ferucci L.; Baggio G.; Franceschi C.; Deiana L. (2004). « Identification of a Geographic Area Characterized by Extreme Longevity in the Sardinia Island: the AKEA study ». Experimental Gerontology 39 (9): 1423–1429. doi:10.1016/j.exger.2004.06.016

2.«La région d’Okinawa a été détruite à 80 % pendant la Seconde Guerre mondiale et les registres actuels ont presque tous été recopiés. Il y a un risque important d’erreur et de surestimation des centenaires»

« Ma robe n’est pas froissée ». Corinne Hoex

Son père est mort. Dans sa chambre de pensionnaire de la Séniorie des Dunes, son épouse exerce son despotisme. La narratrice, leur fille, regarde les voiliers qui glissent en silence sur la mer.

Autour des années soixante, entre la Mer du Nord et Bruxelles, cette mère formait avec son mari un couple bourgeois  sauvant les apparences et ignorant leur fille. Le père amoureux de voile lui faisait des remontrances continuelles et sa mère la méprisait, ne lui offrant pas un regard. Dans l’indifférence, la fille est violée par son fiancé.

Avec un faux détachement, cette fille-narratrice tente d’exister malgré ces comportements toxiques, répétitifs qui l’ont brisée tout. Elle n’a plus confiance dans la vie. Que peut-t-elle encore espérer d’une telle mère âgée ?

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L’auteur

Née en 1946, Corinne Hoex est licenciée en histoire de l’art.  Depuis 2001, elle a publié de nombreux ouvrages, des romans et de la poésie. En 2008, paraît le roman  « Ma Robe n’est pas froissée » et en 2010 le roman «Décidément je t’assassine»  qui a obtenu le Prix Marcel Thiry.

Sur la vieillesse

Les intervenants, les professionnels des maisons de repos découvrent la personnalité du résident au moment précis de son entrée. Le pensionnaire peut présenter un autre visage dû à sa vulnérabilité, une image lissée comme un beau meuble rempli de souvenirs. La famille connaît les blessures ou aspérités de la personnalité  antérieure, bâtie sur les interactions avec les proches et la société. Le personnel des homes est conscient que quelques résidents ont, par leur comportement passé, éloigné leur famille ou ont conduit des enfants à prendre parfois très légitimement assez de distance pour construire leur vie.

hardelot 2014 136.JPGPour la narratrice, l’abandon où elle a été plongée était cruel. Mais il s’agit d’une fille unique, donc elle assume encore les visites à sa mère dans le home: « Je m’acquitte de mes réparties avec une conviction manifeste, un dévouement exemplaire »  (p. 50)

Le récit de la maltraitance, de ce manque primordial d’amour  parental est glaçant d’autant que tout est noyé dans le silence. La conséquence pathétique du comportement parental déshumanisé est que la narratrice n’a pas pu se construire, qu’elle n’a pas d’existence  réelle et qu’elle est toujours en quête d’attention maternelle malgré les humiliations constantes que lui inflige encore la vieille dame.

La description des faits est quasi clinique: des phrases courtes et un vocabulaire très précis. Ce récit court est poignant.

Un passage…

«Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser»  (p. 75)

Ma robe n’est pas froissée. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles

«La route des coquelicots» Biefnot-Dannemark.

 « La route des coquelicots » a poursuivi son escapade à Mons, est passée par le musée du Doudou.

Là, sur un banc de pierre du jardin du Mayeur, ce roman nous a livré ses derniers secrets.

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Trois femmes octogénaires, bien valides et autonomes  vivent dans une maison  de retraite du Nord-Pas-de-Calais, « La Moisson ». Il y a Lydie, compréhensive et généreuse qui n’a jamais eu d’enfant. Henriette, qui aime les fleurs dont les coquelicots, a vécu en Belgique.  Devenue veuve, elle est venue à Douai pour se rapprocher de son fils. Régulièrement, elle se chamaille avec une autre résidente, Flora qui a mené une vie luxueuse.

