Prorogation de bail en raison du grand âge (3).

Outre les pistes déjà évoquées, il reste une dernière possibilité au locataire senior de conserver sa location un peu plus longtemps, en demandant à son propriétaire une prorogation de son bail.

En effet, chaque locataire arrivé en fin de bail et à qui le congé a été valablement notifié peut toujours, en cas de circonstances exceptionnelles, demander une prorogation de son bail (au plus tard un mois avant l’expiration du bail et par lettre recommandée).

En cas de désaccord, le locataire peut demander la prorogation au juge de paix.

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C’est le juge de paix qui est le seul maître du jeu et qui détermine si les circonstances sont assez exceptionnelles pour proroger le bail.

Le juge de paix tient compte à la fois de l’intérêt du bailleur et locataire. Si le juge octroie la prorogation, il peut également accorder au bailleur une augmentation du loyer et  réduire l’indemnité due éventuellement par le bailleur. Le juge fixe alors la durée de la prorogation et précise une date de fin de bail.

A la fin de cette première prorogation, le locataire peut redemander  un second délai de prorogation s’il peut faire valoir de nouvelles circonstances exceptionnelles valables.

Est-ce que le grand âge est une circonstance exceptionnelle?

C’est une question d’appréciation. Certains juges estiment qu’en lui-même, l’âge avancé constitue la circonstance exceptionnelle. D’autres juristes estiment que le grand âge donne un caractère exceptionnel à d’autres faits comme d’éventuels problèmes de santé, qui cumulés deviendront des circonstances exceptionnelles justifiant la prorogation d’un bail.

A ce propos, deux observations sociologiques peuvent être faites.

  • L’allongement général de la vie fait que le processus de vieillissement n’est plus intrinsèquement exceptionnel, puisqu’il est reconnu, répandu et largement prévisible.
  • Les problèmes de santé et la polypathologie dès 75 ans concernent de nombreux seniors+: ils sont donc loin d’avoir ce caractère exceptionnel.

A l’avenir, les droits de certains propriétaires pourraient se trouver très amoindris face à la toute-puissance naturelle du grand âge de nombreux locataires ** et ils pourraient hésiter à louer aux personnes âgées, comme en France. Ce qui s’avère une protection pour certains seniors installés comme locataires pourrait devenir un boulet pour les seniors qui cherchent à louer.

La question du grand âge en matière locative se révèle, actuellement, chez nous, très délicate à juger et se règle au cas par cas, un peu comme les discriminations de l’âge à l’embauche**. Toutes les hésitations des juges en cette matière sont traduites et perceptibles dans la jurisprudence belge, ce qui ne rassurera certainement pas Albert et Marie.

 

 *Le problème de la location pour les seniors+ ne peut que s’aiguiser. En Belgique, le taux de propriétaires dans la tranche d’âge de la cinquantaine serait actuellement de 80 %. Or, dans toute l’Europe, le nombre de personnes de plus de 65 ans va doubler dans les cinquante ans à venir. Le cas des locataires seniors+ en difficulté seront loin d’être isolés.

**L’âge plus que jamais source de discrimination.  Références « Le Soir Emploi » 04/06/2016

Locataire en Belgique et protection de la personne âgée (2).

En France, la loi Macron vient de renforcer la protection existante du locataire âgé de plus de 65 ans, avec des ressources faibles: le propriétaire ne peut pas s’opposer au renouvellement du bail, sauf s’il trouve lui-même un logement de remplacement pour son locataire âgé.

Les locataires seniors sont donc bien protégés en France. La conséquence est qu’en France, les propriétaires hésitent maintenant  à louer aux seniors à revenus normaux ou modestes de peur de voir immobiliser leur bien pour une période indéfinie.) L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 autorise aussi une personne âgée d’au moins 60 ans et dont l’état de santé justifie un changement de domicile à ne pas respecter un préavis de trois mois mais d’un mois seulement.

Quelles sont les règles applicables en Belgique concernant la location d’un immeuble aux seniors?

Aucune protection légale particulière n’existe chez nous en faveur des locataires seniors.

Les règles juridiques habituelles valent.

  • Il ne peut y avoir une discrimination envers le candidat locataire en fonction de son âge: un propriétaire, de même que son agent immobilier, ne peuvent faire preuve de discrimination dans le choix du locataire en fonction de son âge. Refuser un locataire âgé n’est pas permis s’il n’y pas d’autre justification objective. Inversement, un propriétaire qui ayant  connu des problèmes avec ses locataires précédents, un couple jeune avec des enfants, ferait une discrimination s’il marque sa préférence sur base de l’âge en choisissant comme critère de candidats locataires «un couple âgé».

  • La vente (ou la donation) d’une maison ne signifie pas la fin d’un contrat de bail. S’il a été enregistré, le bail enregistré est opposable aux tiers: le locataire bénéficie d’une protection contre l’expulsion par le nouveau propriétaire-bailleur: ce dernier sera tenu  de suivre ce contrat de bail. Pour le vendeur,le prix d’un logement vendu occupé est cependant impacté à la baisse suivant le temps restant à courir pour le bail, le montant correct ou non du loyer et l’âge du locataire qui pourrait aussi demander en justice une prolongation exceptionnelle de son bail. J’y reviendrai.

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Avenue de la Houlette à Auderghem: lieu de l’implantation future de la première résidence-services publique

Quelles sont les portes à activer anticipativement par un locataire quand le grand âge est à l’horizon ?

