Comment braquer une banque sans perdre son dentier. Catharina Ingelman-Sundberg

Cinq octogénaires Märtha, Stina, Anna-Greta, le Génie et le Râteau dépérissent dans une maison de retraite de Stockholm: les repas minables, la discipline stérile et le nombre de pilules distribuées les révoltent tellement qu’ils décident de fuir ce mouroir pour bénéficier des qualités supposées d’un univers carcéral vu dans un reportage à la télévision. Pour atteindre ce but, ils doivent commettre un forfait. Ce sera un vol de tableaux de Monet et Renoir au musée de Stockholm avec demande de rançon. Face à ce casse, la police s’interroge  mais comment  soupçonner d’honorables vieillards ?

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   « Il vaut mieux oser un coup de dés que de disparaître comme une flamme qui s’éteint ».

(Vers d’un poème de l’écrivain suédois, Carl Gustaf Verner von Heidenstam, Prix Nobel de littérature 1916)

L’auteur

Née en 1948, Catharina Ingelman-Sundberg est une auteure suédoise très populaire.
Elle a participé à plusieurs explorations archéologiques à la recherche de drakkars ensevelis. Après plusieurs romans historiques, elle décrit ici le monde des seniors dans une série qui commence par  «Comment braquer une banque sans perdre son dentier» (2014) suivi par «Le gang des dentiers fait sauter la banque» (2015), où l’on retrouve les mêmes retraités farfelus. Un troisième volet de la série est annoncé.


Commentaire

Nous replongeons ici  dans l’humour décapant de la vague  des écrivains scandinaves  entraînes  par Arto Paasilinna, Jørn Riel, Erlend Loe  ou Jonas Jonasson. Ces auteurs nous emportent dans leurs récits  picaresques mettant en scène des êtres sympathiques qui vivent des  aventures extravagantes. Leurs personnages sont en marge du politiquement correct et du vraisemblable mais ce décalage permet aux écrivains de peindre en contraste les problèmes typiques de notre société et ses dérives actuelles.

Dans ce polar cocasse «Comment braquer une banque sans perdre son dentier», rien ne se déroule comme prévu mais on se laisse entraîner sans ciller dans cette agréable lecture. 

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Madame Joseph Le Coeur en 1866,mère du peintre Jules Le Coeur, ami de Renoir.

 Auguste Renoir

(Oeuvre du Musée d’ Orsay à Paris, exposée en 2014 à la fondation Pierre Gianadda à Martigny en Suisse)

 

Commenter un roman sur le monde des seniors reste toujours un plaisir tant chaque écrivain apporte au grand tableau de la vieillesse ses remarques  pertinentes et lève un coin du voile pour les néophytes. Si l’auteure nous raconte en filigrane la prise en charge désastreuse des personnes âgées en Suède, elle décrit  aussi deux cartes magiques dont jouent certains  seniors. Les astuces employées par ces seniors rebelles qui ont réalisé que la vieillesse a aussi des avantages et qu’elle suscite l’indulgence, la sympathie, le sens du devoir des autres endormant souvent toute  méfiance.

  • Berner les autres est donc un plaisir que s’offrent certains seniors assez vifs pour exploiter notre aveuglement et qui rient sous cape, dès que nous avons le dos tourné. Ainsi, Josianne me raconte qu’elle circule dans le quartier sans canne mais prend une canne dans les transports en commun pour avoir sa place. Albert n’entend plus que les coups de sonnette qui l’intéressent et jamais les questions qui le dérangent.
  • Pour les seniors, l’union fait aussi leur force. Catharina Ingelman-Sundberg illustre dans ce roman que les lacunes de mobilité individuelle, les déficiences de ses retraités sont judicieusement compensées par les autres vieillards. Les personnes âgées peuvent grâce à leur expérience et connivence compenser ensemble leurs faiblesses pour mener à bien un  Leur réseau d’amis n’a rien de virtuel….et les seniors ont le temps d’observer les habitudes et comportements de l’entourage et de bâtir un plan avec persévérance.

La mystification et l’union des pairs sont les armes employées par les seniors qui entrent en résistance et veulent sauvegarder leur indépendance ou masquer leurs premiers signes de défaillances.

 

 Une phrase

« Une vieille dame en déambulateur peut faire beaucoup de choses que les autres ne peuvent pas se permettre. »

Comment braquer une banque sans perdre son dentier de Catharina INGELMAN-SUNDBERG (Auteur), Hélène HERVIEU (Traduction). Fleuve éditions (2014). 432 pages. 

Chère mère détestée. Madeleine Melquiond.

A 80 ans, Paulette était pétulante, distinguée. Quand les premiers signes de la maladie d’Alzheimer se dessinent, ils ne sont pas identifiés tout de suite par sa fille Madeleine. L’aura, le caractère de diva de sa mère bluffent un certain temps l’entourage.

