Solitude et longue-vue.

coeur belge La ville de Saint-Trond a pris l’initiative de créer un échevinat de la solitude. « L’objectif est de contrer ce sentiment qui peut toucher toutes les générations et qui ne connaît pas de frontières ».

longue vue

Investir dans des activités sociales et culturelles où les gens peuvent se rassembler pourrait contrer en partie le malaise de la solitude vécu directement par les 46% des Belges concernés.

La solitude, c’est l’état choisi ou subi, ponctuel ou durable, d’un individu qui n’est engagé dans aucun rapport avec autrui. Tandis que l’isolement d’une  personne s’appuie sur une norme inférieure à 2 contacts « sociaux » quotidiens. L’isolement renforce évidemment le risque de souffrir de solitude.

Comment se traduit la solitude de milliers de personnes dans nos villes ?

C’est le fait de rentrer chez soi sans être accueilli, sans écoute possible, de passer seul ses journées et soirées, sans fête, avec un parfum de tristesse ou des pensées négatives qui minent. On ne communique avec personne: on n’échange plus et on ne peut pas avoir un autre éclairage ou avis sur un problème personnel. Surtout, on perd insensiblement l’habitude des usages et rites sociaux et du tempo habituel de l’échange verbal. Tous, nous connaissons quelques personnes seules qui, en société, sont alors atteintes de logorrhée verbale ou de mutisme.

Auparavant, la famille, les voisins, les connaissances se rendaient régulièrement des visites mutuelles, sans prévenir et selon l’humeur du moment. Depuis 1980, la télévision, le téléphone, l’éloignement géographique et le rythme  effréné de vie ont annihilé ce type de contacts physiques.  Les réseaux sociaux technologiques ont modifié nos habitudes depuis 2004; on dialoguera plus vite via internet avec un interlocuteur peu connu qu’avec la famille.

L’intensité du ressenti de la solitude des personnes très âgées leur est fort pénible. Avec l’âge, la réduction du nombre de contacts sociaux est inévitable: perte des collègues de travail, décès des uns et des autres et déplacement des pairs dans d’autres lieux de résidence (maison de repos ou pays étrangers). L’absence de mobilité, la perte d’autonomie, de mémoire, la perte de l’ouïe restreignent le nombre et la qualité des contacts. La justesse de la perception de leur situation est  diminuée chez les seniors. Les exigences ou critiques, le narcissisme et la culture inadéquate du «tout m’est dû», le manque de solidarité envers leurs amis seniors, empêchent aussi certains seniors entourés, de maintenir des  liens ou connexions durables, faute de partage. Certains  peuvent être complètement désocialisés ou marginalisés.

La famille ou les intervenants sociaux peuvent fournir l’aide nécessaire à la vie quotidienne d’un senior mais il leur est impossible de pallier à la solitude de l’autre. Parfois même leur visite est vécue par le senior en mal-être comme une intrusion troublant la solitude dont il se plaint.

Si le malaise de la solitude n’est dû qu’à l’isolement, l’augmentation des possibilités de contacts améliorera rapidement la situation de la personne. L’intégration à une maison de repos permet à des résidents, comme Madeleine si réticente au début, de revivre: elle y a retrouvé un groupe d’amies, qu’elle ne pouvait maintenir à domicile.

Mais la solitude est souvent un sentiment personnel lié à un problème de perception négative, qui ne peut être déverrouillé que par la personne elle-même.

L’utilisation massive d’internet par les seniors est une solution illusoire. Pour rompre efficacement l’isolement, une enquête a montré qu’ « Internet et les réseaux sociaux » ne recueillent que 16% des suffrages tandis que les autres personnes ,  « les proches » (65%) « les voisins” (52%), « les associations » (51%) « les commerces » (29%) ou encore « les collègues de travail » (28%) sont de meilleurs moyens pour se dépêtrer de la solitude.

L’interaction humaine est un facteur essentiel de santé.

Quel que soit l’âge, « se socialiser » permet d’aller mieux, un facteur que l’on néglige souvent quand tout va bien pour soi, qu’on est en couple ou en famille ou qu’on a « surinvesti » son travail, par choix ou obligation.

Pouvoir dire  bonjour à un marchand, à un collègue ou à un voisin, c’est dire qu’on est là, présent et vivant, entendre son nom, voir confirmer son identité et sa personne.

Recevoir un bonjour chaleureux, avoir un regard bienveillant est un cadeau à donner ou à recevoir. Une chaleur humaine bénéfique  et réciproque se dégage quand l’échange est noué et favorable. Veiller à entretenir de bonnes relations avec sa famille en s’impliquant dans la relation, en prenant l’initiative de demander des nouvelles, en ne restant pas dans la position de celui «qui attend sa visite» est capital.

A notre époque de mobilité et d’individualisme, un réseau social est un tissu à bâtir, à entretenir et à développer continuellement.

Cela demande de la disponibilité aux autres et c’est complexe. Beaucoup plus qu’avant, me semble-t-il. Trouver sa place dans l’agencement actuel des liens entre  individus ou associations  autour de soi où plus rien n’est codifié demande un réel engagement. La salutation banale ou la conversation traditionnelle ne suffisent plus à susciter une relation. Il s’y conjugue maintenant de fortes exigences d’activités (marches ADEPS, ateliers divers cuisine, cafés-tricot…etc)  ou de sens dans un besoin de  comprendre le monde et l’univers ou pour défendre une cause. Sont alors nécessaires une communication fluide, une adaptation à un environnement, une tolérance élastique, une vitalité qui ne sont plus les qualités majeures des seniors+, aux aptitudes plus lentes.

danse

Sous l’injonction sociale de rentabilité, « on ne fait plus rien pour rien »  et tout « le temps » est organisé.

 » S’asseoir sur un banc… » chanté en 1985 (Mistral gagnant) par Renaud est une image nostalgique d’un temps révolu « A m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi. Et regarder les gens tant qu’il y en a. Te parler du bon temps qu’est mort ou qui reviendra… »

Voir plus loin. Un moyen par excellence et d’anticiper « le désert de la vieillesse », comme nommait une amie esseulée, est de créer ses oasis, c’est- à-dire de tisser et de développer son « capital relationnel » en ne se limitant pas à quelques amis triés et choisis mais en élargissant ses connaissances selon les hasards de la vie. Les autres seront sensibles à une bonne humeur communicative, la gentillesse, l’écoute généreuse sans critique, l’attention régulière, le respect des limites de vie des uns et des autres, de l’intimité.

Bien entendu, ces liens ne s’établiront vraiment qu’au fil d’un temps assez long qui permet de se trouver des points d’affinité et de partager un petit canevas d’histoire commune sur lequel on pourra broder plus tard…

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