Etudes et regards neufs sur les centenaires

Au niveau mondial

Les centenaires devenant trop nombreux, une association mondiale basée à Los Angeles, le « Gerontology Research Group » (GRG) recense le nombre de supercentenaires.

Pour être enregistré dans la base de données, il ne suffit pas d’être très âgé, encore faut-il pouvoir en fournir les preuves. Des documents incontestables sont nécessaires pour la validation et l’enregistrement d’un supercentenaire dans la base de données du GRG: un certificat de naissance,  un certificat de mariage si la personne a été mariée et une preuve de vie.

Une table des supercentenaires validés est publiée et mise à jour par le Gerontology Research Group. La doyenne de l’humanité serait actuellement une supercentenaire japonaise Misao Okawa née en 1898.

Toutes les informations sur les centenaires belges sont collectées par  les correspondants belges  qui sont actuellement  le Prof. Michel Poulain (UCL), Mr. Bart Versieck (GRG Senior Editor), Mr. Peter Vermaelen et Mr. Anthony Croes-Lacroix qui transmettent leurs informations au GRG.

Déterminer le doyen de l’humanité est assez complexe. Tous les pays n’ont pas enregistré avec la même rigueur les actes de naissance. De plus, ces informations sont privées et ne sont pas délivrées à des tiers par les administrations. Certaines familles tentent aussi d’éviter la meute médiatique autour de leur centenaire: il existe parfois une véritable traque aux centenaires. A l’inverse, d’autres familles tentent de commercialiser le record de longévité de leur supercentenaire.

Outre le Gerontology Research Group, des records de vieillesse sont aussi officialisés par le Guinness World Records ou par le Limca Book of Records website, chacune des organisations ayant ses propres critères.

La notion de doyen ou doyenne de l’humanité restera  toujours sujet à controverse pour les raisons évoquées ci-dessus mais aussi parce certaines personnes qui ont postulé une reconnaissance n’ont pas pu faire certifier leur âge de façon incontestable; d’autres cas peuvent avoir été reconnus erronément.

Faire son jardin.jpg

Certains centenaires cultivent encore leur jardin.

En Belgique

Des études sur les centenaires ont été réalisées par le démographe Michel Poulain qui est un  spécialiste de l’étude de la longévité et de la validation de l’âge des personnes très âgées. « Ce qui est formidable, lorsqu’on travaille sur les centenaires, c’est qu’on n’étudie pas la mortalité mais la longévité. C’est un thème de recherche très positif» estime Michel Poulain.

Michel Poulain a rencontré beaucoup de centenaires en Belgique et à l’étranger et a relevé les différents facteurs de leur vie qui pourraient leur avoir été favorables. Le premier travail du chercheur consiste cependant à valider l’âge des personnes concernées.

Aux Pays-Bas

D’un point de vue biologique, la question de la longévité maximale de l’être humain est tout aussi passionnante. Une centenaire hollandaise, Hendrikje van Andel-Schipper, qui  avait accepté que son corps soit donné à la science, a fait progresser les scientifiques dans la compréhension des mécanismes des limites de la vie humaine : nos cellules doivent régulièrement se renouveler.

Morte en bonne santé à l’âge de 115 ans, cette centenaire était décédée en 2005, sans qu’une raison précise puisse être déterminée.

Le généticien Henne Hostege a découvert pourquoi la vie de  la centenaire avait cessé. Il a publié une étude dans la revue Genome Research. 
Le sang humain contient habituellement 1.300 cellules souches actives qui se divisent constamment et se régénèrent.  Or, l’échantillon de sang de Hendrikje van Andel-Schipper ne contenait plus que «deux cellules souches actives qui à elles seules maintenaient le taux de globules à niveau». Où étaient passées les « 1.298 autres cellules souches » chez la centenaire ? « Les généticiens ont alors étudié l’épaisseur des télomères, extrémités des chromosomes. Ceux-ci raccourcissent avec l’âge, à chaque division cellulaire. Une fois que les télomères sont trop courts, la division cellulaire est impossible: la cellule meurt. On estime que les télomères agissent telle une horloge biologique qui précipite la mort des cellules souches ». 

C’est donc le non-renouvellement cellulaire sanguin de Hendrikje qui a provoqué son décès « inopiné ».

Aux Etats-Unis,

A Columbia, la photographe Anastasia Pottinger a développé un projet photographique particulier relatif aux « centenaires ». Contactée par une femme de 101 ans qui voulait que son corps soit photographié et que son identité  reste secrète, la photographe a été fascinée par  le résultat et ces clichés très spéciaux. C’est ainsi qu’est née l’idée de montrer dans la confiance mutuelle et l’anonymat des photos de corps de centenaires.

Autour des centenaires.

2014

Adamo a célébré ses 70 ans.

Brigitte Bardot (née en 1934) a fêté ses 80 ans.

Charles Aznavour continue de parcourir le monde avec sa «Tournée 90 ans».

Ne sont-ils encore très jeunets face à la comédienne Gisèle Casadesus qui vient de fêter 100 ans et pour qui son fils aîné Jean-Claude, 70 ans, reste «son petit garçon»?

A l’occasion de son centenaire, Gisèle Casadesus (née en 1914) a publié un livre de souvenirs:

                                                « Cent ans, c’est passé vite… » *

Fille du compositeur et chef d’orchestre d’origine espagnole Henri Casadesus, Gisèle Casadesus débute à la Comédie Française en 1934. Le théâtre est sa passion.

