Séjours écourtés à l’hôpital pour les seniors (1)

… Et un surplus de soucis en perspective, en Belgique, pour les aidants familiaux de parents âgés! La cohorte des aidants est composée aux trois quarts de femmes qui portent toujours sur leurs épaules le poids de leur famille.

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France Musée du Louvre-Lens 2013. Plat d’apparat. Deruta. Italie 1500-1530.  » Bella Donna »

 

  • Dans une lettre envoyée au journal Axelle, Suzanne évoquait, révoltée, le sort de son amie octogénaire hospitalisée pour un cancer du sein, opérée le 2 août  et sortie le 5 août avec drain et sac en plastique. Le soutien d’une aide familiale n’a pas été possible dans la période des congés d’été. (1)
  • Ce message fait écho à mon expérience personnelle d’aidante. Il y a quelques années, mon père octogénaire, qui vivait seul, a été opéré dans un hôpital de sa région. J’habite à 100 Km de chez lui. Avec l’équipe de soins, nous avions planifié le séjour et la sortie de mon père. « Évidemment, aucun souci » me fut-il dit. Opéré le jeudi, il sortirait le lundi voir plus tard dans la semaine. Au lieu de cela, le vendredi matin, je reçus un appel m’indiquant que mon père devait quitter sa chambre pour 16h car l’étage était fermé par économie pour le week-end! Rien n’était organisé pour la sortie ni pour les soins de mon père. J’ai pensé longtemps qu’il s’agissait d’un incident isolé.

La tendance actuelle est de raccourcir les durées de séjour à l’hôpital, voire d’éviter l’hospitalisation. Beaucoup de patients préfèrent se retrouver rapidement à leur domicile. Le financement du secteur hospitalier est basé sur la performance et donc sur des hospitalisations courtes. Et les deux parties, patient et corps médical, brandissent la crainte de maladies nosocomiales.

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France Musée du Louvre-Lens 2013. Marbre 1550-1600.
L’empire du temps sur le monde la fortune tenant le voile et la mort le gouvernail.

« Dans la vision de Maggie De Block (Ministre de la Santé), c’est clair qu’il y a une volonté de déplacer les traitements à l’hôpital vers le domicile ».

Après la limitation des séjours en maternité,  on se tourne  vers la chimiothérapie à domicile et en maison de repos qui permettrait d’améliorer le confort de certains patients (et de faire des économies). Le docteur Jean-Luc Canon, chef du service d’oncologie, indique: «On commence par l’oncologie, le projet est déjà en vue pour la pneumologie et pour la gériatrie.« 

Une hospitalisation est plus traumatisante pour les seniors. Le risque de déclin fonctionnel des personnes âgées hospitalisées s’accentue et est largement étayé dans la littérature scientifique.

Les durées d’hospitalisation vont raccourcir avec pour conséquence un retour très rapide à domicile pour de nombreux patients seniors.

Mais qui va prendre en charge ces seniors à leur retour au  domicile ?

Oui, bien sûr! Ce sont les aidants familiaux (2) qui seront sollicités. Ils ne sont pas formés, ce n’est pas leur rôle. Peu importe !

Voilà une nouvelle perspective fort inquiétante pour  les aidants familiaux de parents âgés.

Ce ne sera pas sans conséquence.

 «Le quotidien des aidant-es est tellement éprouvant qu’on estime à un tiers le nombre d’aidants qui décèdent avant leur aidé-e » (3)

Les sorties actuelles de seniors hospitalisés sont souvent mal préparées. « Nous ne pouvons que constater qu’une sortie mal préparée est une sortie compliquée. Elle génère un stress énorme, du travail dans l’urgence, des services pas toujours en mesure de répondre à ces demandes qui, par essence, deviennent des situations dites d’urgence et puis, il ne faut pas négliger l’aspect financier. Le retour précoce implique en général plus d’aide et donc plus de dépenses, ce qui n’est pas à la portée de tous » 

Après une hospitalisation, le retour à domicile a souvent modifié l’état général du malade devenu plus fragile ou victime d’une nouvelle perte d’autonomie. S’il vit seul, loin de structures hospitalières, avec une vulnérabilité cognitive, les risques augmentent. Le médecin traitant, en première ligne est parfois alarmé face à un  patient sorti sans prescription médicale ou sans matériel de soins adapté à la situation.