Bien vite, Paulette reçoit de moins en moins d’invitations. Il ne reste donc que Madeleine pour s’occuper de sa mère alors que celle-ci a toujours été vacharde et blessante avec elle. Par une sorte de pacte immémorial, Madeleine Melquiond  raconte pourquoi elle prend soin de Paulette, sa mère malade d’Alzheimer. Elle devient petit à petit une fille coopérative. Tout en sachant qu’aucune réparation, ni justification ne pourront plus venir de sa mère nonagénaire, Madeleine est là, chaque semaine, près d’elle dans sa maison de repos. 

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L’auteur

Née en 1945, Madeleine Melquiond vit dans la Drôme. Après une carrière de journaliste, elle publie en 2007 «Longtemps j’ai vécu avec une bouteille», en 2013 «On n’est pas sérieux quand on a soixante ans» et en 2014 «Chère mère détestée».

Commentaire.

Ce témoignage, Madeleine Melquiond a longtemps hésité à l’écrire: «Je me suis dit: si j’attends sa mort, je ne ferai plus le même livre». C’est exact.

Parler de la famille, de ce qui se joue au niveau des soins à certains grands aînés est une tâche ardue et délicate tant les ressentis peuvent être différents. Ce livre âpre brise un tabou et livre une vérité sur le soin à ces aînés caractériels atteints de troubles neurologiques majeurs.Le témoignage n’est ni une jérémiade ni un dénigrement ni un lavage de linge sale comme pourrait laisser l’imaginer la photo de couverture.

Le récit de la démarche d’aide positive effectuée montre l’évolution de l’état d’esprit des deux parties. Il réconfortera beaucoup d’adultes excédés, impliqués dans cette situation très difficile émotionnellement de  devoir prendre soin de celui ou celle qui ne fut pas un parent aimant ou à la hauteur. Que d’autres personnes aient connu les mêmes dilemmes n’allègera pas leur fardeau mais pourrait les aider.

Ce témoignage est un parfait écho du roman de Corinne Hoex : Ma robe n’est pas froissée.

Chacun de nous a son idéal du bon parent mais nos parents ne nous offrent pas toujours ce cadre rêvé et tutélaire d’affection ou d’attention. Avec la maturité, nous finissons par appréhender nous-mêmes la difficulté et l’ampleur du défi du rôle parental. Cette compréhension peut amener l’indulgence et une forme d’apaisement dans les relations mutuelles. Prendre soin de ses parents âgés défaillants paraît une évidence.

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Quand l’histoire avec les parents a été toxique ou très destructrice, l’enfant ne s’est pas senti aimé. Cette carence est indélébile. Très peu d’enfants adultes se brouillent, ou coupent réellement les ponts avec leurs parents: ils maintiennent souvent une relation artificielle de normalité. Prendre soin de ses parents malades devient une épreuve à assumer.

En cas de problème de sénilité d’un parent toxique ou «difficile»*, il est très pénible pour l’enfant adulte de replonger dans un lien concret de dépendance inversée.

 

 

 

Beaucoup de facteurs alourdissent la prise en charge:

  • Les enfants sont dans la soixantaine, avec leurs soucis de travail, de retraite, de santé, leurs enfants et petits-enfants. Les cellules familiales «traditionnelles» ou les relations intergénérationnelles peuvent être fragiles ou quasi inexistantes.
  • Souvent l’adulte aidant n’a pas pu partager l’histoire de ce lien premier raté avec le parent non aimant et l’entourage actuel ne comprend pas l’attitude « tempérée » de l’aidant.
  • Le soin aux aînés est oppressant pour un enfant unique car la mauvaise humeur du senior ne se dilue pas sur plusieurs épaules qui peuvent se relayer.
  • En vieillissant, un parent devient socialement une icône qu’il serait indécent publiquement de faire choir de son piédestal. Certains seniors prennent vite conscience de ce statut extérieur très intéressant. Comme Paulette au restaurant, ils usent et abusent parfois de ce privilège.
  • Certaines maladies neurologiques liées au grand âge se tapissent encore mieux dans les traits d’une personne naturellement ronchonne, tyrannique, égoïste ou blessante. La maladie détectée, elle cristallise les défauts de la personne ou la désinhibe. Inutile d’ajouter que les  nouvelles piques, agressions du parent sont douloureuses à revivre pour l’aidant.
  • La durée de prise en charge peut maintenant s’étaler sur plus d’une dizaine d’années.

Il n’en reste pas moins qu’un autre type de lien, très différent de la relation ancienne tumultueuse, peut naître malgré tous ces écueils et malgré la maladie: le senior en difficulté et l’enfant aidant, avec le temps, peuvent parfois non s’apprivoiser mais bâtir une relation fonctionnelle satisfaisante.

