Le terme d’un bail emphytéotique d’un terrain avec construction ? (2)

Le contrat de bail emphytéotique ne peut pas contenir une clause de renouvellement qui permettrait à l’emphytéose de survivre à l’issue des 99 ans.

 

Ce n’est donc qu’après l’expiration des 99 ans que le choix du tréfoncier se fera: aucune promesse ne vaut.

  •  Soit un nouveau bail emphytéotique est concédé ;
  • Soit le bail emphytéotique arrive à échéance et se dénoue selon ces voies:

– le bail emphytéotique n’avait rien prévu et l’immeuble à appartements devient la propriété du tréfoncier, améliorations et transformations comprises.
Souvent le bail prévoit  expressément cette remise de la construction sans indemnité au tréfoncier: le bâtiment a été maintenu en parfait état. Le tréfoncier finit par devenir propriétaire du bâtiment dans des conditions fiscalement intéressantes pour lui;

–  le bail a prévu une certaine indemnisation pour la remise du bâtiment. Mieux vaut que la méthode de calcul soit définie exactement dans le contrat initial (prix coûtant, prix du marché ou autres paramètres…);

– le bail peut même prévoir une clause de «nivellement  c’est-à-dire la remise du terrain au tréfoncier, après démolition des aménagements ou constructions.
 

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Sur la place d’Arona (Italie). Le bail emphytéotique peut s’avérer au fil du temps un véritable boulet pour le particulier qui avait en vue une acquisition en pleine propriété…

 

 

 

 

Le bail emphytéotique a été utilisé le plus souvent par des pouvoirs locaux ou des institutions en vue de favoriser la création des logements collectifs ou de valoriser une zone avec  des résidences secondaires par exemple. Recourir au bail emphytéotique permettait de conserver un contrôle public de l’urbanisation et était un instrument intéressant de politique foncière: le prix du terrain ne grevait pas le budget des emphytéotes, en cas de construction. Dès lors qu’il représente un certain pourcentage des coûts de la construction (en moyenne à peu près 30% pour des maisons individuelles par exemple), cela peut d’avérer un bon deal.

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Pour les sociétés commerciales, la formule emphytéotique s’avère très rentable quelle que soit leur position, tréfoncières ou emphythéotes. Tréfoncières, bénéficiant de services juridiques de pointe, elles n’ont pas le rôle de sauvegarde du bien collectif et recherchent l’opération financière juteuse à long terme.

Le particulier qui contracte avec une société commerciale tréfoncière doit, dans cette configuration, être plus que sourcilleux sur les termes du contrat.

Vu les plus grands avantages fiscaux  pour les sociétés ou les commerces, devenir emphythéotes en raison de la possibilité de s’établir sur un emplacement porteur ou prisé est aussi un choix pertinent. Les administrateurs ou commerçants resteront attentifs à la présence éventuelle d’une clause dans le contrat de bail emphytéotique permettant la résolution de plein droit du droit d’emphytéose en cas de faillite, d’une procédure d’insolvabilité,  ou de dissolution de l’emphytéote personne morale, ce qui les ruinerait totalement.

(A suivre)

Emphytéose et achat d’appartement à Bruxelles ? (1)

L’achat d’un appartement provient souvent du désir de l’acheteur d’échapper au carcan locatif pour avoir un droit de propriété complet lui permettant de jouir d’un bien et d’en disposer sans restriction (occupation personnelle, location, vente …) 

Je viens de me rendre récemment sur un chantier de mise en vente d’appartements à Bruxelles où l’acheteur n’aura pas ce droit complet de propriété sur l’appartement acheté. C’est parfaitement possible et légal. Ce qui est plus surprenant, c’est que cet élément, majeur à mon sens, de la vente n’était pas indiqué aux amateurs. La documentation fournie sur place ne mentionne pas que le terrain où l’immeuble à appartements sera bâti est concédé aux futurs acquéreurs d’appartements sous le régime de bail emphytéotique. Or, il s’agirait bien d’une vente d’appartement couplée à une emphytéose partielle, celle du terrain.

Qu’est-ce que l’emphytéose? Non pas une maladie mais une vieille formule juridique prisée à l’étranger, utilisée chez nous depuis longtemps (Le Coq, Louvain-La-Neuve..). Ce mécanisme juridique peut avoir des aspects intéressants. Mais le particulier doit bien en cerner les aspects mécanisme car l’emphythéose peut se révéler aussi invalidante que l’arthrose.