  • Dans certains cas, négocier un bail de longue durée ou à vie avec son propriétaire est envisageable. Quand un locataire occupe le bien depuis des décennies sans souci pour son propriétaire, peut-être senior aussi ou sans héritier direct, le locataire peut tenter la négociation d’un bail de longue durée ou à vie. Un contrat de bail peut être conclu pour une durée allant  soit jusqu’au jour du décès du locataire ou jusqu’au jour de son transfert définitif en maison de repos. Cela donne au locataire la certitude de ne pas devoir quitter abruptement le logement mais l’oblige aussi à rester locataire de ce bien. Le propriétaire y gagnera une certaine tranquillité d’esprit et des revenus assurés. Ce bail doit être notarié: les conseils éclairés d’un juriste sont indispensables pour une négociation équitable tenant compte de l’intérêt des deux parties. Le propriétaire ne doit pas être dépossédé ou privé d’une augmentation légale de loyer par exemple.
  • Prévoir dans le bail ce qui arrive en cas de décès du locataire peut rassurer un propriétaire. Le décès du bailleur ou du locataire ne met pas fin au contrat de bail. Les héritiers, soit du bailleur, soit du locataire, sont donc tenus de poursuivre le bail en cours et ne peuvent y mettre fin qu’en respectant les conditions De nombreux propriétaires se sont retrouvés coincés durant des mois, empêtrés dans des procédures judiciaires aléatoires avec l’impossibilité de relouer si la succession est nébuleuse. Le risque devient plus acceptable si une disposition du  bail prévoit  que celui-ci prend fin automatiquement, ou après un délai relativement court (par exemple de 1 à 3 mois) après le décès du locataire.
  •  Les seniors qui remplissent les conditions sociales requises peuvent envisager de demander l’attribution d’un logement social, un  secteur malheureusement en crise et de qualité très inégale. Acceptés, ils bénéficieront d’une meilleure stabilité locative. L’âge n’est pas un critère déterminant dans l’attribution des logements sociaux même s’il peut donner un point de priorité. Une fois installé dans un logement social pour autant que l’espace loué reste proportionné à l’occupation effective, le locataire senior a moins de risque de devoir déménager (sauf rénovation). Si un déménagement s’imposait, le senior serait aussi  guidé par la société de logement ou le CPAS  vers une solution adaptée.
  • Se tourner vers de nouvelles solutions gérées par le secteur public là où c’est possible. Ainsi la forme de résidence-service** sociale est née pour ces seniors non propriétaires qui n’ont pas besoin de l’encadrement d’une maison de repos. Saluons à Bruxelles l’initiative d’Auderghem qui va construire la première résidence-services publique avec des conditions d’accès identiques à celles du logement social. Le rez-de-chaussée de ce futur bâtiment qui sera ouvert en 2018 accueillera des locaux pour les kinésithérapeutes, les médecins et les infirmières, des bureaux pour les assistantes sociales du CPAS, un deuxième restaurant social auderghemois disponible pour les habitants du quartier. Les résidents auront aussi accès au système de télévigilance.

 *La loi du 25 février 2003 tendant à lutter contre la discrimination distingue les discriminations directe et indirecte.

Il y a discrimination directe si une différence de traitement qui manque de justification objective et raisonnable est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, l’âge, la conviction religieuse ou philosophique, l’état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique .

Il y a discrimination indirecte lorsqu’une disposition, un critère ou une pratique apparemment neutre a en tant que tel un résultat dommageable pour des personnes auxquelles s’applique un des motifs de discrimination directe, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne repose sur une justification objective et raisonnable.

 **Le concept de base d’une résidence-service est un ensemble immobilier de logements destinés aux personnes âgées de plus de 60 ans leur permettant de mener une vie autonome et disposant de services auxquels elles peuvent faire appel. Les services, l’exploitation, les aspects juridiques, les coûts diffèrent selon que l’initiative est privée ou publique.

Personne âgée locataire en Belgique ? (1)

Un juriste averti peine parfois à donner une réponse rassurante.

Voici deux seniors+ aux prises avec des problèmes locatifs:

  • Albert a 89 ans et loue une maison depuis plusieurs décennies. Son propriétaire, sans héritier direct, vient de décéder. Le bail d’Albert arrive à expiration. Que vont faire les héritiers? Pourra-t-il demander une prorogation du bail?
  • La maison de Marie 80 ans dont elle était une copropriétaire très minoritaire vient d’être vendue. Elle s’étonne de ne pas trouver facilement un bien à relouer «alors qu’elle a encore toute sa tête» et ne veut pas aller dans un home…

Quand ils envisagent de se loger via une location, les raisons des candidats locataires peuvent être fort différentes: un capital de départ insuffisant pour un achat immobilier, un désir de liberté, un choix de ne pas s’impliquer dans le gros entretien d’une maison, une situation temporaire avant achat futur, une attente de consolidation d’une situation,  les circonstances défavorables de la vie (crise économique, perte de revenus, séparation, malchance…).

En étant locataire, le risque de devoir changer de logement existe. C’est un inconvénient connu dès le départ et qui persistera.

Au fil des décennies, ce qui était une liberté ou une facilité hier quand on est jeune ne l’est plus pour un locataire devenu senior +.

