Imagination fertile en faveur des seniors ?

Certains seniors, handicapés ou malades, ont besoin d’être aidés.

Comment prendre soin et les aider en respectant leur dignité?

Comprendre la vieillesse. Prendre soin. Chacun de nous a ses valeurs et son imagination fertile. Le petit monde de la gérontologie est parfois étonné par des projets ou études qui interpellent ou des initiatives « originales » . Voici ici quelques projets : seraient-ils acceptables pour vous, devenus seniors?

  • Prendre soin de ses parents ou grands-parents vieillissants pourrait bientôt se faire depuis son jardin. Un projet développé en Flandre prévoit d’installer les seniors dans des espaces de vie sous forme de container, déplaçable et parfaitement équipé. Les containers seraient placés dans les jardins des familles des personnes vieillissantes.

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Oeuvre de Paco Sagasta 1995.

                                                                  (Hôtel Diana Molsheim- France) 

  •  En France, l’ancienne secrétaire d’Etat Rama Yade  a  proposé un service civique obligatoire pour les seniors, « à partir de l’âge de la retraite jusqu’à la perte d’autonomie ». Si ce travail obligatoire permettrait d’arrondir les fins de mois des retraités,  elle imagine qu’une partie de la retraite devrait être conditionnée à l’accomplissement de ce service civique dans les domaines suivants : Culture et loisir, Développement international et action humanitaire, Education pour tous, Environnement, Intervention d’urgence en cas de crise, Mémoire et citoyenneté, Santé, Solidarité, Sport.

  • La Suisse, passant outre au vif débat qui oppose les spécialistes de gérontologie, a autorisé un projet de construction d’un village façon années 1950, réservé aux personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles neurodégénératifs. Le village devrait s’implanter près de Wiedlisbach, dans les environs de Berne vers 2019. Les maisons seront délibérément conçues pour recréer l’atmosphère d’antan. Pour renforcer l’apparence de normalité, les personnels soignants se déguiseront en jardiniers, coiffeurs ou commerçants.  Markus Vögtlin, l’entrepreneur suisse à l’origine du centre de Wiedlisbach, a pris pour modèle une maison de retraite néerlandaise de Hogewey dans la banlieue d’Amsterdam créée en 2009.Vivre dans ce monde d’illusions a un coût de 5 000 euros par mois.
  •   En 2013, au Canada une étude a été publiée Patients’ willingness-to-pay for an Alzheimer’s disease medication.  Des chercheurs canadiens ont interrogé des personnes malades d’Alzheimer, pour laquelle aucun traitement amenant la guérison n’existe à ce jour. Les questions se basaient sur l’existence d’un médicament (imaginaire) avec des variations d’effets secondaires et d’efficacité et demandaient  quelles sommes ces malades seraient prêts à dépenser pour se soigner ?
  •  Ils sont en Thaïlande, atteints d’Alzheimer ou de démence sénile. Ils finissent leurs joursà Chiang Mai, à 8500 kilomètres de leur pays, la Suisse. Le  petit centre spécialisé Baan Kamlangchay fondé par le Bernois Martin Woodtli compte 14 résidents. Les hôtes sont pris en charge 24 heures sur 24. La nuit, les accompagnants dorment sur un matelas au pied de leur lit. Pour un patient, il y a trois soignants. Les patients peuvent se déplacer en toute liberté puisqu’ils sont toujours accompagnés. Pour des Thaïlandais, il est normal de prendre soin des aînés. Cette alternative insolite  de prise en charge pour le malade a un coût: environ 3500 francs par mois.  Si le contact humain est privilégié, le malade est loin des siens, plongé dans un autre monde avec une langue inconnue. A à partir d’un certain stade de la maladie, l’aspect linguistique ne jouerait plus. L’éloignement  non plus car «En fait, les patients emportent leur histoire, leur passé avec eux et le vivent ici», constate Martin Woodtli.

«Les amazones» Raphaëlle Riol.

Lors d’une visite à sa grand-mère dans une maison de retraite à Caen, Alice quittera le « Repos-Fleuri » accompagnée d’une autre pensionnaire qui l’a interpellée:

 « Je m’appelle Alphonsine. Sortez-moi de là ».