La loi du 10 janvier 1824 définit le droit d’emphytéote comme «un droit réel, qui consiste à avoir la pleine jouissance d’un immeuble appartenant à autrui, sous la condition de lui payer une redevance annuelle, soit en argent, soit en nature, et cela en reconnaissance de son droit de propriété ». L’emphytéose ne peut être concédée pour un terme inférieur à 27 ans et supérieur à 99 ans (article 2, loi du 10 janvier 1824). Cette disposition est impérative, on ne peut donc y déroger.

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Le bail emphytéotique apparu sous l’Empire romain permettait de  valoriser des immeubles ruraux, grâce sa longue durée et aux prérogatives de l’emphytéote plus étendues que celles d’un simple locataire. 

Dans ce système, le droit de propriété est démembré et partagé entre un emphytéote qui possède le droit de jouissance sur le bien de la manière la plus étendue, et le propriétaire du bien qu’on appelle le tréfoncier qui reçoit en contrepartie une redevance annuelle, appelée canon emphytéotique.  

L’emphytéote est tenu d’entretenir correctement le bien immobilier, d’effectuer les travaux de réparation et de payer toutes les charges.

Suivant la tradition, le montant  du canon pouvait être inférieur au revenu réel du bien ou fixé en fonction du revenu annuel. Dans le cadre d’une acquisition d’un appartement avec emphytéose, la redevance canon actuelle est déterminée par la taille et l’emplacement de l’appartement.

( A suivre).

« L’héritage de tata Lucie ». Philippe Saimbert.

Quand ils apprennent le décès de leur tante Lucie, les parents de Joseph, 13 ans et narrateur de cette histoire, ne pleurent pas la perte de «la vieille toquée. Ils sont contrariés de sacrifier une partie de leurs vacances. Comme ses parents, tous les oncles et tantes de Joseph n’aimaient pas la défunte et avaient toujours dénigré sa vie désordonnée. Tous tombent de haut à la lecture de son testament: cette vie dissolue lui a permis d’amasser un plantureux pactole. Pour l’obtenir, les clauses du  testament de tante Lucie obligent les neveux et leurs familles à s’installer dans la maison de la défunte, une vieille ferme rustique à Moncaubet dans le Béarn pour mener une chasse au trésor et retrouver dans un délai précis un bijou caché dans la propriété. Celui qui le découvrira, héritera.

Joseph nous raconte cette quête familiale loufoque en livrant ses commentaires d’adolescent sur  les attitudes intéressées et hypocrites de sa famille, avec un certain détachement dans le mesure où les charmes de sa belle cousine ne le laissent pas insensible…

 

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L’auteur.

Ne en 1962 à Pau, Philippe Saimbert est un auteur et scénariste qui emprunte diverses pistes artistiques pour s’exprimer.
Auteur  d’albums de bande dessinée dans des domaines aussi variés que le fantastique, le thriller, la SF, Philippe Saimbert  a publié en 2010 ce roman d’humour en Béarn où il réside et qui s’intitule « L’héritage de tata Lucie » 

Commentaire.

1540-0.jpgTata Lucie, ce n’est pas du tout Tatie Danielle*. C’est même  l’inverse. Tatie Danielle était une vieille dame odieuse, mesquine, menteuse. Ici, rien de cela avec Tata Lucie qui n’a ennuyé personne de son vivant: il y avait  du monde à son enterrement, une majorité d’hommes certes. Post mortem, elle  tente de se venger finement de ses neveux qui l’ont mise à l’écart du cercle familial.

Ce roman rappelle surtout l’exacerbation habituelle des tensions entre les héritiers qui surgissent de détails inattendus. Les cabinets des notaires sont le théâtre quotidien et privilégié de ces déchirements familiaux.  La réussite sociale, la situation conjugale, l’argent,  les résultats scolaires des enfants acquis par certains et pas par d’autres amplifient encore les anciennes rancœurs ou rivalités de jeunesse. L’héritage d’une maison, de bijoux,  de meubles deviennent ainsi l’ultime et dernier bastion à conquérir quand des rivalités fraternelles vivaces subsistent. Dans ce climat passionnel après le décès d’un proche, les mots échangés éloignent encore plus certains héritiers.