Plus on avance en âge, plus problématique est le changement de logement, de quartier parfois même de ville. L’aspect pratique devient mineur face au  retentissement * et au déchirement émotionnels. Les murs d’une habitation sont aussi les témoins de notre vie car ils abritent notre histoire avec les instants de bonheur, d’espoir, de tristesse ou conflit. Ce sont souvent des lieux très précieux auxquelles se rattachent nos souvenirs. On n’oublie pas la maison de son enfance…

 « C’est seulement à l’instant de les quitter que l’on mesure son attachement à un lieu, une maison, ou à sa famille ».  

Eric Cantona Sportif

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                                                                                                                                                                           Village autrichien

Pour le locataire senior, louer ne lui permettra pas d’investir pour des aménagements coûteux liés à la grande dépendance, qui transforment souvent profondément l’espace.

Pour le propriétaire, louer à des seniors + dans un marché immobilier tendu peut présenter l’atout de la sécurité des revenus mais il attend aussi l’entretien minimum et habituel de son bien sans devoir être dérangé constamment pour tous les petits tracas de gestion incombant naturellement au locataire.

Exemple : Lors d’une visite de candidats locataires pour un bien rural, une maison avec un grand jardin, les candidats âgés disent au propriétaire âgé. «Nous, le jardin, on ne le fera pas. Mon mari a mal au dos et moi, je ne peux plus me baisser ». Le propriétaire avait lui dépensé plus de mille € pour procéder à la remise en ordre de ce jardin…

Un certain équilibre doit être conservé entre les parties au contrat de location et un particulier ne peut suppléer aux difficultés permanentes ou sociales des locataires.

Notre droit prévoit-il des mesures de protection locative pour les grands seniors?

Notre maison est comme un corps extérieur qui cristallise toutes nos émotions. C’est pour cela qu’en avançant en âge, on n’aime pas que les choses changent, il y a un ordre qui correspond à notre structure mentale. Déménager, c’est remettre tout en question ».

« Comment ma femme m’a rendu fou ». Dimitri Verhulst

Pour échapper au rôle qu’il joue dans ce monde et surtout  à l’humeur capricieuse et méchante de sa  femme Monik, Désiré Cordier, bibliothécaire retraité, à la mémoire d’éléphant, décide, à septante-quatre ans, de simuler la maladie d’Alzheimer.  Avec ruse et talent, Désiré se plonge dans ce rôle du dément et parvient à duper tout son entourage. Il jubile et s’amuse des réactions de sorte qu’il plonge de plus en plus dans les  dérives  de la démence, de l’incontinence de l’absence de retenue. Il finit dans un home «Lumière d’hiver» où il retrouve  parmi les pensionnaires un amour de jeunesse Rosa Rozendaal. Plus de retour possible sur ce chemin fou.

L’auteur

Né à Alost en 1972, Dimitri Verhulst, écrivain belge, connaît une enfance chaotique. Il commence sa carrière d’écrivain en 1994, publie en 2000 le roman Niets, niemand en redelijk stil  puis  De verveling van de keeper.  En 2003 paraît le roman Hôtel Problemski. Son roman autobiographique (2006) La Merditude des choses obtient un grand succès et le film qui en est tiré, sera couronné au festival de Cannes en 2009. De intrede van Christus in Brussel (2011) est suivi en 2013 par De laatkomer (2013), traduit en français en 2015 sous le titre Comment ma femme m’a rendu fou. Son dernier roman  Kaddisj voor een kut (2015) évoque les conséquences d’un séjour dans un établissement de la jeunesse.

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 J’ai toujours aimé donner à manger aux oiseaux et aux canards…

Sur le roman

Certes Désiré aurait pu quitter sa femme bien avant ses 74 ans. Le temps a dégradé son couple et les conjoints ne se supportent plus. Ce n’est pas rare.

Le comportement conditionné de Désiré  l’a emmuré dans ce milieu  familial toxique pour lui. Quand il travaillait encore, il pouvait se réfugier dans la lecture ou la musique. Pensionné, il espérait apprécier ses heures de liberté à la maison mais tombe sous la coupe de sa femme. Comme Elsa Triolet l’écrivait à Aragon, Désiré «étouffe de toutes les choses pas dites » et décide d’habiter son existence avec le rôle du dément. Son autre vie commence à 74 ans quand il décide de se délester des habitudes quotidiennes en empruntant un «chemin de dingue».

Outre la dégénérescence  d’un mariage  raté où les reproches et la haine sont arrivés rapidement,  l’auteur Dimitri Verhulst dénonce aussi les conditions de vie dégradantes du home, les méthodes parfois autoritaires des soignants, l’éloignement progressif  des familles, le prix du séjour, la fin de vie en catimini.

L’observation des évolutions du tissu familial, de l’attitude des amis ou anciens collègues évanescents,  des pensionnaires séniles de la maison de retraite est impitoyable mais très proche de la réalité. Hélas.

Face au refus de prendre l’autre tel qu’il est, d’accepter de se positionner face à une difficulté insurmontable humainement, certains empruntent parfois des pistes pathétiques qui vont les détruire.

Malheureusement, à cet âge avancé, on n’a sans doute plus la force de redistribuer les cartes… 

Un passage

 « Les gens de mon âge n’ont besoin ni de Facebook ni d’un autre truc Internet socialisant pour tromper la solitude, non, nous nous rencontrons dans la vie réelle avec une cruelle régularité aux enterrements et ce faisant entretenons de façon naturelle nos contacts avec un monde extérieur qui se rétrécit »

Publié en français sous le titre Comment ma femme m’a rendu fou,  Dimitri Verhulst. Paris, Éditions Denoël, coll. Denoël & d’ailleurs, 2015, 250 p. Trad. du néerlandais par Danielle Losman.