 Théâtre Mons.jpg

                                                                             Théâtre de Mons

Sa carrière artistique s’est aussi largement développée au cinéma où elle a notamment incarné Margueritte dans le film de Jean Becker dans «La tête en friche»

Elle a épousé le comédien Lucien Pascal mort  lui aussi à l’âge de 100 ans. Ils ont eu 4 enfants, tous artistes. Un de ses petits-fils est lui-même grand-père.

Que dévoile une si belle carrière à propos de la recette pour atteindre 100 ans ?

Gisèle Casadesus a de bonnes dispositions génétiques: son frère a été centenaire et sa G.Casadesus.jpggrand-mère russe a vécu jusqu’à 93 ans.  Elle a une bonne santé. L’actrice a été très épaulée et reconnaît que, sans sa maman, elle n’aurait pu faire cette carrière parfaite. Elle a bénéficié d’une  bonne entente de la famille et de l’appui de son mari qui ont absorbé les pressions autour d’elle. L’amour n’a jamais cessé de lier le couple. Sa foi l’aide et elle lit la Bible chaque jour. Son métier d’actrice est une source de vrai bonheur. Dans les coulisses de son métier, elle a toujours évité les rivalités ou conflits.

 Source vidéo Journal TF1 13 h, 30 septembre 2014

Elle a bénéficié d’une grande stabilité affective mais aussi géographique car aujourd’hui encore, elle habite l’appartement où elle est née.

« J’ai la chance de faire ce que j’aime… Et je suis reconnaissante à mes parents et au bon Dieu qui m’ont fait »

La comédienne est très éloignée du portrait de la chanson de Linda Lemay «La centenaire».

Gisèle Casadesus illustre avec allégresse dans son livre certains traits qui pourraient expliquer la longévité des centenaires : 

·       un bon capital génétique,

·       un environnement favorable,

·       des attaches  familiales fortes,

·       une base aimante sur laquelle s’appuyer ou un amour solide,

·       des valeurs spirituelles affirmées,

·       une passion ou une raison de vivre, **

·       une tendance à éviter les conflits ou les émotions négatives,

·       une aptitude nette à se préserver et à se centrer sur ce qui est bon pour soi.

C’est sans doute la conjugaison de ces divers facteurs qui créent un environnement propice à une longue vie dans de bonnes conditions.

La  vie de la centenaire Gisèle Casadesus ne doit plus être vue comme une exception.

En Wallonie et à Bruxelles, 40 centenaires vivent actuellement à domicile.**

Le plus vieux prêtre du monde en activité est belge: Jacques Clemens a 105 ans et officie à Nalinnes. Un autre centenaire est l’auteur de notre  « Grammaire latine », le Père Bernard de Give (né  en 1913), moine toujours actif à l’abbaye de Scourmont !

 

2.     * « Cent ans, c’est passé vite… »
de Gisèle Casadesus & Eric Denimal
Aux éditions Le Passeur Editeur.

** Le doyen mondial des cinéastes Manoel De Oliveira, qui fêtera en décembre 2014 son 105e anniversaire, et qui reprend sa caméra cette semaine à Porto  déclare: Filmer est mon travail et ma passion, confiait-il cette année lors de son entretien avec le Figaro. Autre élément favorable: toute sa famille est aussi dévouée à son œuvre.

  ***  Journal « En marche » 18 septembre 2014, page 3

Derrière les mots: la réalité de la vulnérabilité (2)

La nécessité d’utiliser un vocabulaire approprié, respectueux concernant les personnes âgées est une évidence. Tout terme infantilisant est à bannir.

Mais au-delà du vocabulaire, il convient aussi de s’interroger sur la pertinence des autres réponses données par notre société aux faiblesses de la condition humaine. Il y a de fortes similitudes dans le traitement des difficultés de parcours d’enfants et de personnes âgées, deux populations avec une vulnérabilité intrinsèque.

Dans le monde actuel, cette fragilité est de moins en moins acceptée et supportée par l’entourage et les professionnels.

Enfants

Un enfant qui ne tient pas en place, incapable de se concentrer, qui n’a aucun contrôle sur lui-même, qui démontre de l’agressivité, fait des colères ou a un comportement difficile répond aux caractéristiques de l’hyperactivité. La réponse médicale consiste souvent à recourir à un médicament particulier, la Ritaline.(1)

Dans certaines écoles américaines, près de 20 % des élèves prennent régulièrement ce médicament.

En Belgique, la Ritaline se prescrit facilement: il y a des enfants sous Rilatine dans beaucoup d’écoles. 

« L’été dernier sur une troupe de 18 enfants du Brabant wallon partant en camp louveteaux, 9 étaient sous Rilatine (dont plusieurs tellement assommés qu’ils ont du mal à participer aux activités) »

La ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, avait déjà annoncé en 2010 au Sénat, au vu de l’explosion des chiffres relevés, qu’elle préparait un plan de lutte contre la surconsommation de Ritalin et d’autres psychotropes prescrits aux enfants souffrant de troubles de l’attention.

Pour certains psychiatres et médecins, l’augmentation  de la demande de ce produit psychotrope est  inquiétante ne correspondrait pas toujours à un véritable but thérapeutique.