Les personnages du roman ont un côté famille Bidochon, sont plaisants ou pas. Ils peuvent faire sourire malgré de multiples disputes ou digressions qui lassent. La description de la campagne profonde est excellente! Le style de Philippe Saimbert est populaire, exubérant avec une verve qui fait songer à Fréderic Dard.

Comme l’humour est  un phénomène singulier qui doit entrer en résonance personnelle, ce livre plaira à certains et pas à d’autres…

Un passage…

« Il est vrai qu’une étude de notaire, c’est presque comme une église; on y médite, on se recueille…et on espère beaucoup ».

 *Tatie Danielle est une comédie française écrite par Etienne Chatiliez en 1990

Achetez une maison casco: quelques pistes d’analyse. (2)

Vendre « casco » présente un prix plus intéressant pour les acheteurs potentiels.

Pour évaluer ce prix de base, l’amateur doit connaître la superficie du bien et la surface habitable. Un bien brut, dégagé donne une fausse illusion de grandeur.

Dans certains biens casco, l’isolation qui coûte très cher laisse parfois encore à désirer. Or, vendre un bien immobilier casco ne dispense pas nécessairement de l’obligation de faire certifier ce bien. Autant savoir et vérifier.

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Une isolation efficace est un atout.

Obtenir les plans et une documentation écrite détaillée avant l’achat est capital puisque tous les autres travaux après la vente resteront à la seule charge de l’acquéreur. Souvent, il ne parviendra pas à obtenir du vendeur une estimation chiffrée des frais d’achèvement du bien.

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Pour s’assurer de l’ampleur et de la flottabilité de son projet, le futur acquéreur a intérêt à évaluer préalablement les coûts supplémentaires en s’aidant de cette liste non exhaustive de postes à exécuter et en se renseignant auprès de divers professionnels.

Postes à ajouter (fournitures ou/et main-d’œuvre)

Coûts estimés

Frais de raccordement si pas compris dans le prix de vente

 

Cloisonnements intérieurs (selon le cas)

 

Complément d’isolation intérieure (toiture, murs)

 

Escaliers (selon le cas) et rambardes

 

Installation électrique à partir du câble d’alimentation y compris la sonnette d’entrée

 

Installation d’un système de chauffage et/ ou de radiateurs.

 

Installation sanitaire depuis l’arrivée.

 

Volets extérieurs (selon le cas)

 

Placement des portes et menuiseries intérieures

 

Pose de tablettes de fenêtres et joints d’isolation

 

Plafonnage

 

Installation des gaines de ventilation

 

Carrelage

 

Autres revêtements de sol

 

Habillage intérieur de la toiture et l’installation de plafonds

 

Installation de la salle de bains et de son mobilier

 

Installation de la cuisine équipée

 

Peinture de toutes les pièces et plafonds

 

Aménagement de balcons

 

Création d’une terrasse

 

Mise en ordre du trottoir ou du  terrain de façade (selon le cas)

 

Nettoyage et remise à niveau du jardin 

 

Aménagement des murs de clôture séparatifs ou mitoyens

 

Enlèvement de tous les déchets

 

Réparations éventuelles

 

TOTAL (TVAC) =

 

 

Au total, cet exercice non affiné vous donnera une première idée du coût global de votre projet.

Veillez donc à ce que votre projet casco ne soit pas une coquille trop vide !

La vente casco d’un bien immobilier. En savoir plus.(1)

Les nouveaux appartements, lofts, maisons sont vendus sur plan ou clé en main ou en gros œuvre fermé et plus rarement en gros œuvre ouvert. 

De nombreuses biens immobiliers sont vendus «casco» c’est-à-dire en gros œuvre fermé. Il vous est délivré un espace fermé (les maçonneries avec fenêtres, porte d’entrée, sol et toiture étanches et un réseau d’égouttage). Parfois  s’y ajoute un réseau technique de base, incomplet, de gaines et compteurs pour l’arrivée des énergies (électrique, gaz et eau).

 

 

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Casco provient du substantif espagnol casco signifiant la coque (comme la coque d’un bateau qui est l’élément assurant à celui-ci sa flottabilité et son étanchéité.)

Les projets casco ont un contenu tellement variable qu’on s’y perd. Dans certains cas, vous ne devrez ajouter qu’une cuisine, une douche et dans d’autres, vous devrez auparavant rebâtir des murs intérieurs ou placer un escalier.