Pension «au taux ménage» et activité d’appoint du conjoint.

 

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Dans le cadre de la Pension anticipée et ses implications financières, la question des éventuelles activités du conjoint dans un couple qui perçoit une pension au taux ménage peut avoir d’importantes répercussions.

Le pensionné  qui bénéficie d’une pension au taux ménage peut décider de commencer ou de poursuivre une activité professionnelle d’appoint. Parfois, c’est son conjoint qui souhaite maintenir son activité d’appoint. 

Lorsque la pension est attribuée au « montant de ménage »,  le conjoint du pensionné devra également déclarer son activité professionnelle et respecter les limites de revenus. Les limites de revenus issus d’une activité complémentaire sont différentes selon qu’il s’agit du titulaire pensionné ou de son conjoint.

A noter: c’est l’âge du conjoint exerçant une activité d’appoint (et donc pas l’âge du titulaire pensionné) qui détermine le montant autorisé de cette activité

  • Activité d’appoint du conjoint en cas de pension anticipée «au taux ménage».

En cas de pension anticipée au taux ménage, les limites de restrictions de revenus pour une activité d’appoint s’appliquent aussi au conjoint partenaire.

Exemple: avec moins de 65 ans, Nadine, comme conjointe (en dessous de l’âge de la pension) d’un partenaire bénéficiant d’une pension de ménage, sans charge de famille,  ne pourra  pas dépasser  pour son activité indépendante un bénéfice net de 6238,00 €/ an. Comme salariée, elle ne pourrait pas avoir un salaire brut supérieur à 7.797,00 €/ an (*) (catégorie “C”, sans charge de famille)Montants limites de l’activité autorisée en 2016

Si Nadine dépassait le montant net de 6238 €/an, son mari devra rembourser  l’année suivante 20 % du montant annuel de sa pension  c’est-à-dire la totalité de la  différence entre sa pension de ménage et une pension d’isoléCeci a toujours lieu, indépendamment du pourcentage du dépassement même si Nadine n’a dépassé le montant autorisé que de 3%

Première différence entre le titulaire pensionné et son conjoint : si le mari de Nadine avait dépassé les limites autorisées de moins de 100 %, sa pension serait réduite proportionnellement au pourcentage identique de dépassement (15 % de dépassement = 15 % du montant de pension à rembourser l’année suivante)

  • Activité d’appoint du conjoint à 65 ans

Le pensionné qui atteint 65 ans ou a une carrière de 45 ans  peut avoir des  revenus professionnels  illimités.

Deuxième différence entre le titulaire pensionné et son conjoint: la possibilité  d’engranger des revenus illimités de son activité d’appoint ne s’applique pas au conjoint d’un titulaire pensionné bénéficiant d’une pension au taux ménage; le conjoint doit toujours respecter des limites précises de revenus pour son travail d’appoint.

Exemple: A partir de l’année de son 65ème anniversaire et comme conjointe d’un partenaire bénéficiant d’une pension de ménage, sans charge de famille, le bénéfice net de l’activité indépendante de Nadine ne pourra dépasser 22.521,00 EUR / an. Comme salariée, elle ne pourrait pas avoir un salaire brut supérieur à  18.017,00 EUR €/ an (*) (catégorie “E”, sans charge de famille). Montants limites de l’activité autorisée en 2016

 

Les activités d’appoint des uns et des autres ont donc des traitements fort différents.

Pour une évaluation complète des futures situations à l’approche de la pension, rappelons qu’il faudra tenir compte de la possibilité d’une réduction de la «pension ménage» en cas de dépassement de revenus  mais aussi de l’impact fiscal de la perte des réductions normales propres aux pensionnés.

  *. La base de calcul est différente selon la nature des revenus:

-salaires bruts (cotisations sociales comprises) pour les travailleurs salariés, fonctionnaires ou mandataires

-bénéfice net (après déduction des frais et cotisations sociales) pour les indépendants

Comment braquer une banque sans perdre son dentier. Catharina Ingelman-Sundberg

Cinq octogénaires Märtha, Stina, Anna-Greta, le Génie et le Râteau dépérissent dans une maison de retraite de Stockholm: les repas minables, la discipline stérile et le nombre de pilules distribuées les révoltent tellement qu’ils décident de fuir ce mouroir pour bénéficier des qualités supposées d’un univers carcéral vu dans un reportage à la télévision. Pour atteindre ce but, ils doivent commettre un forfait. Ce sera un vol de tableaux de Monet et Renoir au musée de Stockholm avec demande de rançon. Face à ce casse, la police s’interroge  mais comment  soupçonner d’honorables vieillards ?

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   « Il vaut mieux oser un coup de dés que de disparaître comme une flamme qui s’éteint ».

(Vers d’un poème de l’écrivain suédois, Carl Gustaf Verner von Heidenstam, Prix Nobel de littérature 1916)

L’auteur

Née en 1948, Catharina Ingelman-Sundberg est une auteure suédoise très populaire.
Elle a participé à plusieurs explorations archéologiques à la recherche de drakkars ensevelis. Après plusieurs romans historiques, elle décrit ici le monde des seniors dans une série qui commence par  «Comment braquer une banque sans perdre son dentier» (2014) suivi par «Le gang des dentiers fait sauter la banque» (2015), où l’on retrouve les mêmes retraités farfelus. Un troisième volet de la série est annoncé.


