Aide ménagère et accident de travail: le point

Les seniors ou personnes qui font appel à une aide- ménagère passent souvent aujourd’hui par une entreprise de titres-services. Mais pas toujours.

Il arrive que des seniors, en dehors du système de titre-services, pensent être à l’abri de tout souci  d’accident de travail de leur femme de ménage, vu soit le lien particulier qu’ils ont avec elle ou soit la nature du travail effectué. Non seulement un accident est vite arrivé mais si leur  femme de ménage a un accident en se rendant à leur domicile, celui-ci est aussi un accident du travail qu’ils devront assumer.

Je cite souvent cet exemple éclairant: en 2014, André, 80 ans, qui rechignait à se lancer dans la formule des titres-services en raison du refus de sa femme de ménage d’intégrer le système s’en était séparé malgré tout. Quinze jours plus tard, André apprenait que son ancienne femme de ménage avait un « petit » accident à la main mais avec 9 mois d’incapacité !

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Lugano : « La liberté dans les lois » Cicéron

Les deux situations actuelles légales pour l’emploi d’une aide-ménagère à domicile sont les suivantes :

  1. En tant que particulier, vous faites appel au système des Titres- services. Vous n’avez pas de tracasseries administratives ni d’assurance supplémentaire à souscrire. Le système des Titres-Services vous couvre en cas d’accident de travail ou de maladie de l’aide-ménagère suite au travail presté chez vous ou sur le chemin du travail. Si d’autre part, l’aide-ménagère cause un dégât chez vous ( bris d’un vase de grande valeur par exemple), celui-ci sera couvert par l’assurance en responsabilité civile de l’entreprise de titres-services (avec une franchise).
  2. Vous employez une ou plusieurs personnes qui effectuent des activités de femme de ménage, de jardinier ou d’homme à tout faire. Indépendamment du nombre d’heures prestées, même deux heures/semaine, vous devenez son employeur avec toutes les obligations comme

           –  établir un contrat de travail;

           –  vous identifier comme employeur en vous inscrivant à l’Office national de sécurité sociale;

           –  déclarer tout personnel employé au moyen d’une déclaration Dimona;

           –  vous acquitter des cotisations sociales dues ; 

            – souscrire une assurance accidents de travail pour le personnel

Sachez que même si vous avez souscrit une assurance pour votre femme, homme de ménage, jardinier rémunéré, cette assurance pourrait encore décider de ne pas intervenir lors d’un accident si vous n’êtes pas inscrit comme employeur. Votre travailleur se retournera alors inévitablement contre vous.

Si vous ne respectez pas la réglementation, des amendes pénales sont prévues. Vous participez au travail au noir avec toutes les conséquences éventuelles en cas de dénonciation (qui peut se faire via un simple clic d’ordinateur). Des contrôles de l’Inspection Sociale ont lieu aussi chez les particuliers.

En dehors du travail d’aide-ménagère, d’autres prestations à domicile dépannent le  senior. Il s’agit d’activités occasionnelles de nature intellectuelles et non professionnelles telles que tenir compagnie, faire des courses pour ou accompagner des personnes moins mobiles.  Ces activités restent exemptées de cotisations sociales, pour autant que le personnel employé preste une durée maximale de 8 heures par semaine au total chez vous ou d’autres employeurs ensemble. Dans ce cas, vous ne devez pas vous inscrire à l’ONSS mais vous êtes obligés d’assurer ces personnes contre les accidents du travail.

La  confusion entre les activités d’aide-ménagère et de dame de compagnie est évitée: il n’y a ici aucun travail lourd, pénible, ni prestation manuelle, ce qui sera vérifié, sans aucun doute, par l’assurance  si son intervention est demandée.

Par contre, il n’est pas aisé de vérifier le volume des heures de prestation notamment si le lien avec le prestataire  s’opère via des sites internet: comment être certain qu’il s’agit pour le prestataire d’une activité d’appoint de moins de 8 heures/semaine ?

Le senior a toujours beaucoup à perdre en acceptant une situation  de travail non conforme chez lui. Sa vulnérabilité croissante au fil du temps en fera une proie malléable, facile à piéger. Croire qu’il  lui sera toujours possible de négocier un arrangement avec un travailleur qu’il connaît depuis longtemps mais accidenté est, dans le monde actuel, un leurre…

Comme le disait Cicéron, ne soyez pas imprévoyants car votre liberté est dans les lois.

Entrer en couple en maison de repos.

C’est souvent après le décès de leur conjoint et  l’entraide mutuelle disparue que certains seniors+ envisagent leur installation en maison de repos.