Parmi les avantages de ces ventes casco figurent le choix de finitions plus grands et la liberté d’action pour l’acheteur. Celui-ci peut adopter un timing de travail correspondant à son rythme d’épargne ou attendre pour étaler ses finitions dans le temps.

Les droits et les frais d’acte seront moins élevés puisque le coût des achèvements n’est pas compris dans le prix de la vente. Le bien livré immédiatement à l’achat  limite le risque d’une faillite sur chantier de l’entreprise de construction du gros œuvre.

Bien souvent, l’acheteur ne passe pas non plus  par la case longue de la procédure d’obtention du permis de bâtir acquis préalablement d’où un gain de temps pour les personnes pressées.

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Casco provient du nom espagnol casco signifiant la coque (comme la coque d’un bateau)

Il y a aussi des aspects négatifs à soupeser. Le choix architectural est restreint: les promoteurs privilégient une construction individuelle modulaire, souvent en habitats groupés en raison des économies d’échelle. Il y a donc peu d’originalité même si certains projets se démarquent du lot par leur isolation ou la variété des matériaux utilisés.

La garantie du vendeur sera difficile à mettre en œuvre. L’opération d’achat casco ne bénéficie pas de la protection de la loi Breyne: l’entreprise sort par ce biais du champ d’application de la loi.

La négociation pour l’achat se fait rarement avec le constructeur qui délègue la négociation de vente à une agence immobilière d’où une dilution des informations sur le contrôle effectif des travaux ou les ennuis rencontrés lors de cette première phase essentielle de la construction.

L’acquéreur bricoleur peut sans doute épargner beaucoup d’argent mais doit investir largement son temps au détriment de sa vie de famille, de sa santé qui parfois volent en éclat. Revendre un bien non terminé, en travaux devient moins commode et peut générer une perte financière.

A première vue, les prix de ventes casco semblent meilleur marché que les maisons finies ou “clé sur porte”. Les prix des maisons en gros œuvre fermé ont cependant  terriblement augmenté depuis 5 ans. Une maison casco de 150.000 € revient déjà avec les frais et la TVA  à +/-182.000 € sans compter les frais de raccordement de 4.000 €. Il faut y ajouter 30.000 € de fournitures au minimum pour la rendre habitable si l’acheteur exécute tout le travail d’achèvement. La facture monte ou dépasse  facilement 80.000 € selon la superficie et le choix des finitions souhaités et l’implication de l’acquéreur dans les divers travaux de construction ou d’achèvements. Des professionnels estiment même que « le gros œuvre et le parachèvement représentent chacun environ 50 % du budget de construction ».

Certains acquéreurs s’engagent dans un second contrat d’achèvement avec l’entreprise initiale ou les divers corps de métiers.

Autant bien calculer le budget nécessaire  pour éviter un naufrage financier…

« Décidément je t’assassine » Corinne Hoex.

La narratrice se rend auprès de sa mère, solide octogénaire, passionnée de scrabble et de mots croisés. Cette dame ne lui a jamais témoigné d’affection et va rentrer à l’hôpital. Elle a une tumeur avancée.

Au cours des dernières visites à sa mère qui n’est pas sénile, sa fille va alors tenter de répondre aux exigences de la malade. En vain: aucun lien ne se crée pas malgré l’espoir d’un espace favorable  au changement que pourrait permettre la maladie ou la lucidité. L’état de la malade se dégrade très rapidement: soins intensifs, sonde, ballon gastrique, morphine, décès.

Malgré le trou béant d’affection maternelle dans son identité, la narratrice peut sans doute tourner une page et commencer à exister.

L’auteur.

Corinne Hoex a publié en 2015 « Valets de nuits« . Au cours de trois romans précédents, elle a décrit le  retentissement psychologique de la violence ou de l’indifférence parentale sur un être. Dans « Le grand menu », paru en 2001 ensuite dans « Ma robe n’est pas froissée«  en 2008 et en 2010, avec « Décidément je t’assassine », Corinne Hoex explique méticuleusement  les impacts mortifères  et l’évolution  douloureuse de la narratrice dans ce climat hostile.  

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  « Sinon chaque fois , c’était la chatte, cette grosse chatte rôdeuse … » p. 140

 

Sur la fin de vie.