Commentaire

Nous replongeons ici  dans l’humour décapant de la vague  des écrivains scandinaves  entraînes  par Arto Paasilinna, Jørn Riel, Erlend Loe  ou Jonas Jonasson. Ces auteurs nous emportent dans leurs récits  picaresques mettant en scène des êtres sympathiques qui vivent des  aventures extravagantes. Leurs personnages sont en marge du politiquement correct et du vraisemblable mais ce décalage permet aux écrivains de peindre en contraste les problèmes typiques de notre société et ses dérives actuelles.

Dans ce polar cocasse «Comment braquer une banque sans perdre son dentier», rien ne se déroule comme prévu mais on se laisse entraîner sans ciller dans cette agréable lecture. 

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Madame Joseph Le Coeur en 1866,mère du peintre Jules Le Coeur, ami de Renoir.

 Auguste Renoir

(Oeuvre du Musée d’ Orsay à Paris, exposée en 2014 à la fondation Pierre Gianadda à Martigny en Suisse)

 

Commenter un roman sur le monde des seniors reste toujours un plaisir tant chaque écrivain apporte au grand tableau de la vieillesse ses remarques  pertinentes et lève un coin du voile pour les néophytes. Si l’auteure nous raconte en filigrane la prise en charge désastreuse des personnes âgées en Suède, elle décrit  aussi deux cartes magiques dont jouent certains  seniors. Les astuces employées par ces seniors rebelles qui ont réalisé que la vieillesse a aussi des avantages et qu’elle suscite l’indulgence, la sympathie, le sens du devoir des autres endormant souvent toute  méfiance.

  • Berner les autres est donc un plaisir que s’offrent certains seniors assez vifs pour exploiter notre aveuglement et qui rient sous cape, dès que nous avons le dos tourné. Ainsi, Josianne me raconte qu’elle circule dans le quartier sans canne mais prend une canne dans les transports en commun pour avoir sa place. Albert n’entend plus que les coups de sonnette qui l’intéressent et jamais les questions qui le dérangent.
  • Pour les seniors, l’union fait aussi leur force. Catharina Ingelman-Sundberg illustre dans ce roman que les lacunes de mobilité individuelle, les déficiences de ses retraités sont judicieusement compensées par les autres vieillards. Les personnes âgées peuvent grâce à leur expérience et connivence compenser ensemble leurs faiblesses pour mener à bien un  Leur réseau d’amis n’a rien de virtuel….et les seniors ont le temps d’observer les habitudes et comportements de l’entourage et de bâtir un plan avec persévérance.

La mystification et l’union des pairs sont les armes employées par les seniors qui entrent en résistance et veulent sauvegarder leur indépendance ou masquer leurs premiers signes de défaillances.

 

 Une phrase

« Une vieille dame en déambulateur peut faire beaucoup de choses que les autres ne peuvent pas se permettre. »

Comment braquer une banque sans perdre son dentier de Catharina INGELMAN-SUNDBERG (Auteur), Hélène HERVIEU (Traduction). Fleuve éditions (2014). 432 pages. 

Lisibilité des coûts en maison de repos.

L’article publié par Christian Carpentier dans la Capitale du vendredi 18 mars  2016 «Les maisons de repos deviennent hors de prix» relaie et développe les résultats d’une enquête effectuée par la mutualité Solidaris. Dans 75% des cas, les personnes âgées ont un revenu insuffisant pour faire face à la facture du home.

Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris, y déclare que la lisibilité des coûts est très difficile, voire impossible.

Comme je l’ai déjà mentionné dans ce blog, la réelle transparence des prix pour les résidents des homes ne sera obtenue que si tous les éléments sont communiqués au public. Car les pouvoirs publics interviennent dans le coût total d’un séjour en maison de repos :

Coût réel d’un séjour en maison de repos 

=

1.   Forfait Inami pour les soins du résident

+/– 45 € par jour, élément non communiqué au résident

+

2.    Contribution du résident

·       Prix de base : 45 € en moyenne par jour

·       Suppléments : par mois,  100 € en moyenne

Le séjour en maison de repos est financé par deux sources : 

         1.Un forfait payé par l’assurance soins de santé (Inami), qui intervient pour les coûts liés aux soins des résidents de maisons de repos. La mutualité des résidents paie ce forfait directement à la maison de repos, ce qui le rend invisible pour les résidents. Ce forfait est d’un montant de +/- 45 € par jour. L’Inami intervient donc bien financièrement pour une bonne partie des coûts du séjour.

         2.Une contribution du résident comprenant un PRIX DE BASE et des SUPPLEMENTS :

LE PRIX DE BASE journalier est payé par le pensionnaire selon un tarif journalier fixé par la maison de repos selon le type de chambre. Ce prix comprend principalement son hébergement et ses repas.

Le prix de base moyen est de  +/- 45 €  par jour et varie selon les régions.

LES SUPPLEMENTS payés par le pensionnaire  s’appliquent quasi à tous  les résidents car ils concernent des postes tels que les médicaments, blanchisserie pédicurie, coiffure, téléphone, visites médicales, kiné, frais de labo… et ces frais atteignent en moyenne 102 € par mois en Wallonie.

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Tout prendre en compte et calculer….

Pour la sécurité tarifaire des résidents, la transparence des coûts d’un séjour en maison de repos devrait être totale.

Deux mesures à mettre en œuvre !

       1.  La part de financement des pouvoirs publics via Inami devrait apparaître sur chaque  décompte mensuel de résident. Rappelons qu’en France, le décompte de tous les coûts et prises en charge est porté à la connaissance du résident via la facture mensuelle de la maison de repos*.