La phrase

«Elle reste ma mère, je reste sa fille. Toute notre vie a été un rendez-vous manqué. Mais… je suis quand même au rendez-vous».

Chère mère détestée, Madeleine Melquiond, 203 pages. Editions: Max Milo  Collection: essais documents

*Comme pudiquement  dit par le personnel des homes ou hôpitaux. 

Petites scènes capitales. Sylvie Germain

Lili n’a pas connu sa mère. Elle avait onze mois quand celle-ci a quitté le foyer conjugal. Son père s’est remarié avec Viviane qui avait déjà quatre enfants. Lili assiste en spectatrice aux problèmes et drames de la famille recomposée. L’attitude distante de son père l’isole et ne l’aide pas à trouver sa place. Avec le temps, les enfants quittent le foyer. Lili, elle, dérive, rejoint une communauté, connaît des amours passagères, abandonne ses études ou projets. Son chemin, miné par le doute,  reste une quête permanente de sens.

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« Elle sort du placard ses confitures préférées, celles aux prunes et celle aux abricots agrémentée d’amandes » p.49

L’auteur

Née en 1954 en France, Sylvie Germain a suivi des études de philosophie. Elle écrit des contes et des nouvelles et publie ensuite « Le Livre des Nuits » suivi de « Nuit-d’Ambre« , une saga familiale qui reçoit six prix. D’autres romans suivent « Jours de colère » qui obtient le prix Fémina, « Immensités », « La Chanson des Mal-aimants ».

En 2013, Sylvie Germain a été élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au siège de Dominique Rolin.

Commentaire

Roman  - Copie.jpgCe livre « Petites scènes capitales » raconte dans des chapitres courts et denses les souvenirs d’enfance et les accidents de la vie familiale de Lili.

Lili qui a tant besoin de reconnaissance comprend vite qu’elle n’occupe une place très secondaire dans le cœur de son père même si elle est sa seule fille biologique.

Grandir sans maman et ensuite perdre sa grand-mère a créé en elle un vide immense qu’aucun membre de la nouvelle famille ne comblera.

Comme dans « Ce parfait ciel bleu » de Xavier de Moulins, la famille est un noyau sans cesse agité qui se construit, se déconstruit et où le père ne s’y retrouve manifestement plus.

Chaque famille traverse ses épreuves dans un cycle d’évolution permanente mais ici le mécanisme de fonctionnement familial des Bérégance finit par se rompre et renvoie chacun des membres à ses fêlures. Chacun devra trouver seul sa voie de secours.

Les angles durs de cette histoire, l’onde de tristesse permanente sont atténués par un style littéraire délicat et recherché. Les descriptions poétiques de cygnes, de paysages, les énumérations de synonymes charmeront ceux qui aiment le balancement des phrases et les amoureux du dictionnaire.

L’écriture de ce roman contribue à instiller une pudeur dans l’émotion comme le temps pourrait gommer l’âpreté d’un passé douloureux.

 

Une phrase

au sujet de la vieillesse de Gabriel ( le père reconnaît à peine sa fille…)

« ….c’est le temps qui bouge en lui, il se meut dans sa chair, dans son esprit, ainsi qu’un vent ténu, d’une douceur érosive, il y tourne en lentes spires, disloquant les strates du passé, brisant l’écorce du présent et la pulvérisant »

page 223. »Petites scènes capitales »  Sylvie Germain. Editeur Albin Michel.

« Le réveil du cœur » François d’Epenoux.

Jean travaille dans la publicité. Il n’a jamais osé présenter, à son père, sa compagne Leïla d’origine marocaine.

Son père, c’est le «Vieux» fantasque, bougon, solitaire, obnubilé par son époque et réfractaire à la modernité.  Sa devise : « Ne jamais avoir à regretter de ne pas avoir tout tenté».

La séparation chaotique avec Leïla  amène Jean  à confier durant le mois d’août son fils de 6 ans à son père, le «Vieux » grand-père. Pour le Vieux et Malo, c’est un mois de rêve, de partage où l’un et l’autre s’apprivoisent avec des jeux et des promenades dans la nature.

Malo retourne chez sa mère. Le « Vieux » qui va avoir quatre-vingt ans est conscient de la fragilité de sa santé et quitte Lacanau pour un séjour en Ecosse chez son frère. Il veut y retrouver une vie simple et contempler la mer. Lui, l’ennemi des technologies modernes, reste en contact par skype avec son petit-fils  Malo, en cachette de son fils Jean.

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« Bientôt, la marée monte, menaçante, étirant toujours plus avant ses assauts en direction de la citadelle. »(p.158)

L’auteur.

Ecrivain français né en 1963, François d’Épenoux  a travaillé pendant plus de 10 ans dans une agence de communication. Il est  l’auteur  de sept romans, notamment  « Les bobos me font mal », « Les papas du dimanche », « Même pas mort ».