Alice, la trentaine, qui travaille dans l’événementiel et Alphonsine, 89 ans, se découvrent de nombreux points communs. Chacune a un souvenir déplorable de sa vie de couple et est satisfaite que son compagnon soit décédé. Elles détestent aussi la campagne.

Marquées par leur histoire personnelle et assoiffées d’indépendance, elles transgressent les contraintes sociales comme des guerrières ou des amazones. Mais quelles alternatives ont-elles réellement?

En quête d’un autre destin, elles rejoignent la plage pour crier …

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« Au loin, la mer se dérobe toujours plus et déteint doucement.    

… Bleu-gris, gris-bleu, gris foncé » page 200

L’auteur.

Née en 1980 à Clermont-Ferrand, Raphaëlle Riol est professeur de lettres en région parisienne et a publié en 2011 un premier roman « Comme elle vient ».

Commentaire.

L’intelligente analyse psychologique d’un duo inattendu capte l’attention. Le ton ironique de ce livre m’a beaucoup plu. La trame du roman montre l’évolution de la place des femmes dans la  cellule familiale et dans notre société.  

Malgré les obligations familiales, nous sommes parfois tous un peu, comme Alice ou Alphonsine, des électrons libres. Simplement, certains le sont à temps complet et d’autres à temps partiel !

  • Le sens de la formule de l’écrivaine (« Extinction de voix ou voie d’extinction ? » p.11) égaie les pages qui abordent un sujet grave. Ces malices stylistiques s’accordent à l’état d’esprit des deux rebelles, qui n’ont plus rien à perdre dans une société cruelle:

«Vous savez Alice, de nos jours, ne pas être hors la loi, c’est perdre la tête… Que ce soit au travail, chez soi, ou en maison de vieux».p.189.

  • Deux femmes, deux destins vont se mêler. Derrière les apparences simples de chacune, est enfoui leur monde intérieur complexe. Petit à petit, l’écrivaine fouille leur psychologie, déterre et dévoile au lecteur complice leur vérité singulière, celle qui a « perforé » leur corps et « vrillé » leur esprit. Pour l’une et l’autre, cette vérité n’est pas connue ou admise par les proches ou enfants : ceux-ci n’ont pas envie de savoir et restent prisonniers de leurs convictions. L’«épais tissu d’évidences fragiles» p. 200 est difficile à déchirer. Même à sa comparse Alice, Alphonsine n’a plus envie d’expliquer l’incroyable injustice de son sort.

Une pensionnaire de home dans une situation similaire me disait récemment: «Oui, je pourrais expliquer ce qui s’est passé; mais il arrive, qu’après avoir trop souffert, le coeur se clôt, les mâchoires se serrent, la voix  diminue…». 

  • Un grand écart d’âge sépare Alice et Alphonsine. Pourtant elles sont confrontées  toutes deux à l’éternelle domination masculine. La difficile question de la place de la femme, toujours d’actualité, notamment dans le cadre professionnel, est bien cernée.

Une phrase

 « Parce que le comble de l’impardonnable, Alice, croyez-moi, c’est la résignation». p.126

 Amazones, Raphaëlle Riol, coll. La brune. Editions du Rouergue 2013, 208 pages

Et la Belgique peut-elle se rêver en bleu? (3)

La Belgique peut-elle se rêver en bleu, en  Blue Zone ?

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On nous dit que nous vivrons vieux en Belgique. Sans doute.

Mais dans quelles conditions ?

L’âge de la retraite est porté à 67 ans en 2030. Le problème est que notre espérance de vie en bonne santé et sans incapacité est de 65 ans.

La perspective de vivre jusqu’à 100 ans soulève donc un optimisme à tempérer, comme le montrait une analyse pointue de Sylvie Simon (1). Nos propres centenaires actuels ont bénéficié dans leur jeunesse de facteurs largement favorables à la longévité: peu de pollution, nourriture plus saine, activités physiques plus intenses dans les déplacements (marche,vélo…). 

 

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Les 6 facteurs favorables à une longévité agréable relevés dans les Blue Zones apparaissent dans notre pays viciés et dans le rouge. Notre alimentation ? Nous ne savons plus bien ce que nous mangeons. Non seulement beaucoup de produits  sont transformés avec de multiples additifs mais ils contiennent beaucoup trop de sucres. Même les aliments non transformés  comme les fruits et légumes posent problème car leur concentration en nutriments a chuté drastiquement depuis 1950 (2).