Bert Anciaux notait dans une question parlementaire que «La forte hausse de la consommation est le signe d’une société qui considère sous un angle différent le comportement d’enfants remuants et espiègles ».

jeune et ritaline.jpg

Personnes âgées

La fuite dans la médicalisation et la consommation abusive de médicaments psychotropes se retrouve chez les résidents des homes. (2)

Des facteurs sont naturellement présents dans la vie des personnes âgées pour les plonger dans la dépression: perte d’autonomie, maladies fréquentes vu leur longue vie, changement de logement, perte de membres de la famille, d’amis …

Une étude des Mutualités Libres sur les médicaments délivrés à leurs 22.000 affiliés résidant en maison de repos constate qu’un résident de maison de repos sur deux (53%) prend des antidépresseurs, un sur trois des antipsychotiques (36%). Dans certaines maisons de repos, 90% des résidents prennent des antidépresseurs et 75% des antipsychotiques.

Durant la  période observée (2007-2011), 72% des résidents consommant des antidépresseurs en 2007 ont poursuivi ce traitement pendant au moins 5 ans (durée de traitement recommandée pour un épisode dépressif majeur : 9 à 12 mois.)

L’étude des Mutualités Libres  appelle à «l’adoption de mesures non médicamenteuses, comme le renforcement du personnel soignant ou accompagnant pourrait améliorer l’état psychique des résidents de maisons de repos et réduire le recours aux médicaments ».

La situation de l’enfant victime de troubles d’attention ou la dépression du parent âgé trouvent finalement une réponse médicale parallèle.

C’est interpellant.

 1. Son nom commercial provient du prénom (Rita) de la femme de Leandro Panizzon, chimiste qui synthétisa la molécule en 1944 à Bâle et qui, avec son épouse Marguerite (qu’il appelait Rita) l’utilisèrent eux-mêmes comme stimulant, l’anecdote rapporte qu’il en prenaient volontiers pour leurs parties de tennis.

2. Autre population précarisée: les détenus dont 1 sur 5 reçoit des antidépresseurs. « …, on leur prescrit des neuroleptiques parce que c’est une réponse de facilité. »

Le poids des mots et la force des actes? (1)

Luc Tayart de Borms, Administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin,  a publié dans le Soir du lundi 5 août 2014, une carte blanche. « Et si on sortait les seniors de leur « crèche » ?

L’Administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin  n’y critiquait pas la pertinence du projet d’un lieu d’accueil pour personnes âgées à Fosses-la-Ville mais s’insurgeait contre  la dénomination (1) du mot « crèche », infantilisant pour les personnes accueillies. Une étude de la Fondation en 2013 a analysé tous les stéréotypes négatifs attribués aux seniors: le retentissement d’un vocabulaire inadapté est certain.

 tasse jaune.jpg

Discuter, partager…ensemble.

       A Fosses-la-Ville, « …cette crèche des aînés a ouvert le 2 juin et a une capacité d’accueil limitée à 13 personnes. Elle est ouverte de 8 à 18h et coûtera 25€ par journée, en ce compris le prix des repas ». C’est un lieu de vie, une maison comprenant un séjour, un salon, une cuisine et une salle de repos où s’occuper. Le but est de permettre aux seniors encore autonomes d’entretenir des liens sociaux et de passer la journée ensemble avec une dimension très familiale. Ils ont ainsi l’occasion de discuter, partager, manger ensemble. Au départ, il s’agit  d’une initiative privée d’Isabelle Gérard : « Le projet, elle l’a «monté» avec l’assistance éclairée du cabinet de la ministre des Affaires sociales. Mais elle n’a reçu aucun subside, aucun coup de pouce financier, ni de la Région, ni de la Ville ». 

D’autres initiatives limitées existent: elles viennent de quelques CPAS ou Communes, comme la maison communautaire des seniors de Neufchâteau. Elles permettent un accueil des aînés deux ou trois jours / semaine. En Flandre, une cinquantaine de lieux avec le même esprit familial qu’à Fosses-la-Ville existent mais ils sont subsidiés et encadrés par les pouvoirs publics. Le terme retenu est CADO (« Collectieve autonome dagopvang voor ouderen » = « accueil de jour collectif pour personnes âgées).

 

      Pour les seniors en perte d’autonomie, les structures d’accueil alternatives, qui assurent leur prise en charge, sont des centres de jour. Des soins sont prévus et les centres se distinguent entre eux par le type de patients qu’ils accueillent selon les pathologies ou handicaps.

       Les ambiguïtés du vocabulaire révèlent aussi la difficulté de choisir une appellation ciblant la nature de l’offre. Il n’est pas facile de trouver un terme générique pour ce type d’accueil de jour sans soins pour les seniors+. Évitons des mots comme « crèche », « centre de jour » ou « maison communautaire » qui ont déjà une signification reconnue. Je propose «Le kotâge», « L’atelier du savoir ». D’autres idées? Je les relaierai.

      En matière d’accueil des personnes âgées, il y a certes les paroles mais il y a surtout les actes ! Le lieu de vie proposé à Fosses-la-Ville est une ressource pour les aînés et il faut saluer le mérite de cette initiative individuelle spécialisée dans l’accueil des seniors, qui devrait être soutenue, encadrée. Mais c’est loin d’être le cas comme on le voit.

    Le paradoxe de l’interpellation de la carte blanche du 5 août 2014 est qu’il n’est pas certain que la promotrice du projet de Fosses-la-Ville aurait pu bénéficier des lumières de la Fondation Roi Baudouin. La Fondation a bien organisé des séminaires sur la question des stéréotypes et les représentations sociales négatives liées au vieillissement (2). Mais ces formations sont destinées  aux organisations et ASBL, souvent déjà subsidiées ou encadrées par ailleurs (3). Les citoyens, les «privés» du secteur ou les petits indépendants dynamiques dans le secteur de la gérontologie n’y ont pas été accueillis (4)! Dans l’encadrement des projets liés au vieillissement, le choix des acteurs soutenus par la Fondation Roi Baudouin apparaît ainsi très focalisé. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres domaines (5).