Même si l’âge ou la maladie peuvent rendent l’éventualité de la mort tangible, personne n’y est préparé d’autant que l’accompagnement de l’agonisant, la mort, les funérailles, le deuil sont actuellement soustraits de la vie quotidienne et confiés aux soins d’experts.

L’issue fatale a longtemps été due au hasard, ou à la fatalité. Actuellement, avec les progrès médicaux, une partie des décès est devenue assez prévisible pour les spécialistes. Même avertie par le médecin de la phase terminale, la narratrice ne comprend pas la portée du propos: mourir reste impensable pour les personnes en bonne santé.

Cette mère qui continue à lutter pour survivre n’entamera pas un vrai dialogue avec sa fille car elle n’a jamais communiqué avec celle-ci. Jusqu’à sa fin et inlassablement, elle maintient sa suprématie naturelle par les apparences de jours normaux avec les mots croisés ou la télévision.

 

Un passage…

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« Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser. » ( p. 75)

 

Décidément je t’assassine. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles. 

Prorogation de bail en raison du grand âge (3).

Outre les pistes déjà évoquées, il reste une dernière possibilité au locataire senior de conserver sa location un peu plus longtemps, en demandant à son propriétaire une prorogation de son bail.

En effet, chaque locataire arrivé en fin de bail et à qui le congé a été valablement notifié peut toujours, en cas de circonstances exceptionnelles, demander une prorogation de son bail (au plus tard un mois avant l’expiration du bail et par lettre recommandée).

En cas de désaccord, le locataire peut demander la prorogation au juge de paix.

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C’est le juge de paix qui est le seul maître du jeu et qui détermine si les circonstances sont assez exceptionnelles pour proroger le bail.

Le juge de paix tient compte à la fois de l’intérêt du bailleur et locataire. Si le juge octroie la prorogation, il peut également accorder au bailleur une augmentation du loyer et  réduire l’indemnité due éventuellement par le bailleur. Le juge fixe alors la durée de la prorogation et précise une date de fin de bail.

A la fin de cette première prorogation, le locataire peut redemander  un second délai de prorogation s’il peut faire valoir de nouvelles circonstances exceptionnelles valables.

Est-ce que le grand âge est une circonstance exceptionnelle?

C’est une question d’appréciation. Certains juges estiment qu’en lui-même, l’âge avancé constitue la circonstance exceptionnelle. D’autres juristes estiment que le grand âge donne un caractère exceptionnel à d’autres faits comme d’éventuels problèmes de santé, qui cumulés deviendront des circonstances exceptionnelles justifiant la prorogation d’un bail.

A ce propos, deux observations sociologiques peuvent être faites.

  • L’allongement général de la vie fait que le processus de vieillissement n’est plus intrinsèquement exceptionnel, puisqu’il est reconnu, répandu et largement prévisible.
  • Les problèmes de santé et la polypathologie dès 75 ans concernent de nombreux seniors+: ils sont donc loin d’avoir ce caractère exceptionnel.

A l’avenir, les droits de certains propriétaires pourraient se trouver très amoindris face à la toute-puissance naturelle du grand âge de nombreux locataires ** et ils pourraient hésiter à louer aux personnes âgées, comme en France. Ce qui s’avère une protection pour certains seniors installés comme locataires pourrait devenir un boulet pour les seniors qui cherchent à louer.

La question du grand âge en matière locative se révèle, actuellement, chez nous, très délicate à juger et se règle au cas par cas, un peu comme les discriminations de l’âge à l’embauche**. Toutes les hésitations des juges en cette matière sont traduites et perceptibles dans la jurisprudence belge, ce qui ne rassurera certainement pas Albert et Marie.

 

 *Le problème de la location pour les seniors+ ne peut que s’aiguiser. En Belgique, le taux de propriétaires dans la tranche d’âge de la cinquantaine serait actuellement de 80 %. Or, dans toute l’Europe, le nombre de personnes de plus de 65 ans va doubler dans les cinquante ans à venir. Le cas des locataires seniors+ en difficulté seront loin d’être isolés.

**L’âge plus que jamais source de discrimination.  Références « Le Soir Emploi » 04/06/2016

Locataire en Belgique et protection de la personne âgée (2).

En France, la loi Macron vient de renforcer la protection existante du locataire âgé de plus de 65 ans, avec des ressources faibles: le propriétaire ne peut pas s’opposer au renouvellement du bail, sauf s’il trouve lui-même un logement de remplacement pour son locataire âgé.