Photos2013.jpgUn grand-père et son petit-fils.

« Le réveil du cœur »: c’est l’histoire d’un grand-père et de son petit-fils. Je n’analyse pas vraiment ce roman comme un conflit de générations mais comme une rencontre entre deux personnes vivant à des époques différentes : un « vieux » réfractaire à la modernité et proche de la nature et un petit-fils vivant dans notre monde hyper-connecté et sécurisé.

Le romancier illustre le déficit de communication entre les protagonistes. Sans incriminer l’une ou l’autre partie, François d’Épenoux  montre comment la création d’un lien et la transmission entre générations peuvent devenir aujourd’hui compliquées. Les jeunes parents, pris dans leur vie active, revendiquent la tolérance mais sont a contrario critiques et exigeants envers le grand-père. Longtemps, les visites du grand-père à Malo «une fois par mois dans un lieu neutre» ont été évaluées, soupesées d’où les réactions réservées du Vieux, devenu désabusé.

Puis il y a une grande leçon du livre pour tous les lecteurs.  L’affection reste sous-jacente. La vie  comme un fleuve suit son cours mais a des méandres: chacun grandit, évolue différemment qu’il s’agisse des parents ou de l’enfant. Le grand-père peut enfin endosser son rôle. Le réveil du cœur. Un lien fort se noue à l’occasion du séjour du petit-fils Malo, à Lacanau chez son grand-père. C’est un échange mutuel fait de moments d’humanité dense et qui noue enfin une relation privilégiée.

L’évolution des sentiments  est écrite avec humour et talent dans des dialogues naturels et vivants.

Une phrase.

 «Tu réussis ou tu échoues, c’est égal, mais au moins tu en as le cœur net et de cela tu peux être fier, quoi qu’il advienne».

«Le réveil du cœur». François d’Epenoux, éd. Anne Carrière, 253 pages.

« L’étoile et la vieille ». Michel Rostain.

Un metteur en scène de musique classique est chargé de réaliser un spectacle de variétés avec Odette, octogénaire et ancienne célèbre accordéoniste.

L’éblouissement de la première rencontre se ternit rapidement au cours des répétitions. Des séances d’autographes, de dédicaces, rythment les repas au restaurant.

La santé d’Odette se dégrade, l’étoile chavire. Le metteur en scène s’interroge, n’y croit plus. Par respect pour l’étoile, par humanité, il  devra sans cesse ajuster sa position.

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 Contrepoint pour violoncelles. 1984.

Arman (1928-2005). Collection Fondation pierre Gianadda. Martigny. Suisse

Commentaires

Le temps est assassin. La star adulée  vit sur sa renommée et le public des autographes est encore séduit par son aura. Au niveau artistique, c’est l’impasse. L’esprit de l’étoile est confus et la  musique embrouillée.

Derrière le portrait d’Odette, le lecteur devine immédiatement l’étoile, la stature d’Yvette Horner, ce qui évoqué par l’auteur dans ce roman qui n’a pas de vocation biographique.

L’histoire raconte la préparation d’un spectacle avec une artiste âgée, un monument de l’accordéon, avec ses travers. Odette parle d’elle à la troisième personne et en décalage avec la réalité. Elle tente de toutes ses forces de préparer ce concert comme si annuler allait la condamner. Pour un musicien,  arrêter son instrument (p.218) est déjà un drame, synonyme d’extinction de lumières.

Derrière l’aspect technique artistique, c’est surtout l’évolution d’une vieillesse non acceptée qui retiendra l’attention.  C’est une vieille dame qui ne veut pas raccrocher et qui masque ses défaillances pour rester dans le tempo.

On ne nous apprend pas à vieillir. Beaucoup d’octogénaires  dépassent l’âge de leurs parents et n’ont même pas connu de parents âgés. Sans expérience, ils découvrent un chemin ardu. Beaucoup encouragés par les discours jeunistes de notre société actuelle, comme  Odette vont alors ignorer et masquer longtemps les écueils de l’âge pour offrir une image performante. Odette « surjoue » alors son rôle. Toute son énergie est captée pour maintenir son apparence. Il n’y plus de place pour les autres. Odette impressionne encore au premier abord mais le metteur en scène se sent piégé: il gravite autour de l’étoile mais n’a pas plus de dialogue avec Odette.

Partition.jpgFini le temps de la valse musette.

C’est la valse triste de Sibelius qu’on entend.

Les tiers ou les membres des familles* se sentent dupés par ceux qui cachent jusqu’à l’absurde les signes ou défaillances de leur âge. Même s’ils mesurent  la  nouvelle fragilité bouleversante de cet être humain proche confronté à son déclin, les proches du senior+ deviennent rapidement excédés par son aveuglement, sa désinvolture, son indifférence aux autres, son art de feindre (fréquent en matière auditive), parfois même sa manipulation.