Que les groupes commerciaux n’entrent pas dans le champ d’action de la Fondation est logique (6). De même, en matière de subsides et de soutiens financiers ou logistiques à accorder, la prudence de la Fondation se comprend aisément tant le contrôle de ces aides dans les comptes d’acteurs privés ou nouveaux s’avèrerait complexe et discutable. Par contre, cette circonspection ou défiance envers des individus actifs ou indépendants dans le secteur de la gérontologie ne devrait pas s’exercer dans le secteur du développement des connaissances dont ils sont demandeurs: peu de cycles de formation leur sont accessibles car cette offre est réservée au personnel des homes ou hors de prix pour eux.

Actuellement, le message «pertinent» de la Fondation Roi Baudouin pour une communication appropriée autour du vieillissement touche donc souvent les membres surinformés d’ASBL ou organismes du secteur et certainement pas les citoyens lanceurs d’initiatives privées originales dont ont pourtant besoin nos aînés…

C’est vraiment dommage.

 

1. Dénomination exacte : « La crèche des aînés »

2. Séminaire du 28 mars 2013.

3. « Associations ‘origine’, associations ‘handicap’, associations ‘pauvreté’, associations ‘personnes âgées’, fédérations, communes, CPAS, secteur socio-culturel, 1ère ligne de soins, mutualités, assurances; secteur du logement, … »

       4. Expérience vécue.

5.   Car, dans le secteur « Justice sociale » avec le projet Boost, la fondation Roi Baudouin soutient là directement cent jeunes Bruxellois. ( le Soir du 23 septembre 2014, page 26)

6.  Un questionnement  peut  aussi s’étendre d’ailleurs à certaines ASBL : « l’image d’Epinal de l’ASBL qui vit d’amour et d’eau fraîche est révolue. Les ASBL se livrent en effet souvent à des activités lucratives pour se procurer les fonds nécessaires à la réalisation de leur objet social. »

La coquille familiale s’effrite autour des aînés. (2/2)

Poursuivons nos réflexions sur la place et le traitement réservés à la personne âgée dans tous les pays du monde.

La structure d’une large famille qui formait une coque protectrice autour des plus fragiles  s’affaiblit. Contrairement aux idées reçues, cette tendance est universelle.

Les liens classiques de solidarité avec la famille se diluent, se perdent dans  de nouvelles organisations sociales et familiales où rien n’est vraiment prévu pour la personne âgée.

Diverses composantes expliquent cette lame de fond qui mine une solidarité qui semblait  «naturelle»:

  • l’indépendance des jeunes générations a toujours impliqué la séparation avec les aînés. Cet éloignement va actuellement de pair avec une plus grande distance au plan humain. Les jeunes privilégient d’abord les affinités électives (par exemple les amis);
  • les nouveaux modes de vie commune avec des partenaires ne crée plus d’obligation légale ou de lien réciproque de secours envers la famille ascendante du compagnon;
  • l’importance des femmes exerçant une profession et les modifications de leur statut les obligent à suivre cette seule voie qui ne leur laisse aucun temps libre pour autrui en dehors du foyer. Or, la majorité des soins aux ainés a longtemps  été leur apanage;
  • la communication chaotique entre des générations modernes «hyper connectées», « technologiquement à la page » et des anciens «  non connectés » et qui ne sont plus  des «passeurs de savoirs»;
  • le déclin des spiritualités et des religions qui inculquaient le respect des anciens et des traditions bouleversent le champ des valeurs;
  • l’affaiblissement des aides informelles, du voisinage au profit de l’individualisme oblige les autorités à élaborer des mesures de prévention comme en France, où le recensement des personnes isolées indique à qui il faut porter secours en cas de canicule;
  • l’impossible synchronisation temporelle entre des personnes très occupées, très sollicitées professionnellement et des aînés sous-occupés, dégagés d’obligations sociales depuis longtemps;
  • la mobilité exigée des travailleurs complique la prise en charge des personnes âgées. Cette aide demande au contraire la proximité : les personnes âgées dépendantes sont peu mobiles;
  • l’exode des jeunes vers les villes laisse souvent une population rurale âgée plus démunie;
  • la misère dans beaucoup de pays et l’extrême instabilité de l’économie mondiale recentrent chacun sur ses priorités personnelles;
  • l’accès tardif des jeunes travailleurs à des revenus certains et réguliers ne leur permet pas de se faire épauler par des tiers, au moment où leurs parents ont besoin d’eux;
  • la durée allongée de l’aide nécessaire parallèle à la longévité nouvelle des aînés peut  impliquer pour la descendance des choix douloureux entre les exigences financières d’un foyer, notamment les études des enfants, et la générosité naturelle envers les grands-parents.

Pour déterminer le sort de leur population âgée, tous les pays oscillent entre 2 axes :

– Compter sur les solidarités familiales et le voisinage ;

– Instaurer une solidarité collective de l’Etat.

 

Compte le résume parfaitement Alain Grand (*):«Miser sur le tout familial risque de se traduire par de l’épuisement familial et un désengagement coupable de la solidarité collective. À l’inverse, miser sur l’État-providence, c’est encourager une certaine forme de désengagement des familles, une forme de dénaturalisation de l’aide, tout en grevant lourdement les budgets sociaux, sans compter les difficultés de recrutement des professionnels».

