Lézarder le mur de la longévité biologique (2)

Si la progression de la longévité humaine se heurte à un mur invisible (voir article 1), on n’a pas encore découvert les causes  de cet arrêt programmé de notre corps au-delà d’une très longue durée de fonctionnement.

La nature nous offre de nombreux exemples qui surpassent largement la durée maximale de la vie humaine.

Dans le règne végétal, on pensera aux arbres millénaires comme le dragonnier millénaire de Ténérife. D’autres arbres sont quasi indestructibles comme le gingko, arbre majestueux pouvant atteindre 40 à 50 mètres de haut. Les plus vieux gingkos en Chine sont âgés de 3000 ans. Cette espèce résiste même aux facteurs exogènes comme les cataclysmes. Quand  la ville nippone d’Hiroshima fut anéantie en 1945 par une bombe nucléaire, toute vie fut détruite. Plusieurs ginkgos reverdirent là où tous les végétaux étaient anéantis. Les feuilles du ginkgo résistent aussi au feu et lorsque le tronc d’origine est atteint, la vie renaît par les racines.

 

Dans le règne animal,

  •  Les invertébrés gagnent la palme de la longévité.

L’espèce la plus âgée découverte à ce jour est un clam d’Islande (Arctica islandica), un mollusque vivant dans l’océan Atlantique Nord: le nombre de stries de sa coquille indique que ce mollusque aurait vécu entre 405 et 410 ans. 

Selon des recherches scientifiques, une méduse la Turritopsis nutricula  serait le seul être vivant « immortel », ce qui veut pas dire qu’elle soit indestructible, ni susceptible d’êtrte touchée par les maladies, les accidents ou les prédateurs.

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Un autre regard sur la méduse…menace ou alliée ?

Originaire de la  mer des Caraïbes et découverte par des chercheurs en biologie de l’université de Lecce, cette méduse quasi immortelle mesure tout au plus 5 mm.  La maturité atteinte, cette espèce de méduse ne meurt pas mais rajeunit et se régénère. Le professeur Shin Kubota, de l’université de Tokyo aurait trouvé la clé de ce processus dans les tentacules de la Turritopsis nutricula.  « Ces cellules se trouvent également dans notre corps, mais elles sont dormantes quand nous en avons besoin, nous explique le Docteur Matthias Obst, biologiste à  l’université de Göteborg. Maintenant, il faut trouver le gène qui active la protéine qui régénère. » On devine l’intérêt de cette recherche qui ouvre des pistes pour remplacer naturellement des cellules  humaines défaillantes en cellules neuves.

Ces méduses immortelles prolifèrent à travers les océans du monde entier, au point que le Docteur Maria Miglietta de l’institut marin tropical de Smithsonien a déclaré aux journalistes : « Nous nous préparons à une invasion silencieuse mondiale». 

  • Parmi les vertébrés:

-Pour les animaux terrestres à sang froid dont le métabolisme est ralenti pendant les heures froides, ce sont les des Tortues géantes des Seychelles qui détiennent le record de vie avec 150 ans à 200 ans.

-Pour les animaux à sang chaud, des examens ont pu déterminer un âge de 150 à 200 ans pour certaines baleines Boréales.

Le record suivant, parmi les animaux à sang chaud, serait en principe celui des hommes. Ou plutôt celui d’une femme (120 ans), n’est-ce pas ?

Heurter «le mur de la longévité» (1)

En Belgique, l’espérance de vie franchit le cap des 80 ans! (82,9 ans pour les femmes et atteint 77,8 ans pour les hommes).

Chaque année, l’espérance de vie croît de 1 à 3 mois, peut-on imaginer qu’il deviendra banal de vivre jusqu’à 100 ans ? Nous constatons que les centenaires sont déjà très nombreux.

Par contre, la probabilité pour un centenaire de devenir un «supercentenaire (110 ans) est très faible (moins de 0,5 %) dans les conditions actuelles de mortalité.

Pourrait-t-on aller plus loin et vivre 150 ans si les progrès de la médecine augmentent encore notre espérance de vie?

Selon certains spécialistes, nous nous heurterons sans doute au «mur invisible de la longévité», c’est-à-dire « une longévité maximale, programmée dans nos gènes » (1), que l’espèce humaine ne pourrait pas dépasser et qui s’établirait entre 100 et 110 ans.