Toutes manquent de contact social et se réchauffent au sourire d’une jeune travailleuse ukrainienne de la maison de retraite Olena, 27 ans. Olena, dont le mari, Vassili travaille au Portugal,a dû laisser en Ukraine auprès de sa mère, leur fille Milena, 6 ans.

A la suite d’un épisode sentimental entre leurs petits-enfants respectifs, les deux ennemies Flora et Henriette décident de partir au Portugal régler le problème et embarquent Olena dans l’aventure. En passant par la frontière polonaise, Nuremberg, Sète et Madrid, les trois vieilles dames, Olena et sa fille atteindront enfin Lisbonne…

Les auteurs

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La route des coquelicots est le premier roman écrit à quatre mains présenté ici. Il est écrit par deux auteurs belges Véronique Biefnot et Francis Dannemark.

Née à Colfontaine en 1961, Véronique Biefnot, actrice, présentatrice de télévision, metteur-en-scène est aussi romancière et auteure d’une trilogie : « Comme des larmes sous la pluie, Les murmures de la terre, Là où la lumière se pose ».

Francis Dannemark, né en 1955 est éditeur et responsable  à Bruxelles du programme « Escales des Lettres ».  Il a publié une bonne vingtaine de romans dont « Mémoires d’un ange maladroit »  et « Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien ». Il est aussi poète: »Une fraction d’éternité « .

 Sur la vieillesse

La flamboyance du superbe coquelicot de la couverture du roman capte le regard.

Ce coquelicot symbolise-t-il la fleur du souvenir comme les coquelicots séchés dans le missel de Henriette (p.50) ou l’ardeur fragile et la consolation comme l’exprimerait le langage des fleurs (p.76) ?

C’est ce dernier aspect d’ardeur fragile qui traduit le mieux l’élan vital qui pousse ces femmes, malgré leur âge, à entreprendre cette incroyable tour d’Europe.

La maison de retraite n’incarne pas tout à fait nos établissements actuels mais plutôt une agréable pension de famille.

Les protagonistes avec leurs personnalités affirmées par le temps restent sympathiques. Trop? Ils ne semblent pas vraiment connaître les soucis de leur âge.

D’autres observations sont particulièrement pertinentes:

  • Le personnel des maisons de retraite est l’entourage même des pensionnaires et participe à l’épanouissement des résidents. Olena est une vraie travailleuse sociale qui a toujours le sourire et qui apporte aux pensionnaires un réel réconfort.
  •  Rien ne permet d’imaginer qui seront nos futurs compagnons de vie dans une éventuelle maison de retraite. A priori, aucune des dames de « La route des coquelicots » ne devait se croiser (p. 244). Un résident d’une maison de repos bruxelloise me disait: « Vous ne retrouvez pas nécessairement ici des personnes compatibles ou qui ont les mêmes centres d’intérêt que vous« .
  •  Au fil du temps s’accentue la dichotomie entre l’âge ressenti par la personne et celui indiqué par l’état civil (p. 243).
  • Même si des souvenirs pénibles hantent les jours des résidents, en communauté, ils tournent la page et embellissent souvent leur passé comme le fait Flora. Aucun n’est dupe.

D’autres thèmes plus graves traversent le roman comme  la difficulté d’exister aux yeux des autres quand on ne travaille plus (Théo) ou  l’exil bien évalué et décrit dans sa complexité, sans misérabilisme. On découvre ainsi en Flora, une ancienne exilée.

Quand la majorité des  romans concernant le troisième âge tombe dans la sinistrose, ce roman idyllique envoie un message tonique :

On peut toujours évoluer, voyager, connaître l’amitié, retrouver l’affection, ou s’installer ailleurs où on se sent mieux…pour peu qu’on soit autonome !

Un passage

« Personne en cet instant n’aurait imaginé que ces trois vieilles dames avaient passé toute leur vie aux antipodes les unes des autres, sur des chemins que rien a priori n’appelait à se croiser ».

p 244. La route des coquelicots. Éditeur : Le Castor Astral (2015)

Mons 2015 « Biografias »

Les installations urbaines amusent Mons 2015 et métamorphosent la ville.