Les services sociaux des hôpitaux rencontrent certains patients pour  préparer leur retour mais travaillent, débordés dans l’urgence. «Les durées d’hospitalisation sont de plus en plus courtes. Une personne de 85 ans a souvent besoin de passer par une maison de repos avant de pouvoir rentrer à son domicile. Le service social n’a parfois que 24h pour trouver une solution ». Certains futurs patients seniors souhaitent préparer l’après-hospitalisation mais ne peuvent être reçus anticipativement: «On verra quand vous serez là… »

Pour que la coordination soit efficace, les diverses structures de soins (services de revalidation, maisons de repos et de soins, médecins traitants, services de soins à domicile) doivent se concerter pour accompagner le senior en difficulté dès son retour chez lui. Là aussi, ce sont les aidants familiaux qui sont déjà le vecteur de communication entre ces divers services. Les aidants seront plus que jamais les piliers de ces convalescences ultra-rapides à domicile.

Une mine d’or même! Ils ou plutôt elles ne coûtent rien !!!

  1. Paru dans Axelle « Et puis, quoi encore ?» Septembre 2018 n° 211 page 5 .    http://www.axellemag.be
  1. Une loi reconnaît en Belgique depuis mi-2014 « l’aidant proche aidant une personne en situation de grande dépendance », mais aucune mesure d’accompagnement n’est venue.
  2. Axelle. Novembre 2018 Novembre 2018 n° 213 page 45. http://www.axellemag.be

Maisons de repos: ouvrir les yeux !

…et regarder les situations en France et en Belgiqueyeux b

1/ En France

Le rapport d’information , déposé  par deux députées Monique IBORRA et Caroline FIAT en conclusion des travaux de la mission sur les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), démontre que le modèle français actuel de la prise en charge en institution des personnes âgées doit être remis en question.

L’augmentation du niveau de dépendance des résidents et des soins médicotechniques modifie considérablement la prise en charge des pensionnaires. Cela alourdit la pénibilité physique et mentale des métiers d’aide à la personne. La grande prévalence des troubles démentiels pèse également sur la charge de travail.

Les maisons de repos ne sont plus vraiment des lieux de vie mais des lieux de soins. Les gestes techniques (transferts), les toilettes prennent tellement de place dans le travail des soignants que cela s’effectue au détriment du relationnel et de l’animation. (Voir et entendre le témoignage d Alexandre, ancien salarié)

Le magazine de reportages de France 2, « Envoyé spécial » a diffusé ce jeudi 20 septembre 2018, une enquête sur certains Ehpads (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) en ciblant l’expansion commerciale du secteur. Les groupes financiers ont investi ce secteur et les employés deviennent aussi victimes du système. Ils sont trop peu nombreux et doivent travailler avec des fournitures rationnées (exemple: langes, produits de soins et même nourriture).

Des salariés dénoncent le travail à la chaîne: par exemple, Dominique : « En arrivant à 9 heures au travail, elle doit servir le petit-déjeuner, donner la toilette, changer les draps, faire le lit et la chambre… Le tout avant midi. Le calcul est vite fait: chacun doit s’occuper en moyenne de 12 à 14 résidents. Ce qui fait à peu près 15 minutes par personne ! Je fais ce que je peux, mais c’est la course ». « On donne la douche une fois par semaine, rarement plus », remarque, amère, Sabrina, une aide-soignante de 25 ans. »

Home parking

Il ne fait pas bon se rebiffer et la  conséquence est rapide pour le travailleur. Lire aussi: Une aide-soignante devant la police après avoir dénoncé des actes de maltraitance dans un Ehpad

2/ En Belgique

Vous vous demandez: cela existe-t-il chez nous ?

Ouvrez les yeux et prenez connaissance d’un article de Camille Wernaers paru sur le site et magazine Axelle de Janvier-Février 2017: la logique marchande ne s’arrête pas aux frontières et certaines maisons de retraite belges ne sont pas épargnées.