Il est incompréhensible la majorité du public ignore que l’Etat finance déjà bel et bien pour tous les résidents (sauf rares exceptions) un part conséquente de leur séjour en maison de repos. Tout se passe de manière occulte alors que c’est un acte social positif. Arrêtons donc d’infantiliser les citoyens !

Savoir que le coût moyen d’un séjour de résident est de + ou – 2800 € et non pas de 1388 € en Wallonie a une toute autre portée politique et économique pour le public. En pratique, la compréhension concrète du mécanisme conscientisera  le regard des résidents et des familles sur le cadre tarifaire et le contenu exact de leurs contributions mensuelles, parfois expliquées injustement par «l’environnement médical disponible» nécessaire à la personne.

      2.  Certains suppléments doivent être intégrés au tarif de base car ils ne peuvent plus être considérés comme du luxe quand on réside en maison de repos. Comme l’indique Mr Labille dans l’article précité, «la blanchisserie, la tv ou le téléphone devraient par exemple être inclus dans le prix de base de la chambre».

 

*En France, une loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement vise à renforcer cette transparence et l’information sur les prix pratiqués en EHPAD notamment via le portail www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr qui comportera d’ici fin 2016  tous les tarifs ce qui permettra la comparaison entre établissements.

Pension anticipée et implications financières.

En Belgique, l’âge légal de la retraite est toujours fixé à 65 ans pour tous les travailleurs jusqu’en 2024 (1)*.

Prendre sa retraite anticipée avant 65 ans reste cependant toujours possible sous conditions.

Les conditions  d’âge et de carrière

En 2016, il faut avoir 62 ans et 41 années de carrière (2). Pour valider la condition de carrière, chaque année doit être prestée à au moins un tiers temps.

 Les implications financières de la prise de pension anticipée:

  • Le montant de votre pension sera réduit.

Si vous prenez une retraite anticipée, votre pension sera réduite.

Si vous envisagez la retraite anticipée et que votre carrière a duré 40 ans, alors qu’elle aurait été de 45 ans si vous arrêtiez  à l’âge légal de 65 ans, 5 années sont perdues dans le calcul du montant de votre pension, ce qui  représentera + ou – 12,5 % de réduction de celle-ci.

Un conseil: avant de vous engager dans cette voie, demandez toujours une estimation officielle de votre pension. Beaucoup sont désagréablement surpris par le montant annoncé de leur pension à 65 ans. Mais de ce montant, vous devez encore retirer la quotité éventuelle correspondant au délai d’anticipation de votre retraite.


pension anticipée implications activités

Des cours de mandoline ?                          Musée Fallero. Valencia, Espagne

  • Avant 65 ans, les possibilités de travailler de manière complémentaire sont extrêmement limitées sous peine de réduction du montant de la pension et/ou de la perte des déductions fiscales propres aux pensionnés.

Les revenus provenant d’une activité professionnelle complémentaire ne sont illimités que si le pensionné remplit l’une des 2 conditions suivantes: soit l’âge de 65 ans,  soit une carrière en tant que travailleur salarié, indépendant, fonctionnaire,…) de 45 années civiles effectives.

Dans ce calcul particulier pour l’exercice d’une activité complémentaire, les périodes d’études régularisées, valorisées, bonifiées…etc  ne comptent plus: il doit s’agit de 45 années de travail véritablement presté.

Quid  de la limite de revenus pour un pensionné qui a moins de 65 ans ou pas 45 années civiles au moment de la mise à la retraite anticipée et sans charge d’enfant? Ce pensionné pourra travailler comme salarié en revenu d’appoint pour un montant brut (3) de 7797 € maximum par an !

De plus, si le conjoint exerçait une petite activité d’appoint, les mêmes restrictions de revenus s’appliqueront en cas de pension anticipée au taux ménage au conjoint partenaire.

Le fait d’exercer une activité professionnelle fait aussi disparaître des déductions fiscales propres aux pensionnés quand leurs revenus se composent uniquement de revenus de remplacement (Articles 147, 152bis, 154, du Code d’impôts sur les revenus). L’impact financier de ces dispositions fiscales est très lourd et doit être calculé précisément  pour chaque cas car il peut quasi ruiner le gain espéré d’une activité d’appoint.

Développer ou même poursuivre la petite activité secondaire dont on avait rêvé sera vraiment très compliqué avant 65 ans. S’occuper «autrement», ce pourrait être se tourner vers l’aide à la famille, le bénévolat, faire des voyages (avec un coût certain) ou suivre des cours par exemple. 

  • Si vous disposez d’une assurance groupe, le montant perçu sera fortement taxé.

L’assurance groupe contractée par l’entreprise au profit de ses employés est une assurance vie prévoyant un capital au moment de la retraite ou en cas de décès prématuré. Les primes de l’assurance groupe sont payées par la société: en cas de retraite anticipée, votre capital n’augmente donc plus des versements de l’employeur et la taxation de ce capital avant 65 ans qui aura déjà lieu l’année fiscale suivant votre retraite anticipée est pénalisante pour vous: à peu près à -20% de taxation du montant annoncé du capital !

Si le montant de l’assurance de groupe n’est payé qu’à l’âge de 65 ans et que vous restiez actif jusqu’à ce moment-là, l’intégralité de ce montant ne serait taxé qu’au taux de 10 %.

Autant savoir  que la retraite anticipée est vraiment un choix de vie (4) mais n’est pas avantageux financièrement pour le retraité anticipé (5).