Dans la dynamique du «Street art», ces œuvres n’imposent aucun message. Chaque création s’expose et  interpelle directement le public, touristes ou habitants montois.  Le spectateur étonné participe à la représentation par ses réflexions.  Libre à lui d’imaginer ce qu’il veut.

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Biografias. Alicia Martin.

Ici, une cascade de  livres dévale d’une fenêtre de l’université, Place Warocqué à Mons.

Cette gigantesque avalanche littéraire hybride signifie-t-elle les multiples facettes de notre biographias3 b.jpgsociété moderne? A l’heure du numérique, cet agglomérat questionne-t-il sur le devenir du livre? Que cache cette montagne de livres? Les bibliothèques délaissées se révoltent-elles? Les livres veulent-ils vivre une autre vie, en rue?* Voulons-nous faire un clin d’œil à nos proches et étaler notre culture avec un selfie? 

L’amoncellement de ces ouvrages, déjà beaux objets en eux-mêmes, qui ont de plus vécu, innove et récrée ainsi avec nous mille autres histoires…

 

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Biografias. Alicia Martin.

 

C’est Alicia Martin installée à Madrid qui a conçu cette impressionnante  installation « rivières de livres ». Depuis 2005,  l’artiste espagnole décline dans toute l’Europe ses « Biografias », majestueuses  sculptures à base de milliers de livres, qui attirent inévitablement l’oeil du passant. Adaptant la forme de l’œuvre à l’environnement, elle transmet dans son œuvre  l’idée de flux, de bouillonnement, d’énergie et les livres accumulés déboulent en vagues, tourbillons ou geysers dans une superposition fascinante.

Baladons-nous en ville de Mons 2015 !

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* Dans certaines localités en France, des livres sont, à toute heure du jour et de la nuit, en accès libre, dans des bibliothèques (dans des boîtes en bois) installées en pleine rue. Le développement de ces boîtes est hétéroclite, sans site internet. Chacun  vient y retirer un livre, avec pour contrainte d’en déposer un autre.

Les piliers de financement d’un séjour an maison de repos se fragilisent aussi.(7/7)

Des facteurs politiques et normatifs pèsent, on vient de le voir, de plus en plus sur l’organisation du secteur des maisons de repos, les opérateurs et les coûts d’accès.

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                                                   L’âge d’or est passé et le vase se vide… 

Les deux piliers de financement d’un séjour en maison de repos pour des futurs seniors, la contribution du résident et le forfait payé par l’assurance soins de santé (Inami), risquent aussi de se fissurer suite au remodelage politique général, soit via la réforme des pensions, soit via des mesures fiscales évoquées ou  de nouvelles règles de financement des soins de santé…

– La capacité contributive des futurs résidents pourrait s’éroder en cas de pression fiscale accrue. Les retraites sont déjà insuffisantes  actuellement pour couvrir les frais de séjour en maison de repos. Pour beaucoup, la pension légale ne suffit déjà plus actuellement à payer la facture mensuelle de la maison de repos qui grimpe sans arrêt. Certains résidents utilisent leur épargne ou obtiennent un loyer de leur maison en complément et évitent ainsi de placer leur famille dans l’embarras. Que se passera-t-il en cas de taxation  supplémentaire de leurs revenus d’appoint ?

Les réformes socioéconomiques qui s’enchaînent  auront des incidences majeures sur les futurs revenus des individus. Sans compter les inégalités structurelles dont les femmes sont victimes sur le marché du travail,  la suppression de la pension de ménage, l’augmentation de l’âge pour la pension de veuve, l’allongement des carrières augmenteront le risque de pauvreté pour les femmes pensionnées et réduiront leurs chances d’accéder à un établissement de soins au moment où elles en auront elles-mêmes besoin.

 – Le financement Inami, second pilier pour l’intervention dans les frais de séjour devrait sans doute être beaucoup plus qu’étoffé pour prendre en compte le simple effet mécanique du doublement de la population âgée : en 2050, il y aura près de 1.250.000 personnes âgées de plus de 80 ans alors qu’en 2013, on en comptait  548.000 !