Contrairement à la plupart des autres pays qui ont laissé jusqu’ici le soin des personnes âges être porté plus par les familles ou le secteur privé, la Suède a évolué différemment.

 stoch 2.jpg

Œuvre d’art insolite à  Stockholm.

L’État suédois a depuis longtemps assuré lui-même la prise en charge des personnes âgées. Il a organisé un financement solidaire par l’impôt afin d’offrir des prestations de services à tous les habitants âgés sans s’occuper ni de leurs ressources financières ni de leur situation familiale. Ces services sont intégrés dans l’environnement de proximité de l’ensemble des Suédois.

La politique de bien-être suédois a un coût. La Suède est le pays du monde qui consacre la plus forte part de son produit intérieur brut aux seniors. En pourcentage du PIB, ses dépenses d’aide aux personnes âgées sont presque cinq fois supérieures à la moyenne de l’UE.

La crise économique et la situation des finances ont maintenant obligé le gouvernement suédois à prendre des mesures d’austérité en évaluant les besoins de chacun et en  recentrant les services sur les personnes dont les besoins sont les plus criants.

Habitués à cette norme qui fait que la dépendance n’est plus une affaire de famille et qu’ils s’en sont mentalement désengagés, les Suédois témoignent d’une préférence très marquée pour la prise en charge des aînés par les pouvoirs publics plutôt que par la famille.

Avec réalisme, il faut donc penser que chez nous aussi, on ne reviendra pas en arrière et qu’on ne restaurera pas la solidarité familiale traditionnelle. Les pouvoirs publics ont des budgets limités pour prendre en charge tous les aléas de la vieillesse. A côté de la famille et de l’État, doivent s’ajouter de nouveaux modes d’organisation. A inventer.

Une revendication émise par certains seniors n’est pas utopique: il s’agit, dans un cadre défini par eux, de la prise en charge des personnes âgées par elles-mêmes et leurs pairs. Certains projets sont en cours dans des pays voisins, par exemple le projet pilote Babayagas à Montreuil. Cette idée s’appuie sur le fait que l’occupation de réelles responsabilités permet aux seniors d’éviter la solitude, d’échanger leurs expériences entre eux et à leur rythme. Ces seniors restent combatifs, actifs et retardent largement la survenue de la grande dépendance.

* Trégoat Jean-Jacques, Grand Alain, Pennec Simone, Guberman Nancy, Jean Suzanne. « Il n’y aura plus personne pour s’occuper des vieux ». In : Santé, Société et Solidarité, n°1, 2006. Vieillissement et santé : idées reçues, idées nouvelles. Pp. 45-54.

Regard sur le monde : où fait-il bon vieillir ? (1/2)

Le préjugé relatif au traitement porté par la société aux personnes plus âgées au cours de l’histoire a déjà examiné. Nous avions pu voir que nos ancêtres n’étaient pas plus respectueux que nous envers leurs aînés.

 

Il existe un autre mythe qui persiste. Il consiste à penser que vieillir, ce serait mieux ailleurs. Le parcours senior serait idyllique partout ailleurs que chez nous, dans d’autres civilisations ou  cultures.

sphère 3.jpg

 Sphère sans sphère. Arnolfo Pomodoro. Siège O.N.U New York

De nos jours, il ferait bon vieillir dans la  société africaine traditionnelle  qui reconnaît à la vieillesse, le droit à la parole et la respectabilité. Or, les mentalités changent et ce principe est en train de s’estomper car «L’aîné, le vieux ou la vieille, gardien du savoir et de l’expérience d’une civilisation basée sur l’oralité, est en déclin». 

Même si la culture zambienne prône ce respect des personnes âgées, le sort des seniors en Zambie n’est pas enviable en raison des problèmes sanitaires.

En Algérie, la famille connaît actuellement une crise de relâchement des liens familiaux traditionnels. « Les personnes âgées sont désormais «un poids pour leurs familles» et se retrouvent par centaines dans des centres spécialisés, après avoir été abandonnées par leurs progénitures ».

Pour faire face à ce phénomène le ministère de la Solidarité a élaboré une loi pour la protection et la préservation de la dignité des personnes âgées qui constitue une obligation nationale.

Au Maroc, la situation des personnes âgées dans la société dégénère aussi.

Avec une situation économique très favorable, en Asie, la Corée du Sud est le pays où le taux de suicide est le plus important au monde. Les autorités tentent de mettre en place des dispositifs de dernier recours face à cette tendance suicidaire des personnes âgées qui se considèrent comme un fardeau pour leur famille. Un «pont anti-suicides» a été inauguré dans la capitale Séoul et des portes anti-suicides placées dans toutes les stations de métro.

En Chine, la situation est préoccupante. 194 millions de Chinois sont âgés de plus de 60 ans.  Parmi ces personnes, peu ont des retraites correctes ou trouvent des établissements d’accueil ou de soins. Leurs enfants s’occupent de moins en moins d’eux.

Vu le nombre de parents délaissés par leur famille, une nouvelle loi chinoise est entrée en vigueur le 1er juillet 2013. Elle oblige les membres de la famille qui vivent séparés de leurs aînés à rendre à ceux-ci de fréquentes visites. Cette loi sur la protection des droits et intérêts des personnes âgées stipule simplement que les membres de la famille doivent rendre visite « souvent » à leurs proches âgés de plus de 60 ans.