Mais, avec l’allongement de l’espérance de vie, des couples octogénaires ne savent parfois plus, malgré les structures d’aides à domicile et le soutien familial, surmonter leurs difficultés.  Ils décident de quitter leur domicile pour  séjourner en maison de  repos. Leurs enfants, déjà seniors, encore au travail, s’occupent de leurs propres enfants, petits-enfants, des deux aïeuls (parfois plus..) et s’épuisent.

La solution de la résidence-services concerne des personnes âgées autonomes, et n’est plus à retenir dans une telle situation.  Cette proposition de résidence services devient fort coûteuse s’il faut y adjoindre, pour être aidé, une multitude de services qui sont payables à la carte.

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Trouver une solution pour un couple en maison de repos ou en maison de repos et de soins ?  

Pas si simple !

Aucun recensement d’offres/prix d’hébergement pour couples en maison de repos n’est disponible dans notre pays. L’infrastructure actuelle des établissements  n’est pas adaptée à ce cas. La quête d’un hébergement adapté pour deux personnes se compliquera des critères de budget à respecter.

En pratique, si un seul des conjoints a besoin de soins, l’autre partenaire continue habituellement à vivre dans le logement familial. Sinon ce partenaire, encore valide, paierait un taux quotidien quasi aussi élevé que son conjoint dépendant. Le couple vit de fait une séparation. Accepter cette rupture est pénible pour le couple âgé (sentiments divers d’abandon, de perte, de culpabilité, d’impuissance…). Leur famille tente de maintenir une continuité du cadre de vie avec plusieurs pôles d’attention à gérer: les visites au parent dans un home parfois éloigné, les visites à la maison au partenaire resté seul et les visites du vieux couple à organiser et à maintenir. La situation financière devient parfois délicate: la personne à domicile continue à avoir les mêmes frais de logement qu’auparavant, doit subvenir à ses besoins et assumer en même temps le coût du séjour en maison de repos du partenaire.

Un couple âgé qui dispose de plus larges moyens financiers, pourrait s’orienter vers la solution   raisonnable financièrement que serait soit un studio soit une chambre double en maison de repos. Certaines rares maisons de repos proposent à leurs résidents des chambres communes avec des tarifs moindres.

La vie quotidienne à deux dans un espace réduit ou dans une seule chambre ne sera possible que si l’entente du couple est harmonieuse, sans agressivité ni pathologie incompatible pour le conjoint (par exemple stades Alzheimer  6 ou 7). L’acclimatation  du couple dans l’établissement sera moins aisée,  avec  souvent une tendance à rester dans leur cocon ou havre de paix. Il ne sera pas simple pour eux de se lier avec les autres pensionnaires qui sont seuls, avec des préoccupations différentes, ni de vivre leur intimité de couple en maison de repos. Certains couples y parviennent cependant.

Si les relations  du couple ne permettent pas de croire possible une vie commune à long terme dans un espace exigu ou que leurs pathologies sont incompatibles, il faudra bien envisager deux chambres individuelles, si possible dans le même établissement, ce qui s’avère souvent problématique.

Si la même maison de repos peut accueillir les deux seniors individuellement, le spectre de la séparation n’est pas encore écarté. Les ailes, étages d’accueil peuvent être différents. Plusieurs couples à Bruxelles sont ainsi séparés. Arthur, 85 ans (atteint de la maladie d’Alzheimer) est dans une section plus confinée que son épouse Rose, 82 ans (qui a de graves problèmes locomoteurs) et qui est installée deux étages en-dessous.  Même les repas sont pris séparément.

La dépendance ne brise pas le lien conjugal. L’équilibre du couple âgé vacille au moment où le tandem découvre son impuissance à gérer ensemble l’accumulation des aléas de vie.

Autant le savoir: l’évolution du couple âgé plongé dans la dépendance est moins tributaire du handicap que de deux éléments  majeurs intrinsèquement  liés:

  • la qualité du rapport affectif qui a lié durablement les conjoints, et
  • l’espace de vie du couple, « le chez soi » où ce lien peut se déployer.

Si un espace physique dédié ne soutient plus la relation affective du couple, une différence s’installe entre les anciens  partenaires. Il y a une perte des repères, du vécu commun et de l’aide  de l’autre conjoint souvent masquée pour les tiers. Le bouleversement chez l’un et l’autre est tel que le couple se délite graduellement et cesse naturellement d’exister.