Car le fil d’un véritable dialogue se brise et souvent de manière irréversible. La vie quotidienne sur ces bases faussées est pénible pour tous. La scène d’Odette qui malmène le serveur (p.82) au restaurant est une situation inadmissible mais hélas fréquente.

Renoncer «à régner» (p.82) et moduler ses activités, changer de répertoire est souvent tout un apprentissage. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

Ce roman ouvre une réflexion importante et me semble a contrario une excellente initiation à la préparation à la vieillesse.

L’auteur

Né en 1942 en Lozère  (France), Michel Rostain a étudié la musique puis enseigné la philosophie. En 1978, il fonde une compagnie de théâtre lyrique et musical et continue à réaliser des mises en scène musicales. Écrivain, il publie en 2011 son premier roman « Le Fils » et en 2013, « L’Étoile et la Vieille ».

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   Une phrase

 «Au  fil du tels et des évènements, le propos de mon livre n’aura pas été d’écrire le roman d’un spectacle mais d’écrire un roman d’initiation à ma vieillesse». 

«L’étoile et la vieille» Michel Rostain.  Editions Kero 2013, p.62

 

*Le cas inverse existe: des proches surestiment les capacités de leurs parents âgés ou malades et ne mesurent pas l’ampleur de leurs difficultés quotidiennes. Même si le senior en a fait clairement état, il faut parfois un certain temps pour que ses messages d’alerte soient entendus.

 

« Vieux, râleur et suicidaire: la vie selon Ove ». Fredrik Bakman

Dans le lotissement où il vit, Ove est connu pour son caractère entier et ronchon.

Ove a maintenant 59 ans et ses patrons lui demandent de prendre un peu de  repos. En fait, ils le virent. Quelques mois auparavant, Ove avait perdu sa femme Sonja, dont la gaieté, l’optimisme et le rire coloraient le quotidien.

Seul et sans travail, son humeur est morose. Ove s’occupe dans son quartier en effectuant des rondes civiques notamment en vérifiant la fermeture des portes des garages, le local des poubelles, la remise des vélos. Se sentant inutile et revenu de tout, il pense au suicide.

De nouveaux voisins fraîchement installés et envahissants parviennent à  faire sortir Ove de sa tanière. Bricoleur, il  ne pourra s’empêcher d’aider son prochain remettant sans cesse son suicide au lendemain…

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 Commentaires.

Vieux, râleur et suicidaire…

Ce titre donné à la version traduite n’est guère enthousiasmant.

 Ove vieux? A 59 ans, c’est un homme habile et courageux

Râleur?  Radin oui sans doute, car il a le sens pratique et le goût des chiffres

Suicidaire? Evidemment dans pareille situation, qui ne le serait pas ?

La vie de Ove n’a jamais été un long fleuve tranquille mais il a pu, en s’appuyant sur  ses talents, négocier tous les méandres.

Le livre baigne dans le grand souffle d’excentricité propre aux auteurs scandinaves. Comment ne pas penser au livre «Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » mais nous ne voyageons pas dans la même folie débridée de Jonas Jonas.

Ici, le livre est très attachant, touchant. L’humour et  la sympathie rendent le personnage de ce bricoleur Ove très proche de nous : on croit au personnage.

Ce roman est aussi une habile confrontation dans la vie quotidienne, entre l’ancienne et la nouvelle génération : l’ancienne génération rabotée dans les entreprises, et peu au courant des nouvelles technologies et la génération Y confrontée aux difficultés  pratiques de la vie quotidienne mais forte des réseaux sociaux.

Cela m’a semblé un portrait très exact de la complexité et l’ennui  qu’éprouve un être à notre époque à se retrouver seul, à se repositionner face aux autres surtout après l’épreuve du deuil. 

L’auteur.

Né à Stockholm en 1981, Frederik Backman était devenu chauffeur de camion avant de se lancer dans l’écriture via des rubriques dans les journaux. En 2012, il écrit son premier roman «Un homme nommé Ove»  traduit chez nous par «Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove » Quelques mois après être devenu père, il intitule son deuxième roman «Des choses que mon fils a besoin de savoir sur le monde». Puis paraît son troisième roman « Min mormor hälsar och säger förlå »

  ove,bakman,saab,bricoleurSaab et Ove … Ici berline Saab 9-3 (2006)

Créé en 1947, Saab, constructeur automobile national suédois est tombé en faillite en 2011. Saab avait lancé beaucoup d’innovations en équipant ses voitures de ceintures de sécurité en série, en proposant des sièges chauffants.

Il fut un pionnier du moteur turbo. 

 Il y a  toujours aujourd’hui de véritables fanatiques de la marque qui, comme Ove, lui vouent un culte.