La fréquence des visites n’est pas déterminée par la loi. Le premier procès a déjà eu lieu et concernait Madame Chu, 77 ans, mère et grand-mère. Le tribunal populaire du district de Beitang a imposé à sa fille au moins une visite à sa mère tous les deux mois et à l’occasion d’au moins deux des fêtes et jours fériés du pays.

Deux paramètres compliquent la prise en charge des seniors chinois:

1. La politique de l’enfant unique a  eu pour conséquence que ce seul enfant adulte peut se retrouver avec la lourde charge de parents vieillissants malades, éloignés géographiquement  et ce, dans un climat économique difficile.

2. Selon les Nations Unies, le vieillissement de la population chinoise sera supérieur à la moyenne mondiale (20%) et s’élèvera à 30% en 2050.

Le sort des aînés au Japon n’y paraît guère plus enviable puisque le vice-Premier ministre et ministre des Finances osa déclarer avant de se rétracter qu’il fallait laisser les vieillards mourir au plus vite pour affranchir le gouvernement du fardeau des dépenses entraînées par leur traitement médical.

En Asie du sud, L’Inde se pose la question de savoir qui va remplacer les enfants migrants auprès de leurs parents vieillissants.

Des personnes âgées «senior citizens» sans ressources s’y mobilisent pour faire valoir leur droit à vieillir dans des conditions décentes et notamment de pouvoir manger à leur faim.

 

Troisième pays le plus peuplé après la Chine et l’Inde, les Etats-Unis n’offrent pas de solution miracle: les seniors s’organisent eux- mêmes car « En Amérique, on ne peut compter aujourd’hui sur aucune aide dans tout ce qui est de l’ordre du social».

 

Même si les situations sont fort contrastées suivant le rythme du vieillissement démographique et la situation économique propres à chaque pays, la population de la planète vieillit  fortement.

La place des personnes âgées dans la société est une question qui se pose partout avec acuité. Le problème est délicat: c’est la première fois dans  le monde que des enfants parfois sexagénaires, dans des conditions économiques défavorables, peuvent être amenés à prendre soin de leurs parents pendant plusieurs décennies!

Autant le savoir, il n’y a aucun pays dans le monde qui offre ce tissu rêvé de relations humaines denses, chaleureuses, désintéressés pour accompagner nos vieux jours épineux et qui pourrait être un cocon pour seniors.

La majorité des personnes âgées dans le monde ne bénéficie, à l’heure actuelle, d’aucune aide publique de soutien comme une retraite ou un accès garanti à des soins et reste tributaire de la seule solidarité familiale.

Le fait est que, de nos jours, ce soutien majeur indispensable aux personnes très âgées ou dépendantes est toujours, dans le monde entier, uniquement et quasi quotidiennement assumé par de très nombreuses familles.

 

Vieillir aujourd’hui … nostalgie.

Dans les temps anciens, comme nous venons d’en parler, mieux valait que les aînés s’agrippent aux cocotiers ou se raccrochent aux branches pour survivre.

cocotier tenerife.JPG

Tenerife/ taille des palmiers

Aujourd’hui, les progrès de la médecine, de la diététique, de la technique (lunettes, prothèses auditives, …), de la protection sociale et juridique ont considérablement amélioré la vie en bonne santé des personnes. Les aînés, de manière collective, ne sont ainsi plus mis à l’écart du groupe social.

Cependant, notre société valorise au maximum les valeurs d’autonomie et de jeunisme. Une certaine dichotomie naît dans le regard de la société  porté sur les personnes âgées selon que leur vieillissement renvoie une image favorable ou négative. L’attitude de la société sera très bienveillante envers les seniors « adaptés », toniques, sportifs et argentés : c’est d’ailleurs cette seule image que la publicité utilise et véhicule. Mais le grand âge avec ses infirmités, sa dépendance, évolution au demeurant naturelle, reste une représentation complexe et épineuse à assimiler pour la société. Il en va de même pour la personne âgée confrontée à la dépendance.

Avec de bons soins, même bien intégrés socialement et respectés, les grands seniors, malgré tout, peuvent se sentir marginalisés et éprouver une nostalgie certaine « de leur temps », un temps passé qu’ils idéalisent. Il ne s’agit pas là de préjugé, mais bien de leur ressenti individuel, d’une émotion teintée de souvenirs et de regrets. L’expression de cette peine peut être sinon culpabilisante, du moins douloureuse à entendre pour les familles.

En effet, beaucoup de « seniors+ » connaissent ce sentiment légitime de solitude existentielle: leur compagne ou compagne sont décédés, leurs pairs disparaissent, les rituels collectifs (mariages, fêtes de famille…) s’effacent. S’ajoutent les barrières créées par des situations ardues à gérer ou des périodes de retrait dues à la maladie. Le monde extérieur est dirigé par de plus jeunes qu’eux et a changé du tout au tout avec les technologies modernes. Le quatrième âge est aussi une classe sociale qui n’intervient quasi plus au niveau de la vie sociale ou politique.

C’est dans ce groupe des plus de 85 ans que le sentiment de solitude est le plus élevé : il n’est donc pas étonnant que certains grands seniors évoquent ou se retournent toujours vers le passé plus gratifiant de leurs propres parents. Il leur semble que ce vingtième siècle « passé » était plus axé sur des relations familiales déférentes, et offrait à leurs parents un autre statut social. D’autres octogénaires parviennent à tourner cette page en opérant les petits renoncements ou ajustements indispensables à la poursuite de leur vie.

Gommer les conséquences affectives, psychologiques ou sociales des aléas d’une vie longue est un défi impossible  pour quiconque. Cela relève du mythe!