Il n’y a sans doute pas d’excellentes solutions actuellement pour ce dernier cap à vivre, pour ceux qui ont la chance d’être restés longtemps ensemble*.

 * A contrario, Le film «Amour» (M. Haneke), interprété par Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, racontait la vie d’un couple octogénaire idéal, malmené quand l’épreuve arrive dans le couple et qui veut résister.  Le couple tente d’y faire face à deux avant de s’y perdre dramatiquement d’une autre façon.

Avenue Alfred BASTIEN… A la découverte de notre patrimoine.

Heureuse initiative à Auderghem, ce samedi 26 novembre 2016 !

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Le collège des bourgmestre et échevins d’Auderghem a inauguré, avec les habitants du quartier, une plaque commémorative située au coin du boulevard Alfred BASTIEN et du boulevard des Invalides, en l’honneur du peintre Alfred BASTIEN.

 

Avec 100 mètres de long, à une altitude de 65 m, l’avenue Alfred Bastien relie le boulevard des Invalides et l’avenue des Meuniers.  Cette voie ouverte en 1931*porte le nom d’un peintre de l’École d’Auderghem.

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A cette époque, Alfred Bastien, habitant d’Auderghem était déjà un peintre largement reconnu. Né à Ixelles le 16 septembre 1873, dans une famille modeste avec 8 enfants, Alfred Bastien refuse de devenir clerc de notaire. Il décide d’apprendre le dessin en se formant  à l’Académie des Beaux-Arts de Gand, à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles et aux Beaux-Arts de Paris. Il y  rencontre de grands artistes qui deviennent ses  amis et découvre les voyages grâce au peintre Jean Portaels.  Alfred Bastien parcourt alors de nombreux pays européens, l’Afrique du Nord dès 1897, le Congo en 1913 mais aussi l’Inde, la Chine, le Japon et les îles du Pacifique.

 

Dans ses toiles de la Forêt de Soignes, Alfred Bastien se plaît à marier  la lumière avec sa manière brune de prédilection qu’il intègre avec finesse dans ses paysages, natures mortes ou portraits. Ses œuvres de voyage qualifiées d’«orientales» témoignent de sa magie des couleurs plus vives.

Alfred Bastien est particulièrement apprécié pour ses fresques et ses panoramas de scènes militaires, même au Canada où sa production fut importante.

Pour l’Exposition universelle de Gand, en 1913, il dessine le Panorama du Congo (115 mètres de long sur 13 mètres de haut), avec la collaboration de P. Mathieu.  

Ensuite, lors de l’invasion allemande, en août 1914, Alfred Bastien, 41 ans, est trop âgé pour être mobilisé ; il s’engage, néanmoins, comme volontaire. La guerre terminée, le Roi Albert lui confie la tâche de réaliser un gigantesque Panorama de la bataille de l’Yser. Le peintre terminera avec ses élèves cette fresque de 115 mètres de long sur 14 mètres de haut. Durant les années d’après-guerre, lExposition de la toile  rencontre un important succès populaire. En octobre 1926, on compte déjà plus d’un million de visiteurs dont les grands dirigeants du monde.

En 1936, Bastien réalise son troisième panorama, «La Bataille de la Meuse»  qui représente la bataille franco-belge sur la Meuse en août 1914 lors de l’invasion des troupes allemandes.

Ancré dans la vie et engagé dans les conflits de son époque, ouvert aux autres toutes les formes d’expression, Alfred Bastien écrivait aussi fort élégamment. Ses Mémoires ont été publiés. Il fut aussi élu sénateur en 1946. Alfred Bastien est  décédé à Uccle, le 7 janvier 1955.

La maison de Bastien, ancienne maison du meunier, existe toujours au Rouge-Cloître à Auderghem. En 1898, la maison du meunier au Rouge-Cloître à Auderghem appartenait à la famille Bastien. Sa sœur Henriette l’habitera quelques temps et ensuite, l’artiste peintre s’y installe lui-même avec sa famille. Il fera partie d’un  groupe informel des peintres de l’époque qui aiment à se retrouver pour peindre dans le magnifique cadre boisé du Rouge-Cloître.  Alfred Bastien avait pour voisin Léon Houyoux, artiste peintre, qui vivait dans la conciergerie du Rouge-Cloître et qui avait été aussi l’élève de Portaels.

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A l’occasion des commémorations 1914-1918, le centre du Rouge-Cloître, par ailleurs actuellement dédié à l’art, rend hommage  à cet artiste éminent du 18 novembre 2016 – 16 juillet 2017  avec une exposition  dédiée au  Chroniqueur de guerre que fut Alfred Bastien.