A terme des gens seront écartés « parce qu’on ne pourra plus les financer » prévoit Annemie Detramasure, Directrice de maison de repos, dans un entretien (Soir du 10 mars 2015). « On ne mettra plus dans les maisons de repos que les grabataires ».

                                                 ***

Des solutions alternatives existent mais devraient se développer massivement.

Il y a encore quelques mois, on n’imaginait pas possible de demander  aux prépensionnés belges une disponibilité « adaptée» sur le marché du travail alors que leur situation avait été légalement avalisée : cela fait grincer des dents et les syndicats se mobilisent.

Que demandera-t-on aux seniors ?

En France, l‘ex-secrétaire d’Etat Rama Yade n’a pas hésité à proposer un « service civique senior » qui serait « obligatoire ».

Que demandera-t-on aux futurs seniors + ? Une vulnérabilité « adaptée » ?

Qui les défendra? Qui nous défendra ?

Il vaudrait mieux anticiper et se poser la question.

Diverses mesures pèsent sur l’accès et le coût en maisons de repos (6)

 

Délicat de donner une couleur  au séjour des aînés qui devront intégrer, dans le futur, une maison de repos !

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L’avenir ne sera pas rose: déjà des inquiétudes planent sur le secteur des maisons de repos.

Les décisions politiques en matière de financement des soins de santé, la réforme des pensions, diverses mesures fiscales modifient de plus en plus profondément le paysage général, tant pour les opérateurs que pour les résidents.

Actuellement, cerner l’évolution à court terme du secteur est impossible en raison des facteurs politiques et normatifs  suivants :

  • En Belgique, la sixième réforme de l’Etat de 2013 a régionalisé le financement des soins de santé aux personnes âgées. La compétence complète (y compris la fixation du prix réclamé aux résidents) en matière de maisons de repos a été intégralement transférée aux communautés. L’INAMI (Institut National d’Assurance Maladie Invalidité) gère encore administrativement, en agissant pour le compte des entités fédérées, les forfaits alloués aux maisons de repos jusqu’au 31 décembre 2017.
  • Les maisons  de repos  accueillent de plus en plus, des pensionnaires d’âge élevé et un grand nombre de désorientés.Les séjours hospitaliers raccourcis drainent vers elles des personnes en convalescence avec de graves pathologies et des soins lourds à effectuer. La Déclaration de politique régionale DPR 2014-2019  accentue cette tendance. Elle prévoit d’accorder la priorité à l’aide à domicile et réserve les Maisons de Repos / Maisons de Repos et de Soins aux personnes les plus dépendantes. Les nouvelles actions se concentrent sur les soins à domicile et les formules intermédiaires entre le domicile et la maison de repos. Des maisons de repos n’accueillant plus qu’un public fortement dépendant engendreront un climat  déprimant pour les pensionnaires et insupportable pour le personnel.
  • L’augmentation de normes strictes (sécurité incendie, staff, confort, environnement, etc.) obligent les maisons de repos à investir. Quatre grands groupes commerciaux se partagent en Wallonie le secteur privé des maisons de repos. Vu les exigences urbanistiques, le budget avoisine 12 à 14 millions € pour une construction. Pour assurer la rentabilité, 80 à 120 chambres sont nécessaires, ce qui condamne les petites structures privées. Une chambre neuve (15 m² plus l’espace sanitaire) dans un bâtiment qui compte des parties communes  reviendrait, selon Philippe Defeyt*, à 120.000 €.

    Des raisons budgétaires ont parfois poussé les gestionnaires à postposer jusqu’ici des travaux de conformité mais leur réalisation pourrait faire grimper le prix journalier de certains futurs résidents. **

 

* Journal RTBF du 10 mars 2015

**L’article 342 du code Wallon d’action sociale et de la santé indique qu’ «en cas de nouvelle construction ou de travaux de transformation de l’établissement pour aînés, les résidents ou les personnes accueillies présents avant le début des travaux, conservent un droit au maintien du prix d’hébergement ou d’accueil ».