Sans être parfaite, la prise en charge des difficultés du grand âge est beaucoup mieux assurée et encadrée aujourd’hui. Elle n’a plus rien à voir le sort d’abandon ou d’exclusion sociale réservé à nos aïeux.

Heureusement !

Secouer le cocotier…

Les discussions autour du vieillissement n’échappent pas aux préjugés, idées fausses ou mythes. Regardons le préjugé relatif au traitement porté par la société aux personnes plus âgées au cours de l’histoire: les seniors auraient toujours bénéficié d’attention, de respect, de solidarité, bien plus en tout cas que ce que leur offre l’époque actuelle.

Secouons un peu le cocotier.

Penchons-nous d’ailleurs sur cette expression tonique signifiant que pour obtenir un résultat, on agit en bousculant les habitudes.

Derrière ces mots se cache pourtant une pratique forte et brutale de certaines ethnies primitives polynésiennes. Les vieux grimpaient au cocotier qu’on secouait pour réaliser la cueillette; s’ils ne parvenaient pas à s’agripper et tombaient, on les achevait.

Dans les temps anciens, « vieillir » aurait été plus simple car un grand respect existait envers les personnes âgées. 

Ce fut sans doute un peu vrai dans la Grèce antique et dans certaines sociétés orales (1), où les personnes âgées transmettaient un savoir, la mémoire du peuple ou la sagesse. Comme maîtres ou sages, les anciens étaient respectés. Mais ces sociétés comptaient  alors peu de personnes qui puissent atteindre un âge vénérable et leur âge voisinait avec la cinquantaine…

Bien plus souvent au cours des temps, les personnes âgées furent malmenées.

·     S’ils ne pouvaient plus contribuer au travail commun, les coutumes poussaient les anciens de certains peuples à quitter volontairement la vie, ainsi la tribu Nunaga au Canada. De même, le film de 1983 «La balade de Narayama» raconte qu’au Japon, les habitants arrivant à l’âge de 70 ans s’en allaient mourir volontairement au sommet de Narayama,«la montagne aux chênes».

  • Dans les sociétés primitives et agricoles, les personnes âgées restèrent très longtemps  au travail comme les enfants d’ailleurs. Il n’y avait pas de retraite et les personnes âgées continuaient à tenir les fermes ou à travailler aux champs. Dans ce cadre de fonctionnement, ils avaient leur place. S‘ils perdaient la capacité de travailler, ils devenaient une charge, pouvaient être jetés hors de la maison  et obligés de mendier.

Dans ces divers cas, la place des personnes âgées dépendait des conditions économiques. Si les conditions devenaient défavorables, les personnes âgées menaçaient la survie du groupe. Le groupe primait alors sur l’individu livré à lui- même, malgré son âge.

  • Au Moyen-âge, le parcours de nos aïeux étaient en outre gâché par les maladies -la lèpre, la peste, l’ergotisme (2)-, les incendies, les guerres, les famines. La seule bénédiction pour eux dans cette période brutale fut celle de la religion chrétienne. L’accent fut mis sur la compassion  due à tout être humain, quel que soit son âge.

hopital.jpg

l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines

 

  • A partir du 12me siècle dans nos régions des comtés de Flandre et de Hainaut, des monastères et hospices de l’Eglise accueillirent les vieillards hors d’état de subvenir à leurs propres besoins. Ils les sauvèrent souvent d’une mort dans la rue. Petit à petit, ce fut un signal pour un changement de réflexion et de comportement de toute la société.

lessines2.jpg


Ainsi l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines accueillait les pauvres malades, indigents ou vieux, les laissés-pour-compte de la société comme l’hôpital Saint-Jean de Bruges qui  fut l’un des premiers vers 1180 à faire cet accueil (3).

 




En regardant l’échelle du temps de manière historique et collective, « vieillir » était affreux. Le sort de nos ancêtres était loin d’être enviable. Inutile de vouloir retourner en arrière, n’est-ce pas ?

(1) Les tribus hébraïques ont fait preuve d’un plus grand respect à l’égard des anciens mais cela ne dura qu’un temps.
(2) Empoisonnement causé par un champignon qui infecte les céréales et l’ergot de seigle en particulier. L‘ergotisme est également connu sous le nom de mal des ardents et feu de Saint-Antoine.
(3) Les hospices de Beaune apparurent bien plus tardivement, au 15e siècle.

L’été indien de la vie. Et après ?

Selon le psychiatre américain Edwin Scheidman, l’été indien de la vie, période douce et agréable, commence à 70 ans.

Et après ? Un certain nombre de seniors continuent leurs activités quotidiennes et voyagent dans le monde sans angoisse.

Sur le site de Pamukkale en Turquie, patrimoine mondial de l’UNESCO, un guide me rapportait qu’il lui arrivait maintenant de guider des groupes du 4ème âge avec des personnes âgées de 80 à 92 ans. Même dans les groupes de jeunes septuagénaires, il y a fréquemment 5 ou 6 personnes porteuses de prothèses sans compter les autres problèmes de santé sous contrôle (diabète, cancer, problèmes cardiaques) mais qui accomplissent sans rechigner toutes les visites.

Satie1.jpg

Longtemps, la soixantaine fut considérée comme la porte d’entrée de la vieillesse.Selon une enquête relayée par Atlantico, à la question «A quel âge est-on vieux ?», les Français répondent 68 ans comme un âge moyen de début de vieillesse.

Aujourd’hui, être vieux n’est plus seulement une question  de chiffres, d’années ou de saisons. Chacun a sa propre perception. Même les seuils d’appréciation reconnus par la société sont volatils et ne cessent de grimper.