  

* Le Premier permis de bâtir fut délivré en juin 1931 pour le no 20.

Aspects particuliers de la relation emphytéotique et construction d’un appartement. (3/3)

Si un particulier envisage d’investir en acquérant un appartement lié à un bail emphytéotique de terrain qui ne confère qu’un droit limité dans le temps, cela s’avèrera l’écueil fondamental de son projet. 

Imaginons Arthur, 30 ans, qui achète un appartement en emphytéose partielle pour le transmettre à sa petite Lily qui vient de naître. Vu la longévité actuelle, on peut être certain que la fille de Lily sera confrontée à la fin du bail emphytéotique et pourrait perdre l’appartement. Ce n’est sans doute pas ce à quoi avait pensé Arthur en investissant…en bon père de famille.

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Deauville. Cryptogram One. Karl Lagasse. 2012

Voici divers aspects à bien « décrypter »:

  • Si le tréfoncier n’appartient pas à la puissance publique mue par l’intérêt de la collectivité et qu’il s’agit d’une société commerciale par exemple, son intérêt premier sera avant tout de tirer un bénéfice: il n’y aura aucun cadeau en fin du bail emphytéotique.
  • Les clauses de reconductions automatiques du droit d’emphytéose pour le faire survivre à l’issue des 99 ans ne sont jamais valides: la parole d’un vendeur ou agent immobilier garantissant le renouvellement automatique du bail emphytéotique comme s’il s’agissait d’une formalité n’est que du vent.
  • Un appartement bâti sur un morceau du terrain avec emphytéose doit générer une diminution du coût global: le prix d’achat total doit donc être moindre que celui d’un appartement identique en plein propriété. Il faut donc bien calculer les coûts.
  • Le montant du canon ou de la redevance annuelle est lié à la valeur du terrain mais aussi aux charges que certains tréfonciers ajoutent en plus au contrat de bail emphytéotique et qu’ils gèrent parfois eux-mêmes: fourniture d’une énergie, entretien des abords de la propriété, infrastructure…Quoi de mieux en effet: leurs clients leur seront fidèles 99 ans !
  • Plus un immeuble comporte d’étages, plus la quotité de terrain qui est attaché à l’acquisition d’un appartement est faible. La part du terrain étant fort réduite, la différence de prix au niveau de son achat n’est pas déterminante ; une optimisation fiscale d’une dizaine de milliers d’euros lors de l’achat n’est vraiment pas avantageuse si le prix de vente de l’appartement est gonflé ou surévalué. C’est d’autant plus vrai que ce petit bout de terrain va décapiter votre investissement 99 ans plus tard…
  • En cas de revente d’un appartement avec emphytéose, le vendeur n’a pas le  droit de propriété complet. Le nouvel futur  acheteur doit accepter de continuer cette logique de bail emphytéotique, ce qui réduit le panel d’amateurs. Au lieu de se valoriser quelque peu, la valeur de l’appartement se déprécie ainsi de plus en plus au fil du temps. La durée de propriété restante diminue chaque année et le bien est moins attractif. Pour  couvrir ses vieux jours, le propriétaire de cet appartement rencontrera des difficultés  à actionner une vente en viager.
  • La législation sur le bail emphytéotique n’a pas été fondamentalement revue chez nous et la jurisprudence reste vague sur de nombreux aspects. Le cadre fiscal peut considérablement évoluer. Les démembrements artificiels de propriété sont toujours dans l’œil du fisc et peuvent être remis en cause (songeons aux diverses positions de l’administration fiscale relativement aux mécanismes usufruit/nue-propriété).

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Le bail emphytéotique reste une formule utile pour un particulier par exemple si elle  lui permet de se loger à proximité de son lieu de travail, de s’installer dans un lieu déterminé où c’est la seule option, ou de bénéficier d’une résidence secondaire dans un cadre choisi.

S’engager dans cette voie lourde doit inciter à prendre préalablement avant tout accord ou signature, les conseils d’un notaire ou d’un juriste chevronné pour ne pas se tromper d’objectif, ni sur la nature exacte de la vente et du bail emphytéotique. L’analyse des conséquences civiles et fiscales varie selon la situation individuelle de chaque acheteur et la rédaction des contrats doit être particulièrement soignée.

Le terme d’un bail emphytéotique d’un terrain avec construction ? (2)

Le contrat de bail emphytéotique ne peut pas contenir une clause de renouvellement qui permettrait à l’emphytéose de survivre à l’issue des 99 ans.