Financement d’un séjour en maison de retraite en France (5).

La question du financement d’un séjour en maison de repos a été abordée dans quatre billets:

Qui paie le coût d’un séjour en maison de repos ? (1)

La contribution du résident en maison de repos (2)

Le forfait INAMI (3)

Résidente ou cliente en maison de repos ? La réalité (4)

Une comparaison avec la situation  des maisons de repos françaises est bien utile pour nous puisque les câbles de soutien du financement d’un séjour en maison de retraite en France sont là aussi visibles que les haubans du Pont de Tancarville.

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   Pont de Tancarville

En France, la tarification du séjour dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est divisée en trois  prix :

  • Le tarif « hébergement » soit les frais de séjour et de restauration, animations, est entièrement à la charge du résident.
  • Le tarif « dépendance » soit les aides fournies à la personne dans le cadre de ses activités quotidiennes (toilette, déplacement, etc.), est lié au degré de dépendance de la personne âgée. Une Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) prend en charge tout ou partie de ce montant.

Le traitement de l’APA  n’a pas les mêmes contours que chez nous en Belgique. En, France, demandée par l’intéressé , l’ APA est attribuée par le Conseil général après une enquête et en fonction des ressources de l’intéressé, de ses besoins et de l’importance de la dépendance évaluée au regard d’une grille. La décision d’attribution de l’allocation personnalisée d’autonomie est notifiée au demandeur par courrier. Elle indique le montant mensuel de l’aide à la personne âgée dépendante et la participation financière laissée à la charge de la personne. Une fois attribuée, l’APA est versée tous les mois soit directement à la personne âgée soit à une association d’aide à domicile voire à une maison de retraite avec son accord. Le pensionnaire  de la maison de repos ou sa famille sont donc bien informés des divers montants nécessaires pour un hébergement.

  • Le tarif « soins » concerne les soins médicaux et paramédicaux et sont directement pris en charge par l’Assurance maladie. Le coût net journalier moyen des soins par résident dans un EHPAD en 2014 était de 31 euros.

Le coût moyen mensuel d’une maison de retraite en France est de de 2 200 euros/mois. Ce coût très élevé comprend donc l’hébergement, une partie du forfait dépendance et les suppléments éventuels. Outre l’allocation personnalisée d’autonomie, d’autres appuis financiers aident le résident par exemple une aide sociale ou une réduction d’impôt.

Les autorités publiques informent largement les citoyens sur ces aides disponibles et les conseils généraux comme celui du Cher par exemple publient des tarifs détaillés (2).

On notera aussi avec intérêt que les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont tenues de passer une convention pluriannuelle avec  le Conseil Général et l’autorité compétente pour l’assurance maladie. Cette convention  qui lie les trois intervenants à la tarification du résident repose sur cinq principes fondamentaux qui participent au fonctionnement de l’établissement:

  • la transparence des coûts et des prises en charge
  • le renforcement des moyens médicaux
  • la solidarité envers les personnes âgées dépendantes
  • une démarche qualitative
  • la mise en œuvre d’un partenariat.

Les frontaliers du Nord de la France* sont, bien entendu, attirés par les maisons de retraite belges puisque leur contribution sera souvent inférieure de 25 à 30 euros par jour et qu’ils bénéficieront d’un personnel plus étendu.

       * Dans certains établissements, les Français représentent plus de la moitié des résidents.

Bataille de Waterloo et déclinaison magnétique.

Ou pourquoi je retiens 1815, la date de la bataille de Waterloo !

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Horace Vernet représente  Napoléon scrutant le terrain et les cartes de la bataille de Wagram,  qui eut lieu 6 ans avant Waterloo.

Au retour d’Italie, Napoléon fut même surnommé le « géomètre des batailles » (1)

1950. Bruxelles.

Je suis à un examen oral de physique. La deuxième question concerne le nord géographique et le nord magnétique. Question relativement facile et j’entrevois la percée victorieuse.