Les locataires seniors sont donc bien protégés en France. La conséquence est qu’en France, les propriétaires hésitent maintenant  à louer aux seniors à revenus normaux ou modestes de peur de voir immobiliser leur bien pour une période indéfinie.) L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 autorise aussi une personne âgée d’au moins 60 ans et dont l’état de santé justifie un changement de domicile à ne pas respecter un préavis de trois mois mais d’un mois seulement.

Quelles sont les règles applicables en Belgique concernant la location d’un immeuble aux seniors?

Aucune protection légale particulière n’existe chez nous en faveur des locataires seniors.

Les règles juridiques habituelles valent.

  • Il ne peut y avoir une discrimination envers le candidat locataire en fonction de son âge: un propriétaire, de même que son agent immobilier, ne peuvent faire preuve de discrimination dans le choix du locataire en fonction de son âge. Refuser un locataire âgé n’est pas permis s’il n’y pas d’autre justification objective. Inversement, un propriétaire qui ayant  connu des problèmes avec ses locataires précédents, un couple jeune avec des enfants, ferait une discrimination s’il marque sa préférence sur base de l’âge en choisissant comme critère de candidats locataires «un couple âgé».

  • La vente (ou la donation) d’une maison ne signifie pas la fin d’un contrat de bail. S’il a été enregistré, le bail enregistré est opposable aux tiers: le locataire bénéficie d’une protection contre l’expulsion par le nouveau propriétaire-bailleur: ce dernier sera tenu  de suivre ce contrat de bail. Pour le vendeur,le prix d’un logement vendu occupé est cependant impacté à la baisse suivant le temps restant à courir pour le bail, le montant correct ou non du loyer et l’âge du locataire qui pourrait aussi demander en justice une prolongation exceptionnelle de son bail. J’y reviendrai.

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Avenue de la Houlette à Auderghem: lieu de l’implantation future de la première résidence-services publique

Quelles sont les portes à activer anticipativement par un locataire quand le grand âge est à l’horizon ?

  • Dans certains cas, négocier un bail de longue durée ou à vie avec son propriétaire est envisageable. Quand un locataire occupe le bien depuis des décennies sans souci pour son propriétaire, peut-être senior aussi ou sans héritier direct, le locataire peut tenter la négociation d’un bail de longue durée ou à vie. Un contrat de bail peut être conclu pour une durée allant  soit jusqu’au jour du décès du locataire ou jusqu’au jour de son transfert définitif en maison de repos. Cela donne au locataire la certitude de ne pas devoir quitter abruptement le logement mais l’oblige aussi à rester locataire de ce bien. Le propriétaire y gagnera une certaine tranquillité d’esprit et des revenus assurés. Ce bail doit être notarié: les conseils éclairés d’un juriste sont indispensables pour une négociation équitable tenant compte de l’intérêt des deux parties. Le propriétaire ne doit pas être dépossédé ou privé d’une augmentation légale de loyer par exemple.
  • Prévoir dans le bail ce qui arrive en cas de décès du locataire peut rassurer un propriétaire. Le décès du bailleur ou du locataire ne met pas fin au contrat de bail. Les héritiers, soit du bailleur, soit du locataire, sont donc tenus de poursuivre le bail en cours et ne peuvent y mettre fin qu’en respectant les conditions De nombreux propriétaires se sont retrouvés coincés durant des mois, empêtrés dans des procédures judiciaires aléatoires avec l’impossibilité de relouer si la succession est nébuleuse. Le risque devient plus acceptable si une disposition du  bail prévoit  que celui-ci prend fin automatiquement, ou après un délai relativement court (par exemple de 1 à 3 mois) après le décès du locataire.
  •  Les seniors qui remplissent les conditions sociales requises peuvent envisager de demander l’attribution d’un logement social, un  secteur malheureusement en crise et de qualité très inégale. Acceptés, ils bénéficieront d’une meilleure stabilité locative. L’âge n’est pas un critère déterminant dans l’attribution des logements sociaux même s’il peut donner un point de priorité. Une fois installé dans un logement social pour autant que l’espace loué reste proportionné à l’occupation effective, le locataire senior a moins de risque de devoir déménager (sauf rénovation). Si un déménagement s’imposait, le senior serait aussi  guidé par la société de logement ou le CPAS  vers une solution adaptée.
  • Se tourner vers de nouvelles solutions gérées par le secteur public là où c’est possible. Ainsi la forme de résidence-service** sociale est née pour ces seniors non propriétaires qui n’ont pas besoin de l’encadrement d’une maison de repos. Saluons à Bruxelles l’initiative d’Auderghem qui va construire la première résidence-services publique avec des conditions d’accès identiques à celles du logement social. Le rez-de-chaussée de ce futur bâtiment qui sera ouvert en 2018 accueillera des locaux pour les kinésithérapeutes, les médecins et les infirmières, des bureaux pour les assistantes sociales du CPAS, un deuxième restaurant social auderghemois disponible pour les habitants du quartier. Les résidents auront aussi accès au système de télévigilance.