L’analyse des conditions de vie révèle un tableau bien différent pour la population née après la seconde guerre mondiale.

Blue Zone

Belgique 2015

Sobriété Obésité, addictions…
Sérénité  Stress, incertitudes…

Exercice physique régulier 

Sédentarité.
Zone aérée et ensoleillée Climat gris, pluvieux. Pollution.
Alimentation à base de légumes et des fruits   Alimentation transformée, industrielle, avec beaucoup de viande
Vie sociale active, communautaire, proche de la famille et des amis. Vie isolée, ou de type « cocon », famille de type nucléaire ou monoparentale.

En Belgique, la population vieillit effectivement .

Mais notre pays ne sera pas une Blue Zone. Ni un port de longévité tranquille avec un ciel d’azur où le vieillissement s’effectuera en bonne santé et où nous vivrons tous entourés de nos amis très âgés.

A partir de 65 ans, de nombreux patients de notre pays cumulent déjà une série de pathologies différentes, chroniques et complexes. A présent, «90% des personnes âgées sont sous médicaments» (3) alors que les centenaires des Blue Zones ont peu recours à la médecin chimique.

La population belge née après la seconde guerre mondiale n’aura pas les mêmes jokers que la génération précédente qui eut un mode de vie proche des piliers de longévité des Blue Zones.

Les futurs seniors ne pourront tous éviter les maladies ou dégradations du corps, de l’esprit, du souffle et la solitude. A la conjonction des facteurs défavorables relevés dans le tableau de comparaison ci-dessus, il faut  ajouter l’impact négatif d’une mobilité «nécessaire», de la diminution du montant des retraites ou des allocations publiques, de la commercialisation croissante des soins de santé. Une dépendance même minime nous rend dépendants de l’industrie médico-pharmaceutique.

Dès lors, comprendre que les années de vie gagnées en autonomie ou en relative santé sont capitales pour naviguer sereins, devient non seulement un enjeu de santé publique mais notre défi personnel.(4)

 1. Vivons- nous plus vieux. Sylvie Simon  Nexus 74/  mai-juin 2011.

2. Journal le Soir du 28 janvier 2015 , page 19

3. Vivons- nous plus vieux. Sylvie Simon  Nexus 74 / mai-juin 2011.

4 «Il convient de rappeler que la prévention commence à la naissance et se poursuit jusqu’à la fin de vie,intégrant la prévention primaire, secondaire et tertiaire. Elle s’inscrit dans une logique qui comprend la prévention de la perte d’autonomie, mais aussi dans tout le parcours de vie des personnes dont chaque étape offre des opportunités pour en saisir les moments clés: maladie, isolement, prise de conscience,ruptures». Rapport « Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société » du Dr Jean-Pierre Aquino. 2013.

Blue Zones: ancrage et osmose.(2)

Les «Blue Zones» ou zones bleues désignent donc plusieurs régions du monde où, sur un petit territoire déterminé et sur base de données mesurables comme les effectue Michel Poulain, vit un certain nombre de supercentenaires.

Dans ces zones, la longévité est  bien vécue par les résidents qui ne sont pas malades ou dans un état lourd d’incapacité. Ces centenaires agiles font de l’exercice régulièrement ou s’occupent de leurs jardins.

Au sud de la Chine, le canton de Chengmai compte dans ses villages parsemés d’orangeraies plus de 200 centenaires, ce qui donne un ratio centenaires/ population, très élevé. Les habitants de Chengmai résident aussi  dans un milieu sain avec une alimentation à base de fruits et légumes. Dans un climat tropical agréable, ils cultivent leurs champs.

Les habitants dont Xu Yuhe, 104 ans attribuent volontiers leur tonicité à la liqueur locale à base de céréales. Rappelons qu’en Sardaigne, c’est le Cannonau qui réchauffait les habitants et qu’à Okinawa, un petit verre de Saké entre amis est le bienvenu. Jeannette Calment, morte à 122 ans, vantait son petit verre de Porto.

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Venise, au bord de la lagune.