La limite scientifique incontestable actuelle se situe toujours à 122 ans, l’âge de Jeanne Calment. Elle est la personne ayant vécu le plus longtemps au monde et dont la naissance a été établie avec certitude. 114 ans semble un cap difficile à franchir pour les supercentenaires et constitue la limite masculine de longévité.

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Fontaine de Jouvence, fontaine de vie, ou fontaine d’immortalité? (Alhambra Grenade)

Imaginer une vie sans limitation de durée ou même une quasi immortalité n’est pas utopique pour certains.

Le vieillissement reste toujours la première cause de mortalité dans le monde.

Dans son livre «La Perspective de l’immortalité» en 1962, Robert Ettinger, un mathématicien, fut la première personne renommée  à envisager l’hypothèse de l’immortalité et à s’en donner les moyens. Dans ce but, il développa et promut la cryogénisation.

En biogérontologie, diverses hypothèses sont avancées. L’anglais Aubrey de Greyvise la recherche de la jeunesse éternelle, la mort ne serait plus liée à la vieillesse. L‘ostéopathe américain Ronald Klatz cherche à allonger la durée de vie humaine de manière maximale par la médecine anti-âge qui vise «à ralentir, arrêter, ou renverser les phénomènes associés au vieillissement». Dès les premiers signes de défaillances liées à  l’âge, une «remise à zéro» de la machine humaine serait aussi utile qu’une réinitialisation  d’ordinateur. On comprend que toutes ces pistes suscitent débats et polémiques au sein de la communauté scientifique.

Le mouvement transhumaniste souhaite faire progresser l’espèce humaine ou la rendre quasi-immortelle avec l’aide des nouvelles technologies: l’informatique, les bio- et nanotechnologies et les nouveaux développements de la  connaissance du cerveau (2). Didier Coeurnelle, co-président belge de l’association européenne Heales déclare se situer « dans le même type d’optique ». Il étudie ces évolutions scientifiques en analysant les avantages et obstacles relatifs à l’extension de la durée de la vie.

Si cette quête de la fontaine de jouvence semble encore relever de la science-fiction pour nos contemporains et est très loin du cadre concret de la prévention individuelle pour notre avenir senior de qualité, elle a au moins deux utilités. Elle permet de:

  1. mettre en lumière les bouleversements éthiques, sociologiques, économiques, écologiques auquel le simple allongement actuel de l’espérance de vie conduira. Nous vivons déjà cette révolution démographique!
  2. susciter des recherches non pas pour un simple prolongement de la vie mais bien pour un prolongement de la vieen bonne santé et sans incapacité, ce qui pourrait créer de belles avancées scientifiques.

Certains experts tempérent l’optimisme et pensent au contraire que l’augmentation de l’espérance de vie touche à sa fin ou régresse. Selon eux, les progrès médicaux pourraient être freinés par nos modes de vie peu respectueux de la nature (malbouffe, pollution, …).

 

 

(1)  Notamment l’avis du Dr Yves Joanette, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et directeur scientifique de l’Institut de recherche sur le vieillissement du Canada. Article de Jean- François Cliche.

(2)  Le scientifique américain Ray Kurzweil, apôtre du transhumanisme, prédit que dès 2029 l’intelligence artificielle égalera celle de l’homme.

« Senior+ » ?…. Vocabulaire

L’année européenne 2012 avait pour thème le vieillissement actif et la solidarité intergénérationnelle.

Si le terme « vieillissement » est toujours accepté socialement, les mots vieux, vieillard et vieillesse sont depuis longtemps perçus négativement et ont été remplacés, dans les journaux ou la littérature scientifique, par les expressions « personnes âgées »  ou « seniors ». 

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Parmi les arbres vénérables insensibles à la vieillesse, ce dragonnier millénaire

(Icod de los Vinos)

Notre vocabulaire actuel ne s’est pas encore enrichi suffisamment et ne traduit pas bien le profil des nouvelles phases de la longévité humaine. Les expressions actuelles (personnes âgées ou seniors) sont devenues trop larges, se vident de leur sens car elles visent un groupe de personnes allant de 65 ans à 100 ans et plus.

