«Tango tranquille» Verena Hanf

Violette, une femme, bourgeoise d’une soixantaine d’années, habite Bruxelles. Sans souci financier mais blessée moralement, elle tient à son indépendance et a choisi  de vivre dans le calme. Plus exactement, elle adopte un « silence social » rompant le cordon ombilical du téléphone, zappant les réunions familiales, n’entretenant  aucun contact avec les voisins et minimisant les contacts avec les commerçants. Dans ses journées structurées et ponctuées d’un peu de porto, elle ne parle plus qu’avec elle-même.

Par hasard elle croise Enrique, jeune Bolivien, pauvre et sans papiers, instituteur mais contraint à des travaux de jardinage pour survivre. Violette va se déclarer sa marraine et lui apporter son aide. Le besoin de soutien devient réciproque quand Violette recueille chez elle, Jean, son ancien compagnon atteint d’un cancer des poumons. Les deux «petits vieux» deviennent un peu la famille d’Enrique.

 Parc Royal, Folon

Parc Royal, le Messager de Folon

« Les matinées en semaine, le parc est vide, il y a quelques sportifs, quelques chiens, pas un chat ».  Tango tranquille, page 62

L’auteur

Née en Allemagne en 1971, Verena Hanf effectue des études de sociologie, de politique et de journalisme en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Rédactrice dans une association, elle partage son temps entre l’Allemagne et Bruxelles où elle a écrit, en français, ce premier roman « Tango tranquille » en 2013.

Commentaire

tango.jpgCe roman dresse plus le portrait de Violette que celui d’Enrique. Violette a choisi, à un moment donné, de vivre dans sa  coquille. Certes, l’isolement de Violette et d’Enrique  se  fissure, se brise, mais ce serait trop de dire que Violette et Enrique s’apprivoisent. Dans leur rapprochement, l’image de la grand-mère de Enrique, qui se superpose à Violette, et le rôle de Jean sont plus déterminants.

Le long isolement de Violette a laissé son empreinte et ne lui permet plus d’interagir facilement: « J’ai dû parler à voix haute. Fâcheuse habitude prise pendant mon silence social ». page 164

J’ai apprécié cette description d’un silence social qui alimente ce portrait très réaliste d’une femme vieillissante. Car oui, autour de moi, je rencontre et connais de telles personnes qui ne veulent plus prendre le risque du contact social de peur de souffrir, qui se lèvent tôt pour faire leurs courses par crainte de rencontrer quelqu’un sur leur chemin, qui remballent fermement tout interlocuteur qui leur prête attention, qui ne décrochent pas le téléphone, qui refusent toute invitation. Le silence social est une position de retrait mais aussi une forme de liberté.

C’est la première fois que je vois ce thème de la solitude cachée, du repli choisi, analysé avec une telle lucidité et limpidité.

Une phrase

« Temps de musique, temps de porto, temps de repos. Je m’installe dans mon fauteuil vert et je ferme les yeux. Faudrait juste pouvoir mettre hors fonction la production de pensées »

Page 104. « Tango tranquille ». Verena Hanf. Editions Le Castor Astral. Collection Escale des lettres.

Un commentaire sur “«Tango tranquille» Verena Hanf

  1. La seule réserve que j’ai eue en découvrant le personnage de Violette, c’est son âge : cela me semblait un peu trop jeune pour se replier à ce point – et c’est « une position de retrait mais aussi une forme de liberté », votre commentaire est très juste.
    J’admire toujours les personnes, quel que soit leur âge finalement, qui restent ouvertes à la rencontre, sans fuir l’échange.

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