 *La loi du 25 février 2003 tendant à lutter contre la discrimination distingue les discriminations directe et indirecte.

Il y a discrimination directe si une différence de traitement qui manque de justification objective et raisonnable est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, l’âge, la conviction religieuse ou philosophique, l’état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique .

Il y a discrimination indirecte lorsqu’une disposition, un critère ou une pratique apparemment neutre a en tant que tel un résultat dommageable pour des personnes auxquelles s’applique un des motifs de discrimination directe, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne repose sur une justification objective et raisonnable.

 **Le concept de base d’une résidence-service est un ensemble immobilier de logements destinés aux personnes âgées de plus de 60 ans leur permettant de mener une vie autonome et disposant de services auxquels elles peuvent faire appel. Les services, l’exploitation, les aspects juridiques, les coûts diffèrent selon que l’initiative est privée ou publique.

Personne âgée locataire en Belgique ? (1)

Un juriste averti peine parfois à donner une réponse rassurante.

Voici deux seniors+ aux prises avec des problèmes locatifs:

  • Albert a 89 ans et loue une maison depuis plusieurs décennies. Son propriétaire, sans héritier direct, vient de décéder. Le bail d’Albert arrive à expiration. Que vont faire les héritiers? Pourra-t-il demander une prorogation du bail?
  • La maison de Marie 80 ans dont elle était une copropriétaire très minoritaire vient d’être vendue. Elle s’étonne de ne pas trouver facilement un bien à relouer «alors qu’elle a encore toute sa tête» et ne veut pas aller dans un home…

Quand ils envisagent de se loger via une location, les raisons des candidats locataires peuvent être fort différentes: un capital de départ insuffisant pour un achat immobilier, un désir de liberté, un choix de ne pas s’impliquer dans le gros entretien d’une maison, une situation temporaire avant achat futur, une attente de consolidation d’une situation,  les circonstances défavorables de la vie (crise économique, perte de revenus, séparation, malchance…).

En étant locataire, le risque de devoir changer de logement existe. C’est un inconvénient connu dès le départ et qui persistera.

Au fil des décennies, ce qui était une liberté ou une facilité hier quand on est jeune ne l’est plus pour un locataire devenu senior +.

Plus on avance en âge, plus problématique est le changement de logement, de quartier parfois même de ville. L’aspect pratique devient mineur face au  retentissement * et au déchirement émotionnels. Les murs d’une habitation sont aussi les témoins de notre vie car ils abritent notre histoire avec les instants de bonheur, d’espoir, de tristesse ou conflit. Ce sont souvent des lieux très précieux auxquelles se rattachent nos souvenirs. On n’oublie pas la maison de son enfance…

 « C’est seulement à l’instant de les quitter que l’on mesure son attachement à un lieu, une maison, ou à sa famille ».  

Eric Cantona Sportif

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                                                                                                                                                                           Village autrichien

Pour le locataire senior, louer ne lui permettra pas d’investir pour des aménagements coûteux liés à la grande dépendance, qui transforment souvent profondément l’espace.

Pour le propriétaire, louer à des seniors + dans un marché immobilier tendu peut présenter l’atout de la sécurité des revenus mais il attend aussi l’entretien minimum et habituel de son bien sans devoir être dérangé constamment pour tous les petits tracas de gestion incombant naturellement au locataire.

Exemple : Lors d’une visite de candidats locataires pour un bien rural, une maison avec un grand jardin, les candidats âgés disent au propriétaire âgé. «Nous, le jardin, on ne le fera pas. Mon mari a mal au dos et moi, je ne peux plus me baisser ». Le propriétaire avait lui dépensé plus de mille € pour procéder à la remise en ordre de ce jardin…

Un certain équilibre doit être conservé entre les parties au contrat de location et un particulier ne peut suppléer aux difficultés permanentes ou sociales des locataires.