La phrase.

 « A présent, on ne jure que par les ordinateurs et les machines à expresso.

 Où va donc le monde quand les gens ne savent plus écrire ni préparer le café ?«  

« Vieux, râleur et suicidaire: la vie selon Ove ». Fredrik Bakman . Chapitre 2

«Alice et l’homme-perle».Valérie Cohen.

Une résidence de standing Eaux Douces à Saint-Germain-en-Laye. Quelques femmes sexagénaires s’y côtoient chaque jour. Leur dénominateur commun: elles sont toutes sexagénaires, ont l’aisance financière, une santé harmonieuse, un tempérament façonné avec le temps. Toutes sont étouffées par la solitude et manquent de contact social. Alice reste confinée dans ses rêves, ses souvenirs d’ une aventure amoureuse passée avec Diego et son jardin de fleurs. Une excursion surprise est organisée par ses amies pour lui faire retrouver Diego à Séville. Alice se réveille. Un professeur de dessin, un juge vieux garçon et la directrice de la Résidence font partie du voyage.

Chaque participant va revisiter son passé. Le temps ne s’est donc pas arrêté… ni pour Alice ni pour eux?

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                      ….. des couleurs et des odeurs de cette andalousie (p.181).

L’auteur

Née à Bruxelles en 1968  Valérie Cohen a d’abord exercé la fonction de juriste d’entreprise avant de se tourner vers d’autres horizons et l’écriture. Elle est l’auteure de «Double vie d‘un papillon», «Nos mémoires apprivoisées» et « Alice et l’homme-perle » en 2014.

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«Cette douce histoire permet d’arpenter la plage de la soixantaine féminine avec ses illusions et désillusions» CD

Commentaire

Dans ce roman Valérie Cohen dessine une histoire sentimentale  charmante entre sexagénaires bien-portants. Inutile de dire qu’il serait bien difficile de trouver dans la réalité des habitants de résidence aussi dynamiques et unis. De nombreux passages graves montrent que «la joie sereine» des pensionnaires n’est pas une comédie mais un rite de survie. La description de ce que représente la fête des mères pour une sexagénaire Juliette touchera, j’en suis certaine, de nombreuses mamans.

L’âge n’éteint ni les sentiments amoureux ni les émois: aimer reste parfois douloureux.

Un  jour, Juliette, amie d’Alice a l’idée de classer les hommes en deux profils: l’homme-bonbon et l’homme-perle. L’homme-perle laisse une trace indélébile. Certains lecteurs trouveront sans doute qu’un autre homme-perle s’est peut-être échappé du roman: Arthur, mari d’Alice est bien dilué dans les souvenirs de sa femme. N’était-il pas lui aussi une perle pour avoir permis à Alice de vivre son histoire et sauvegarder sa famille? 

Mais les souvenirs comme les élans du cœur ne sont guère équitables…

Cette histoire idyllique tranche par son optimisme sur d’autres romans bien plus moroses. La vie n’est pas suspendue à 60 ans. Ce roman permet d’arpenter la plage de sable de la soixantaine féminine avec ses illusions et désillusions. 

Un passage

«Tous ont affronté les versants glissants de la vie et choisi de se relever ou pas.

Ils portent de ces blessures invisibles qui ne se soignent pas à coup d’antalgiques». p.104

Alice et l’homme-perle. Valérie Cohen, Éditeur: Luce Wilquin – Parution : Janvier 2014 – 190 pages.

«Les amazones» Raphaëlle Riol.

Lors d’une visite à sa grand-mère dans une maison de retraite à Caen, Alice quittera le « Repos-Fleuri » accompagnée d’une autre pensionnaire qui l’a interpellée:

 « Je m’appelle Alphonsine. Sortez-moi de là ».

Alice, la trentaine, qui travaille dans l’événementiel et Alphonsine, 89 ans, se découvrent de nombreux points communs. Chacune a un souvenir déplorable de sa vie de couple et est satisfaite que son compagnon soit décédé. Elles détestent aussi la campagne.

Marquées par leur histoire personnelle et assoiffées d’indépendance, elles transgressent les contraintes sociales comme des guerrières ou des amazones. Mais quelles alternatives ont-elles réellement?

En quête d’un autre destin, elles rejoignent la plage pour crier …

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« Au loin, la mer se dérobe toujours plus et déteint doucement.    

… Bleu-gris, gris-bleu, gris foncé » page 200

L’auteur.

Née en 1980 à Clermont-Ferrand, Raphaëlle Riol est professeur de lettres en région parisienne et a publié en 2011 un premier roman « Comme elle vient ».

Commentaire.

L’intelligente analyse psychologique d’un duo inattendu capte l’attention. Le ton ironique de ce livre m’a beaucoup plu. La trame du roman montre l’évolution de la place des femmes dans la  cellule familiale et dans notre société.  