Une consommation très modérée d’alcool* peut s’avérer favorable mais uniquement  chez les femmes âgées de plus de 65 ans.

La vie sociale de ces seniors chinois est régulière et dense:«chaque matin les anciens se réunissent sur les bancs de la maison de thé, les hommes jouant aux cartes et les femmes bavardant ou écoutant de vieux enregistrements d’opéra.»

Chez les Hunzas qui habitent le Cachemire, la maladie n’existe pas et les vieillards alertes  conservent chevelure et denture.

On trouve de nombreux vieillards en parfaite santé chez les indiens de la vallée de Vilcabamba en Equateur. Cette vallée des centenaires bénéficie toute l’année d’un climat agréable avec des températures comprises entre 18 et 24°. Tous ces peuples comme les Abkhazes habitant une région du Caucase entre la Russie et la Géorgie ou  les Mormons ont une alimentation équilibrée.

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Il me semble aussi au vu des récits recueillis dans les Blue Zones ou chez nous que la plupart des seniors très âgés ou centenaires ont bénéficié de 2 autres atouts.

+ un ancrage territorial.

La permanence d’un ancrage territorial  n’a pas contraint  ces supercentenaires à rejoindre le flux de la mobilité. Beaucoup habitent et ont travaillé dans leur région ou la vallée de leur naissance. Rappelons-nous d’ailleurs en France le témoignage de Geneviève Casadesus, centenaire, qui a «bénéficié d’une grande stabilité affective mais aussi géographique car aujourd’hui encore, elle habite l’appartement où elle est née »

Les Okinawaïens émigrés au Brésil ont abandonné leurs habitudes de vie et n’échapperont pas aux maladies ; leur espérance de vie est aussi diminuée de dix-sept ans.

+ une trame de vie en osmose avec le milieu.

L’organisation et les rythmes de vie des grands seniors sont souvent déterminés par

·       la synergie avec la nature.

·       la conservation des traditions.

·       une pratique spirituelle quelle qu’elle soit.

L’ancrage territorial et une trame de vie en osmose avec le milieu évitent à l’individu  de nombreux tracas (transport, trajets, déménagements…), permettent un équilibre persistant avec la présence d’appuis connus (membres de la  famille, voisins, amis…) et des points  temporels de repère (fêtes, rites, habitudes…). L’aspect humain et relationnel d’une vie est préservé et l’harmonie psychique qui en résulte est sans doute très favorable à la longévité. 

* On peut attribuer l’aspect cardioprotecteur du vin à sa contenance en resvératrol, un polyphénol que l’on trouve principalement dans le vin rouge issu de l’agriculture biologique. Par contre, chaque verre d’alcool, dès le premier verre, représente une hausse importante du risque de divers cancers (bouche, pharynx, œsophage, sein et colorectal). Journal (Le Soir  11 février 2015 page 26).

Blue Zones: à l’origine.(1)

Lors d’une conférence internationale à Montpellier, Michel Poulain, démographe belge, entend parler d’une longévité exceptionnelle dans les montagnes de Sardaigne là où les hommes vivent soi-disant aussi longtemps que les femmes. En janvier 2000, il est chargé de valider l’âge des centenaires sardes et s’envole vers la Sardaigne.

Un travail démographique de validation des âges est alors effectué sur place par Michel Poulain avec la collaboration d’un médecin sarde, Gianni Pes. Les deux hommes s’intéressent à un groupe de villages sardes où vivent des habitants très âgés. Sur la carte de la Sardaigne, des zones intéressantes sont hachurées avec un marqueur bleu et ceci est à l’origine du terme « Blue Zone » donné aux régions à longévité exceptionnelle.

Une « Longevity Blue Zone » est une région géographique relativement peu étendue où la population locale partage le même environnement et style de vie et montre une longévité exceptionnelle par comparaison avec les régions avoisinantes dans le même pays.

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En 2004, Michel Poulain publie un article (1) dans le magazine Experimental Gerontology  identifiant la première Longevity Blue Zone dans les montagnes de Sardaigne, 14 villages regroupant 40.000 habitants et où les hommes vivent presqu’aussi vieux que les femmes et le nombre de centenaires dépasse largement ce que nous observons dans nos pays.