 

Ce n’est donc qu’après l’expiration des 99 ans que le choix du tréfoncier se fera: aucune promesse ne vaut.

  •  Soit un nouveau bail emphytéotique est concédé ;
  • Soit le bail emphytéotique arrive à échéance et se dénoue selon ces voies:

– le bail emphytéotique n’avait rien prévu et l’immeuble à appartements devient la propriété du tréfoncier, améliorations et transformations comprises.
Souvent le bail prévoit  expressément cette remise de la construction sans indemnité au tréfoncier: le bâtiment a été maintenu en parfait état. Le tréfoncier finit par devenir propriétaire du bâtiment dans des conditions fiscalement intéressantes pour lui;

–  le bail a prévu une certaine indemnisation pour la remise du bâtiment. Mieux vaut que la méthode de calcul soit définie exactement dans le contrat initial (prix coûtant, prix du marché ou autres paramètres…);

– le bail peut même prévoir une clause de «nivellement  c’est-à-dire la remise du terrain au tréfoncier, après démolition des aménagements ou constructions.
 

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Sur la place d’Arona (Italie). Le bail emphytéotique peut s’avérer au fil du temps un véritable boulet pour le particulier qui avait en vue une acquisition en pleine propriété…

 

 

 

 

Le bail emphytéotique a été utilisé le plus souvent par des pouvoirs locaux ou des institutions en vue de favoriser la création des logements collectifs ou de valoriser une zone avec  des résidences secondaires par exemple. Recourir au bail emphytéotique permettait de conserver un contrôle public de l’urbanisation et était un instrument intéressant de politique foncière: le prix du terrain ne grevait pas le budget des emphytéotes, en cas de construction. Dès lors qu’il représente un certain pourcentage des coûts de la construction (en moyenne à peu près 30% pour des maisons individuelles par exemple), cela peut d’avérer un bon deal.

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Pour les sociétés commerciales, la formule emphytéotique s’avère très rentable quelle que soit leur position, tréfoncières ou emphythéotes. Tréfoncières, bénéficiant de services juridiques de pointe, elles n’ont pas le rôle de sauvegarde du bien collectif et recherchent l’opération financière juteuse à long terme.

Le particulier qui contracte avec une société commerciale tréfoncière doit, dans cette configuration, être plus que sourcilleux sur les termes du contrat.

Vu les plus grands avantages fiscaux  pour les sociétés ou les commerces, devenir emphythéotes en raison de la possibilité de s’établir sur un emplacement porteur ou prisé est aussi un choix pertinent. Les administrateurs ou commerçants resteront attentifs à la présence éventuelle d’une clause dans le contrat de bail emphytéotique permettant la résolution de plein droit du droit d’emphytéose en cas de faillite, d’une procédure d’insolvabilité,  ou de dissolution de l’emphytéote personne morale, ce qui les ruinerait totalement.

(A suivre)

Emphytéose et achat d’appartement à Bruxelles ? (1)

L’achat d’un appartement provient souvent du désir de l’acheteur d’échapper au carcan locatif pour avoir un droit de propriété complet lui permettant de jouir d’un bien et d’en disposer sans restriction (occupation personnelle, location, vente …) 

Je viens de me rendre récemment sur un chantier de mise en vente d’appartements à Bruxelles où l’acheteur n’aura pas ce droit complet de propriété sur l’appartement acheté. C’est parfaitement possible et légal. Ce qui est plus surprenant, c’est que cet élément, majeur à mon sens, de la vente n’était pas indiqué aux amateurs. La documentation fournie sur place ne mentionne pas que le terrain où l’immeuble à appartements sera bâti est concédé aux futurs acquéreurs d’appartements sous le régime de bail emphytéotique. Or, il s’agirait bien d’une vente d’appartement couplée à une emphytéose partielle, celle du terrain.

Qu’est-ce que l’emphytéose? Non pas une maladie mais une vieille formule juridique prisée à l’étranger, utilisée chez nous depuis longtemps (Le Coq, Louvain-La-Neuve..). Ce mécanisme juridique peut avoir des aspects intéressants. Mais le particulier doit bien en cerner les aspects mécanisme car l’emphythéose peut se révéler aussi invalidante que l’arthrose.

La loi du 10 janvier 1824 définit le droit d’emphytéote comme «un droit réel, qui consiste à avoir la pleine jouissance d’un immeuble appartenant à autrui, sous la condition de lui payer une redevance annuelle, soit en argent, soit en nature, et cela en reconnaissance de son droit de propriété ». L’emphytéose ne peut être concédée pour un terme inférieur à 27 ans et supérieur à 99 ans (article 2, loi du 10 janvier 1824). Cette disposition est impérative, on ne peut donc y déroger.