Malgré les obligations familiales, nous sommes parfois tous un peu, comme Alice ou Alphonsine, des électrons libres. Simplement, certains le sont à temps complet et d’autres à temps partiel !

  • Le sens de la formule de l’écrivaine (« Extinction de voix ou voie d’extinction ? » p.11) égaie les pages qui abordent un sujet grave. Ces malices stylistiques s’accordent à l’état d’esprit des deux rebelles, qui n’ont plus rien à perdre dans une société cruelle:

«Vous savez Alice, de nos jours, ne pas être hors la loi, c’est perdre la tête… Que ce soit au travail, chez soi, ou en maison de vieux».p.189.

  • Deux femmes, deux destins vont se mêler. Derrière les apparences simples de chacune, est enfoui leur monde intérieur complexe. Petit à petit, l’écrivaine fouille leur psychologie, déterre et dévoile au lecteur complice leur vérité singulière, celle qui a « perforé » leur corps et « vrillé » leur esprit. Pour l’une et l’autre, cette vérité n’est pas connue ou admise par les proches ou enfants : ceux-ci n’ont pas envie de savoir et restent prisonniers de leurs convictions. L’«épais tissu d’évidences fragiles» p. 200 est difficile à déchirer. Même à sa comparse Alice, Alphonsine n’a plus envie d’expliquer l’incroyable injustice de son sort.

Une pensionnaire de home dans une situation similaire me disait récemment: «Oui, je pourrais expliquer ce qui s’est passé; mais il arrive, qu’après avoir trop souffert, le coeur se clôt, les mâchoires se serrent, la voix  diminue…». 

  • Un grand écart d’âge sépare Alice et Alphonsine. Pourtant elles sont confrontées  toutes deux à l’éternelle domination masculine. La difficile question de la place de la femme, toujours d’actualité, notamment dans le cadre professionnel, est bien cernée.

Une phrase

 « Parce que le comble de l’impardonnable, Alice, croyez-moi, c’est la résignation». p.126

 Amazones, Raphaëlle Riol, coll. La brune. Editions du Rouergue 2013, 208 pages

« Ma robe n’est pas froissée ». Corinne Hoex

Son père est mort. Dans sa chambre de pensionnaire de la Séniorie des Dunes, son épouse exerce son despotisme. La narratrice, leur fille, regarde les voiliers qui glissent en silence sur la mer.

Autour des années soixante, entre la Mer du Nord et Bruxelles, cette mère formait avec son mari un couple bourgeois  sauvant les apparences et ignorant leur fille. Le père amoureux de voile lui faisait des remontrances continuelles et sa mère la méprisait, ne lui offrant pas un regard. Dans l’indifférence, la fille est violée par son fiancé.

Avec un faux détachement, cette fille-narratrice tente d’exister malgré ces comportements toxiques, répétitifs qui l’ont brisée tout. Elle n’a plus confiance dans la vie. Que peut-t-elle encore espérer d’une telle mère âgée ?

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L’auteur

Née en 1946, Corinne Hoex est licenciée en histoire de l’art.  Depuis 2001, elle a publié de nombreux ouvrages, des romans et de la poésie. En 2008, paraît le roman  « Ma Robe n’est pas froissée » et en 2010 le roman «Décidément je t’assassine»  qui a obtenu le Prix Marcel Thiry.

Sur la vieillesse

Les intervenants, les professionnels des maisons de repos découvrent la personnalité du résident au moment précis de son entrée. Le pensionnaire peut présenter un autre visage dû à sa vulnérabilité, une image lissée comme un beau meuble rempli de souvenirs. La famille connaît les blessures ou aspérités de la personnalité  antérieure, bâtie sur les interactions avec les proches et la société. Le personnel des homes est conscient que quelques résidents ont, par leur comportement passé, éloigné leur famille ou ont conduit des enfants à prendre parfois très légitimement assez de distance pour construire leur vie.

hardelot 2014 136.JPGPour la narratrice, l’abandon où elle a été plongée était cruel. Mais il s’agit d’une fille unique, donc elle assume encore les visites à sa mère dans le home: « Je m’acquitte de mes réparties avec une conviction manifeste, un dévouement exemplaire »  (p. 50)

Le récit de la maltraitance, de ce manque primordial d’amour  parental est glaçant d’autant que tout est noyé dans le silence. La conséquence pathétique du comportement parental déshumanisé est que la narratrice n’a pas pu se construire, qu’elle n’a pas d’existence  réelle et qu’elle est toujours en quête d’attention maternelle malgré les humiliations constantes que lui inflige encore la vieille dame.

La description des faits est quasi clinique: des phrases courtes et un vocabulaire très précis. Ce récit court est poignant.

Un passage…

«Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser»  (p. 75)

Ma robe n’est pas froissée. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles

«La route des coquelicots» Biefnot-Dannemark.