Le village Sardaigne b.jpgde Villagrande Strisaili, au coeur de la Blue Zone Sarde est identifié comme le village où les hommes vivent le plus vieux…et devient un laboratoire de longévité. Aujourd’hui, pour une population qui dépasse à peine 3.000 habitants, on y dénombre 6 centenaires, 3 hommes et 3 femmes alors que le cimetière en compte plus de 30 décédés également répartis selon le sexe.

 

Dans ce village montagnard, les anciens bergers marchaient beaucoup, continuent de cultiver leur potager, leurs champs d’oliviers, obtenant leur nourriture saine directement sur place. Ils consomment régulièrement du lait, du fromage de chèvre, des amandes. Le vin rouge, le « Cannonau» est riche en antioxydants et polyphénols. 

« L’environnement local et familial est également décisif: on voit ainsi que, parmi les gens qui atteignent un certain âge, beaucoup vivent avec une de leur fille célibataire pour s’occuper d’eux « note Michel Poulain.

« Vivre dans une société maternante » où souvent les femmes prennent naturellement en charge les aînés et leur fournissent un appui constant dans leur milieu habituel est bénéfique à un vieillissement serein.

Suite à cet article de Michel Poulain  publié dans le magazine Experimental Gerontology, Dan Buettner, explorateur américain, se rend à son tour en Sardaigne avec David McLain, photographe du National Geographic. Avec l’appui du National Geographic et de différents autres organismes, des scientifiques et des démographes recherchent alors les endroits du monde où les habitants  vivent plus longtemps.

Outre la Sardaigne, Michel Poulain identifie d’autres bluezones : Okinawa (Japon)(2), Nicoya (Costa Rica), Icaria (Grèce). Dan Buettener y organise des expéditions de longévité avec le soutien scientifique de Michel Poulain et Gianni Pes et propose  des explications à la longue vie de ces populations.

Les centenaires privilégiés (car en bonne santé) déjouent les pathologies habituelles du vieillissement et ont peu recours aux médicaments.

Les secrets de leur longévité s’avèrent multiples. Les laboratoires estiment que la génétique peut expliquer en partie leur résistance exceptionnelle. 70% du vieillissement s’explique par l’environnement, seulement 30% par les gènes. C’est dire le rôle de la nutrition et de l’hygiène de vie dans le bien vieillir.  

Les démographes, géographes, chercheurs, s’accordent sur le fait que plusieurs facteurs notamment environnementaux  jouent un rôle primordial. Ils peuvent être synthétisés ainsi :

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 Medèn ágan : rien de trop.

La longévité serait surtout le résultat d’un mode de vie et d’une manière de s’alimenter.

La sobriété est une adoption naturelle du sens de la mesure. La maxime inscrite au fronton du temple de Delphes Medèn ágan : rien de trop  (μηδν γαν / mêdén ágan ) régule toute l’existence des vétérans. Dans les villages de centenaires, on ne trouve aucun superflu: ni trop de nourriture, ni trop de biens matériels, ni trop d’informations. On ne connaît pas la vitesse ni le stress. La vie est simple, sereine et la sieste reste un bienfait. 

L’appartenance à une communauté, des liens de proximité, une vie sociale régulière permettent un soutien mutuel discret et efficace.

D’autres zones bleues (montagnes de Géorgie, certains villages andins en Equateur,….etc) s’ajouteront à la liste des Blue Zones au fil des explorations, des études et surtout des vérifications laborieuses dans certaines zones isolées où la tenue des registres d’état civil n’est pas une priorité.

Merci à Mr. M. Poulain de m’avoir apporté toutes les précisions pertinentes.

 1. Poulain M.; Pes G.M.; Grasland C.; Carru C.; Ferucci L.; Baggio G.; Franceschi C.; Deiana L. (2004). « Identification of a Geographic Area Characterized by Extreme Longevity in the Sardinia Island: the AKEA study ». Experimental Gerontology 39 (9): 1423–1429. doi:10.1016/j.exger.2004.06.016

2.«La région d’Okinawa a été détruite à 80 % pendant la Seconde Guerre mondiale et les registres actuels ont presque tous été recopiés. Il y a un risque important d’erreur et de surestimation des centenaires»

« Ma robe n’est pas froissée ». Corinne Hoex

Son père est mort. Dans sa chambre de pensionnaire de la Séniorie des Dunes, son épouse exerce son despotisme. La narratrice, leur fille, regarde les voiliers qui glissent en silence sur la mer.