Satie2.jpg
 Erik Satie (1866- 1925 pianiste et compositeur français)
Jardin des personnalités à Honfleur

« Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux » écrivait Erik Satie dans les Cahiers d’un mammifère.

Mais quels seraient les signes ou les premières gelées d’automne de notre vieillesse?

« Désormais, comme l’ont notamment montré les travaux de Patrice Bourdelais (1), il faut atteindre 75-80 ans pour ressembler, en termes de santé, d’espérance de vie, d’activités, etc., aux sexagénaires des années 1950. 

Il existe cependant de fortes variations entre les individus : on ne devient pas soudainement tous vieux au même âge, comme on ne devient pas soudainement tous adultes au même âge » note Jérôme Pellissier dans un article de juin 2013 (2).

Penser que des critères tels que les âges biologique, subjectif, social, professionnel puissent créer une ligne de démarcation utile est illusoire tant la vieillesse est un processus continu avec des visages très différents pour chacun. Dans l’antiquité, Cicéron nous rappelait déjà qu’il ne fallait pas se fier aux apparences des âges de la vie.

Les avis individuels cernant des marqueurs de vieillissement sont fort variables.

  • L’ancien président de la République française, François Mitterrand (3) estimait que le la vieillesse    «C’est d’abord perdre la curiosité ».
  • L’écrivain belge Thomas  Gunzig, estime dans un billet pour le journal Le Soir (4) que    «Vieux, c’est quand on arrête d’avoir envie de courir ».
  • Pour Adamo, qui a déjà 50 ans de carrière en chansons, «On ne devient vieux que lorsque le poids des souvenirs est plus lourd que le poids des projets. Alors inventons-nous des projets même pour l’illusion… »
  • Florent, 90 ans, remarque que si l’âge est vu comme une bénédiction  «On se sent vieux quand on ne trouve plus personne à qui parler de sa propre histoire; on a déjà perdu tous ses amis et la plupart des membres de même génération de sa famille».
  • Pour Nicole qui s’occupe de ses parents octogénaires,   «Une grande étape de la vieillesse est franchie quand on ne s’enquiert plus de ses proches, amis, aidants, qu’on ne veut plus rien savoir: l’univers est rétréci à soi». 
  • Nadine, 66 ans, dit   «Je me sentirai vieille quand  je ne pourrai  plus me déplacer ni faire ce que je veux»
  • Beaucoup rejoindront sans doute Sauveur,  83 ans, qui pense qu’ «on se sent vraiment vieux quand la maladie perdure et se combine à l’usure du corps pour entraver l’autonomie quotidienne ».

Qu’en pensez-vous ?

1.     Cf. Patrice Bourdelais, L’Age de la vieillesse, Odile Jacob, Paris, 1993.
2.     Le monde diplomatique Juin 2013 :Une planète grisonnante. A quel âge devient-on vieux ?
3.     François MitterrandMitterrand par Mitterrand –
4.     Le Soir 27/28 juillet 2013
 

D’autres pistes de recherches en biologie. (3)

Pour tenter de franchir les barrières  biologiques de notre condition humaine actuelle et transférer les atouts observés dans le monde animal à l’homme, les recherches s’orientent dans diverses voies.

Certains laboratoires tentent d’élucider les mécanismes cellulaires qui déterminent la durée de vie et la mort programmée des cellules (l’apoptose).

Le laboratoire de Siegfried Hekimi, biologiste de McGill et spécialiste du vieillissement utilise un organisme modèle d’invertébré, le nématode Caenorhabditis elegans. Il s’agit d’un petit ver transparent d’environ un millimètre de longueur, vivant dans le sol. Sa durée de vie est de trois semaines. En mutant un ou deux gènes, ce laboratoire a réussi à augmenter la durée de vie du vermiceau jusqu’à cinq fois.

Des nouvelles recherches de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) menées avec des partenaires des Pays-Bas et des Etats-Unis, publiées au cours de ce mois de mai 2013 révèlent quel mécanisme, au sein des mitochondries, est responsable du vieillissement de l’organisme et déterminent le gène impliqué.Des vers nématodes traités avec des antibiotiques pour perturber ce mécanisme vivent plus longtemps et ont parfois vu leur espérance de vie multipliée par 1,6 !

Plusieurs responsables scientifiques étudient les capacités de régénération,  qui sont les facultés  d’une entité vivante à se reconstituer après destruction d’une partie de son corps. L’homme n’a pas cette capacité d’adaptation (*). Cette piste si elle aboutit pourrait peut-être permettre le cas échéant de régénérer un bras ou une jambe.

Des biologistes  s’intéressent ainsi à l’extraordinaire capacité de l’axolotl, une salamandre aquatique du Mexique: elle peut régénérer plusieurs parties de son corps comme sa mâchoire, ses pattes, ses branchies et sa queue. Le gène responsable d’une telle prouesse est identifié et présent chez les mammifères  mais inhibé par un autre gène.

Le  poisson zèbre a lui aussi cette étonnante faculté de régénérer indéfiniment ses membres et même ses yeux ou son cœur. Scott Stewart du Salk Institute for biological Studies explique que le poisson zèbre réveille certains de ses mécanismes endormis depuis le stade embryonnaire.

poisson2013.jpg

Source de vie, l’océan est un milieu naturel extrêmement riche en biodiversité loin de nous avoir livré tous ses secrets.

 

*  Chez l’homme, on ne connaît que  la régénération du foie.