Le Nord géographique correspond au pôle Nord, qui est l’un des deux points par lesquels passe l’axe de rotation de la Terre tandis que l’aiguille aimantée d’une boussole indique le Nord déclinaison 2.jpgmagnétique qui s’aligne sur le champ magnétique de la terre. Celui-ci est  engendré par les mouvements du noyau métallique liquide des couches profondes de la Terre.

Ces deux nords ne se recoupent pas exactement. En un point donné sur la surface de la terre, l’angle formé entre la direction du pôle Nord et celle du Nord Magnétique est appelé « déclinaison magnétique ». La déclinaison magnétique dépend de l’endroit et change sans arrêt puisque le Nord magnétique se déplace continuellement. Pour s’orienter correctement, il est important d’en connaître la mesure.

En quelle année cette déclinaison atteint son maximum chez nous ?

me questionne l’examinateur tatillon. 

Je suis désemparé devant l’oppresseur. La mémoire est un système fort complexe, du moins chez moi: je n’arrive jamais à y aligner les dates en bataillon. Les chiffres sont plutôt des papillons éphémères. Sitôt posés, ils s’envolent.

Que répondre? Un soupir? La bataille est-elle perdue?

 Je suis accablé quand surgit in extremis un souvenir de lecture d’une ancienne étude examens 2.jpgconsacrée  à la bataille de Waterloo. J’avais même parcouru les notes en bas de page dont une mentionnait  la particularité de la déclinaison magnétique de l’époque.

« La mémoire des dates me fait défaut » dis-je « mais je peux vous dire que c’était lors de la bataille de Waterloo ».

« En effet: 1815 » complète le professeur satisfait de faire ce lien avec l’illustre  bataille et comblé par ce trophée inespéré, comme peuvent parfois l’être les examinateurs fatigués, désabusés, après des heures lassantes d’interrogations d’étudiants.

Des stratèges et le géomètre Simon* accompagnaient Napoléon à Waterloo pour s’assurer des circonstances topographiques. Ils prêtaient une attention particulière à l’orientation afin de donner à Napoléon tous les éléments utiles pour définir la position des armées sur le champ de bataille… (2) A noter que le travail de repérage pour cette bataille ne fut pas exempt de reproche.

Le 18 juin 1815, la déclinaison magnétique sur le champ de bataille était négative (vers l’ouest) et atteignait un maximum de – 22 °17’.

Depuis 1815, la déclinaison  s’est  progressivement réduite pour revenir vers le nord géographique. Sa valeur en 2012 à la butte du Lion était nulle : le Nord magnétique était alors aligné sur le Nord géographique.

Valeur estimée de la déclinaison magnétique à Waterloo (Butte du Lion)

http://www.ngdc.noaa.gov/geomag-web/#declination

(source : U .S. National Oceanic and Atmospheric Administration)

18/06/1815

18/06/2015

Nous sommes maintenant dans une légère déclinaison positive et le 18 juin 2015, cette déclinaison est estimée à la valeur de 0°46’

L’évocation de la bataille de Waterloo fit ce jour-là de 1950 au moins deux heureux: l’examinateur enthousiaste de la découverte d’une connexion historique et moi qui avais retrouvé le Nord…

(Témoignage de Gilbert D., géomètre)  

1. Napoléon: Ses opinions et jugements sur les hommes et sur les choses page 184.

2. Waterloo, la grande défaite 1858

Résidente ou cliente en maison de repos? La réalité. (4)

Odette est en maison de repos. Elle dit qu’elle n’est pas une résidente mais une cliente de sa maison de repos.

« J’ai travaillé toute ma vie, me dit-elle. Vu le prix que je paie ici, j’ai bien le droit d’en profiter».

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                          Fauteuil argenté. Oui, mais…

Le financement du séjour d’Odette n’est pas assumé par elle uniquement: il est aussi largement pris en charge par l’Inami. C’est une mesure de soutien très favorable pour les personnes âgées.

D’où vient cette perception tronquée des résidents, de leur famille et du public en général à propos du coût d’un séjour en maison de repos ?