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Le bail emphytéotique apparu sous l’Empire romain permettait de  valoriser des immeubles ruraux, grâce sa longue durée et aux prérogatives de l’emphytéote plus étendues que celles d’un simple locataire. 

Dans ce système, le droit de propriété est démembré et partagé entre un emphytéote qui possède le droit de jouissance sur le bien de la manière la plus étendue, et le propriétaire du bien qu’on appelle le tréfoncier qui reçoit en contrepartie une redevance annuelle, appelée canon emphytéotique.  

L’emphytéote est tenu d’entretenir correctement le bien immobilier, d’effectuer les travaux de réparation et de payer toutes les charges.

Suivant la tradition, le montant  du canon pouvait être inférieur au revenu réel du bien ou fixé en fonction du revenu annuel. Dans le cadre d’une acquisition d’un appartement avec emphytéose, la redevance canon actuelle est déterminée par la taille et l’emplacement de l’appartement.

( A suivre).

« L’héritage de tata Lucie ». Philippe Saimbert.

Quand ils apprennent le décès de leur tante Lucie, les parents de Joseph, 13 ans et narrateur de cette histoire, ne pleurent pas la perte de «la vieille toquée. Ils sont contrariés de sacrifier une partie de leurs vacances. Comme ses parents, tous les oncles et tantes de Joseph n’aimaient pas la défunte et avaient toujours dénigré sa vie désordonnée. Tous tombent de haut à la lecture de son testament: cette vie dissolue lui a permis d’amasser un plantureux pactole. Pour l’obtenir, les clauses du  testament de tante Lucie obligent les neveux et leurs familles à s’installer dans la maison de la défunte, une vieille ferme rustique à Moncaubet dans le Béarn pour mener une chasse au trésor et retrouver dans un délai précis un bijou caché dans la propriété. Celui qui le découvrira, héritera.

Joseph nous raconte cette quête familiale loufoque en livrant ses commentaires d’adolescent sur  les attitudes intéressées et hypocrites de sa famille, avec un certain détachement dans le mesure où les charmes de sa belle cousine ne le laissent pas insensible…

 

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L’auteur.

Ne en 1962 à Pau, Philippe Saimbert est un auteur et scénariste qui emprunte diverses pistes artistiques pour s’exprimer.
Auteur  d’albums de bande dessinée dans des domaines aussi variés que le fantastique, le thriller, la SF, Philippe Saimbert  a publié en 2010 ce roman d’humour en Béarn où il réside et qui s’intitule « L’héritage de tata Lucie » 

Commentaire.

1540-0.jpgTata Lucie, ce n’est pas du tout Tatie Danielle*. C’est même  l’inverse. Tatie Danielle était une vieille dame odieuse, mesquine, menteuse. Ici, rien de cela avec Tata Lucie qui n’a ennuyé personne de son vivant: il y avait  du monde à son enterrement, une majorité d’hommes certes. Post mortem, elle  tente de se venger finement de ses neveux qui l’ont mise à l’écart du cercle familial.

Ce roman rappelle surtout l’exacerbation habituelle des tensions entre les héritiers qui surgissent de détails inattendus. Les cabinets des notaires sont le théâtre quotidien et privilégié de ces déchirements familiaux.  La réussite sociale, la situation conjugale, l’argent,  les résultats scolaires des enfants acquis par certains et pas par d’autres amplifient encore les anciennes rancœurs ou rivalités de jeunesse. L’héritage d’une maison, de bijoux,  de meubles deviennent ainsi l’ultime et dernier bastion à conquérir quand des rivalités fraternelles vivaces subsistent. Dans ce climat passionnel après le décès d’un proche, les mots échangés éloignent encore plus certains héritiers.

Les personnages du roman ont un côté famille Bidochon, sont plaisants ou pas. Ils peuvent faire sourire malgré de multiples disputes ou digressions qui lassent. La description de la campagne profonde est excellente! Le style de Philippe Saimbert est populaire, exubérant avec une verve qui fait songer à Fréderic Dard.

Comme l’humour est  un phénomène singulier qui doit entrer en résonance personnelle, ce livre plaira à certains et pas à d’autres…

Un passage

« Il est vrai qu’une étude de notaire, c’est presque comme une église; on y médite, on se recueille…et on espère beaucoup ».