Autour des années soixante, entre la Mer du Nord et Bruxelles, cette mère formait avec son mari un couple bourgeois  sauvant les apparences et ignorant leur fille. Le père amoureux de voile lui faisait des remontrances continuelles et sa mère la méprisait, ne lui offrant pas un regard. Dans l’indifférence, la fille est violée par son fiancé.

Avec un faux détachement, cette fille-narratrice tente d’exister malgré ces comportements toxiques, répétitifs qui l’ont brisée tout. Elle n’a plus confiance dans la vie. Que peut-t-elle encore espérer d’une telle mère âgée ?

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L’auteur

Née en 1946, Corinne Hoex est licenciée en histoire de l’art.  Depuis 2001, elle a publié de nombreux ouvrages, des romans et de la poésie. En 2008, paraît le roman  « Ma Robe n’est pas froissée » et en 2010 le roman «Décidément je t’assassine»  qui a obtenu le Prix Marcel Thiry.

Sur la vieillesse

Les intervenants, les professionnels des maisons de repos découvrent la personnalité du résident au moment précis de son entrée. Le pensionnaire peut présenter un autre visage dû à sa vulnérabilité, une image lissée comme un beau meuble rempli de souvenirs. La famille connaît les blessures ou aspérités de la personnalité  antérieure, bâtie sur les interactions avec les proches et la société. Le personnel des homes est conscient que quelques résidents ont, par leur comportement passé, éloigné leur famille ou ont conduit des enfants à prendre parfois très légitimement assez de distance pour construire leur vie.

hardelot 2014 136.JPGPour la narratrice, l’abandon où elle a été plongée était cruel. Mais il s’agit d’une fille unique, donc elle assume encore les visites à sa mère dans le home: « Je m’acquitte de mes réparties avec une conviction manifeste, un dévouement exemplaire »  (p. 50)

Le récit de la maltraitance, de ce manque primordial d’amour  parental est glaçant d’autant que tout est noyé dans le silence. La conséquence pathétique du comportement parental déshumanisé est que la narratrice n’a pas pu se construire, qu’elle n’a pas d’existence  réelle et qu’elle est toujours en quête d’attention maternelle malgré les humiliations constantes que lui inflige encore la vieille dame.

La description des faits est quasi clinique: des phrases courtes et un vocabulaire très précis. Ce récit court est poignant.

Un passage

«Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser»  (p. 75)

Ma robe n’est pas froissée. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles

«La route des coquelicots» Biefnot-Dannemark.

 « La route des coquelicots » a poursuivi son escapade à Mons, est passée par le musée du Doudou.

Là, sur un banc de pierre du jardin du Mayeur, ce roman nous a livré ses derniers secrets.

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Trois femmes octogénaires, bien valides et autonomes  vivent dans une maison  de retraite du Nord-Pas-de-Calais, « La Moisson ». Il y a Lydie, compréhensive et généreuse qui n’a jamais eu d’enfant. Henriette, qui aime les fleurs dont les coquelicots, a vécu en Belgique.  Devenue veuve, elle est venue à Douai pour se rapprocher de son fils. Régulièrement, elle se chamaille avec une autre résidente, Flora qui a mené une vie luxueuse.

Toutes manquent de contact social et se réchauffent au sourire d’une jeune travailleuse ukrainienne de la maison de retraite Olena, 27 ans. Olena, dont le mari, Vassili travaille au Portugal,a dû laisser en Ukraine auprès de sa mère, leur fille Milena, 6 ans.

A la suite d’un épisode sentimental entre leurs petits-enfants respectifs, les deux ennemies Flora et Henriette décident de partir au Portugal régler le problème et embarquent Olena dans l’aventure. En passant par la frontière polonaise, Nuremberg, Sète et Madrid, les trois vieilles dames, Olena et sa fille atteindront enfin Lisbonne…

Les auteurs

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La route des coquelicots est le premier roman écrit à quatre mains présenté ici. Il est écrit par deux auteurs belges Véronique Biefnot et Francis Dannemark.