Un article du journal le Soir du 2 octobre 2018 « Les maisons de repos, un business d’avenir » rebondit sur l’enquête précitée de France2. L’expansion des homes commerciaux notamment à Bruxelles ne garantit pas toujours un service à la hauteur pour les résidents. Or, le secteur privé commercial à Bruxelles occupe 63 % des lits en maisons de repos (et de soins) et accueille donc beaucoup de clients. Le secteur public ne représente que 22 % et le secteur privé associatif 15 %.

Preuve du malaise chez nous: dès ce 12 novembre, des grèves tournantes toucheront 3/4 des résidences bruxelloises qui emploient 7000 personnes, avertissent les syndicats. Femarbel, qui fédère les maisons de repos et de soins commerciales, refuse d’approuver une amélioration des conditions de travail. «Cette position reste incompréhensible car l’intégralité des mesures est financée à 100% par les pouvoirs publics», ont rappelé les syndicats.

Comme je l’ai expliqué précédemment, on ne peut que regretter à nouveau l’opacité qui règne en particulier dans notre pays, au sujet du financement des séjours en maison de repos: cela est dû notamment au fait que la part supportée par les services publics n’apparaît pas sur les factures individuelles des résidents qui pensent donc supporter seuls l’intégralité de leur séjour.

Un nouveau décret relatif à l’aide aux aînés, avancé par la Ministre de la Santé et de  l’Action sociale, Alda Greoli soulève maintenant aussi en Wallonie des craintes d’une marchandisation accrue du secteur des maisons de repos, d’autant que de nombreuses institutions passent discrètement sous pavillon français.

Trois grands problèmes de notre société belge en vieillissement.

La  presse  de ces derniers mois a reflété très exactement les tensions de notre société belge.

Le vieillissement de la population rendra certaines situations quasi ingérables.

journal

  • « En 2050, la Belgique comptera 390.000 déments ou malades d’Alzheimer ».

Journal Le Soir/ 30 août 2018. (1)

Il faut y ajouter  la conséquence qu’une personne âgée  est portée disparue tous les deux jours: entre 150 et 200 seniors fuguent chaque année en Belgique. Il s’agit généralement de personnes souffrant de maladies neurodégénératives.  Journal Le Soir/ 17 août 2018

  • « Seniors: la précarité menace plus que la santé. » »

Journal Vers l’avenir /1er septembre  2018 (2)

De nombreux aînés vivent dans l’isolement et la précarité.

  • De plus en plus de seniors veulent de la compagnie: « Nous ne pouvons pas aider maman, nous travaillons à temps plein« 

 Journal La Dernière Heure/ 24 août 2018 (3)

La génération sandwich, travaille et mène plusieurs combats de front entre enfants et parents.

En raison de la réforme des pensions, les gens devront partir plus tard à la pension alors que le temps passé comme aidant proche de parents âgés s’inscrit quasi dans cette même période d’activité prolongée.

En outre, la durée d’activité de l’aidant proche s’étale maintenant sur des années car elle croît avec l’espérance de vie qui augmente.

C’est un défi impossible tenir à long terme !

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(1) http://plus.lesoir.be/175763/article/2018-08-30/en-2050-la-belgique-comptera-390000-dements-ou-malades-dalzheimer

http://plus.lesoir.be/173437/article/2018-08-17/une-personne-agee-portee-disparue-tous-les-deux-jours

(2) http://www.lavenir.net/cnt/dmf20180831_01216594/analyse-seniors-la-precarite-menace-plus-que-la-sante

(3) http://www.dhnet.be/actu/societe/de-plus-en-plus-de-seniors-veulent-de-la-compagnie-nous-ne-pouvons-pas-aider-maman-nous-travaillons-a-temps-plein-5b7edf805532aa26ec010860

 

« Un clafoutis aux tomates cerises. » Véronique de Bure

Jeanne est une vieille dame de 90 ans. Son mari, René, est décédé.