 *Tatie Danielle est une comédie française écrite par Etienne Chatiliez en 1990

Achetez une maison casco: quelques pistes d’analyse. (2)

Vendre « casco » présente un prix plus intéressant pour les acheteurs potentiels.

Pour évaluer ce prix de base, l’amateur doit connaître la superficie du bien et la surface habitable. Un bien brut, dégagé donne une fausse illusion de grandeur.

Dans certains biens casco, l’isolation qui coûte très cher laisse parfois encore à désirer. Or, vendre un bien immobilier casco ne dispense pas nécessairement de l’obligation de faire certifier ce bien. Autant savoir et vérifier.

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Une isolation efficace est un atout.

Obtenir les plans et une documentation écrite détaillée avant l’achat est capital puisque tous les autres travaux après la vente resteront à la seule charge de l’acquéreur. Souvent, il ne parviendra pas à obtenir du vendeur une estimation chiffrée des frais d’achèvement du bien.

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Pour s’assurer de l’ampleur et de la flottabilité de son projet, le futur acquéreur a intérêt à évaluer préalablement les coûts supplémentaires en s’aidant de cette liste non exhaustive de postes à exécuter et en se renseignant auprès de divers professionnels.

Postes à ajouter (fournitures ou/et main-d’œuvre)

Coûts estimés

Frais de raccordement si pas compris dans le prix de vente

 

Cloisonnements intérieurs (selon le cas)

 

Complément d’isolation intérieure (toiture, murs)

 

Escaliers (selon le cas) et rambardes

 

Installation électrique à partir du câble d’alimentation y compris la sonnette d’entrée

 

Installation d’un système de chauffage et/ ou de radiateurs.

 

Installation sanitaire depuis l’arrivée.

 

Volets extérieurs (selon le cas)

 

Placement des portes et menuiseries intérieures

 

Pose de tablettes de fenêtres et joints d’isolation

 

Plafonnage

 

Installation des gaines de ventilation

 

Carrelage

 

Autres revêtements de sol

 

Habillage intérieur de la toiture et l’installation de plafonds

 

Installation de la salle de bains et de son mobilier

 

Installation de la cuisine équipée

 

Peinture de toutes les pièces et plafonds

 

Aménagement de balcons

 

Création d’une terrasse

 

Mise en ordre du trottoir ou du  terrain de façade (selon le cas)

 

Nettoyage et remise à niveau du jardin 

 

Aménagement des murs de clôture séparatifs ou mitoyens

 

Enlèvement de tous les déchets

 

Réparations éventuelles

 

TOTAL (TVAC) =

 

 

Au total, cet exercice non affiné vous donnera une première idée du coût global de votre projet.

Veillez donc à ce que votre projet casco ne soit pas une coquille trop vide !

La vente casco d’un bien immobilier. En savoir plus.(1)

Les nouveaux appartements, lofts, maisons sont vendus sur plan ou clé en main ou en gros œuvre fermé et plus rarement en gros œuvre ouvert. 

De nombreuses biens immobiliers sont vendus «casco» c’est-à-dire en gros œuvre fermé. Il vous est délivré un espace fermé (les maçonneries avec fenêtres, porte d’entrée, sol et toiture étanches et un réseau d’égouttage). Parfois  s’y ajoute un réseau technique de base, incomplet, de gaines et compteurs pour l’arrivée des énergies (électrique, gaz et eau).

 

 

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Casco provient du substantif espagnol casco signifiant la coque (comme la coque d’un bateau qui est l’élément assurant à celui-ci sa flottabilité et son étanchéité.)

Les projets casco ont un contenu tellement variable qu’on s’y perd. Dans certains cas, vous ne devrez ajouter qu’une cuisine, une douche et dans d’autres, vous devrez auparavant rebâtir des murs intérieurs ou placer un escalier.

Parmi les avantages de ces ventes casco figurent le choix de finitions plus grands et la liberté d’action pour l’acheteur. Celui-ci peut adopter un timing de travail correspondant à son rythme d’épargne ou attendre pour étaler ses finitions dans le temps.

Les droits et les frais d’acte seront moins élevés puisque le coût des achèvements n’est pas compris dans le prix de la vente. Le bien livré immédiatement à l’achat  limite le risque d’une faillite sur chantier de l’entreprise de construction du gros œuvre.

Bien souvent, l’acheteur ne passe pas non plus  par la case longue de la procédure d’obtention du permis de bâtir acquis préalablement d’où un gain de temps pour les personnes pressées.