Née à Colfontaine en 1961, Véronique Biefnot, actrice, présentatrice de télévision, metteur-en-scène est aussi romancière et auteure d’une trilogie : « Comme des larmes sous la pluie, Les murmures de la terre, Là où la lumière se pose ».

Francis Dannemark, né en 1955 est éditeur et responsable  à Bruxelles du programme « Escales des Lettres ».  Il a publié une bonne vingtaine de romans dont « Mémoires d’un ange maladroit »  et « Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien ». Il est aussi poète: »Une fraction d’éternité « .

 Sur la vieillesse

La flamboyance du superbe coquelicot de la couverture du roman capte le regard.

Ce coquelicot symbolise-t-il la fleur du souvenir comme les coquelicots séchés dans le missel de Henriette (p.50) ou l’ardeur fragile et la consolation comme l’exprimerait le langage des fleurs (p.76) ?

C’est ce dernier aspect d’ardeur fragile qui traduit le mieux l’élan vital qui pousse ces femmes, malgré leur âge, à entreprendre cette incroyable tour d’Europe.

La maison de retraite n’incarne pas tout à fait nos établissements actuels mais plutôt une agréable pension de famille.

Les protagonistes avec leurs personnalités affirmées par le temps restent sympathiques. Trop? Ils ne semblent pas vraiment connaître les soucis de leur âge.

D’autres observations sont particulièrement pertinentes:

  • Le personnel des maisons de retraite est l’entourage même des pensionnaires et participe à l’épanouissement des résidents. Olena est une vraie travailleuse sociale qui a toujours le sourire et qui apporte aux pensionnaires un réel réconfort.
  •  Rien ne permet d’imaginer qui seront nos futurs compagnons de vie dans une éventuelle maison de retraite. A priori, aucune des dames de « La route des coquelicots » ne devait se croiser (p. 244). Un résident d’une maison de repos bruxelloise me disait: « Vous ne retrouvez pas nécessairement ici des personnes compatibles ou qui ont les mêmes centres d’intérêt que vous« .
  •  Au fil du temps s’accentue la dichotomie entre l’âge ressenti par la personne et celui indiqué par l’état civil (p. 243).
  • Même si des souvenirs pénibles hantent les jours des résidents, en communauté, ils tournent la page et embellissent souvent leur passé comme le fait Flora. Aucun n’est dupe.

D’autres thèmes plus graves traversent le roman comme  la difficulté d’exister aux yeux des autres quand on ne travaille plus (Théo) ou  l’exil bien évalué et décrit dans sa complexité, sans misérabilisme. On découvre ainsi en Flora, une ancienne exilée.

Quand la majorité des  romans concernant le troisième âge tombe dans la sinistrose, ce roman idyllique envoie un message tonique :

On peut toujours évoluer, voyager, connaître l’amitié, retrouver l’affection, ou s’installer ailleurs où on se sent mieux…pour peu qu’on soit autonome !

Un passage

« Personne en cet instant n’aurait imaginé que ces trois vieilles dames avaient passé toute leur vie aux antipodes les unes des autres, sur des chemins que rien a priori n’appelait à se croiser ».

p 244. La route des coquelicots. Éditeur : Le Castor Astral (2015)

Mons 2015 « Biografias »

Les installations urbaines amusent Mons 2015 et métamorphosent la ville.

Dans la dynamique du «Street art», ces œuvres n’imposent aucun message. Chaque création s’expose et  interpelle directement le public, touristes ou habitants montois.  Le spectateur étonné participe à la représentation par ses réflexions.  Libre à lui d’imaginer ce qu’il veut.

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Biografias. Alicia Martin.

Ici, une cascade de  livres dévale d’une fenêtre de l’université, Place Warocqué à Mons.

Cette gigantesque avalanche littéraire hybride signifie-t-elle les multiples facettes de notre biographias3 b.jpgsociété moderne? A l’heure du numérique, cet agglomérat questionne-t-il sur le devenir du livre? Que cache cette montagne de livres? Les bibliothèques délaissées se révoltent-elles? Les livres veulent-ils vivre une autre vie, en rue?* Voulons-nous faire un clin d’œil à nos proches et étaler notre culture avec un selfie? 