Notre droit prévoit-il des mesures de protection locative pour les grands seniors?

*« Notre maison est comme un corps extérieur qui cristallise toutes nos émotions. C’est pour cela qu’en avançant en âge, on n’aime pas que les choses changent, il y a un ordre qui correspond à notre structure mentale. Déménager, c’est remettre tout en question ».

« Comment ma femme m’a rendu fou ». Dimitri Verhulst

Pour échapper au rôle qu’il joue dans ce monde et surtout  à l’humeur capricieuse et méchante de sa  femme Monik, Désiré Cordier, bibliothécaire retraité, à la mémoire d’éléphant, décide, à septante-quatre ans, de simuler la maladie d’Alzheimer.  Avec ruse et talent, Désiré se plonge dans ce rôle du dément et parvient à duper tout son entourage. Il jubile et s’amuse des réactions de sorte qu’il plonge de plus en plus dans les  dérives  de la démence, de l’incontinence de l’absence de retenue. Il finit dans un home «Lumière d’hiver» où il retrouve  parmi les pensionnaires un amour de jeunesse Rosa Rozendaal. Plus de retour possible sur ce chemin fou.

L’auteur

Né à Alost en 1972, Dimitri Verhulst, écrivain belge, connaît une enfance chaotique. Il commence sa carrière d’écrivain en 1994, publie en 2000 le roman Niets, niemand en redelijk stil  puis  De verveling van de keeper.  En 2003 paraît le roman Hôtel Problemski. Son roman autobiographique (2006) La Merditude des choses obtient un grand succès et le film qui en est tiré, sera couronné au festival de Cannes en 2009. De intrede van Christus in Brussel (2011) est suivi en 2013 par De laatkomer (2013), traduit en français en 2015 sous le titre Comment ma femme m’a rendu fou. Son dernier roman  Kaddisj voor een kut (2015) évoque les conséquences d’un séjour dans un établissement de la jeunesse.

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 J’ai toujours aimé donner à manger aux oiseaux et aux canards…

Sur le roman

Certes Désiré aurait pu quitter sa femme bien avant ses 74 ans. Le temps a dégradé son couple et les conjoints ne se supportent plus. Ce n’est pas rare.

Le comportement conditionné de Désiré  l’a emmuré dans ce milieu  familial toxique pour lui. Quand il travaillait encore, il pouvait se réfugier dans la lecture ou la musique. Pensionné, il espérait apprécier ses heures de liberté à la maison mais tombe sous la coupe de sa femme. Comme Elsa Triolet l’écrivait à Aragon, Désiré «étouffe de toutes les choses pas dites » et décide d’habiter son existence avec le rôle du dément. Son autre vie commence à 74 ans quand il décide de se délester des habitudes quotidiennes en empruntant un «chemin de dingue».

Outre la dégénérescence  d’un mariage  raté où les reproches et la haine sont arrivés rapidement,  l’auteur Dimitri Verhulst dénonce aussi les conditions de vie dégradantes du home, les méthodes parfois autoritaires des soignants, l’éloignement progressif  des familles, le prix du séjour, la fin de vie en catimini.

L’observation des évolutions du tissu familial, de l’attitude des amis ou anciens collègues évanescents,  des pensionnaires séniles de la maison de retraite est impitoyable mais très proche de la réalité. Hélas.

Face au refus de prendre l’autre tel qu’il est, d’accepter de se positionner face à une difficulté insurmontable humainement, certains empruntent parfois des pistes pathétiques qui vont les détruire.

Malheureusement, à cet âge avancé, on n’a sans doute plus la force de redistribuer les cartes… 

Un passage

 « Les gens de mon âge n’ont besoin ni de Facebook ni d’un autre truc Internet socialisant pour tromper la solitude, non, nous nous rencontrons dans la vie réelle avec une cruelle régularité aux enterrements et ce faisant entretenons de façon naturelle nos contacts avec un monde extérieur qui se rétrécit »

Publié en français sous le titre Comment ma femme m’a rendu fou,  Dimitri Verhulst. Paris, Éditions Denoël, coll. Denoël & d’ailleurs, 2015, 250 p. Trad. du néerlandais par Danielle Losman.