 « La route des coquelicots » a poursuivi son escapade à Mons, est passée par le musée du Doudou.

Là, sur un banc de pierre du jardin du Mayeur, ce roman nous a livré ses derniers secrets.

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Trois femmes octogénaires, bien valides et autonomes  vivent dans une maison  de retraite du Nord-Pas-de-Calais, « La Moisson ». Il y a Lydie, compréhensive et généreuse qui n’a jamais eu d’enfant. Henriette, qui aime les fleurs dont les coquelicots, a vécu en Belgique.  Devenue veuve, elle est venue à Douai pour se rapprocher de son fils. Régulièrement, elle se chamaille avec une autre résidente, Flora qui a mené une vie luxueuse.

Toutes manquent de contact social et se réchauffent au sourire d’une jeune travailleuse ukrainienne de la maison de retraite Olena, 27 ans. Olena, dont le mari, Vassili travaille au Portugal,a dû laisser en Ukraine auprès de sa mère, leur fille Milena, 6 ans.

A la suite d’un épisode sentimental entre leurs petits-enfants respectifs, les deux ennemies Flora et Henriette décident de partir au Portugal régler le problème et embarquent Olena dans l’aventure. En passant par la frontière polonaise, Nuremberg, Sète et Madrid, les trois vieilles dames, Olena et sa fille atteindront enfin Lisbonne…

Les auteurs

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La route des coquelicots est le premier roman écrit à quatre mains présenté ici. Il est écrit par deux auteurs belges Véronique Biefnot et Francis Dannemark.

Née à Colfontaine en 1961, Véronique Biefnot, actrice, présentatrice de télévision, metteur-en-scène est aussi romancière et auteure d’une trilogie : « Comme des larmes sous la pluie, Les murmures de la terre, Là où la lumière se pose ».

Francis Dannemark, né en 1955 est éditeur et responsable  à Bruxelles du programme « Escales des Lettres ».  Il a publié une bonne vingtaine de romans dont « Mémoires d’un ange maladroit »  et « Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien ». Il est aussi poète: »Une fraction d’éternité « .

 Sur la vieillesse

La flamboyance du superbe coquelicot de la couverture du roman capte le regard.

Ce coquelicot symbolise-t-il la fleur du souvenir comme les coquelicots séchés dans le missel de Henriette (p.50) ou l’ardeur fragile et la consolation comme l’exprimerait le langage des fleurs (p.76) ?

C’est ce dernier aspect d’ardeur fragile qui traduit le mieux l’élan vital qui pousse ces femmes, malgré leur âge, à entreprendre cette incroyable tour d’Europe.

La maison de retraite n’incarne pas tout à fait nos établissements actuels mais plutôt une agréable pension de famille.

Les protagonistes avec leurs personnalités affirmées par le temps restent sympathiques. Trop? Ils ne semblent pas vraiment connaître les soucis de leur âge.

D’autres observations sont particulièrement pertinentes:

  • Le personnel des maisons de retraite est l’entourage même des pensionnaires et participe à l’épanouissement des résidents. Olena est une vraie travailleuse sociale qui a toujours le sourire et qui apporte aux pensionnaires un réel réconfort.
  •  Rien ne permet d’imaginer qui seront nos futurs compagnons de vie dans une éventuelle maison de retraite. A priori, aucune des dames de « La route des coquelicots » ne devait se croiser (p. 244). Un résident d’une maison de repos bruxelloise me disait: « Vous ne retrouvez pas nécessairement ici des personnes compatibles ou qui ont les mêmes centres d’intérêt que vous« .
  •  Au fil du temps s’accentue la dichotomie entre l’âge ressenti par la personne et celui indiqué par l’état civil (p. 243).
  • Même si des souvenirs pénibles hantent les jours des résidents, en communauté, ils tournent la page et embellissent souvent leur passé comme le fait Flora. Aucun n’est dupe.

D’autres thèmes plus graves traversent le roman comme  la difficulté d’exister aux yeux des autres quand on ne travaille plus (Théo) ou  l’exil bien évalué et décrit dans sa complexité, sans misérabilisme. On découvre ainsi en Flora, une ancienne exilée.

Quand la majorité des  romans concernant le troisième âge tombe dans la sinistrose, ce roman idyllique envoie un message tonique :

On peut toujours évoluer, voyager, connaître l’amitié, retrouver l’affection, ou s’installer ailleurs où on se sent mieux…pour peu qu’on soit autonome !

Un passage

« Personne en cet instant n’aurait imaginé que ces trois vieilles dames avaient passé toute leur vie aux antipodes les unes des autres, sur des chemins que rien a priori n’appelait à se croiser ».

p 244. La route des coquelicots. Éditeur : Le Castor Astral (2015)