L’amoncellement de ces ouvrages, déjà beaux objets en eux-mêmes, qui ont de plus vécu, innove et récrée ainsi avec nous mille autres histoires…

 

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Biografias. Alicia Martin.

 

C’est Alicia Martin installée à Madrid qui a conçu cette impressionnante  installation « rivières de livres ». Depuis 2005,  l’artiste espagnole décline dans toute l’Europe ses « Biografias », majestueuses  sculptures à base de milliers de livres, qui attirent inévitablement l’oeil du passant. Adaptant la forme de l’œuvre à l’environnement, elle transmet dans son œuvre  l’idée de flux, de bouillonnement, d’énergie et les livres accumulés déboulent en vagues, tourbillons ou geysers dans une superposition fascinante.

Baladons-nous en ville de Mons 2015 !

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* Dans certaines localités en France, des livres sont, à toute heure du jour et de la nuit, en accès libre, dans des bibliothèques (dans des boîtes en bois) installées en pleine rue. Le développement de ces boîtes est hétéroclite, sans site internet. Chacun  vient y retirer un livre, avec pour contrainte d’en déposer un autre.

Les piliers de financement d’un séjour an maison de repos se fragilisent aussi.(7/7)

Des facteurs politiques et normatifs pèsent, on vient de le voir, de plus en plus sur l’organisation du secteur des maisons de repos, les opérateurs et les coûts d’accès.

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                                                   L’âge d’or est passé et le vase se vide… 

Les deux piliers de financement d’un séjour en maison de repos pour des futurs seniors, la contribution du résident et le forfait payé par l’assurance soins de santé (Inami), risquent aussi de se fissurer suite au remodelage politique général, soit via la réforme des pensions, soit via des mesures fiscales évoquées ou  de nouvelles règles de financement des soins de santé…

– La capacité contributive des futurs résidents pourrait s’éroder en cas de pression fiscale accrue. Les retraites sont déjà insuffisantes  actuellement pour couvrir les frais de séjour en maison de repos. Pour beaucoup, la pension légale ne suffit déjà plus actuellement à payer la facture mensuelle de la maison de repos qui grimpe sans arrêt. Certains résidents utilisent leur épargne ou obtiennent un loyer de leur maison en complément et évitent ainsi de placer leur famille dans l’embarras. Que se passera-t-il en cas de taxation  supplémentaire de leurs revenus d’appoint ?

Les réformes socioéconomiques qui s’enchaînent  auront des incidences majeures sur les futurs revenus des individus. Sans compter les inégalités structurelles dont les femmes sont victimes sur le marché du travail,  la suppression de la pension de ménage, l’augmentation de l’âge pour la pension de veuve, l’allongement des carrières augmenteront le risque de pauvreté pour les femmes pensionnées et réduiront leurs chances d’accéder à un établissement de soins au moment où elles en auront elles-mêmes besoin.

 – Le financement Inami, second pilier pour l’intervention dans les frais de séjour devrait sans doute être beaucoup plus qu’étoffé pour prendre en compte le simple effet mécanique du doublement de la population âgée : en 2050, il y aura près de 1.250.000 personnes âgées de plus de 80 ans alors qu’en 2013, on en comptait  548.000 !

A terme des gens seront écartés « parce qu’on ne pourra plus les financer » prévoit Annemie Detramasure, Directrice de maison de repos, dans un entretien (Soir du 10 mars 2015). « On ne mettra plus dans les maisons de repos que les grabataires ».

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Des solutions alternatives existent mais devraient se développer massivement.

Il y a encore quelques mois, on n’imaginait pas possible de demander  aux prépensionnés belges une disponibilité « adaptée» sur le marché du travail alors que leur situation avait été légalement avalisée : cela fait grincer des dents et les syndicats se mobilisent.

Que demandera-t-on aux seniors ?

En France, l‘ex-secrétaire d’Etat Rama Yade n’a pas hésité à proposer un « service civique senior » qui serait « obligatoire ».

Que demandera-t-on aux futurs seniors + ? Une vulnérabilité « adaptée » ?

Qui les défendra? Qui nous défendra ?

Il vaudrait mieux anticiper et se poser la question.