Elle vit dans sa grande maison au milieu des prés, des bois et des vaches dans un village de l’Allier près de Vichy. Elle est en bonne santé  et reste autonome grâce à sa voiture. L’entretien de la maison est assuré par Angèle et un jardinier.

automne 3

Son fils s’occupe de ses papiers et des travaux de la maison. Elle est rassurée par la présence de ses voisins Marcelle et Fernand. Elle rend visite à ses amies, joue au bridge, va à la messe le dimanche, fait ses courses au supermarché, reçoit ses enfants.

Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l’hiver, sa vie quotidienne nous est relatée sous forme d’un journal intime.

L’auteur

Originaire de Vichy, Véronique de Bure est auteure et éditrice à Paris. Elle est l’auteur d’un roman, « Une confession » (Stock) et de trois récits, « Un retraité » (Stock), « Retrouver Estelle » (avec Éric Mouzin, Stock) et « J’ai mis mon fils chez les cathos » (Belfond). « Un clafoutis aux tomates cerises » (Flammarion, 2017) est son deuxième roman.

Commentaire

Je ne me souviens pas d’avoir mangé un clafoutis aux tomates cerises ni d’avoir rencontré une personne nonagénaire comme Jeanne.

La vie de Jeanne est très privilégiée, rare sans doute. Jeanne et ses amies savent bien que le terme de leur vie approche et jouissent donc de leur grande liberté, privilège du très grand âge. Elles vivent leur existence avec leurs limitations au niveau de la vue ou de l’usage des technologies. Actives, elles conservent leurs habitudes sociales.

Leur réussite est due à leur adaptation à leur cycle de vie, sans regret ni amertume de leur jeunesse.

L’âge ne doit pas être un sujet pénible et douloureux. Rire ou sourire des difficultés de la vieillesse permet de faire passer un message. Les difficultés de la vieillesse sont dépeintes  avec humour et constituent les meilleurs passages de ce livre : le quotidien dans lequel le temps ne s’écoule plus au même rythme, les priorités changeantes, les tours de la mémoire, le débarquement des enfants …

Ce roman présenté comme le journal intime d’une nonagénaire n’a pas été écrit par une personne âgée. Dans un roman, l’authenticité n’est pas requise: le lecteur doit savoir qu’il reste dans une fiction bâtie sur un recueil d’anecdotes ou d’histoires. Le procédé permet de jouir d’une liberté de ton et d’instaurer une certaine connivence mais le lecteur averti des particularités de la sphère senior le ressent.

Comme nous aimerions devenir des « Jeanne » à 90 ans, bien dans nos têtes et artères, avec un petit verre de vin blanc, au soir de nos vies!

Ce n’est pas ainsi que la réalité se présentera à la plupart d’entre nous.

Une phrase

« Et puis l’automne, c’est aussi du rouge, de l’orangé et de l’or en feuilles. C’est l’odeur d’enfance des marrons chauds, le goût sucré des raisins mûrs et la saveur boisée des poêlées de cèpes. »

Dans le parc du Château de Seneffe, un dimanche matin.

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« Rencontre Fontaine-Henri » 2008.  Félix Roulin

Le château  de Seneffe du XVIIIe siècle devenu Musée de l’Orfèvrerie est posé tel un joyau dans son écrin de verdure, un parc d’une vingtaine d’hectares. Nous avons trouvé ce cadre exceptionnel très reposant et agréable pour une balade matinale qui mêle nature et Art.

Le sculpteur Félix Roulin, passionné par les matières et les technologies, expose en plein air dans le Domaine du Château de Seneffe, une série d’œuvres confrontant des volumes abstraits et des fragments de corps humain en acier, bronze ou acier Corten.

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«Colonnes entre-elles». 1997. Félix Roulin

Les œuvres du sculpteur belge s’incorporent quasi naturellement aux caractéristiques de l’architecture du château et des jardins sans les trahir: l’Art du paysage !

L’étendue de verdure suit un tracé régulier développant une grande harmonie qui ravira les promeneurs en quête de sérénité. Des allées de tilleuls prolongent les galeries de la cour d’honneur et conduisent vers le grand bassin. Un jardin d’essences diverses  décore l’arrière du Théâtre.

canards

                 » La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la
poésie et la beauté à tous les êtres, à toutes les plantes,
qu’on laisse s’y développer. »
George Sand  (La mare au diable)

Le parc et les jardins sont ouverts tous les jours de l’année, sauf en cas d’intempéries, de 8 à 20h d’avril à septembre (de 8 à 18h d’octobre à mars).