·    En pratique, le résident ne voit jamais sur la facture mensuelle de la maison de repos le forfait payé par l’assurance soins de santé (Inami) car il est versé directement à la maison de repos pour le pensionnaire. Celui-ci ne reçoit pas d’indications lui permettant de mesurer le coût total réel de son séjour.

·  La comparaison avec les services d’hôtellerie est régulièrement avancée comme argument publicitaire* par les groupes de maison de repos et notamment les maisons huppées. Celles-ci peuvent ainsi justifier un prix très élevé de séjour en passant sous silence le forfait Inami qui réajusterait quelque peu les perspectives pour les « futurs clients ».

·   L’argument commercial du service hôtelier passe d’autant plus facilement auprès du public qu’il séduit aussi les familles qui encouragent l’aîné à rentrer dans une maison de repos comme s’il partait en vacances à l’hôtel. De plus, c’est un moyen de se dédouaner auprès de l’entourage puisque la famille n’a pas lésiné en choisissant une « simple » maison de repos pour leur « cher papy ».

                      … une maison de repos n’est pas un hôtel !

Dans la cadre d’une politique globale de gestion de la dépendance et pour une prévention personnelle pertinente, chaque citoyen et chaque senior devrait être informé correctement des deux sources de financement d’un séjour en maison de repos. Il n’y a aucune raison de masquer la réalité: il s’agit d’une solidarité sociale  qui s’applique pour chaque personne assurée par une mutuelle (sauf certains cas) qui entre en maison de repos.

Des conséquences insidieuses découlent de la méconnaissance du système:

1.   1. L’attitude «client » n’aide pas le senior à s’intégrer à la communauté formée par les habitants de la maison de repos, ni à amorcer son projet de vie. Un client attend logiquement d’être servi mais un résident participe. Certains clients «puisque je paie» peuvent se montrer tyranniques, en manifestant des exigences disproportionnées envers le personnel (Voir le roman « Ma robe n’est pas froissée »).

2.   2.  Le résident n’est pas nécessairement au courant de son taux de dépendance traduit dans l’échelle de Katz, ni de ce que recouvre le forfait Inami, ni des implications concrètes pour lui. Le résident est hors-jeu et devient tributaire des seules informations fournies par la maison de repos. Un pensionnaire qui aurait besoin de séances de logopédie vu son état n’est pas nécessairement informé que les frais seraient pris en charge par ce forfait Inami. Choisir un autre kiné que celui qui travaille dans l’établissement implique un non remboursement par la mutuelle.

3.  Le débat relatif au financement du secteur des maisons de repos et la sensibilisation à la prévention de la dépendance sont faussés.

Certains représentants de maisons  de repos n’hésitent pas à comparer leur prix de séjour avec ceux de certains hôtels, oubliant que la  gestion d’une clientèle de passage génère d’autres frais spécifiques et que les frais du personnel Horeca ne sont pas couverts par un forfait Inami. De plus en maison de repos, il n’y a pas d’annulation de séjour possible: les frais  de séjour  restent souvent facturés même si le senior est absent de la maison de repos, pour hospitalisation ou vacances.

Cette absence de transparence sur la question du financement est propre à la Belgique. L’information du public est mieux assurée en France ou au Canada. Chez nous, cette méconnaissance contribue au peu de conscientisation de la population qui pense en matière au  vieillissement aux seules répercussions financières des nouvelles pathologies qui y sont  liées. Cette opacité ne nous fait pas prendre conscience  des coûts réels engagés pour le secteur des maisons de repos, ni de l’impossibilité  à réunir à l’avenir le budget colossal qui sera nécessaire pour les forfaits Inami, en cas d’explosion des séjours de tous les futurs seniors en maison de repos.

La croissance démographique du nombre de personnes âgées et l’augmentation de l’espérance de vie qui s’accompagne d’une perte d’autonomie nous entraînent inéluctablement vers cette impasse.

( A suivre)

* une maison de repos et de soins peut être décrite comme un « hôtel médicalisé » ou « avec le luxe classique et le service d’un hôtel » ou carrément « hôtel en pension complète »