1. L’âge légal de la pension sera relevé à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030.

2. L’âge de la pension est légalement fixé à 65 ans. La pension légale anticipée est envisageable à partir de minimum 40 ans de carrière et au plus tôt à 62 ans. Seules les personnes couvertes par le régime de transition applicable à la pension anticipée jusqu’en 2016 et les personnes qui possèdent une longue carrière professionnelle ont le droit de prendre leur pension (anticipée) avant l’âge de 62 ans.

3. La base de calcul est différente selon la nature des revenus  :

  • salaires bruts (cotisations sociales comprises) pour les travailleurs salariés, fonctionnaires ou mandataires
  • bénéfice net (après déduction des frais et cotisations sociales) pour les indépendants

4. Avec l’espérance de vie, à assumer avec bonheur pour beaucoup durant parfois plus de 20 ans mais avec tous les aléas financiers et coûts des soins services, et factures de la maison de retraite…

5. Sauf si un bonus financier attractif ou un cadre spécial pour des activités d’appoint étaient accordés, ce qui n’est plus le cas depuis plusieurs années…

Visitez des lieux d’hébergement !

Visitez des lieux d’hébergement tant que vous pouvez le faire de votre initiative. N’attendez pas d’être acculés ou que d’autres décident en catastrophe pour vous! 

Bien sûr, chacun préfère continuer sa vie chez lui. Malheureusement le maintien à domicile ne sera pas toujours possible en raison de la nature de certaines pathologies même avec des aides à domicile. Nul ne peut prévoir.

mr,mrs,homes

S’informer sur les maisons de repos, comprendre le fonctionnement d’une résidence, savoir à quoi s’attendre au niveau de l’espace, de l’encadrement, s’informer sur les coûts ou évaluer quelle formule pourrait vous convenir y compris le choix de rester à votre domicile est donc une excellente stratégie. Les éventualités futures se préparent en amont, se discutent aussi avec les proches pour une bonne organisation ou transition.

Il  vous est parfaitement possible de vous informer dès maintenant sur les lieux d’hébergement.

Comment faire ?

  • Pour une visite classique d’un lieu d’accueil et recueillir des informations détaillées, vous devrez demander un rendez-vous à la direction.
  • Beaucoup de formules souples et gratuites permettent cependant de faire une première approche des maison de repos.

Certains établissement organisent des journées portes ouvertes, d’autres des journées récréatives (marché de Noel, chasse aux œufs de Pâques…) ou des après-midi d’information.

Avec le vieillissement de la population, avoir une connaissance ou un proche en maison de repos est devenu fréquent. Aller visiter un proche en maison de repos est toujours une bonne idée. Bien souvent, celui-ci vous donnera un avis sur l’ambiance habituelle de sa maison de repos et le dynamisme des équipes.

  • Enfin quelques établissements bruxellois propose  de nouvelles formules de découverte payantes séjour de 1 mois (dès 69 €/ jour) (1) ou journée entière avec planning spécifique d’activités et repas (dès 25 € la journée et sur réservation )(2).

Lors des visites, il est très important de déterminer 1) s’il s’agit d’un home public ou privé notamment parce les homes publics favorisent souvent l’accès aux  seuls habitants de leur commune 2) quel est le profil de la structure visitée: maison de repos ou MR, Maison de Repos et de Soins ou MRS, Résidence Service, Centre de soins de jour :…qui détermine les paramètres de coût.

Contrairement à des propos entendus lors de journées d’informations, la distinction entre une Maison de repos (MR) et Maison de repos et de soins (MRS) n’est pas qu’administrative mais peut avoir un impact pour le résident. Comme dans une MR, les résidents de MRS bénéficient des services habituels de restauration, d’animations et activités de loisirs mais leur état de santé exige les soins d’un médecin coordinateur, des soins infirmiers, paramédicaux et/ou de kinésithérapie compris dans leur forfait journalier. En MRS où sont accueillis des résidents fortement dépendants, le personnel est plus nombreux. Un lien fonctionnel avec un service hospitalier et un personnel compétent pour des soins palliatifs sont assurés (3). Les deux structures MR et MRS peuvent cependant coexister au sein d’un même établissement.

  • Pour les personnes déjà décidées pour un établissement précis, un court séjour (à partir de 60 ans) pour 3 mois maximum par année civile est envisageable dans certains cas. 

Ne vous laissez pas séduire par la tendance «hôtellerie de luxe» très à la mode et ne signez pas un engagement lors de visites de découverte sans avoir visité plusieurs endroits ou déterminé la formule la plus adéquate pour vous selon vos contraintes personnelles ( santé, finances, aire géographique, facilités d’accès pour la famille). Sachez aussi que trouver une solution d’hébergement pour un couple (4) à un prix accessible est mission quasi impossible.

Avec les beaux jours promis par les premières de fleurs de magnolias, pensez peut-être à visiter divers lieux d’hébergement pour nourrir vos réflexions sur base d’éléments concrets et non fantasmés. 

1. Maison de repos Azalées à Evere jusqu’au 30 juin 2016.

2.Tous les 1ers jeudis du mois; Résidence Domitys Auderghem.

3. Des MR peuvent assurer des soins attentifs pour des personnes très dependantes mais ce n’est pas toujours le cas faute de moyens humains. Des équipes externes de soins peuvent également intervenir en maison de repos pour assurer des soins palliatifs.

4. Bien souvent,  pour diverses raisons notamment des pathologies différentes, ce sont deux chambres séparées qui sont alors choisies.

