
» Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d’automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne »
Guillaume Apollinaire

» Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d’automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne »
Guillaume Apollinaire
« L’espace change, l’univers se dilate,
et la seule chose qui ne passe pas,
c’est ce qui se passe sans cesse,
le temps »
Jean d’Ormesson (écrivain et académicien français, disparu en décembre 2017)

Avec ce message,
je vous souhaite des fêtes de Noël sereines et une année 2018 à la
hauteur de vos espérances, ponctuée de vrais petits bonheurs.
Pour ces derniers jours de l’année, partageons ensemble de petites respirations de poésie et des images de la mer du Nord où la neige s’était invitée…

« Il neige sur la mer,
Il neige des étoiles,
Il neige autour des voiles
Et sur le quai désert. »
Maurice Carême
Continuons notre voyage vers le grand âge.
C’est Claude Sarraute qui nous indique à quoi ressemble « la vieillesse de la vieillesse » dans son livre « Encore un instant« .
Claude Sarraute s’est toujours exprimée en toute liberté. Le grand âge étant venu, le plaisir de dire tout haut ce qu’on pense est encore plus vif.
Dans ce récit à deux volets, elle évoque sans fausse pudeur à la fois ses souvenirs personnels, ses conquêtes, sa frivolité et livre ses réflexions sur son expérience actuelle du grand âge. Les joies, c’est un petit verre, une cigarette, un repas sous forme de buffet, un bon moment. Les peines de ses nonante ans, ses problèmes d’arthrose et d’incontinence sont largement décrits. La journaliste raconte sa dégradation physique et même cette envie sans cesse repoussée de mettre fin à sa vie avec l’association « Mourir dans la dignité ». « Je ne veux pas me dégrader trop », assure-t-elle.


L’auteur
Née en 1927, Claude Sarraute est une femme de lettres et une journaliste française. Elle a publié de nombreux ouvrages comme « Dites-donc » en1985, « Papa qui ? » en 1995 et « Belle, belle, belle » en 2005. A presque 90 ans, Claude Sarraute publie en 2017 son treizième livre « Encore un instant ». Ancienne collaboratrice du journal Le Monde, elle est aussi connue pour sa participation aux émissions de Laurent Ruquier.
Phrase
« Quand on n‘a plus grand-chose à offrir, seules la gentillesse, la tolérance et oui, les louanges, spontanées bien sûr, peuvent encore vous valoir des signes d’attachement ».
Commentaire
«La vieillesse, moi j’adore» déclare Claude Sarraute. La journaliste est cependant assez privilégiée: elle semble douée pour happer les instants de bonheur et bénéficie des services de Jacques s’occupe d’elle depuis 25 ans.
Malade, bouffée par les rhumatismes et l’arthrose, Claude Sarraute n’échappe cependant pas aux douleurs et aux difficultés de la vieillesse comme la perte de mobilité. S’ensuivent le désir d’isolement, l’obligation d’apprendre à renoncer, le souhait de peser peu sur son entourage, le désir d’en finir.
Son récit pourra apparaître contradictoire à certains lecteurs. C’est pourtant bien dans ces plages d’ambivalence que naviguent les grands seniors qui résistent.
Le très grand âge est un défi quotidien. Peu de personnes ont écrit de manière aussi pointue sur ce vécu singulier. Même si Claude Sarraute avait les facilités et les compétences pour écrire cet ouvrage, il y a une certaine générosité de cette femme à mettre à nu sa vieillesse de nonagénaire, abordée avec autodérision.
Pour les lecteurs qui dépasseront l’aspect léger des confidences sur sa vie passée, ce sera un safari en terre inconnue riche d’enseignements. Entre la vie des seniors de 75 ou 80 ans et celle du grand âge, des 90 ans, il y a une différence énorme. Claude Sarraute évoque les mêmes constantes que j’ai pu noter chez les grands seniors. Par exemple: lire devient compliqué, la télévision est abandonnée au profit de la radio, il y a perte de mémoire des noms, des dates, des faits, le téléphone portable est abandonné au profit du fixe. La grande peur de tous est de devoir subir une hospitalisation terminale pénible.
Ce petit livre sur le grand âge est distrayant et instructif.
Claude Sarraute qui lit les nécrologies dans son journal constate que deux fois sur trois l’âge du cher disparu dépasse les 90 ans … Autant que vous le sachiez!
Encore un instant. Claude Sarraute. Editeur Flammarion. 2017
Nous poursuivons la découverte de la prime vieillesse avec la romancière Amélie Plume.
Lily, journaliste à la retraite, assiste à l’enterrement de son second mari Réjean. C‘est l’occasion pour elle d’imaginer ses propres funérailles, les réactions de ses proches.
Pour entretenir sa mémoire, elle apprend les noms des fleurs. A l’aune de sa vieillesse, elle analyse les petites choses de son quotidien.

« Que vit une fleur qui se fane, voilà la vraie question ». ( p.15)
L’auteur
Née en 1943, Amélie Plume est une écrivaine de Suisse romande. Après des études de lettres et d’ethnologie à l’université de Neufchâtel, elle habite New York, voyage en Afrique et en Israël. Ensuite, elle s’établit à Genève et dans le Sud de la France. Depuis 1981, elle a publié treize ouvrages souvent de nature burlesque: Marie-Mélina s’en va (1988), Toute une vie pour se déniaiser (2003), Les Fiancés du glacier Express (2010) et en 2014, Tu n’es plus dans le coup.

Commentaire
Le titre pourrait faire penser à un récit triste, à une litanie de regrets d’une personne aigrie ou dépassée. Nous sommes loin de cela.
Amélie Plume met l’accent sur plusieurs points essentiels positifs dans l’évolution du cheminement des seniors:
L’observation de la vie actuelle de la retraitée est souvent drôle et perspicace: beaucoup de lecteurs peuvent s’y retrouver.
Le style léger, les chapitres courts rendent le livre très vivant.
Une phrase
« Mais pour tranquilliser leurs enfants est-ce que les parents doivent accepter d’être mis en conserve, hors de tout danger, stérilisés dans des bocaux sur une étagère? » Page 23
Tu n’es plus dans le coup! Amélie Plume, Éditions Zoé, 2014
Pour mieux saisir la nature et les aléas de la prime vieillesse, je vous conseille la découverte de cet ouvrage « Vieillir – Un temps qui s’apprivoise. »

Exposition MONSens (art brut). BAM. Mons 2015
Colette Maskens découvre tardivement que vieillir n’est pas si facile. On ne l’a pas prévenue, se dit-elle sans cesse. A mesure que son corps la lâche, la thérapeute découvre sa fragilité et réalise qu’elle n’a pas de mode d’emploi à disposition pour les années devant elle. Elle cherche donc à s’adapter à chaque étape de cette évolution. Même si l’âge vulnérable a ses épreuves, il comporte aussi ses bonheurs.
A travers son chemin personnel où elle décrit ses forces et ses faiblesses, elle note l’impérieuse nécessité d’anticiper la dernière étape de la vie même si la préparation ne sera sans doute pas totalement adéquate.
L’auteur
Thérapeute belge en analyse bioénergétique, Colette Maskens a une longue pratique du yoga et de la méditation. A 77 ans, elle s’attelle à la rédaction de cet ouvrage qui est paru en 2014.
Commentaire
La première partie de sa réflexion porte sur les causes de sa propre méconnaissance des soucis de la vieillesse. Malgré ses déjà soixante ans, ses ennuis de santé et le fait d’avoir côtoyé des personnes âgées, elle n’avait pas intégré la difficulté de vieillir. Pourquoi ? La réponse est sans doute que personne ne veut s’impliquer ni savoir de quoi il retourne avant d’y être confronté. C’est toujours la même cécité ou surdité qui prévalent actuellement. Un collègue psychologue, spécialisé en gérontologie, m’indiquait qu’afficher sa spécialité sur la plaque de son cabinet ferait fuir tous les patients.
« Personne n’est concerné et n’a des soucis en vieillissant, n’est-ce pas? »
« Moi, je ne me sens pas vieux… ».
Passé ce constat, Colette Maskens partage son expérience avec beaucoup de sincérité quand elle décrit la perte de maîtrise, de statut ou le repli face à la vie en société (point d’ailleurs démontré dans l’enquête Solidaris sur les « 80 ans et plus »).
Colette Maskens donne des pistes de réflexion empreintes de beaucoup de sagesse et de modernité. Notamment quand elle évoque la nécessité d’abandonner les schémas anciens et d’aller vers les plus jeunes, sans attendre qu’ils fassent le premier pas vers les seniors.
Ma seule réserve porte sur sa vision partielle d’une prise en charge (page 72), mais l’auteur mentionne bien qu’elle ne connaît pas la troisième étape, celle de la dépendance (page 40), ce qui explique sans doute cela. *
Colette Maskens nous montre que le senior possède encore assez de potentiel pour s’adapter et que cette vie a aussi ses parts de bonheur pour celui ou celle qui aura le courage de l’aborder lucidement.
Une phrase
« Dans un puzzle, chaque pièce a la même importance, quelle que soit sa forme, sa place, sa couleur. Il en va de même pour l’humanité. Chaque personne, comme les pièces d’un puzzle a toute son importance et sa présence est absolument nécessaire pour que le puzzle soit complet, parfait ». Page 109
«Vieillir – Un temps qui s’apprivoise». Colette Maskens. Edition De Boeck, 2014, 120 pages
*Pour s’informer sur ce point précis, lire « Les aidants proches des personnes âgées qui vivent à domicile en Belgique : un rôle essentiel et complexe ». Étude de données. Fondation Roi Baudouin
Selon un nouveau rapport d’enquête présenté par la Fondation Roi Baudouin, une majorité des Belges âgés de plus de 60 ans ont une vision positive de l’avenir: ils sont loin de vouloir penser ou d’anticiper les risques du troisième âge.
Au même moment, la presse relaie des problèmes alarmants de grands seniors (85+), dénutris ou hospitalisés, ou victimes de la solitude. On peut s’étonner d’un tel hiatus entre la perception lénifiante des seniors et la situation dramatique d’autres seniors.
Le panel de l’enquête est correctement signalé aux lecteurs (1). Il ne concernait pas les personnes de plus de 85 ans, ni en perte d’autonomie. Mais le biais du plafond de verre expliqué longuement dans ma série d’articles sur l’autonomie doit avoir joué dans une partie des réponses téléphoniques des interlocuteurs plus âgés, toujours tentés de fournir une réponse agréable et positive dès qu’un signe d’intérêt envers eux se manifeste.
Commentant cette enquête, Anne Jaumotte, chargée de projets chez Énéo –mouvement social des ainés de la Mutualité chrétienne- note aussi la nécessité de faire des études sur les nonagénaires et les centenaires pour compléter judicieusement ce baromètre .
«On ne m’avait pas prévenue» … combien vieillir est désagréable, déclare Colette Maskens dans un livre paru en 2014.
Quatre livres, dont trois écrits par des seniors, me semblent apporter des éclairages pour aborder la vieillesse et prévenir, tous ceux qui vont avoir la chance d’aborder la rivière sinueuse du grand âge, des embûches du parcours. Car cela reste une chance!

Ces lectures complèteront la suite des articles parus sur ce blog sur les défis de l’autonomie et de la dépendance, en apportant de bonnes pistes de réflexions à ceux qui voudront s’informer.
Pour savoir à quoi ressemble « la vieillesse de la vieillesse »
Pourquoi avoir choisi ces ouvrages en particulier?
Tout d’abord, les trois premiers livres sont des témoignages d’expérience de vie de deux septuagénaires et d’une nonagénaire.
Ces ouvrages courts procèdent avec bienveillance et modestie. De forme littéraire différente, ils s’appuient avec honnêteté sur le vécu de leurs auteurs. Il ne s’agit pas de livres misérabilistes, ni d’exhortations au bonheur factice, ni de recettes miracles.
Précision utile: la vieillesse prend des chemins différents et ne se fait pas pour chacun au même rythme dans le corps et dans la tête. Ces livres ont donc été écrits par des personnes plus affectées dans leur ressenti physique que mental (2).
Le quatrième ouvrage est différent dans la mesure où il est rédigé par un spécialiste Pierre Gobiet qui accompagne de grands seniors. Même si chaque parcours est différent, cet ouvrage permet de comprendre le souffle de vie qui anime les grands seniors. Il s’adresse sans doute plus aux soignants et aux proches en leur donnant des clés essentielles de compréhension rarement évoquées dans des situations d’accompagnement parfois très difficiles.
La littérature sur le vieillissement bienheureux et magique est abondante. Si j’ai beaucoup lu sur ce sujet, peu de livres ont une telle résonance d’exactitude avec mon expérience de vie auprès des seniors.

« Même s’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre même à soixante ans« (3)…
Je reviendrai sur chacun de ces quatre livres qui recèle chacun leurs pépites.
1. « L’étude a été menée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 2.000 Belges de 60 à 85 ans qui ne se trouvaient pas en situation de perte d’autonomie. L’objectif était en effet de sonder les attentes et les préférences de personnes qui avaient encore une liberté de choix. L’enquête s’est faite en partie en ligne et en partie par téléphone ».
2.« …je parle ici de vieillir par rapport au corps. Car dans la mesure où mon cerveau n’est pas diminué physiologiquement… » page 9 . Vieillir – Un temps qui s’apprivoise Colette Maskens
« Je suis menacée par le déambulateur et je vois arriver le fauteuil roulant ! Heureusement, il y a encore la tête qui marche. », conclut Claude Sarraute.
3. Vieillir – Un temps qui s’apprivoise. Colette Maskens. 2014. Page 46.
Après les questions éthiques et juridiques liés au rôle des robots, soyons conscients que l’intégration des robots dans notre quotidien aura une répercussion sur notre société humaine, nos valeurs et le fonctionnement de nos rapports humains.

Strasbourg.
La place des hommes et des robots dans nos sociétés modernes et le niveau de collaboration acceptable de cette puissante aide technologique devront être établis.
Cette question primordiale au niveau sociétal a été posée par le philosophe Mark Hunyadi (1):
«Voulons-nous qu’une grande partie de nos interactions se passe avec des androïdes ?».
Irons-nous dès lors vers une société qui se déshumanisera?
Jusqu’à présent, les experts commerciaux ont décidé pour nous. Ils jouent à la fois sur l’aspect innovation et les atouts financiers de ces collaborateurs robotisés, jamais « malades » (quoique parfois … en panne).
Les risques éventuels pour le devenir du potentiel humain sont totalement minimisés. Selon les spécialistes, la plupart d’entre nous n’appréhende déjà plus l’enchevêtrement et les implications de cette euphorie technologique. D’autre part, la vitesse de l’innovation est devenue le gage de succès des produits ou programmes mis sur le marché, sans optimisation ultime. Notre adhésion à cette frénésie de nouveautés informatiques a même normalisé les bugs de ces applications. Enfin, l’opacité des programmes des entreprises, au service d’intérêts privés, masque au public les béances des modèles robotiques (comme le danger de prise de contrôle du robot ou de son hackage par des tiers) et neutralise notre questionnement.
Nous sommes déjà dans « la vie algorithmique »(2) comme la définit Eric Sadin « qui se caractérise par l’application d’une raison numérique à l’ensemble des gestes du quotidien de l’homme moderne« .
Eric Sadin estime « impératif d’ériger des contre-pouvoirs capables de contenir la puissance du technopouvoir« .
Cette riposte est-elle encore possible ? Oui, si nous ne nous assoupissons pas et réagissons avec des outils suffisamment performants. Une page semble se tourner dans la Silicon Valley.

En attendant, projetons- nous un peu dans le futur proche. Des robots aideront nos enfants à faire leurs devoirs au lieu de nous, parents. Et, devenus, pourquoi pas, au service de nos enfants, ces robots feront les devoirs à leur place. En peu de temps, nous serons tous abêtis ou asservis (3).
Pire, le développement de nos capacités cognitives humaines sera affecté si nous utilisons moins notre capital de base ou n’apprenons plus à l’utiliser.
Continuons notre projection. Ces mêmes robots interconnectés rendront visite (virtuelle) à notre place à notre papy placé dans un home sous surveillance électronique (d’un robot « collègue ») «puisque l’interaction est bonne» et que «l’humanoïde a cette neutralité bienveillante et rassurante». Ils nous enverront évidemment un rapport numérique complet de leurs constatations, avec en option, photos et vidéos, immédiatement stockées dans notre cloud personnel.
Erich Fromm (4) disait « Le danger dans le passé était que les hommes deviennent des esclaves. Le danger dans le futur est qu’ils deviennent des robots ».
Le pire dans le futur ne serait-il pas que les hommes deviennent esclaves des robots?
Une tyrannie technologique (5) ?
Est-ce bien ainsi que nous voulons évoluer et vieillir?
2. « La vie algorithmique : Critique de la raison numérique » de Éric Sadin
4. Psychanalyste humaniste américain (1900-1980)
5. Le Soir du 2 octobre 2017 page 26. « Quand la réalité dépasse la fiction »
Nos capacités cognitives et physiques sont humainement limitées. Certains calculs scientifiques demandent un temps considérable qu’un homme normal n’a pas. Les ordinateurs et robots nous permettent indéniablement d’avancer dans de nombreux domaines de pointe.
Dans les perspectives immédiates, par exemple les soins des seniors dépendants, la robotique comblera-t-elle le manque de personnel ou va-t-on vers une société déshumanisée? La question se pose. Les aspects éthiques, juridiques et sociétaux liés à l’apparition des robots font déjà l’objet de débats.

Splendide coucher de soleil à La Panne (Mer du Nord) Juillet 2017
Isaac Asimov parle de « robotique », pour la première fois, dans sa nouvelle « Le menteur » publiée en 1941. Le contexte démographique du boom du vieillissement exploité par la Silver Economie ravive toutes les questions de cet écrivain précurseur.
Isaac Asimov avait formulé dès 1940, ses trois lois de la robotique que les lecteurs de science-fiction connaissent:
1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.
Andra Keay, qui dirige la Silicon Valley Robotics a énoncé cinq autres lois informelles:
1. Les robots ne doivent pas être utilisés comme des armes.
2. Les robots doivent se conformer aux lois, notamment celles sur la protection de la vie privée.
3. Les robots sont des produits : en tant que tels, ils doivent être sûrs, fiables et donner une image exacte de leurs capacités.
4. Les robots sont des objets manufacturés: l’illusion créée ne doit pas être utilisée pour tromper les utilisateurs les plus vulnérables.
5. Il doit être possible de connaître le responsable de chaque robot.
Dans un rapport débattu et voté en 2017, les députés européens ont demandé un cadre légal à l’échelle européenne en matière de robotique. Mady Delvaux, députée démocrate socialiste luxembourgeoise en charge de ce dossier évoque déjà ces trois points:
a) la possibilité de conférer aux robots une personnalité électronique, limitée comme pour les entreprises,
b) la recherche d’un solution pour la question de la responsabilité civile en cas de dommage,
c) une charte pour empêcher la dépendance émotionnelle des personnes à leurs robots.
Souvent traités comme de simples objets high-tech, l’octroi, à un robot, d’une personnalité juridique, même limitée, engendrera des conséquences. Après avoir précisé le volet des devoirs du robot, apparaîtra le problème de ses droits dans la société humaine. Certains experts voient dans ces machines un ersatz d’humanité. Cet anthropomorphisme* les conduit logiquement à s’émouvoir déjà d’abus, de comportements déviants ou assimilables à de la maltraitance des humains sur des robots.
En France existe l’Association du droit des robots fondée par l’avocat Alain Bensoussan. L’objectif, pour cet avocat, ne serait pas tant de préserver une sensibilité robotique que de respecter l’empathie humaine.
L’interdiction de la maltraitance pourrait aussi être vue comme une façon de préserver les valeurs morales de nos sociétés puisque les hommes doivent toujours être régulés dans leurs instincts par des normes (contrairement aux robots !) pour maintenir une société civilisée.
La mise en place d’une telle protection juridique pour les robots se construirait facilement dans le mesure où un exemple peut être puisé dans nos lois sur le bien-être animal **et dans d’autres législations particulières.
À supposer que de tels droits émergent pour les robots, il faudra définir un champ d’application. Quels seront les robots concernés et ceux qui seront aptes à avoir cette dignité et cette protection juridique? Les robots qui ont une apparence humaine ou animale ou tous les robots ? Un robot chirurgien, un robot compagnon, un robot grille-pain, une voiture « autonome », une tondeuse à gazon…
( A suivre)
* « action qui consiste à donner à un animal ou une chose, une représentation humaine , un comportement ou une qualité humaine ». Dès que quelque chose bouge, nous avons une tendance instinctive à y associer la vie. Si l’objet est en plus conçu pour ressembler aux humains, l’association pour nous est encore plus rapide. Ce phénomène est avancé au Japon où il est courant d’assister aux funérailles de robots d’entreprise « qui ont terminé leur vie ».
** « Nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes non visés par la présente loi, qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances ». Article 1. Loi relative à la protection et au bien-être des animaux. 14 août 1986
Mais il y a des «oubliés» dans cette enquête du Thermomètre Solidaris sur les adultes très âgés.
Où sont les «indispensables mais invisibles», les aidants proches ? Comme les nomment très justement l’Asbl Aidants proches.
Comme des artistes funambules, les aidants travaillent, mutiques, toujours sans filet, sur le fil de leurs seules forces.

Affiche de Savignac (affichiste français 1907-2002). Trouville. 2015
Il y a, au minimum, 900 000 aidants proches en Belgique, majoritairement des femmes, qui consacrent du temps et de l’énergie à un proche malade, dépendant, ou senior.(1)
Des perles !
Cette aide bénévole qui représente parfois plus de 20h par semaine et qui s’étale de plus en plus sur des années ne compte en rien pour le statut financier ou social de la personne dévouée et lui cause souvent même préjudice.(2) La situation du senior évolue naturellement de manière telle que la prise en charge se déséquilibre de plus en plus et ne respecte plus la vie de l’aidant qui offre de bon cœur son temps.
Le temps est une valeur naturelle non renouvelable, sa valeur est inestimable. Le philosophe latin du Ier S avant J.C, Sénèque, regrettait déjà que le temps ne soit jamais vraiment considéré : « On ne trouve personne qui veuille partager son argent, mais chacun distribue sa vie à tout venant et personne ne te restituera tes années, personne ne te rendra à toi-même« .
Le support bénévole apporté par les aidants proches est précieux et rentable. Ce travail que la société et même les seniors ne veulent pas voir est sans aucun frais pour la sécurité sociale.
La voix de celles et ceux qui sont acteurs de cette thématique altruiste est fondamentale.
Mais, individuellement, pris en étau sous ce plafond de verre qui arrange bien les seniors+, et la société qui ferme les yeux, les aidants ne sont ni écoutés ni compris.
Une enquête commune (3) qui couplerait enfin les opinions des mêmes dyades aidants/ aidés seniors serait transparente et très utile à la compréhension des uns et des autres et à l’évolution des mentalités.
Vu les tabous à lever, cette enquête serait utile. Penser en outre qu’elle serait favorable à la recherche de nouvelles solutions paraît un leurre car les conditions économiques actuelles sont trop défavorables. Solidaris mentionne honnêtement dans son étude que des demandes d’aides aux familles sont refusées actuellement par leurs services, faute de moyens.(4) Les autres mutuelles sont dans la même situation.
Le témoignage d’aidants, à distance de leurs expériences personnelles passées avec des seniors serait aussi bienvenu. Ils ont plus de liberté et de recul pour analyser un sujet qu’ils connaissent et leurs avis sont parfois tranchés.
Quoi qu’il en soit, les aidants proches actuels restent indécelables et inobservables sous le plafond de verre, englués dans un cercle vicieux, sans aucune porte de secours ouverte par les pouvoirs publics !
1. A 78%, les aidants non-cohabitants sont les enfants des personnes aidées et 71% sont des femmes
2. « Les personnes qui prennent en charge un proche en perte d’autonomie se mettent souvent en danger physiquement et psychologiquement. Les aidants proches se coupent peu à peu de toute vie sociale. Ils mettent parfois leur vie familiale et professionnelle en péril. » (http://bienvivrechezsoi.be/)
3. Le taux de participation des octogénaires serait moindre si les familles étaient interrogées. Une enquête auprès de pensionnaires de homes m’a montré que si le sujet analysé porte à la fois sur l’opinion des résidents seniors et dans un second temps sur le ressenti de leurs proches recueilli dans des lieux même distincts, il y a la plus grande réticence et même le refus de certains seniors à collaborer à une enquête tant ils pressentent que la différence de perception pourrait amener des conflits.
Un exemple? Banal. Le temps est relatif, en ce sens chaque observateur le mesure ou l’apprécie différemment. Emile est soutenu par son fils Simon qui vient le voir chaque semaine depuis huit ans. Emile déclare: Simon ne s’assied qu’une heure à peine chez moi. Simon travaille, a une famille, fait 45 minutes de route pour arriver chez son papa. Là, il fait les courses de son père, gère la partie administrative et ses paiements et puis s’assied effectivement une heure avec son père. L’après-midi est ainsi passée. Chacun de nous a une perception bien différente de la réalité, et donc du temps, selon qu’il le donne ou le reçoit !
4. » Renforçant les effectifs de l’aide aux familles : augmentation du nombre d’heures subventionnées des aides familiales, gardes à domicile et des aides ménagères sociales. En effet, actuellement, nos services sont contraints de refuser, faute de moyens, de plus en plus de nouvelles demandes. Le contingent d’heures subventionnées n’a d’ailleurs pas été majoré depuis 5 ans. »