Or, les problèmes d’un senior de 85 ans sont de nature bien différente de ceux d’un senior de 65 ans. Hormis la distinction du 3ème âge réservée au groupe des sexagénaires et septuagénaires et du 4ème âge pour les personnes de 80 ans et plus, il n’y a pas chez nous d’appellation spécifique pour les octogénaires et nonagénaires. En France, dans les articles ou colloques, on retrouve de plus en plus souvent l’expression de « grand senior » lorsqu’on désigne les personnes de plus de 80 ans.

Aujourd’hui, je retiendrai l’appellation de Senior+ pour le groupe des octogénaires ou nonagénaires car il pourra me permettre de mieux évoquer leurs spécificités de vie. Le petit signe + est tout à leur honneur et bien justifié: ces seniors ont plus d’années que les autres, plus de santé et plus d’expérience !

Votre avis m’intéresse !

Mots courants

Tranches d’âge
Décennies
Propositions
Bébé
Enfant
Adolescent
Jeune
Adulescent
1er âge
Jeune adulte
Adulte
Quinqua
2ème âge
Vingtenaire,
Trentenaire
Quadragénaire, Quinquagénaire
Senior
Personne âgée
Aîné (au Canada)
 
3ème âge
Sexagénaire
Septuagénaire
Senior
Senior
Personne âgée
Aîné (au Canada)
Grand senior  (en France)
4ème âge
Octogénaire
Nonagénaire
Senior+
Centenaire
Super Centenaire (titre officiel, à partir de 110 ans)
5ème âge
Centenaire

 

« Carpe diem »

… ou la devise des seniors heureux

Nous vivons de plus en plus vieux. D’accord. Mais serons-nous heureux?

Oui!

Observons nos grands aînés contents. Nous décèlerons, chez eux, des modèles récurrents de comportements favorables à l’éclosion d’un climat agréable :

–  En voyant le temps filer,les seniors, conscients de l’urgence d’aller à l’essentiel, mettent enfin à l’avant-plan leur souhait personnel de « vivre bien » et apprécie chaque jour qui passe. Carpe diem. Ils  redécouvrent le plaisir des choses simples, apaisantes comme la communion avec la nature par exemple.

«  Cueille dès maintenant les fleurs de la vie » *Carpe Fleurs.jpg

– Bien que cela soit surprenant, beaucoup de personnes âgées, qui anticipent une réponse forcément négative ou déprimante, ne demanderont pas de nouvelles de leurs enfants ou petits-enfants. Elles n’assombrissent pas le ciel de leurs journées: souvent isolées, elles n’auraient personne avec qui partager leur tristesse après le flux de nouvelles ternes.

– Elles ne se sentent plus nécessairement liées par les contraintes, les usages sociaux, les personnes parasites et se dispensent des corvées quand cela leur convient. Suivant leur humeur et non un état de santé pourtant invoqué comme excuse, elles peuvent assister ou non à une fête, un anniversaire…

– N’ayant plus rien à prouver, les aînés dépendent moins du regard des autres. Ils peuvent repenser avec satisfaction aux  projets réussis du passé que ce soit au plan personnel, familial ou professionnel alors que les plus jeunes sont dans la phase complexe de réalisation.

– Les seniors sont libérés de certains charges du passé comme un travail lassant et peuvent s’engager intensivement dans une autre activité ou un hobby épanouissants.

Avec un sourire narquois, ils nous regardent parfois nous noyer dans un verre d’eau. Nos grands-parents guidés par leur indulgence, leur expertise sur le cours des choses s’évitent  bien des attentes inefficaces, des démarches vaines ou des tracas inutiles.

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– Les  deuils ou étapes douloureuses sont parfois suivis pour certains  aînés d’un réel soulagement. Le départ d’un conjoint acariâtre, mal supporté, apparaît à certains comme une délivrance et ouvre la possibilité de vivre à son rythme ou selon ses envies par exemple

– Même si cela est heurtant pour la famille, la perte de mémoire d’événements dramatiques ou traumatisants allège parfois le quotidien de certains patients confrontés à la maladie d’Alzheimer: certains peuvent être plus heureux qu’auparavant, malgré la pathologie.

 

Cela nous prouve paradoxalement que malgré le déclin de certaines facultés, nous conservons d’étonnantes facultés d’adaptation. 

Et nous le savons tous, celui qui voit les choses positivement, se porte mieux et est plus heureux.

 

(*) Dialogue du film américain  Walt Whitman, « Le cercle des poètes disparus »