Chère mère détestée. Madeleine Melquiond.

A 80 ans, Paulette était pétulante, distinguée. Quand les premiers signes de la maladie d’Alzheimer se dessinent, ils ne sont pas identifiés tout de suite par sa fille Madeleine. L’aura, le caractère de diva de sa mère bluffent un certain temps l’entourage.

Bien vite, Paulette reçoit de moins en moins d’invitations. Il ne reste donc que Madeleine pour s’occuper de sa mère alors que celle-ci a toujours été vacharde et blessante avec elle. Par une sorte de pacte immémorial, Madeleine Melquiond  raconte pourquoi elle prend soin de Paulette, sa mère malade d’Alzheimer. Elle devient petit à petit une fille coopérative. Tout en sachant qu’aucune réparation, ni justification ne pourront plus venir de sa mère nonagénaire, Madeleine est là, chaque semaine, près d’elle dans sa maison de repos. 

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L’auteur

Née en 1945, Madeleine Melquiond vit dans la Drôme. Après une carrière de journaliste, elle publie en 2007 «Longtemps j’ai vécu avec une bouteille», en 2013 «On n’est pas sérieux quand on a soixante ans» et en 2014 «Chère mère détestée».

Commentaire.

Ce témoignage, Madeleine Melquiond a longtemps hésité à l’écrire: «Je me suis dit: si j’attends sa mort, je ne ferai plus le même livre». C’est exact.

Parler de la famille, de ce qui se joue au niveau des soins à certains grands aînés est une tâche ardue et délicate tant les ressentis peuvent être différents. Ce livre âpre brise un tabou et livre une vérité sur le soin à ces aînés caractériels atteints de troubles neurologiques majeurs.Le témoignage n’est ni une jérémiade ni un dénigrement ni un lavage de linge sale comme pourrait laisser l’imaginer la photo de couverture.

Le récit de la démarche d’aide positive effectuée montre l’évolution de l’état d’esprit des deux parties. Il réconfortera beaucoup d’adultes excédés, impliqués dans cette situation très difficile émotionnellement de  devoir prendre soin de celui ou celle qui ne fut pas un parent aimant ou à la hauteur. Que d’autres personnes aient connu les mêmes dilemmes n’allègera pas leur fardeau mais pourrait les aider.

Ce témoignage est un parfait écho du roman de Corinne Hoex : Ma robe n’est pas froissée.

Chacun de nous a son idéal du bon parent mais nos parents ne nous offrent pas toujours ce cadre rêvé et tutélaire d’affection ou d’attention. Avec la maturité, nous finissons par appréhender nous-mêmes la difficulté et l’ampleur du défi du rôle parental. Cette compréhension peut amener l’indulgence et une forme d’apaisement dans les relations mutuelles. Prendre soin de ses parents âgés défaillants paraît une évidence.

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Quand l’histoire avec les parents a été toxique ou très destructrice, l’enfant ne s’est pas senti aimé. Cette carence est indélébile. Très peu d’enfants adultes se brouillent, ou coupent réellement les ponts avec leurs parents: ils maintiennent souvent une relation artificielle de normalité. Prendre soin de ses parents malades devient une épreuve à assumer.

En cas de problème de sénilité d’un parent toxique ou «difficile»*, il est très pénible pour l’enfant adulte de replonger dans un lien concret de dépendance inversée.

 

 

 

Beaucoup de facteurs alourdissent la prise en charge:

  • Les enfants sont dans la soixantaine, avec leurs soucis de travail, de retraite, de santé, leurs enfants et petits-enfants. Les cellules familiales «traditionnelles» ou les relations intergénérationnelles peuvent être fragiles ou quasi inexistantes.
  • Souvent l’adulte aidant n’a pas pu partager l’histoire de ce lien premier raté avec le parent non aimant et l’entourage actuel ne comprend pas l’attitude « tempérée » de l’aidant.
  • Le soin aux aînés est oppressant pour un enfant unique car la mauvaise humeur du senior ne se dilue pas sur plusieurs épaules qui peuvent se relayer.
  • En vieillissant, un parent devient socialement une icône qu’il serait indécent publiquement de faire choir de son piédestal. Certains seniors prennent vite conscience de ce statut extérieur très intéressant. Comme Paulette au restaurant, ils usent et abusent parfois de ce privilège.
  • Certaines maladies neurologiques liées au grand âge se tapissent encore mieux dans les traits d’une personne naturellement ronchonne, tyrannique, égoïste ou blessante. La maladie détectée, elle cristallise les défauts de la personne ou la désinhibe. Inutile d’ajouter que les  nouvelles piques, agressions du parent sont douloureuses à revivre pour l’aidant.
  • La durée de prise en charge peut maintenant s’étaler sur plus d’une dizaine d’années.

Il n’en reste pas moins qu’un autre type de lien, très différent de la relation ancienne tumultueuse, peut naître malgré tous ces écueils et malgré la maladie: le senior en difficulté et l’enfant aidant, avec le temps, peuvent parfois non s’apprivoiser mais bâtir une relation fonctionnelle satisfaisante.

La phrase

«Elle reste ma mère, je reste sa fille. Toute notre vie a été un rendez-vous manqué. Mais… je suis quand même au rendez-vous».

Chère mère détestée, Madeleine Melquiond, 203 pages. Editions: Max Milo  Collection: essais documents

*Comme pudiquement  dit par le personnel des homes ou hôpitaux.