Accès gratuit. Animaux domestiques et vélos non admis. La promenade est facile et ne présente pas de dénivellation importante.

Exposition temporaire en plein air des œuvres de Félix Roulin jusqu’au 11 novembre 2018.  

 

 

« Aphrodite et vieilles dentelles ». Karin Brunk Holmqvist

En Suède, Elida et Tilda, vieilles filles de 72 et 79 ans sont deux soeurs qui vivent relativement isolées à la campagne. Leur frère Rutger plus jeune, mais vieillissant aussi est instruit et s’ est installé avec sa famille, en ville. Elida et Thilda continuent de vivre dans un confort rudimentaire, avec des WC archaïques à l’extérieur de la maison. Elles se contentent de  peu et sont même rétives à la modernité. Elles font du café, des confitures, lisent le journal ou brodent.

chat noir

« Le gros matou noir de Molin est dans les fleurs d’Alvar, s’alarma Thilda »

Dans ce quotidien rude parsemé de quelques chamailleries, l’arrivée d’un voisin sexagénaire Alvar Klemens va bouleverser la monotonie. Les soeurs vont faire assaut de coquetterie et se lancer dans un grand projet: faire construire des toilettes à l’intérieur de leur maison! Pour financer cet aménagement, Elida et Tilda vont trouver une source de revenus. En observant ce qui se passe chez leur nouveau voisin, elles entrevoient l’occasion inespérée d’améliorer leur quotidien…

L’auteur

Karin Brunk Holmqvist, née en 1944 en Suède, a exercé plusieurs professions: assistante sociale, employée en maison d’arrêt..etc. Ensuite, elle réussit des études de sociologie et se met à écrire des recueils de nouvelles et de poèmes. « Aphrodite et vieilles dentelles » est son premier roman publié en 2015. Elle figure maintenant parmi les plus populaires écrivains suédois.

Commentaire

La vie est pleine de surprises. Une nouvelle relation dans le cercle d’un aîné peut lui amener un regain de vie, un souffle d’innovation. Pour les deux sœurs encore curieuses de tout, leur nouveau voisin est un messager d’idées actuelles et de références modernes bienvenues dans leur univers trop étriqué.

Le roman est aussi la démonstration exquise du sens de l’observation de certains seniors qui ont le temps nécessaire pour l’apprentissage et la réflexion. Leur longue expérience des choses et de la nature humaine leur permet de faire des liens inattendus.

Le passage du roman relatant comment leur couverture en patchwork parsemée de pièces assemblées où chaque carré a sa propre histoire est une idée émouvante. Peut- être une piste intéressante à exploiter dans les ateliers créatifs seniors ?

On découvre avec amusement et ébahissement les gaffes et audaces de ces deux sœurs, dans leur apprentissage de gestion de leur invention.

Le scénario est déjanté, avec un humour loufoque allié à un indéniable charme nordique. Ce que j’apprécie, comme beaucoup de lecteurs.

Une phrase

 «Alvar n’en finissait plus de manger. Il était comme un coq en pâte et complimentait ses voisines. Tilda et Elida mangeaient aussi de bon appétit. Les plats avaient toujours meilleur goût lorsqu’on avait de la compagnie

 « Aphrodite et vieilles dentelles ». Karin Brunk Holmqvist. Collection « J’ai lu »

Occultation des maltraitances causées par les seniors: les raisons. (3)

power maltraitancesFaire émerger la maltraitance causée par des seniors sur les aidants ou sur des tiers est très compliqué actuellement, en raison de 4 facteurs:

A  Il faut que la maltraitance soit détectée par la victime (tiers ou aidant).