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Casco provient du nom espagnol casco signifiant la coque (comme la coque d’un bateau)

Il y a aussi des aspects négatifs à soupeser. Le choix architectural est restreint: les promoteurs privilégient une construction individuelle modulaire, souvent en habitats groupés en raison des économies d’échelle. Il y a donc peu d’originalité même si certains projets se démarquent du lot par leur isolation ou la variété des matériaux utilisés.

La garantie du vendeur sera difficile à mettre en œuvre. L’opération d’achat casco ne bénéficie pas de la protection de la loi Breyne: l’entreprise sort par ce biais du champ d’application de la loi.

La négociation pour l’achat se fait rarement avec le constructeur qui délègue la négociation de vente à une agence immobilière d’où une dilution des informations sur le contrôle effectif des travaux ou les ennuis rencontrés lors de cette première phase essentielle de la construction.

L’acquéreur bricoleur peut sans doute épargner beaucoup d’argent mais doit investir largement son temps au détriment de sa vie de famille, de sa santé qui parfois volent en éclat. Revendre un bien non terminé, en travaux devient moins commode et peut générer une perte financière.

A première vue, les prix de ventes casco semblent meilleur marché que les maisons finies ou “clé sur porte”. Les prix des maisons en gros œuvre fermé ont cependant  terriblement augmenté depuis 5 ans. Une maison casco de 150.000 € revient déjà avec les frais et la TVA  à +/-182.000 € sans compter les frais de raccordement de 4.000 €. Il faut y ajouter 30.000 € de fournitures au minimum pour la rendre habitable si l’acheteur exécute tout le travail d’achèvement. La facture monte ou dépasse  facilement 80.000 € selon la superficie et le choix des finitions souhaités et l’implication de l’acquéreur dans les divers travaux de construction ou d’achèvements. Des professionnels estiment même que « le gros œuvre et le parachèvement représentent chacun environ 50 % du budget de construction ».

Certains acquéreurs s’engagent dans un second contrat d’achèvement avec l’entreprise initiale ou les divers corps de métiers.

Autant bien calculer le budget nécessaire  pour éviter un naufrage financier…

« Décidément je t’assassine » Corinne Hoex.

La narratrice se rend auprès de sa mère, solide octogénaire, passionnée de scrabble et de mots croisés. Cette dame ne lui a jamais témoigné d’affection et va rentrer à l’hôpital. Elle a une tumeur avancée.

Au cours des dernières visites à sa mère qui n’est pas sénile, sa fille va alors tenter de répondre aux exigences de la malade. En vain: aucun lien ne se crée pas malgré l’espoir d’un espace favorable  au changement que pourrait permettre la maladie ou la lucidité. L’état de la malade se dégrade très rapidement: soins intensifs, sonde, ballon gastrique, morphine, décès.

Malgré le trou béant d’affection maternelle dans son identité, la narratrice peut sans doute tourner une page et commencer à exister.

L’auteur.

Corinne Hoex a publié en 2015 « Valets de nuits« . Au cours de trois romans précédents, elle a décrit le  retentissement psychologique de la violence ou de l’indifférence parentale sur un être. Dans « Le grand menu », paru en 2001 ensuite dans « Ma robe n’est pas froissée«  en 2008 et en 2010, avec « Décidément je t’assassine », Corinne Hoex explique méticuleusement  les impacts mortifères  et l’évolution  douloureuse de la narratrice dans ce climat hostile.  

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  « Sinon chaque fois , c’était la chatte, cette grosse chatte rôdeuse … » p. 140

 

Sur la fin de vie.

Même si l’âge ou la maladie peuvent rendent l’éventualité de la mort tangible, personne n’y est préparé d’autant que l’accompagnement de l’agonisant, la mort, les funérailles, le deuil sont actuellement soustraits de la vie quotidienne et confiés aux soins d’experts.

L’issue fatale a longtemps été due au hasard, ou à la fatalité. Actuellement, avec les progrès médicaux, une partie des décès est devenue assez prévisible pour les spécialistes. Même avertie par le médecin de la phase terminale, la narratrice ne comprend pas la portée du propos: mourir reste impensable pour les personnes en bonne santé.

Cette mère qui continue à lutter pour survivre n’entamera pas un vrai dialogue avec sa fille car elle n’a jamais communiqué avec celle-ci. Jusqu’à sa fin et inlassablement, elle maintient sa suprématie naturelle par les apparences de jours normaux avec les mots croisés ou la télévision.

 

Un passage

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« Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser. » ( p. 75)

 

Décidément je t’assassine. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles.