Maltraitance des seniors: la face cachée. (2)

Le phénomène de la maltraitance envers les seniors est reconnu et socialement étudié.

les chardons

Il existe aussi une autre face cachée de maltraitance, aussi épineuse que des chardons. Des cas vécus me reviennent de plus en plus.

  •  Un lundi matin à Bruxelles, une vendeuse exténuée pleurait dans le magasin. Interpellée par un client, elle dit : «  Ce n’est rien… » Cette vendeuse avait véhiculé sa belle-mère nonagénaire le week-end pour aller chez le coiffeur et chez sa manucure. La vieille dame avait une fois de plus agressé sa belle-fille en lui disant que ce n’est pas avec un look comme elle avait qu’elle allait faire quelle chose de sa vie. De plus, l’aide qu’elle lui apportait n’était pas top puisqu’elle s’était même permise de boire une tasse de café en déposant les courses de sa belle-mère. Interpellée par son fils sur ses propos méchants, elle lui a répondu en riant «mais c’est ma tête, mon «Zheimer» (Alzheimer). « En est-elle atteinte ? » avons-nous demandé à cette vendeuse désemparée ? A part une évaluation de son médecin traitant, la nonagénaire n’avait vu aucun spécialiste et s’y refusait.
  • La grand-mère de Daniel, placée dans un home et est visitée régulièrement par toute sa famille, lui téléphone:  «On me maltraite…je suis en prison. Je ne mange pas car on ne me donne pas à manger. J’ai faim». Daniel, inquiet, quitte sa réunion de travail. En arrivant au home, il découvre les assiettes de repas dans la chambre:  en représailles envers une infirmière, sa grand-mère avait décidé de ne pas manger, en menaçant d’appeler un de ses enfants « qui a de l’influence ». Qui est maltraité en fin de compte ?
  • Dans plusieurs maisons de repos, j’ai eu l’occasion d’observer la situation du personnel d’origine étrangère systématiquement rabaissé et écarté par certains résidents.
  • La violence verbale joue même entre les pensionnaires : Natalia, réservée, n’ose plus descendre prendre ses repas dans la salle à manger d’un home tant les critiques des autres sont acerbes sur ses tenues ou sa façon de manger. Elle est maintenant victime d’angoisses. Elle a perdu 6 kgs. La direction n’a trouvé face à ce harcèlement de groupe que la seule solution de lui porter les repas en chambre.

Il est ainsi porté atteinte à la dignité ou à l’estime de soi de la personne aidante ou de tiers par des violences le plus souvent verbales, sous forme de dévalorisation (incompétence, poids, culture, fortune…), d’insulte, de menace, d’humiliation, d’injonctions diverses paradoxales,  de harcèlement, de chantage ou de menace.

Remarquons bien que ces  maltraitances ne constituent pas des actes isolés et s’inscrivent dans  une relation continue. La nature de cette maltraitance de seniors envers des tiers est un jeu de miroir de la maltraitance des aînés. On peut s’appuyer sur le fondement de définition donnée par l’OMS :

« La maltraitance des personnes (…) consiste en un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne  (…) qui en est victime ». *

Cette maltraitance des tiers ou personnes aidantes entraîne des conséquences psychologiques à long terme. Elle n’est pas un phénomène minoritaire, et n’est pas abordée dans le monde politique. Aucune mesure de repérage n’existe actuellement dans les pratiques belges. Cette tolérance des maltraitances causées par les seniors ou seniors + est indécente et inacceptable pour ceux qui en subissent les conséquences, et pour la vie en société.

musée
Musée canadien des civilisations

Au Canada, plus avancé que nous dans l’examen de cette question, c’est près de 30% des proches aidants qui seraient victimes de maltraitance dues aux seniors au cours de l’accomplissement de leur rôle ** !

* * *

* «La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. Ce type de violence constitue une violation des droits de l’homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales; les violences matérielles et financières; l’abandon; la négligence; l’atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect.  » (Organisation mondiale de la santé) »

** Or, une étude réalisée dans des pratiques familiales canadiennes, même si elle n’était pas officiellement conçue pour mesurer la prévalence, fait valoir des taux de mauvais traitements de personnes âgées se situant lui entre 12,0 % et 13 %.

 

 

 

 

 

 

 

 

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