Pour cela,

  • le rôle de proche aidant devrait être reconnu socialement: on en est si loin que beaucoup d’aidants évitent même de mentionner leur rôle à leurs amis proches.
  • la manipulation, les demandes exigeantes, le manque de respect de la personne aidée devraient être identifiés comme de la maltraitance. Souvent les aidants épuisés n’ont pas l’information utile pour détecter ce qui les détruit.
  • la victime devrait admettre son statut de victime. L’entourage ou les professionnels minimisent souvent l’abus subi, vu l’absence de traces. Ce désaveu des tiers provoque une accumulation d’émotions, de colère et de culpabilité chez l’aidant. La situation peut même s’alourdir et s’inverser quand la victime est vue comme « épuisée ou agressive », donc source du problème!
  • la victime remettrait en cause la balance inégale du lien d’aide et son jugement sur le senior auquel elle est souvent liée par des liens affectifs. Elle  n’a pas la neutralité du professionnel: le senior aidé n’est pas un patient mais un  père ou une mère à qui elle ne doit plus trouver d’excuse du genre « ma mère ne se rend peut-être pas compte ! » . Ce lien familial alourdit en fait le traumatisme subi.

A la question d’un jeune qui  me demandait «Pourquoi  tolère-t-on  des actes inadmissibles de la part du senior alors qu’on ne les accepte pas d’un jeune enfant? »

Il y a une différence de traitement effectivement. Comment l’expliquer? Nous avons tous intégré culturellement que dans le duo adulte/jeune enfant, le parent doit aider le jeune enfant à se construire pour quitter la dépendance qui le retient à son parent. Ce binôme constructif n’est pas possible avec un senior (sauf de très rares exceptions).  Même si le vieillard d’aujourd’hui est l’enfant d’hier, il n’y a pas eu de conditionnement sociétal spontané à s’intégrer dans un partenariat pour gérer sa fin de vie.  Le projet personnel* de l’aîné aidé s’oppose, dans la majorité des cas, à une idée de collaboration: le senior n’est pas instruit sur la dépendance dans laquelle il plonge et qu’il voit comme une régression. Cette frustration, cette inadaptation et la non-reconnaissance de la situation réelle se déversent bien souvent en vagues de reproches et en tensions supportées par les assistants qui subissent la « loi du senior ».

zone grise

B.  Notre société n’est pas prête à assumer les conséquences sociales de cette zone grise de maltraitance vis-à-vis des aidants naturels notamment, qui sont les piliers invisibles de la prise en charge de la dépendance. Dans les logiques actuelles d’économie en santé publique, l’aidant familial ou les aidants professionnels sont des acteurs clés d’une solidarité pour le maintien à domicile ou le soin  des seniors, alors que toutes les autres solidarités se délitent dans la société.

C.  Les phases de vieillissement de la personne sont peu connues pour beaucoup d’entre nous.

Être vieux dans notre société, qui prône la jeunesse et laisse ses aînés sur les bras de proches ou de professionnels saturés n’est pas réjouissant. La dépendance devient un drame personnel: une cassure pénible s’établit pour le senior avec la société, son statut et ses habitudes. De plus, le type de société qui révérait le grand âge a disparu notamment en raison du baby-boom du grand âge. Les aptitudes sociales d’échange et d’aide se diluent en raison de l’individualisme encore renforcé par l’attitude de certains seniors qui veulent « profiter » jusqu’au bout. Il y a peu de réflexion sur la relation aux autres, sur les handicaps de l’âge, et les nouveaux jeux de pouvoirs et dérives dans les relations d’aide au vieillissement.

D.  Certains seniors sont plus à risques que d’autres pour provoquer des maltraitances mais ne sentent pas concernés.

Face à l’augmentation de la longévité, la population  des seniors n’est pas homogène. La nature des violences provoquées par les personnes âgées est très liée à leur histoire,  à leur mode de vie mais aussi au fond à leur forte personnalité qui les laisse hors d’atteinte de toute médiation.

La situation ne semble pas prête d’évoluer.

« Qui n’a jamais pratiqué une seule fois dans sa vie l’aide à une personne dépendante ne sait rien de l’énergie que cela exige et rien non plus de la solidité psychique requise. A plus forte raison lorsqu’on fait cela toute l’année » Témoignage de Djam.

fleur mauve

 

 Un peu de bienveillance donc pour nos semblables et ceux qui ont ce statut d’aidants. Ce sont eux qui adoucissent les peines du grand âge !

***

 

 

 

* au nom de son autonomie  revendiquée….